Les Racines et le Mythe de la Surf Music
Le surf et la musique ont toujours été de bons amis. Si le surf rock n’aurait pas survécu à la deuxième partie des années soixante sans une chute brusque de la hype, il reste le socle culturel fondamental de cette communauté. Dick Dale, surnommé « The King Of Surf Guitar », a largement contribué à mouler le genre au début des années soixante. À l’instar des origines libano-polonaises du guitariste, le surf rock lui aussi vient d’ailleurs. La planche vient d’Hawaï, les sonorités d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient. Le surf rock du début des sixties, c’est un peu l’histoire d’un alignement des planètes au-dessus de la Californie, une terre où la jeunesse américaine se prend à rêver d’un autre mode de vie que l’American Way of Life très conformiste.
Il est impossible de faire un top des meilleures chansons pour surfer sans mentionner les Beach Boys. Chaque été depuis 1963, « Surfin’ USA » est probablement l’une des chansons les plus écoutées et celle que l’on utilise dans presque tous les films de surf. En même temps si on écoute les paroles, on peut connaître tous les spots de surf des États-Unis. Avant de devenir le groupe de rock ambitieux aux atours psychédéliques qu’on lui connaît, les Beach Boys ont participé à l’essor de la surf music, notamment avec l’album Surfin’ USA qui mettait l’accent sur des instrumentaux surf, une reprise de Dick Dale et une version impeccable de « Misirlou ». Quoi de mieux qu’un vieux classique de surf-rock à fredonner dans un tube qui n’est autre que la bande son du film Pulp Fiction ? Tiré de l’album Surfer’s Choice, « Misirlou » et son interprète et auteur Dick Dale ont posé les bases de la surf-music aux États-Unis dans les années 60.
L’Évolution des Styles : Entre Reggae, Rock et New Wave
Le reggae est bien un des genres musicaux à coller avec le mode de vie des surfeurs : profiter de la vie, aimer tout le monde et être heureux. À l’instar de Bob Marley, le reggae a rassemblé une grosse communauté dans le surf des années 70. Le sentiment de liberté dans l’eau et le fait de prendre plaisir à surfer, ce sont les seules choses qu’un surfeur a besoin dans la vie (et écouter du reggae bien sûr). Peter Tosh avec « Johnny B. » est un exemple parfait. Imaginez-vous en train de prendre les vagues au ralenti en faisant des aerials ou des rollers avec comme fond sonore ce titre.
Le rock californien va, lui aussi, toujours de pair avec l’esprit surf. Si vous devez choisir la bande originale de votre surf trip, « Allah-Las » est le groupe de rock californien qui réussit à nous faire voyager juste en écoutant leurs chansons au style anachronique venu tout droit des années 60. Aucun album est à jeter même si on a une préférence pour leur album éponyme sorti en 2013. Par ailleurs, comme dans un clip, imaginez-vous la board sous le bras à regarder l’océan pour évaluer le swell avec The Eagles dans vos écouteurs. Pour le côté français, le groupe La Femme, originaire de Biarritz, a sorti le morceau « Sur la Planche 2013 » dans le style new wave qui est vraiment parfait pour prendre les vagues. Ce n’est pas pour rien si le cœur du groupe s’est rencontré à Biarritz.
L’Artiste-Surfeur : Quand la Planche rencontre la Guitare
Il n’est pas rare de voir des surfeurs eux-mêmes faire de la musique. Certains troquent leur planche pour un micro ou une guitare. Commençons par le surfeur le plus populaire au monde : Kelly Slater. Plus connu pour ses 11 titres de champion du monde, il s’essaie de temps en temps à la musique et le résultat est plutôt cool. Parler de surf et musique sans parler de Tom Curren c’est difficile. Trois fois champion du monde de surf, le californien désormais cinquantenaire est aussi à l’aise muni d’une guitare et d’un micro.
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Jack Johnson est une figure incontournable. Son titre « Banana Pancakes » est une ode à l’amour et à la grasse mat’, le cocktail parfait pour des vacances au top sans oublier le surf. Son compositeur et interprète n’est autre que le fils du surfeur pionnier Jeff Johnson, qui s’épanouit dans la surf music avec sa guitare après s’être gravement blessé sur le spot de Banzai Pipeline à l’âge de 17 ans, ce qui signe l’arrêt de sa carrière en tant qu’athlète professionnel. Donavon Frankenreiter, ancien surfeur professionnel, l’homme à la moustache, mérite bien sa place dans la playlist surf. Dimitri Ouvré, surfeur originaire de St-Barth, s’est lui aussi essayé à la musique à la suite d’une blessure et c’est devenu une véritable passion. Il est même en train de monter un groupe avec un de ses amis, « DMC Mob ». Enfin, Tom Frager reste le surfeur français le plus connu du grand public pour sa musique. Outre sa célèbre « Lady Melody », le surfeur continue de faire sa route en musique mais loin du business des maisons de disque, il est pour le moment en auto-production pour « plus de liberté ».
L’Ère des Clips Vidéos et l’Impact du Montage
Le mariage de la technologie numérique et du clip vidéo a transformé la perception du surf. L’industrie musicale a traversé l’une de ses plus grandes mutations avec l’avènement de YouTube en 2005. Le heavy metal dans le surf est vraiment l’un des meilleurs styles de musique pour les montages vidéos. Des compilations des vidéos où l’on voit des types enchaîner des tricks de fou avec une musique transcendante comme Iron Maiden, tout ce qu’on aime. Cory Lopez, des airs, des gros tubes et du punk : une recette qui a fait ses preuves dans les années 90 et 2000 dans les vidéos de son sponsor de planches Lost.
L’histoire du clip est marquée par des évolutions techniques majeures. En 1991, John Landis réalise le premier morphing de l’histoire du clip pour « Black & White » de Michael Jackson. Dans les années 2000, ce nouveau medium voit émerger de futurs grands réalisateurs comme Michel Gondry, David Fincher ou Spike Jonze. Le vidéoclip devient un art visuel à part entière. Par exemple, avec le titre « Moussaka - Samo pesma zna », l’histoire se déroule dans les années 80 en ex-Yougoslavie, où le groupe découvre des vagues parfaites en se rendant à un concert.
L’Intelligence Artificielle et le Futur de la Création Musicale
L’épineuse question de la place de l’IA dans la musique est actuellement au cœur des débats. SORA, le générateur de vidéos développé par OpenAI, permet à l’aide d’un prompt de réaliser un vidéoclip selon les consignes données par l’utilisateur. En juin dernier, sortait ce qui est considéré comme l’une des premières vidéos clips entièrement réalisée par l’IA pour le titre « Notes from A Quiet Life » de l’artiste Washed Out. Mais comme derrière toute IA, il y a un prompt, et que derrière tout prompt, il y a un homme, c’est le réalisateur Paul Trillo qui est derrière les manettes de cet assemblage de 55 vidéos collées les unes après les autres.
Jamie Harley, réalisateur de clips, estime que l’appellation « Intelligence Artificielle » est en soi extrêmement trompeuse : « Ces systèmes sont basés sur la détection et l’apprentissage de patterns et leur reproduction de façon prédictive, rien de plus pour l’instant ». Il souligne que le problème est plutôt dû aux utilisateurs, à une certaine paresse et à un manque de créativité. « Ce n’est pas de la faute de l’IA si on s’en sert surtout pour générer des vidéos de Will Smith en train de manger des spaghettis ». En musique comme en image, l’IA doit rester un outil supplémentaire, comme le sampler ou les logiciels d’image de synthèse ont pu l’être dans le passé.
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