Optimiser la Manœuvre du Spinnaker : Guide Complet sur l'Utilisation de la Chaussette de Spi Voilier

Naviguer avec un spinnaker est une expérience exaltante, mais les manœuvres associées, particulièrement l'affalage, peuvent souvent inspirer de l'appréhension, surtout si le vent se lève et que l'équipage manque d'expérience. C'est précisément dans ces moments que la chaussette à spi se révèle être un accessoire précieux, simplifiant grandement la gestion de cette voile de portant. Grâce à la chaussette à spi, on ne redoute plus le moment où il faut se décider à affaler le spi quand le vent monte. On redoute moins les envois scabreux qui se terminent par un « cocotier ». Popularisée par Éric Tabarly lors de la Transat anglaise de 1976, qu’il avait courue sur l’immense Pen Duick VI, la chaussette fait toujours merveille pour étouffer rapidement un spi. Mais au-delà de sa popularité et de l'image d'efficacité qu'elle véhicule, il convient d'analyser en profondeur son utilité, ses caractéristiques, son coût et surtout les techniques optimales pour son installation et son utilisation, afin de garantir une navigation à la fois plus confortable et plus sécurisée.

Quand la Chaussette de Spi est-elle Vraiment Nécessaire ?

La première question à se poser, concernant la chaussette à spi, est aussi la plus simple : est-ce qu’on en a vraiment besoin ? Pour de nombreux navigateurs, l'idée d'un tel dispositif additionnel peut sembler superflue, voire encombrante. La difficulté, quand on doit affaler un spi « à la main », c’est surtout d’être assez rapide pour ramasser le tissu avant qu’il n’aille se perdre dans l’eau, derrière l’étai, ou dans tout autre endroit inapproprié. Cette rapidité est cruciale pour éviter les torsades, les accrochages et les situations potentiellement dangereuses, surtout si la mer est formée ou que le vent monte subitement.

Cependant, pour un spi de moins de 80 ou 100 mètres carrés - selon les capacités physiques de l’équipage -, la manœuvre « à la main » n’est pas trop difficile. En venant tout près du vent arrière, grand-voile choquée à fond, on peut faire la manœuvre depuis le cockpit, en mettant directement la voile dans son sac, ce qui évite d’avoir à la plier ensuite. Seule condition : avoir éliminé ou enrobé, sur le pont, toutes les vilaines goupilles et autres objets saillants susceptibles de déchirer le tissu ! Dans ces cas, une chaussette est tout simplement une dépense inutile, d’autant qu’elle prend de la place (davantage qu’un sac à spi), surtout avec la base rigide (même s’il existe des bases gonflables), et pèse un certain poids.

Puis, pour mettre en place cette chaussette, il faut quand même aller sur la plage avant. Ce qui sur un petit bateau est parfois délicat. « C’est aussi pour cela que je ne recommande pas la chaussette pour des spis de moins de 80 mètres carrés, note Jean-François Cruette, de la voilerie Sailonet. Au lieu de tout faire depuis le cockpit, les gens vont devoir aller sur la plage avant, et sur un petit bateau, si ça roule, ce n’est pas très confortable ni très sécurisant. » Cette remarque souligne l'importance de l'évaluation contextuelle : si la chaussette apporte un gain de sécurité et de confort sur de plus grandes unités ou avec un équipage moins aguerri, elle peut devenir une contrainte inutile sur des voiliers plus modestes où l'accès à la plage avant est moins aisé et plus exposé.

Au-delà de 70-80 m² de surface de spi, l’emploi d’une chaussette offre un confort et une sécurité indéniables et on aurait donc bien tort de s’en priver, même s’il ne manque pas de bras à bord. Elle transforme une manœuvre potentiellement stressante et physique en une opération plus fluide et maîtrisée, permettant ainsi de profiter pleinement des joies de la navigation sous spi, sans l'appréhension du retour au port ou du changement de conditions météorologiques. Si vous naviguez souvent avec un spinnaker, vous savez qu’envoyer un spinnaker n’est pas très compliqué ; les difficultés commencent lorsque vous décidez de le rentrer, surtout si le vent a forci (et votre équipage est novice…). En utilisant une chaussette à spinnaker, vous étouffez votre spi facilement et rapidement avant d’amener la chaussette.

