Le cincle plongeur: Habitat, alimentation et reproduction

Le cincle plongeur (Cinclus cinclus) est un passereau fascinant, totalement adapté à un mode de vie aquatique dans les rivières et les torrents où il cherche sa nourriture sous l'eau. On le surnomme le merle d'eau.

Caractéristiques générales

Le cincle plongeur ressemble à un gros troglodyte. Il mesure de 17 à 20 cm de long, avec une envergure allant jusqu'à 30 cm et un poids moyen de 60 à 70 grammes. Sa longévité est de 8 à 10 ans. Il est facile à identifier sur le cours d'eau qu'il occupe car sa recherche de nourriture active le rend visible. Il suffit de trouver le bon poste d'observation. La première chose que l'on voit de l'oiseau et qui est frappante, c'est l'ensemble gorge-poitrine très blanc qui attire l'œil. La calotte, les côtés de la tête et la nuque sont brun-chocolat. Suivant les sous-espèces, la poitrine blanche est ou non soulignée par une zone d'un brun-roux chaud. Tout le reste du plumage est gris-ardoise. Les plumes de couverture du dessus du corps et des ailes ont le gris d'aspect écailleux. Le bec est noir, l'iris couleur miel et les pattes rosâtres. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel. Le juvénile est facile à reconnaître. La silhouette est bien sûr identique à celle de l'adulte, c'est le plumage qui est différent. Celui-ci est gris-brun froid avec le blanc devant beaucoup moins vif et marqué de grisâtre sur la poitrine. Les rémiges et les grandes couvertures ont un net ourlet pâle. Le plumage a aussi un aspect écailleux dessus. Le bec est souvent en partie jaune et les pattes sont roses. Les sexes sont semblables là encore.

Habitat et répartition

Le cincle plongeur vit dans les cours d'eau et les torrents des zones boisées d'altitude, là où l'eau est la plus pure, car il est très sensible à la pollution. Le cincle fréquente les eaux vives, pures et claires de la partie amont torrentueuse des cours d'eau et ce toute l'année car il est sédentaire. C'est là qu'il trouve les petites proies aquatiques dont il se nourrit. Les secteurs rocheux et escarpés sont spécialement prisés car indispensables à la nidification. De ce fait, il n'est pas étonnant que le cincle soit avant tout un oiseau des milieux d'altitude. Lorsque le substrat rocheux naturel fait défaut, il peut se satisfaire de sites artificiels tels que les digues et déversoirs de diverses retenues à condition qu'ils puissent accueillir son nid. Autre contrainte pour lui, les eaux doivent, au moins en partie, rester libres de glace tout l'hiver pour qu'il puisse se nourrir. Dans le cas contraire, il peut effectuer de petits déplacements vers l'aval.

C'est un oiseau sédentaire que l'on trouve en Europe de l'Ouest, en Eurasie et au Maghreb. En France, même s'il vit de préférence dans les zones de montagne (Alpes, Pyrénées, Massif Central, Vosges et Jura ainsi que les massifs de Corse), il est également présent dans des régions plus planes.

13 sous-espèces sont décrites, avec des différences dans la nature et la disposition des couleurs des parties inférieures. La ssp "cinclus" par exemple a le ventre brun sombre, "leucogaster" l'a blanc, "cashmeriensis" a la poitrine brun clair, etc., mais la silhouette et le comportement sont les mêmes.

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Le cincle est un bon exemple de l'effet de l'isolement géographique qui est à l'origine de la diversité en sous-espèces, au nombre de 13. L'aire de répartition, essentiellement eurasienne, va de la façade atlantique au centre de la Chine en épousant les différents reliefs rencontrés, en France, chaine pyrénéenne, Massif central, Alpes, Jura, Vosges, Plateaux lorrains et massif ardennais. À l'échelle de l'Eurasie, on peut les citer tous, des reliefs calédoniens à l'ouest à la chaine himalayenne à l'est. L'Afrique n'est occupée que dans les atlas maghrébins. L'espèce est absente de la péninsule arabique et de la plus grande partie du sud de l'Asie, trop chaud.

Alimentation

Une bonne partie de son temps est consacrée à enchaîner les plongeons en toute saison, jusqu'à 600 fois par jour ! Il pénètre sous l'eau pendant quelques secondes (où il voit très bien) et se stabilise debout sur le fond grâce à ses pattes longues en écartant légèrement ses ailes pour résister au courant.

