Le monde de la voile est un univers où la passion pour la mer se mêle à une quête incessante d'innovation, de performance et de confort. Des yachts de luxe aux multicoques de course, chaque navire incarne une vision unique de la navigation, façonnée par des architectes, des constructeurs et des marins expérimentés. Cette exploration nous mène à travers des témoignages d'experts et des récits de constructions audacieuses, dévoilant les coulisses de la conception et de la vie en mer de voiliers hors du commun.
L'Océanis Yacht 62 : Performance et Usage Familial sous le Regard de Christian Gout
Avec l'Océanis Yacht 62, le chantier Bénéteau est entré de belle manière sur le marché des voiliers de luxe de plus de 60 pieds. Ce modèle prestigieux s'est rapidement distingué par son concept novateur et son aménagement intérieur des plus raffinés, marquant une étape significative dans l'offre de plaisance haut de gamme. Au-delà de ses atouts esthétiques et de confort, une question fondamentale se pose pour les propriétaires et futurs acquéreurs : comment ce yacht se comporte-t-il réellement en navigation et quelle est sa facilité d'utilisation, notamment en équipage familial ?
Pour apporter des réponses concrètes et basées sur une expérience approfondie, ActuNautique a eu l'opportunité de rencontrer Christian Gout. Christian Gout est un skipper émérite, co-fondateur de La Baule Yacht School et un coach reconnu auprès de plaisanciers propriétaires. Sa connaissance intime de l'Océanis Yacht 62 est le fruit d'une pratique régulière de son skipper. Au micro de Nicolas Venance, Christian Gout partage son expérience précieuse concernant le comportement en navigation de ce voilier d'exception, ainsi que sa facilité ou non à être utilisé en équipage familial. Ses observations détaillées offrent un aperçu essentiel pour quiconque s'intéresse à la performance et à la maniabilité d'un tel géant des mers, soulignant les compromis et les réussites d'un yacht conçu pour allier luxe, voyage au long cours et accessibilité.
Guy Delage : Un Sillage de 450 000 Milles et une Quête Ininterrompue des Horizons
« Quand le dernier arbre sera coupé, la dernière rivière empoisonnée, et le dernier poisson capturé, alors vous comprendrez que l'argent ne se mange pas. » Cette citation, résonnant avec une conscience écologique profonde, trouve un écho particulier dans la philosophie de vie et de navigation d'hommes tels que Guy Delage. Après 15 années à parcourir les océans sur ses voiliers de charter et sur ses grands multicoques de course, après un sillage de 450 000 milles dont plusieurs dizaines de traversées de l’Atlantique, Guy Delage confie aimer toujours autant aller à la poursuite des horizons courbes qui s’enfuient sans cesse derrière les vagues. Son parcours est jalonné de projets maritimes audacieux, de constructions innovantes et d'expériences qui ont repoussé les limites de la navigation. Il a été l’inspirateur de nombreux voiliers qui l’ont fait vibrer, chacun portant l'empreinte de sa vision unique de la mer et de la conception navale.
Les Pionniers : "Salamandre" et le Début d'une Épopée
L'aventure de Guy Delage dans la conception et la construction navale a débuté bien avant ses exploits les plus médiatisés. Son premier bateau en propre, acquis en 1977, fut le catalyseur de cette passion dévorante. Il le réaménagea et le rééquipa entièrement, tout en naviguant inlassablement entre la Méditerranée et les Antilles, acquérant ainsi une connaissance empirique fondamentale des besoins d'un marin au long cours. Cette expérience initiale a préparé le terrain pour des projets plus ambitieux.
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C'est ainsi que le monocoque « Salamandre », de 12 mètres de long, a vu le jour en Septembre 1978. Construit en aluminium aux chantiers Pouvreau à Vix en Vendée, ce voilier se distinguait par son avant-gardisme. Il préfigurait les générations de voiliers modernes à arrière très large, une caractéristique de design qui allait devenir courante des décennies plus tard, optimisant la puissance sous voiles et le volume habitable. Avec « Salamandre », Guy Delage participa à la première Route du Rhum, une course transatlantique en solitaire réputée pour sa difficulté. Son exploit fut remarquable : il termina second dans sa catégorie et neuvième au classement général, un résultat impressionnant devant des voiliers de taille beaucoup plus importante. Cette performance a démontré non seulement la qualité de la conception de « Salamandre », mais aussi le talent de navigateur et la détermination de Guy Delage.