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Finalement, si la chaussette de spi est un attirail additionnel pour une voile qui en comporte déjà beaucoup, son intérêt n'est pas uniquement fonction de la taille du spi ou du nombre de mètres carrés. Le facteur humain et psychologique joue également un rôle prépondérant. Comme l'a noté un utilisateur, « C'est psy » ; la confiance et la sérénité qu'elle procure à l'équipage peuvent transformer l'expérience de la navigation, incitant certains à la considérer comme un « vrai progrès », particulièrement « l'âge venant », où la facilité et la sécurité prennent le pas sur la simple capacité physique.

Investissement et Encombrement : Le Coût de la Facilité

Une fois l'utilité potentielle de la chaussette de spi établie, la deuxième question s’impose d’elle-même : une chaussette à spi, combien ça coûte ? L'investissement financier est un facteur non négligeable dans la décision d'acquérir cet équipement. Les prix varient en fonction de la taille de la chaussette, des matériaux utilisés, de la complexité de sa conception et de la marque.

Pour donner un ordre d'idée, chez Sailonet par exemple, il faut compter 612 euros pour un spi de Pogo 44 (150 mètres carrés), nécessitant une longueur de chaussette de 17,50 mètres. Ces modèles peuvent être commandés en ligne, offrant une certaine commodité. La chaussette All Purpose que nous avons testée sur le Pogo 44 du chantier Structures coûte 830 euros, ce qui indique une variation de prix entre les différents fabricants pour des produits de taille similaire.

Au-delà du coût initial, il est important de considérer l'encombrement et le poids. La chaussette, surtout avec sa base rigide, prend de la place, davantage qu’un sac à spi. Même s’il existe des bases gonflables conçues pour limiter cet encombrement et le poids, la chaussette représente tout de même un volume et un poids additionnels à gérer à bord. Cette remarque est d’autant plus pertinente que, quand nous parlons ici de la « base » de la chaussette, il s’agit de la pièce qui avale le tissu, en bas ; on parle aussi parfois de « bol ». L'espace de rangement sur un voilier est souvent limité, et chaque équipement supplémentaire doit être soigneusement évalué en fonction de son rapport utilité/encombrement. Certains navigateurs peuvent également s'interroger sur l'encombrement de la chaussette, une fois rangée, dans la cabine.

L'investissement dans une chaussette de spi est donc une balance entre le coût, l'encombrement et le gain significatif en confort et sécurité qu'elle peut offrir, surtout pour les spis de grande taille et pour les équipages qui cherchent à simplifier leurs manœuvres.

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Critères de Choix Essentiels pour une Chaussette Efficace

Le marché des chaussettes de spi propose une variété de modèles, et il est crucial de savoir distinguer les caractéristiques qui garantissent une utilisation optimale. Le premier critère de choix est incontournable : il faut absolument un gousset externe indépendant pour la drosse de commande, laquelle est montée en continu. Si celle-ci circule à l’intérieur de la chaussette, avec la voile, ça finira par coincer. Ce point est fondamental pour éviter les blocages intempestifs lors de l'envoi ou de l'affalage, qui peuvent rapidement transformer une manœuvre simplifiée en une situation complexe et frustrante.

Ensuite, il faut que la largeur de la chaussette et les dimensions de la base soient adaptées à la quantité de tissu. Il va de soi que si la base et la chaussette elle-même sont trop étroites, ça ne glissera pas bien, ni vers le bas ni vers le haut, ce qui pose un gros problème dans les deux cas ! Un dimensionnement adéquat est donc primordial pour assurer une circulation fluide du spi à l'intérieur de la chaussette.

