Les chauves-souris, ces mammifères volants nocturnes, suscitent souvent des interrogations quant à leur rapport avec l'eau. Si l'image d'une chauve-souris nageant avec aisance peut surprendre, il est important de distinguer les faits des idées reçues. Cet article explore les différentes facettes de cette relation, allant des rares observations de chauves-souris nageant à la problématique des noyades en piscine, en passant par l'étonnant poisson-chauve-souris.
Les chauves-souris savent-elles nager ?
Contrairement à une idée répandue, il n'est pas courant de voir des chauves-souris barboter dans l'eau. La vidéo d'une chauve-souris nageant dans le parc touristique indien de Rock Garden, à Chandigarh, peut être trompeuse. Il s'agissait en réalité d'un renard volant (Pteropus), une espèce que l'on trouve uniquement aux Philippines.
Cependant, certaines espèces présentent des adaptations spécifiques. Les noctilionidés, par exemple, sont des chauves-souris carnivores capables de nager dans des bassins peu profonds pour chasser des grenouilles. Malgré tout, il n'est pas certain que toutes les espèces soient aussi à l'aise dans l'eau.
En général, les contacts entre les chauves-souris et l'eau sont brefs et servent principalement à s'hydrater. Elles boivent une gorgée d'eau en volant, d'un mouvement fluide qui ne dure que quelques centièmes de seconde.
Le danger des piscines : un problème croissant
Un phénomène inquiétant a été observé depuis 2014 : les noyades de chauves-souris dans les piscines. Joy O'Keefe, professeure adjointe de biologie et directrice du centre de recherche sur les chauves-souris de l'université de l'État d'Indiana, a recueilli de nombreux témoignages d'Américains ayant trouvé des chauves-souris noyées dans leur piscine.
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« Elles boivent de l’eau dans les piscines. Et certaines s’y noient tout simplement », explique-t-elle.
Contrairement aux réservoirs d'eau naturels où les chauves-souris peuvent s'appuyer sur des branches ou des rochers pour s'envoler, les piscines présentent des rebords lisses qui rendent l'ascension difficile, voire impossible.
« Les rebords de la piscine empêchent les chauves-souris d’en sortir », résume-t-elle.
Il est donc important de prendre des mesures pour minimiser les risques de noyade, comme installer des dispositifs flottants ou des rampes qui permettent aux chauves-souris de s'échapper facilement.
Le poisson-chauve-souris : un homonyme surprenant
Le poisson-chauve-souris (Ogcocephalus darwini) est un poisson étonnant qui doit son nom à sa ressemblance avec une chauve-souris vue de dessus. Ses nageoires pectorales articulées font penser aux ailes du mammifère volant.
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Ce poisson, qui évolue dans les mers tropicales, est surtout connu pour ses lèvres proéminentes rouges. On le surnomme parfois le "Mick Jagger" des océans. L'utilité exacte de cette couleur vive reste mal connue, mais on suppose qu'elle pourrait servir à la reconnaissance ou à l'attraction d'un partenaire sexuel.
Contrairement aux autres poissons, le poisson-chauve-souris est un piètre nageur. Il préfère utiliser ses nageoires pour marcher sur le fond marin.
Caractéristiques physiques et habitat
Le poisson-chauve-souris appartient à l'ordre des lophiiformes, des poissons dotés d'un petit appendice sous le nez, un filament pêcheur appelé illicium, dont ils se servent comme d'une ligne pour leurrer leurs proies.
Il existe une cinquantaine d'espèces de poissons-chauves-souris, réparties dans les eaux profondes de l'Atlantique, de l'océan Indien et de l'ouest du Pacifique. Ogcocephalus darwini fréquente les mers chaudes de l'Atlantique ouest tropical, du sud de la Floride aux Bahamas jusqu'à l'embouchure de l'Amazone, y compris les Îles Galápagos, les côtes du Pérou et de l'Équateur.
Il évolue de 3 à 500 m de profondeur, où il recherche surtout des fonds sableux. Son corps est compressé latéralement, comme celui des raies. Sa peau arbore des écailles osseuses sur sa partie inférieure, des pics hérissés au niveau du dos et de fines épines sur sa queue. La grande tête triangulaire se prolonge par un rostre souvent ponctué de quelques villosités (sortes de poils).
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Mode de vie et alimentation
La peau du poisson-chauve-souris est grisâtre avec des tâches couleur cannelle. La partie inférieure de son corps est claire et la partie supérieure, plutôt foncée. Cette coloration lui permet de se fondre efficacement dans les fonds sableux qu'il occupe.