L'Ère des Praos : "Rosières" et "Funambule", Entre Innovation et Défis
Les années 1980 ont marqué l'engagement de Guy Delage dans l'exploration des multicoques, notamment avec la construction de praos, des voiliers dont les coques sont asymétriques, privilégiant la vitesse. En 1982, le prao "Rosières" a été construit en utilisant toutes les technologies modernes disponibles à l'époque, dans le but d'associer légèreté et résistance. Ce projet ambitieux rencontra malheureusement des difficultés structurelles inattendues. Les calculs de structure initiaux de l’architecte Gilles Ollier se révélèrent faux, entraînant un retard considérable dans le projet et obligeant à une mise au point extrêmement hâtive avant la participation à la Route du Rhum 82. Le voilier, par suite d’une panne de pilote automatique due à l'incompétence de l'installateur, et d’une prise de risque consécutive à cette avarie, dut se replier seulement 18 minutes après le départ de la course. Cet épisode, bien que décevant, soulignait la complexité des innovations et l'importance d'une exécution irréprochable dans les projets de navigation de haute performance.
Précédemment, le prao "atlantique" Funambule avait déjà marqué les esprits. Il fut la première construction composite « amateur » de Guy Delage, témoignant de sa capacité à maîtriser des techniques de pointe. Funambule était un bateau très typé, optimisé pour certaines conditions de navigation. Il souffrait de lacunes importantes aux allures de près, où sa remontée au vent était moins efficace que d'autres types de voiliers. Cependant, sa polaire de vitesse privilégiait les allures du vent de travers, où il pouvait exprimer tout son potentiel de rapidité. Comme tous les praos, il demandait une vigilance extrême en traversée océanique en raison de sa conception particulière. Malgré ces défis inhérents à sa typologie, Funambule a connu une série de succès éclatants en 1981, démontrant l'efficacité de sa conception dans des conditions adaptées. Il a remporté le Tour de la Guadeloupe et le Trophée des multicoques. Lors de la course New-York / Brest, il s'est classé premier dans sa classe et second au classement général. De plus, à la Semaine de vitesse de Brest, Funambule est devenu Champion du monde de vitesse en catégorie open, établissant un record qui allait tenir pendant cinq ans, prouvant ainsi la pertinence et la performance des choix techniques audacieux de Guy Delage.
Catamarans Innovants : D'Itzamma au Luxe Ultime
L'engagement de Guy Delage envers l'innovation s'est également traduit par la construction de catamarans performants et confortables. "Itzamma" est un exemple notable de cette lignée. Ce catamaran de croisière fut construit sur les plans de l’architecte naval Erik Lerouge. Erik Lerouge est reconnu comme faisant partie des rares architectes à posséder une vision globale de ses dessins, intégrant harmonieusement la structure et le design. Sa philosophie privilégie la performance, l'efficacité structurelle - et par conséquent la légèreté - ainsi qu'un haut rapport redressement/poids (RM) dans la conception de ses navires. Grâce à cette approche, "Itzamma" s'est révélé être un voilier rapide et confortable, ayant sillonné l’Atlantique et les Caraïbes pendant plusieurs années avant d’être vendu en 2006.
Plus tard, G. D. (Guy Delage) a été chargé du suivi de conception et de construction d’un grand catamaran qui représente l'apogée de la synthèse entre rapidité et luxe. Ce superbe catamaran a été terminé et mis à l’eau en février 2002. Il est la concrétisation de ce que l'on sait faire de mieux dans le domaine de la construction navale "one off" (sur mesure), sans pour autant atteindre les budgets astronomiques associés aux technologies aéronautiques. La construction a fait un usage très intensif du carbone, un matériau prisé pour sa légèreté et sa résistance exceptionnelles. Ses dimensions imposantes (longueur : 21 m, largeur : 15 m) et sa surface de voilure de 160 m², propulsée notamment par un gennaker, le destinaient à des performances remarquables. La structure en sandwich Vinylester - Airex ou mousse de méthacrylate (Roycell) - verre garantissait une légèreté et une solidité optimales. Ce projet illustre la capacité à marier l'ingénierie de pointe avec le grand luxe pour des navires d'exception.
