Dans l’univers exigeant de la course au large, l’image du bateau est presque aussi importante que ses performances. Cette réalité, qui dicte souvent l'aspect visuel des embarcations, a mené de nombreux acteurs du nautisme à franchir les portes d'ateliers spécialisés. C'est dans ce contexte que s'inscrit le parcours de Colombine Blondet, une figure montante de la préparation nautique et de l'entrepreneuriat, dont la passion pour la voile a transformé des études d'architecture d'intérieur en une carrière dédiée aux voiliers de course et, plus récemment, à la direction d'une entreprise innovante, Decosail. Son histoire est celle d'une immersion complète dans un milieu où la technicité, la précision et la confiance sont les maîtres mots.
Colombine Blondet : De la Passion Juvénile à l'Expertise de Préparatrice de Voiliers
À 26 ans, Colombine Blondet incarne une génération de professionnels du nautisme qui conjuguent expertise technique et engagement passionné. Sur le pont d'un voilier Mini 6.50 perché en haut d'une remorque, Colombine Blondet répare la gaine d’un bout. C’est ainsi que les marins appellent un cordage. Celui-ci est usé à force de mer, de soleil et de passages dans les poulies. Ce geste précis est le reflet d'une vocation née bien avant ses engagements professionnels actuels. En effet, passionnée de voile en compétition depuis ses 11 ans, elle se voyait initialement créer des objets en recyclant des morceaux de bateau, une idée qui témoignait déjà de son lien profond avec l'univers maritime et une certaine inventivité.
Pourtant, ses quatre années d’études pour devenir architecte d’intérieur ne la prédisposaient pas directement à cette voie. Quoique… L'orientation vers la préparation de voiliers de course s'est faite par la force d'une passion indéfectible et un désir de travail manuel au contact direct des éléments. En tant qu'autoentrepreneuse, Colombine Blondet détaille son rôle avec clarté : « Je répare, perfectionne et avitaille le voilier d’un skipper qui participe à des courses ». Ce travail se fait "à la mission", pouvant aller de deux jours sur un monocoque d'amateur à six mois pour la préparation méticuleuse d'un multicoque de compétition. À l'année, elle assure la maintenance et la réparation de tout ce qu'un skipper est susceptible de casser pendant les entraînements, démontrant une polyvalence et une réactivité indispensables.
Le métier de préparatrice, tel que pratiqué par Colombine, exige un éventail de compétences techniques pointues. Elle a notamment appris le matelotage, une technique essentielle « pour consolider et fixer les bouts grâce à des coutures », garantissant ainsi la solidité des cordages et la sécurité à bord. La gestion de l'accastillage fait également partie intégrante de ses responsabilités, c'est-à-dire l'entretien des petites pièces mécaniques qui assurent le bon fonctionnement du voilier. Au-delà des cordages et des mécanismes, Colombine intervient sur la structure même des bateaux : « Je restaure et fais des joints dans la fibre de carbone ou de verre du bateau », un travail délicat qui requiert précision et connaissance des matériaux composites.
Un préparateur de voiliers de course moderne se doit d'être polyvalent, et Colombine en est un exemple éloquent. Elle possède également un brevet de plongée pour s’occuper de la carène, la partie immergée du bateau, essentielle pour les performances et la maintenance. La technologie étant omniprésente à bord des voiliers de compétition, elle maîtrise aussi l'identification des pannes électroniques sur des équipements cruciaux comme le GPS, la VHF ou le pilote automatique. Ses responsabilités s'étendent à la gestion de la logistique en amont des départs : « Je gère la logistique : l'avitaillement, les contrôles de sécurité, la trousse à pharmacie », des tâches qui assurent que le voilier est non seulement techniquement prêt, mais aussi entièrement équipé pour affronter les défis de la course. Le stress monte d’un cran quand elle quitte le ponton ou le chantier d’hivernage et se déplace avec le skipper dans le port de départ de la course, car chaque détail compte avant le grand appareillage.
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Ce métier, bien que passionnant, est aussi physiquement exigeant. « J’adore le milieu de la navigation et le travail manuel. J’aime aussi être dehors, même si c’est souvent sous un ciré ou un parasol », sourit la jeune femme, reconnaissant la nature parfois rude des conditions de travail. Le travail se trouve de bouche à oreille, un témoignage de la confiance et de la réputation qu'elle a su bâtir au fil des ans. La relation avec le skipper est tout aussi particulière : « La relation avec le skipper est assez spéciale : il doit avoir totalement confiance en mon travail et moi, je mets toutes mes compétences au service de son projet. Mon boulot, c'est que son rêve puisse techniquement se réaliser. » Cette symbiose entre le préparateur et le marin est le fondement de la réussite en course au large, où la performance du bateau dépend intrinsèquement de la qualité de sa préparation.
