La traversée de l'Atlantique représente, pour tout marin, une étape majeure, un voyage initiatique et le théâtre d’un million d’histoires de courage, de force d’âme, de drame et d’aventure. Cette vaste étendue d’eau constitue depuis toujours un terrain d’expérimentation privilégié. Si vous rêvez d’entreprendre ce grand voyage, il est crucial de comprendre que préparer une transatlantique n’est pas une simple croisière, mais une entreprise sérieuse qui ne doit jamais être prise à la légère.
L'importance du choix du voilier : au-delà des idées reçues
Choisir son voilier pour une transat est souvent un sujet de longues discussions, bien que certains amoureux de la mer ne se soient pas posés autant de questions. Il est possible de traverser l'Atlantique à bord de voiliers aussi différents que des First 25, des Maxus 22, de vieux gréements, des Golif ou des voiliers typés régate comme un Dehler 34. Toutefois, se diriger vers le large est une aventure d’un autre niveau que la navigation côtière.
Les yachts qui peuvent être parfaits pour une saison de croisière en Méditerranée peuvent être inversement adaptés à la traversée d’un océan. N’importe quel yacht fera volontiers la traversée dans de bonnes conditions, à condition d’avoir suffisamment de vent et de carburant pour pouvoir naviguer lorsque le vent tombe. Cependant, les choses changent quand le vent et l’état de la mer se renforcent. Un yacht conçu pour offrir un maximum d’espace est à l’opposé de ce qui fait un excellent yacht de haute mer. Des coques bien formées permettent une navigation beaucoup plus sûre et confortable, avec une entrée et une sortie en douceur et des surplombs flottants qui absorbent les impacts. Les cockpits sont plus étroits pour réduire l’entrée d’eau, et les cabines ont des poignées et pas de grands espaces ouverts, ce qui signifie que l’équipage est en sécurité sous l’eau.
Critères de taille et de type de bateau
La taille du voilier n’est pas réellement un critère absolu, mais elle influence le confort et le budget. Un voilier de 9 ou 10 mètres est parfait pour traverser l’Atlantique sur un bateau maniable, en solitaire ou en couple. Un voilier de 10 à 12 mètres permet d’avoir plus de confort et de bénéficier d’une troisième cabine double, tout en conservant des coûts d’entretien et de réparation raisonnables. Les voiliers de plus de 12 mètres sont presque indispensables si vous souhaitez naviguer en famille ou accueillir régulièrement des amis.
Le choix entre neuf et occasion est une question de budget et de philosophie. Il est généralement admis que les voiliers plus anciens sont mieux adaptés à la vie en mer (table à carte, organisation des bannettes et du coin cuisine, et de l’espace en général). On ne compte plus les Rêves d’Antilles, les Vulcains et autres plan Gilbert Caroff qui ont multiplié les aller-retour sur l’océan. Pour autant, les voiliers modernes peuvent être aménagés pour faciliter la vie en pleine houle. Aujourd'hui, le multicoque est l’un des voiliers les plus recherchés pour traverser l’Atlantique. Les chantiers comme Outremer, Catana ou Lagoon sont très représentés. Pour les monocoques, la route vers les Antilles se faisant au portant, les voiliers avec un maître bau très reculé (Bénéteau, Jeanneau, Hanse, Pogo) sont avantagés, bien que le retour vers la France demande des capacités au près.
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Itinéraires et calendrier : rythmer son voyage selon les éléments
Pour le marin, l’océan est une multiplicité de routes qui s’ouvrent et se referment selon la saison et l’humeur du ciel. Il faut composer avec ces humeurs cycliques, courants et vents dominants. L’itinéraire le plus courant pour ceux qui souhaitent traverser l’Atlantique est celui qui va d’est en ouest, des îles Canaries aux Antilles. D’une longueur d’environ 2100 milles, cette route présente l’avantage d’être dans les alizés du nord-est, des vents constants et puissants, permettant de naviguer vent arrière avec des courants favorables.
La gestion des saisons et des ouragans
La période de l’année est principalement déterminée par la saison des ouragans qui touche les Caraïbes et la côte est de l’Amérique du Nord de juin à novembre. Les bateaux qui naviguent d’est en ouest le font généralement entre la fin novembre et le mois de janvier. En allant d’ouest en est pour le retour, il faut partir avant que les ouragans ne deviennent une menace, au plus tard à la fin du mois de mai. Il y a un moment idéal entre début avril et mai, lorsque les grandes tempêtes sont moins probables.
Pour ceux qui prévoient un voyage sur deux ans, la boucle atlantique classique peut être étendue. Le départ de Méditerranée plonge le marin dans la vie au mouillage. Le vrai grand départ se fait souvent à Gibraltar. Le Maroc, trop peu fréquenté, est une escale savoureuse. Ensuite, les alizés poussent les voiliers vers les Canaries puis le Cap-Vert. Avec deux ans, le Brésil s’impose, permettant de couper l’équateur. Le retour se fait souvent via les Antilles, puis en remontant vers les Bermudes ou en suivant la côte Est des États-Unis, avant de traverser vers l’Europe en faisant escale aux Açores.
La vie à bord et la sécurité : une organisation rigoureuse
La navigation hauturière est une expérience très différente de la navigation côtière. Il y a à la fois moins à faire et plus à faire. Diverses activités et routines assurent le bon fonctionnement du navire. La veille est l’une des responsabilités les plus importantes ; les membres de l’équipage sont généralement répartis en quarts pour surveiller la trajectoire, les conditions météorologiques et les dangers.
Entretien, confort et préparation de l'équipage
Les contrôles quotidiens et l’entretien régulier sont essentiels. Il s’agit de vérifier le gréement, les voiles, les fonds de cale et les pompes. Les frottements du cordage et de l’accastillage sont à surveiller car le roulis constant peut faire des ravages. La sécurité doit comprendre l’équipement obligatoire et l’équipement indispensable : un radeau de sauvetage certifié, stocké dans un endroit facilement accessible, et, en cas de navigation par temps froid, des combinaisons de survie.
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La cuisine en mer est une activité amusante et communautaire, mais la nourriture est importante en croisière. Votre voilier doit donc posséder des rangements suffisants, et bien aérés, pour stocker des aliments en nombre. Si vous ne supportez pas l’aléa d’une aventure en co-navigation, préférez faire votre transatlantique avec un skipper professionnel. Si vous naviguez avec quelqu’un d’autre, faites preuve de diligence et ne laissez pas la disponibilité ou la commodité obscurcir votre jugement. Trop de tragédies ont été causées par des bateaux et des marins mal préparés.
La recherche d'embarquement : conseils pour les équipiers
Pour ceux qui souhaitent embarquer en tant qu'équipiers, il est important de noter que la transatlantique « Aller » est le trajet le plus recherché, rendant les places rares. Le « second marché », celui de la dernière minute au départ des Canaries, est une option réelle où les propriétaires cherchent des équipiers suite à des désistements ou des mésententes.
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