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"Montpellier Languedoc Roussillon" : L'Audace de l'Aile Rigide
Une autre incarnation de l'esprit novateur de Guy Delage fut le projet du "Montpellier Languedoc Roussillon". Ce voilier océanique est resté dans les annales pour une caractéristique particulièrement audacieuse : il fut le premier dont le gréement traditionnel fut remplacé par une véritable aile. Cette aile était équipée de dispositifs hypersustentateurs, des mécanismes complexes permettant d'augmenter la portance des voiles, une technologie directement inspirée de l'aéronautique. Le gréement aile avait été étudié de manière approfondie dans les écoles aéronautiques de Toulouse (notamment l'ENSICA) sous la houlette de Gilbert Saint Blancat, puis validé avec succès en soufflerie (CEAT), attestant de la rigueur scientifique derrière cette innovation.
Malgré son potentiel révolutionnaire, le projet a rencontré des obstacles politiques et techniques. Il fut malheureusement stoppé par le maire de Montpellier à la suite d'un changement de majorité au Conseil Régional, ce qui entraîna un désengagement politique. À cela s'ajouta un démâtage consécutif à la rupture d’une pièce défectueuse, scellant le sort de cette initiative avant qu'elle ne puisse pleinement démontrer ses capacités en compétition. L'histoire du "Montpellier Languedoc Roussillon" est celle d'une vision avant-gardiste, confrontée aux réalités politiques et aux inévitables aléas techniques de l'expérimentation.
"Dagda" : Monocoque Écologique et Tragédie Océanique
Le monocoque "Dagda" représente un chapitre particulièrement significatif dans l'œuvre de Guy Delage, incarnant sa vision d'un yacht alliant performance, confort et une profonde conscience écologique. Ce magnifique monocoque de 60 pieds était destiné à naviguer sur toutes les mers du globe, un véritable passeport pour l'aventure. Sa construction en strip planking, associée à une conception légère, le rendait juste insubmersible, un gage de sécurité en haute mer.
"Dagda" a écumé les Caraïbes et la Polynésie, utilisant la performance de ses voiles pour des navigations rapides et efficaces. Au-delà de ses qualités véliques, ce voilier était un modèle d'autonomie énergétique et de respect de l'environnement. Il était équipé d'un système complet d'énergies renouvelables : 1 kW de panneaux solaires, deux éoliennes, et, de manière particulièrement innovante, ses moteurs électriques en "reverse" produisaient l’énergie nécessaire à bord. Grâce à cette ingénierie, "Dagda" n'avait que les effluents humains comme seuls rejets, minimisant ainsi son impact sur les écosystèmes marins.
Les performances de "Dagda" étaient à la hauteur de ses ambitions écologiques. Le voilier a réalisé une vitesse moyenne de 9,3 nœuds sur les 70 000 milles qu’il aura parcourus, une prouesse pour un monocoque de cette taille. À plusieurs reprises, il a même atteint des vitesses impressionnantes de 18 nœuds dans des conditions de vent soutenu, témoignant de son potentiel dynamique. Alors qu’il s’apprêtait à descendre vers la Patagonie et l'Antarctique pour de nouvelles explorations, "Dagda" a été victime d'un événement tragique. Il a heurté un OFNI (Objet Flottant Non Identifié) en pleine nuit dans le Pacifique sud, au large des Australes. Malgré tous leurs efforts, Guy et Larysa n’ont pas été en mesure de le sauver et ont dû abandonner l'épave. L’éloignement du lieu du naufrage a rendu impossible toute tentative de le retrouver pour tenter de le renflouer, mettant fin brutalement à l'histoire de ce voilier écologique d'exception.
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