La qualité de la poulie située en haut de la chaussette, par laquelle passe la drosse, est également un élément clé. Sur la chaussette All Purpose que nous avons testée sur le Pogo 44, c’était une bonne poulie Harken à billes : l’idéal. Même avec un gousset de drosse indépendant, il peut arriver que cette poulie tourne sur elle-même, ce qui a pour effet immédiat de bloquer la drosse. Pour éviter cela, il est bon d’avoir deux petits guides de drosse juste au-dessous de cette poulie, en haut du gousset, pour bien maintenir le tout en place. Ces détails de conception, bien que petits, ont un impact majeur sur la fiabilité et la facilité d'utilisation de l'ensemble du système.

Le tissu de la chaussette doit si possible être de type filet (« mesh ») pour éviter de faire une poche d’air à la descente, et pour que la voile éventuellement humide puisse mieux respirer et peut-être même sécher. Cependant, il est important de noter que si la voile est mouillée, avant un stockage prolongé, il faudra la faire sécher en la faisant « voler » pour prévenir la moisissure et la dégradation du tissu. Une base de forme plus ou moins ovale est préférable à une base ronde - c’est généralement la norme aujourd’hui. Cette forme spécifique de l'embouchure de la chaussette est spécifiquement conçue pour faciliter la descente : elle a une forme ovale et est réalisée dans un matériau très glissant qui limite les efforts.

Concernant la base de la chaussette, diverses technologies coexistent. Pour limiter le poids et l’encombrement de la chaussette, il existe aujourd’hui des modèles dotés d’une base gonflable. La chaussette que nous avons utilisée pour cet article était fournie par la voilerie All Purpose, et était de ce type. Attention : il faut que la base soit gonflée à fond, à haute pression, selon les préconisations d’usage - sans quoi, au moment où l’on veut affaler, elle risque de se plier en deux par intermittence, compromettant l'efficacité de l'affalage. De son côté, le Franco-Américain Étienne Giroire, patron d’ATN, ne croit pas trop aux bases gonflables : pas assez fiables, estime-t-il, en particulier sur des grands yachts portant des spis qu’il serait délicat d’affaler en cas d’avarie de chaussette. L’ancien coureur au large a développé une base moussée (armature aluminium, mousse Néoprène et tissu polyester) pour les chaussettes d’une longueur de plus de 12 mètres (les plus petites sont toujours dotées d’une base en composite rigide). Cette évolution est intéressante pour cette chaussette qui, depuis de très nombreuses années, est la référence dans ce domaine (ATN est distribué en France par la société rochelaise Nautex). Le choix entre une base gonflable et une base moussée/rigide dépendra donc des préférences en matière de fiabilité, de poids et de taille du spi.

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Enfin, les chaussettes à spinnaker sont disponibles en plus de 20 tailles, garantissant une adaptation précise à la géométrie de chaque voile. De nombreux clients optent pour une chaussette grise à canal blanc ; mais d’autres couleurs sont disponibles : rouge, bleu, noir, gris et blanc. Nous recommandons de choisir une couleur différente pour le corps de la chaussette et celle du canal de la chaussette. Cela peut faciliter la visualisation et l'identification de la drosse lors des manœuvres. Le spi est frappé en tête sur une manille à émerillon, elle-même frappée sur la chaussette, assurant une connexion fiable et une rotation libre du spi.

Mise en Place et Préparation du Spi dans sa Chaussette

Avant la première utilisation en mer, il va falloir installer le spi dans sa chaussette, une étape qui requiert méthode et minutie pour garantir le bon fonctionnement de l'ensemble. Ne pas chercher à rentrer le spi dans sa chaussette à bord de votre bateau. L’idéal est de déployer entièrement la voile un matin sans vent sur le ponton. Pour cela, il faut avoir le bras long. Il s’agit en effet d’étaler la chaussette proprement, à plat - si vous avez un grand jardin c’est parfait -, en utilisant l’indispensable bande de couleur comme repère pour ne pas faire de tour. Cette bande de visualisation longitudinale est cruciale pour s'assurer que la chaussette est exempte de torsions.