Decosail : Genèse et Ascension d'un Acteur Majeur du Covering Nautique
L’histoire de Decosail est intimement liée à la Mini Transat et à l'ingéniosité de son fondateur. Dans l’univers de la course au large, l’image du bateau est presque aussi importante que ses performances. C’est ce qui a conduit le futur fondateur de l'entreprise à s'intéresser à l'esthétique des voiliers. Sébastien Pebelier, un ancien du chantier Nautymor à Hennebont, a démarré l’aventure presque par hasard, en stickant les bateaux de ses amis « ministes ». Face à une demande grandissante, il décide de structurer son activité et fonde Decosail en 2018.
C’est alors que Colombine Blondet, elle-même en préparation de la Mini Transat 2021, rejoint l’aventure, apportant avec elle sa connaissance approfondie du milieu de la course et des exigences des skippers. L’arrivée d’Émilie Masselin en 2021 marque un tournant significatif pour l'entreprise. Issue du secteur de la signalétique et du décor graphique, elle apporte une expertise précieuse et formalise les techniques. « Avant, on faisait tout un peu au hasard, raconte Colombine Blondet. Émilie nous a appris les bonnes méthodes, et ça a changé notre manière de travailler. » Emilie Masselin, quant à elle, venait principalement du secteur des véhicules. Elle a dû rapidement s’adapter et se familiariser avec le vocabulaire du nautisme. « Les clients me parlaient comme si je connaissais ce milieu mais ce n’était pas le cas », se souvient-elle, amusée, illustrant son rapide apprentissage. Pourtant, moins de deux mois après son arrivée, Emilie Masselin prend la barre de Decosail, alors que ses deux collègues sont partis en course pour la Mini Transat, démontrant une capacité d'adaptation et de leadership remarquables.
Depuis lors, Decosail est devenu un acteur incontournable du covering nautique. Installée dans un atelier de 1 000 m² à Lorient, l’équipe dispose d’une grande salle de covering pour travailler à l’abri des intempéries, ainsi que d’un grand plancher de 800 m² dédié à la peinture des voiles. Ces infrastructures permettent à Decosail d'offrir des services complets, de la conception graphique à l'application. Le bureau n’est pas qu’un espace administratif : il permet aussi l’impression des matériaux plastifiés et leurs découpes, assurant ainsi une maîtrise totale de la chaîne de production et une réactivité optimale face aux demandes des clients. Grâce à deux packs machines - une pour la découpe et l’autre pour la plastification - le travail est optimisé, permettant par exemple qu'un covering puisse être posé en deux jours. L'entreprise s'est structurée avec l'embauche de nouveaux talents, renforçant son expertise : Noa, issu de l’école Grafipolis à Nantes, comme Émilie, et Emmanuelle, spécialisée en sérigraphie et dotée d'une grande force de proposition. « C’est la tête pensante de l’équipe », raconte fièrement Émilie à propos d'Emmanuelle.
Decosail, située au cœur de la "Sailing Valley", a su gagner la confiance de figures emblématiques de la voile. L'équipe de Decosail a effectué de nombreux services pour plusieurs concurrents du Vendée Globe, allant du covering de coque à la peinture de voiles. Des skippers de renom tels que Clarisse Cremer, Tanguy le Turquais, Conrad Colman et Yannick Bestaven ont tous placé leur confiance en eux. Un covering en cours sur un Ocean Fifty est une illustration de la diversité des projets pris en charge par l'entreprise. Outre les voiliers de course, Decosail s’ouvre peu à peu aux bateaux de propriétaires, élargissant ainsi sa clientèle. L’objectif est clair : grandir, tout en conservant l’ADN artisanal et l’attention au détail qui ont fait leur réputation. Le marché du covering est en plein essor, notamment auprès des propriétaires de bateaux de plaisance qui cherchent une solution à la fois esthétique et fonctionnelle. Le covering permet non seulement de personnaliser un bateau mais aussi de le protéger des agressions extérieures, offrant une alternative économique et rapide à la peinture.
