Go Nagai : L’odyssée des robots géants, de l’histoire à la collection

L’éveil d’un pionnier : Go Nagai et la genèse du Mecha

La culture manga et l’animation japonaise ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui sans l’apport visionnaire de Go Nagai. Né en 1945, Kiyoshi Nagai, de son vrai nom, s’est imposé comme l’un des mangaka les plus respectés de la profession. Contemporain de figures légendaires comme Osamu Tezuka et Leiji Matsumoto, Nagai a su, dès le début des années 70, insuffler une dynamique nouvelle à des genres qui allaient devenir les piliers du divertissement mondial, notamment le genre « mecha ».

L’idée fondatrice du robot piloté de l’intérieur, véritable révolution narrative, est née d’une anecdote célèbre : alors qu’il était coincé dans un embouteillage, le jeune auteur s’est imaginé pouvoir s’envoler avec sa voiture. Cette illumination a donné naissance en 1972 à Mazinger Z. Bien avant que je débute ma carrière, nombre d’écrivains de manga de la génération précédente, comme Maître Osamu Tezuka, avaient sorti des histoires de robots, mais quand je lisais ces histoires, je me demandais toujours comment faire pour que le lecteur s’identifie à ces personnages de métal. L’innovation de Nagai fut d’injecter de nouvelles idées dans ce concept avec beaucoup d’inspiration et de flair, transformant le robot en une extension de l’humanité.

Mazinger Z et Goldorak : Les piliers d’une mythologie

Au fil de sa carrière, Go Nagai a créé des œuvres majeures comme Cutey Honey ou Devilman. Pourtant, ce sont ses géants de fer qui ont marqué l’inconscient collectif, surtout en Europe. Si Mazinger Z fut la toute première série sur un robot, Goldorak (UFO Robot Grendizer) en représente une suite plus travaillée et soignée. Pour l’auteur, Devilman est l’œuvre pour laquelle il a le plus d’affection, car elle était très difficile à concevoir, tant physiquement que psychologiquement.

Le succès de Goldorak en France, débuté en 1978 dans l’émission Récré A2, n'était pas planifié. Le PDG de la Toei avait alors bradé un grand nombre de séries animées pour investir le marché occidental. Ce rôle de déclencheur, Go Nagai ne l’a jamais revendiqué. Il s'agissait d'une commande d'un fabricant de jouets, Bandai, qui souhaitait développer un robot. Malgré cela, l’impact fut prodigieux, ouvrant la voie à l’implantation de nombreuses licences nipponnes en Europe.

L’architecture narrative des mangas : Entre le papier et l’écran

L’histoire de la publication des mangas de Nagai est complexe. Le récit de Goldorak porte non seulement la marque de Gô Nagai, mais également celle de Ken Ishikawa, l'un de ses plus fidèles collaborateurs qui a connu un énorme succès l'année précédente avec la série Getter Robo. Ce récit illustre de façon claire et sous forme de cross-over le lien existant entre Goldorak et les deux robots qui l'ont précédé : Mazinger Z et Great Mazinger.

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Dans les versions papier, la structure diffère souvent de l’animation. Par exemple, contrairement à la série, tout le monde au ranch connaît la nature d'extra-terrestre d'Actarus et sait qu'il pilote Goldorak. Les Golgoths sont parfois pilotés, ce qui en ferait des antéraks, tandis qu'ils sont télécommandés à distance dans d'autres continuités. Ces variations montrent la richesse de l’univers nagaïen, qui a su se réinventer à travers les mains de collaborateurs talentueux comme Yuu Okazaki ou Gosaku Ota, tout en conservant une identité visuelle forte.

La dimension humaniste et philosophique des robots

Loin d’être de simples jouets de combat, les robots de Go Nagai sont des vecteurs de messages profonds. Dans une interview accordée à la chaîne publique de Suisse italienne RSI, l’auteur souligne : « Mes robots symbolisent la conflictualité qui fait partie de nous tous ». Ces machines ne sont pas intrinsèquement bonnes ou mauvaises, mais dépendent de la morale et des intentions de leur pilote.

L’auteur, qui puise ses inspirations dans des œuvres aussi variées que la Divine Comédie de Dante ou les romans de science-fiction de John Wyndham et Arthur C. Clarke, cherche à raconter les guerres et les conflits qui existent entre les êtres humains. Le robot offre aux enfants la possibilité d’être plus forts que leurs parents, un moteur puissant pour l’identification. Cette dimension humaniste est le cœur battant de ses récits, où le fantastique et la science-fiction servent de miroir aux bêtises et aux espoirs de l’humanité.

Le Musée Go Nagai Wonderland et le pèlerinage à Wajima

Pour les passionnés, la ville de Wajima, ville natale du mangaka, abrite le musée Go Nagai Wonderland. Ouvert en 2009 grâce aux efforts de Dynamic Production et de Bandai, ce lieu est une immersion dans l'univers de l'auteur. Malgré sa taille modeste, le musée retrace les étapes clés du créateur, de ses débuts avec le manga érotique Harenchi Gakuen jusqu’à ses dark heroes comme Devilman.

La visite permet de constater que la sexualité a souvent été au cœur des histoires de Go Nagai. Le musée propose également des reproductions à l’échelle, des planches originales et une boutique où, curieusement, Goldorak est très peu présent. Cette discrétion contraste avec la ferveur des fans européens. Pour les non-Japonophones, l’expérience peut être frustrante en raison du manque de traductions, mais le lieu reste un témoignage vibrant de l’héritage culturel laissé par Nagai dans sa propre région.

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