Une fois la chaussette étalée et vérifiée, il faut la retrousser sur elle-même. La bande de couleur correspond souvent au gousset externe dans lequel circule la drosse, servant ainsi de guide visuel pour le positionnement. On peut ensuite aller chercher la têtière du spi et la frapper en haut de la chaussette, par l’intérieur. La drisse va se frapper sur cet anneau textile, lui-même connecté à la têtière du spi. Après avoir retroussé la chaussette, on fixe ici la têtière à l’intérieur. Et avant de déployer la chaussette, on prend soin aussi d’étaler le spi proprement. Cette étape de préparation, bien que fastidieuse, est d’une importance capitale : il faut de la méticulosité au départ, pour profiter ensuite de la facilité d’utilisation offerte par le dispositif.

Une fois l'ensemble chaussette-spi préparé, il est conseillé de s'entraîner en mer par petit temps et de renouveler la manœuvre plusieurs fois, de préférence en solitaire pour s'approprier toutes les données du problème. Cette familiarisation avec le système est essentielle pour anticiper les réactions de la voile et de la chaussette, et pour développer une routine efficace. Contrairement à un spi "dans son sac", la chaussette se prépare exclusivement sur la plage avant du voilier, une particularité à intégrer dans la planification des manœuvres.

Manœuvres à Bord : Hissage et Envoi du Spi avec Chaussette

Une fois que tout est en place, avant d’envoyer le spi, il faut hisser la chaussette, avec le spi dedans. Pour faciliter cette manœuvre, on ne s’embête pas : on enroule ou on affale le foc, c’est plus simple et on y voit plus clair ! La drisse va se frapper sur cet anneau textile, lui-même connecté à la têtière du spi. Attention : quand on hisse la chaussette, il faut là encore prendre garde à ne pas faire de tour, et se fier pour cela à la bande de couleur. Cette bande est un repère visuel indispensable pour garantir que la chaussette se hisse sans torsion, ce qui pourrait gêner son déploiement ou son affalage ultérieur.

Une fois que la chaussette est hissée, surtout ne pas se précipiter pour envoyer le spi. Il faut absolument vérifier que tout est bien clair. D’abord, on vérifie à nouveau qu’il n’y a pas de tour, et s’il y en a, on les défait. Ensuite on vérifie que le spi, l’écoute et le bras (ou l’amure) ne sont pas emmêlés avec la drosse, ce qui arrive très souvent. Cette phase de vérification méticuleuse est cruciale : on en profite pour vérifier tout le circuit du bras ou de l’amure, des écoutes et de la drosse, et pas seulement au niveau de la sortie de la chaussette : est-ce que tout passe du bon côté des filières, des écoutes de génois, etc. ? Là encore, la méticulosité importe. Un équipier se prépare à l’écoute pendant qu’un autre fait coulisser le bout et envoi le bol vers le haut.

Avant de hisser, on peut prendre de l’amure, cela permet de stabiliser la chaussette, surtout s’il y a un peu de mer. De toute façon il faudra le faire avant d’envoyer le spi. Un bon compromis peut alors consister à s’avancer au niveau du pied de mât, en se calant dans le passavant ou carrément au pied de mât, selon la configuration du bateau, afin d'avoir une meilleure visibilité et un meilleur contrôle. Une fois que tout est clair, tout devient vraiment très facile.