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L'entreprise affiche une croissance solide avec 2024 sales of €650,000 and annual growth of 15%. En attendant, l’atelier continue de tourner à plein régime, avec une montée en puissance dès le mois de mars, au début de la saison. Le carnet de commandes se remplit vite, preuve que Decosail a su s’imposer comme un acteur clé du covering nautique. Et voilà une belle case de cochée sur ce chantier d’hiver 2024/2025 : une nouvelle déco sur Kaïros 552. Le bateau est prêt à repartir au chantier Nathyachting à Hennebont pour la suite du travail. Une nouvelle fois, et voilà une belle case de cochée sur ce chantier d’hiver 2024/2025 : une nouvelle déco sur Kaïros 552. Le bateau est prêt à repartir au chantier Nathyachting à Hennebont pour la suite du travail, marquant la continuité de l'activité intense et la satisfaction des clients.
La Transmission chez Decosail : Un Duo Complémentaire à la Barre
Après sept années de développement sous la direction de Sébastien Pebelier, l'entreprise lorientaise Decosail a récemment changé de mains, incarnant une transition entre passionnés. Fondée en 2018 par Sébastien Pebelier, Decosail s'est imposée comme une référence dans le domaine du covering et de la peinture sur voile, notamment auprès des teams de course au large, mais également auprès des plaisanciers. Depuis ses débuts, l'entreprise a connu une croissance constante, s'appuyant sur ses locaux de 1 000 m² à Lorient, avec une zone dédiée au covering capable d'accueillir simultanément un Class40 et un Mini 6.50. Ce passage de flambeau, une reprise enracinée dans l'expérience, marque un nouveau chapitre pour l'entreprise.
Après cinq années passées au sein de l'équipe, Colombine Blondet et Émilie Masselin ont repris 100 % des parts de Decosail, concrétisant ainsi leur engagement et leur vision pour l'avenir de la structure. Sébastien Pebelier, pour sa part, accompagnera cette transition pendant six mois avant de prendre une pause dans sa vie professionnelle pour se consacrer à un projet personnel, assurant une passation en douceur et la pérennité de l'entreprise. Colombine Blondet et Émilie Masselin forment un duo complémentaire. Leur partenariat repose sur une expérience avérée et une compréhension approfondie des attentes des clients, depuis la préparation des bateaux jusqu'à la création de vitrines pour les stands, ainsi que des services sur mesure pour les skippers et leurs équipes. « Nous avons vu l'entreprise grandir et évoluer, et nous sommes fières d'en reprendre la direction aujourd'hui pour continuer à construire sur ces bases solides », affirme Colombine Blondet, soulignant la continuité et l'ambition de ce nouveau leadership.
Émilie Masselin, qui, par la suite de ses études de graphisme, a suivi une formation de management, incarne cette volonté de structuration et de développement. Elle confie : « Moi, je veux continuer à poser, même si je gère aussi la boîte », illustrant la volonté de ces nouvelles dirigeantes de maintenir un contact direct avec le cœur de métier et de ne pas se contenter des aspects administratifs. Leur vision pour l'avenir de Decosail est claire : s'appuyer sur les fondations solides établies, tout en explorant de nouvelles avenues de croissance et d'innovation. Decosail fabrique également des vitrines, élargissant encore son champ d'action au-delà du simple covering de bateaux.
Les Enjeux du Covering Nautique : Entre Esthétique, Fonctionnalité et Durabilité
Le covering, cette technique d'habillage des surfaces par application de films adhésifs, offre une alternative économique et rapide à la peinture traditionnelle pour les bateaux. Au-delà de l'aspect esthétique, qui permet de personnaliser un bateau aux couleurs de sponsors ou avec des designs uniques - comme cette déco imaginée par la designer de voiliers Isabelle Keller pour un Mini 6.50 aux couleurs de Reporters Sans Frontières -, le covering permet aussi de le protéger des agressions extérieures, telles que les UV, les intempéries et les frottements. C'est une solution fonctionnelle qui contribue à la longévité et à l'entretien des coques.
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Cependant, le secteur du covering, comme beaucoup d'autres industries, est confronté à des questions écologiques, notamment en raison des déchets plastiques générés par la découpe et l'application des films. Jusqu’à récemment, ceux-ci étaient envoyés en Finlande pour être recyclés, mais cette solution posait un problème de bilan carbone, compte tenu des distances de transport. Conscients de cet enjeu, les membres de Decosail ont cherché une alternative plus locale et plus responsable. Désormais, certains déchets sont broyés et réutilisés comme isolants. Cette démarche constitue une première étape significative pour réduire l’empreinte écologique du covering, même s’il reste du chemin à parcourir pour optimiser encore davantage ce processus. La recherche de solutions durables est un axe de développement essentiel pour l'avenir du covering nautique, alliant performance esthétique et respect de l'environnement.