Ogcocephalus darwini possède sur la tête une nageoire dorsale rayonnée et modifiée, appelée illicium. Cet appendice n'est pas lumineux, comme chez la plupart des lophiiformes, mais il sécrète un liquide chimique agissant tel un appât pour attirer les proies.
Ce lophiiforme est une espèce carnivore qui consomme des invertébrés marins tels que des crustacés (crevettes, crabes), des mollusques (calamars, coques), des vers polychètes et diverses larves. Il est aussi un prédateur de petits poissons qui nagent à proximité de sa bouche protractile.
Reproduction et conservation
Le mode de reproduction de ce poisson est peu renseigné, car l'espèce n'est pas facile à trouver dans son habitat naturel. Les quelques informations proviennent d'observations faites sur des spécimens en captivité.
Chez cette espèce, le dimorphisme sexuel prononcé se manifeste par une importante différence de taille entre les mâles, qui sont bien plus chétifs que les femelles. Quand un couple se forme, le mâle inflige une morsure à sa partenaire qui libère une enzyme lui permettant de fusionner avec les tissus et le système circulatoire de la femelle. Puis, le mâle va peu à peu s'atrophier, perdre les organes et les parties de son corps qui ne lui servent plus. En dépérissant, il ne restera plus qu'une paire de gonades remplies de sperme que la femelle utilisera au moment voulu.
Ogcocephalus darwini n'est pas considérée comme une espèce en danger et, à ce titre, elle est classée dans la catégorie de Préoccupation mineure par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Sa préservation est rendue possible par son habitat situé en fond de mer, à l'abri de tout dérangement humain. De plus, le poisson-chauve-souris a l'habitude de se recouvrir de sable, d'où la difficulté à le trouver. Ainsi, bien que commun dans son aire de répartition, l'animal est rarement rencontré par les plongeurs.
La nuit internationale de la chauve-souris : sensibilisation et protection
La chauve-souris, plus petit mammifère volant au monde, est en régression. Sa population a chuté de près de 40% en 10 ans. Or, si elle ne va pas bien, c'est toute la biodiversité qui est mise à mal.
La nuit internationale de la chauve-souris, organisée depuis 20 ans par la Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères (SFEPM), a pour but de sensibiliser le public à l'importance de ces animaux et de réaliser des inventaires pour classifier les espèces et dénombrer leur présence.
Alexandre Butin, chiroptèrologue pour l’ONF, étudie les chauves-souris et s’occupe d’inventorier les espèces qu’ils croisent. Pour cela, il dispose d’un micro qui capte les cris du mammifère. Il s’occupe d’identifier leur cri, le même cri qui lui donne le type d’espèce. C’est ainsi que l’ONF peut mieux protéger cet animal, en le scrutant. Depuis avril jusqu’à la fin du mois d’août, des campagnes d’écoutes des cris sont organisées, notamment en forêt de Sénart, dans l’Essonne.
Les menaces qui pèsent sur les chauves-souris
"Plusieurs facteurs font qu’elle disparaît : la pollution lumineuse, les éoliennes, les prédateurs comme les chats, mais aussi la destruction de leur habitat naturel", explique Alexandre Butin.
Leur disparition totale serait une catastrophe pour toute la biodiversité. "La chauve-souris est une espèce sentinelle, c’est notre animal d’alerte. Si la chauve-souris ne va pas bien, si elle est en régression, alors c’est toute la biodiversité qui est mise à mal", précise-t-il.
L’ONF a d’ailleurs mis en place des mesures de conservation de l’habitat des chauves-souris, en créant des "arbres habitat" pour que ces petites bêtes retrouvent un endroit où dormir.
La chauve-souris, une espèce protégée
En France, la chauve-souris est une espèce protégée par la loi depuis 1976. Le Code de l’environnement lui assure une protection. Il est donc interdit de la tuer ou de la perturber intentionnellement.
Alexandre Butin tient d’ailleurs à faire de la pédagogie : "Si vous trouvez une chauve-souris dans votre jardin, vous pouvez appeler une association qui vous aidera à mieux cohabiter avec elle. On sait que la chauve-souris n’a pas une image très dorée, mais elle est essentielle pour notre biodiversité", affirme-t-il.
Le Réseau Bénévole Chiroptères Ile-de-France peut être notamment contacté en cas de présence d’une chauve-souris à domicile. L’achat de nichoir pour votre jardin est aussi une solution pour les aider.
La France compte 36 espèces de chauves-souris. Les effectifs de certaines espèces ont chuté de plus de 95% entre 1950 et 2000, faisant de la chauve-souris l’un des animaux les plus menacés d’Europe.