Et hop ! Une fois la voile hissée et que l’on a vérifié que tout est clair, il ne reste plus qu’à remonter la chaussette pour que le spi se déploie. Pour un déploiement optimal, l'angle par rapport au vent est déterminant. On vient à environ 150 degrés du vent réel. Ou plutôt 140 degrés, par petit temps, pour que le spi se gonfle plus vite. Ou 160 degrés, dans la brise, pour que le spi ne se gonfle pas trop vite avec le risque associé de départ au lof. Ensuite, c’est très simple : il suffit de brasser jusqu’à bien écarter le point d’amure de l’étai (spi symétrique) ou de prendre l’amure (spi asymétrique). Puis, on met l’écoute au winch avec un ou deux tours - pas plus - en reprenant bien tout le mou (il est bon de pré-border ainsi la voile). Finalement, on retroussse la chaussette en tirant sur la drosse.

Assez vite, et même avant que la chaussette n’arrive en haut, on peut généralement reprendre un peu plus d’écoute pour aider la voile à se gonfler. Et éventuellement lofer un peu, dans le même but. En principe, le spi se gonfle parfaitement et tout de suite : c’est souvent plus fluide que si l’on envoie sans chaussette, depuis le sac à spi. Il est normal d’avoir, sous la têtière du spi, un amas de tissu froissé, chiffonné et peu esthétique. Si l’on force, non seulement on n’arrivera pas à arranger ça, mais on risque de coincer quelque chose et de ne plus pouvoir redescendre la chaussette ! La patience et la douceur sont donc de mise.

Lors de ces manœuvres, la position de l'équipier est importante. Par temps calme, comme ici, on peut manœuvrer debout sur la plage avant - surtout si celle-ci est grande et bien dégagée, comme sur ce Pogo. Par mer formée, il ne faut pas hésiter à s’asseoir ! Une assise stable et sécurisée permet un meilleur contrôle et réduit les risques de déséquilibre.

Affaler le Spi en Toute Sécurité avec la Chaussette

L'affalage du spinnaker est souvent la manœuvre la plus redoutée, surtout par vent fort ou mer agitée. C'est là que la chaussette de spi révèle tout son potentiel en étouffant la voile de manière contrôlée et rapide. Pour affaler, on commence par venir tout près du vent arrière, à 160 ou 170 degrés du vent. Cette position permet de déventer le spi au maximum, facilitant ainsi sa rétraction.

Les étapes spécifiques varient légèrement selon que l'on utilise un spi symétrique ou asymétrique. Avec un spi symétrique, on débrasse jusqu’à amener le tangon pas loin de l’étai, puis on largue l’écoute. Avec un asymétrique, on largue l’écoute mais dans un premier temps on ne largue pas l’amure : cela évite que la chaussette, ballottée à la fois par le vent et par les mouvements du bateau, ne se balade trop librement, et permet donc de descendre le « bol » plus facilement et d’étouffer le spi plus rapidement. Une fois la moitié supérieure de la voile avalée, mieux vaut toutefois larguer encore un peu de bras (spi symétrique) ou d’amure (spi asymétrique), faute de quoi cela risque de coincer un peu sur la fin pour de simples raisons de géométrie.

L’équipier à l’écoute choque en grand et quand le spi est complètement vidé, on fait descendre le bol avec le va-et-vient (la drosse). Si l’effort est important sur le bout, c’est généralement que l’écoute n’est pas assez choquée. La clé est de relâcher la pression sur la voile pour permettre à la chaussette de la ramener vers le bas sans résistance excessive. Commencer à rentrer le bol dans le coffre avec le spi avant d’avoir dégréé au moins l’une des trois manœuvres (drisse, écoute, bras) est une pratique à adopter pour maintenir un certain contrôle sur l'ensemble du système. La chaussette à spinnaker étouffe le spi facilement et rapidement avant d'amener la chaussette, rendant cette manœuvre critique beaucoup plus gérable et sécurisée.