Le cincle plongeur consomme des crustacés d'eau douce, des larves et insectes aquatiques, des petits poissons et des vers et invertébrés. Il raffole notamment des gammares, ces petits crustacés d'eau douce, ainsi que des larves et insectes aquatiques, des petits poissons ou encore des araignées. C'est un pêcheur inlassable qui engloutit quotidiennement l'équivalent de son poids. C'est dans l'eau de la partie amont des cours d'eau aux eaux vives que le cincle se nourrit. Pour cela, on s'attendrait à des pattes palmées, mais non. Il a des pattes fortes aux doigts munis d'ongles acérés capables de s'accrocher aux aspérités du lit. Il marche littéralement dans et sous l'eau, s'aidant de ses ailes pour jouer avec le courant. C'est un insectivore qui se nourrit des invertébrés aquatiques vivant dans l'eau. Ce sont majoritairement des arthropodes qui sont recherchés, tout spécialement les larves d'insectes tels que éphémères, phryganes, plécoptères, odonates, mais aussi de petits crustacés comme les gammares, de petits mollusques, rarement de petits poissons. C'est du bec qu'il recherche ses proies sur et sous les éléments du substrat caillouteux ou rocheux.

Parfaitement adapté à la vie aquatique, le cincle plongeur bénéficie d'un plumage imperméable.

Reproduction

Les parents construisent un nid de mousse qu'ils garnissent de feuilles et d'herbe avec une entrée sur le côté, nid qu'ils installent dans une crevasse ou sous un pont. Le nichoir puisqu’il est suspendu sous un pont doit être résistant, avec une fixation solide. «Un pont de pierre au-dessus d’un petit cours d’eau rapide, rocailleux et non pollué, c’est un environnement favorable qui devrait plaire à un couple de cincles plongeurs.» s’est dit un membre de l’association Oiseaux Nature en voyant le pont de Tendon enjambant le ruisseau de la Hutte.

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Le Cincle plongeur est monogame et territorial. La taille du territoire, en longueur de berge, varie suivant la richesse en proies de l'eau et va de 4-500 m à 2 km environ. Le nid est construit à proximité immédiate de l'eau, le plus souvent dans une anfractuosité d'une paroi rocheuse dominant l'eau. Mais ce peut être aussi une paroi terreuse avec racines d'arbre apparentes ou alors dans un contexte artificiel à la faveur d'un ouvrage tel qu'un mur de soutènement, un pont, un déversoir, etc. Le territoire est défendu de la voix par le mâle. Le couple construit ensemble le nid qui est une grosse boule de mousse incluant quelques brins d'herbe et feuilles mortes avec orifice d'entrée latéral car l'édifice est sous un surplomb à faible hauteur au-dessus de l'eau.

La femelle couve de 3 à 6 petits œufs pendant un peu plus de 2 semaines. La nidification commence tôt en saison, dès février, et se poursuit jusqu'en juin suivant les situations, ce qui autorise souvent 2 nichées successives. La femelle dépose en général 4 ou 5 œufs blancs qu'elle incubera seule 15 à 18 jours. Les jeunes sont nidicoles, nourris au nid par le couple pendant environ 3 semaines puis après la sortie du nid pendant encore 2 semaines avant d'être autonomes. Le tout aura pris près de 2 mois. Si la nidification a commencé en février, cela mène à fin avril et une 2e nichée peut suivre. Les parents nourrissent ensuite les petits (comme sur la photo que nous présentons) qui savent nager avant de savoir voler. Les juvéniles, reconnaissables à leur couleur grise striée sur le poitrail quittent ensuite leurs parents pour aller s'établir sur leur propre territoire.

Statut de sauvegarde

Même s'il n'est pas considéré comme une espèce menacée sur le plan national, le statut de sauvegarde du cincle plongeur varie fortement d'une région à l'autre. Inféodé aux cours d'eau et torrents les moins pollués, il est logiquement plus rare là où ceux-ci sont dégradés par la pollution. Le Cincle plongeur n'est pas menacé actuellement et relativement commun dans son habitat particulier. La densité spécifique est comprise entre 1 et 10 couples pour 10 km de cours d'eau favorable. Mais si l'on n'y prend pas garde, il peut subir de plein fouet toute pollution des eaux agissant sur la microfaune consommée. Par ailleurs, les changements climatiques en cours, qui deviennent prégnants, ne peuvent avoir qu'un effet négatif sur cette espèce spécialisée, toujours par le biais des proies. Il convient d'être attentif.

Comportement

Bien évidemment, c'est le lien à l'eau qui est le trait le plus remarquable. L'eau détermine toute la biologie de l'espèce. C'est dans l'eau qu'il recherche sa nourriture et celle de ses jeunes, c'est au-dessus de l'eau qu'il construit son nid en boule. Les courtes ailes convexes et arrondies ainsi que les fortes pattes griffues sont une adaptation à ce mode de vie. Il peut disparaitre complètement dans l'eau, marcher sur le fond et "voler" en surface ou sous l'eau. Un comportement facile à observer quand il est actif au bord de l'eau, les repliements nerveux des pattes agitant le corps de haut en bas. Dans le même temps et avec le même rythme, il bat de la queue verticalement et déploie partiellement les ailes latéralement. C'est amusant. On dirait un gros troglodyte mécanique. Le cours d'eau pouvant subvenir à ses besoins toute l'année, le cincle est une espèce sédentaire. L'oiseau rase l'eau d'un vol direct et rapide mais on voit tout de suite que ce n'est pas un migrateur. Il survole le moins possible les terres.

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