Optimisation de la Manœuvre : La Chaussette depuis le Cockpit ou le Pied de Mât

Bien que la chaussette de spi nécessite traditionnellement une intervention sur la plage avant pour son envoi et son affalage, des solutions existent pour centraliser la manœuvre et la rendre accessible depuis le cockpit ou le pied de mât. Le saviez-vous ? Il est tout à fait possible de ramener la drosse de la chaussette à l’arrière, au piano, ou encore au pied de mât. Cela se fait sur de nombreux bateaux de course : IMOCA, Class40…

Rien de plus simple : on frappe une poulie de renvoi (ouvrante) sur le pont, sous la chaussette, et on peut ensuite manœuvrer depuis le cockpit, ou depuis le pied de mât. Cependant, si l’on veut manœuvrer la chaussette depuis le cockpit, il y a tout de même un inconvénient - que l’on retrouve aussi, de la même façon, quand on utilise un emmagasineur : on ne voit pas forcément très bien ce que l’on fait. Ce manque de visibilité directe peut compliquer la détection de torsades ou d'emmêlements.

Un bon compromis peut alors consister à s’avancer au niveau du pied de mât, en se calant dans le passavant ou carrément au pied de mât, selon la configuration du bateau. Cela offre une meilleure perspective sur la voile et la chaussette, tout en évitant de se retrouver à l'extrémité du bateau, particulièrement exposé. Sur notre Pogo 44, le renvoi de la drosse de chaussette vers l’arrière n’était pas prévu à l’origine, nous avons donc frappé une poulie ouvrante - en l’occurrence un joli modèle de l’italien Ubi Maior - sur la cadène centrale d’étai largable. L’idéal est néanmoins d’avoir une cadène ad hoc sur le livet, sur chaque bord, à peu près à mi-distance entre le pied de mât et l’étrave. Et bien sûr, si l’on veut ramener la drosse à l’arrière, il faut qu’elle soit assez longue pour atteindre le poste de manœuvre choisi.

Toujours est-il que même en restant simplement au pied de mât, la manœuvre est beaucoup moins périlleuse, et plus facile, avec une poulie de renvoi. Il y a certes un peu plus de frottement puisqu’on n’est plus en direct (prendre une bonne poulie à billes si possible) - mais au lieu de tirer vers le bas, on embraque horizontalement, ce qui est plus naturel et permet parfois de mieux se caler. Dans l’idéal, on peut même utiliser une poulie-winch ouvrante, comme celle que propose d’ailleurs ATN dans ses accessoires (140 ou 200 euros selon la taille), pour démultiplier l'effort et faciliter encore davantage la manœuvre.

Une précision s’impose au passage : dans tous les cas, que l’on manœuvre la drosse de la chaussette en direct ou avec une poulie de renvoi, il n’est pas interdit de s’asseoir ! C’est souvent plus sûr, vu que l’on embraque avec les deux mains et que l’on n’est pas toujours très bien calé, en particulier quand on est sur la plage avant. Cette recommandation simple mais efficace améliore considérablement la sécurité et le confort de l'équipier en charge de la manœuvre.

Chaussette de Spi vs. Emmagasineur : Une Alternative Complexe ?

En matière de simplification des manœuvres de spis, la chaussette n'est pas la seule option. Les emmagasineurs, ou furlers, représentent une alternative, notamment pour les voiles à guindant courbe. Nous n’avons jamais été très convaincus par cette version un peu spéciale de l’emmagasineur, permettant d’utiliser le mécanisme pour enrouler une voile à guindant courbe de type spi asymétrique (voire spi symétrique, puisque Stocksails propose un système adapté au spi symétrique). Nous avions pourtant testé deux de ces systèmes (un Stocksails et un Harken Reflex) dans notre numéro 555 de mai 2017.

Il faut toutefois préciser que, depuis, les câbles anti-torsion ont dû faire quelques progrès - il y a sans doute un peu moins de tours à faire « dans le vide » sur la poulie crantée, en bas, avant que la têtière, tout en haut, ne daigne enfin s’enrouler sur le câble. Le principe reste cependant le même : le câble anti-torsion sur lequel s’enroule le tissu, au lieu d’être intégré au guindant comme c’est le cas pour un gennaker, un code (code 0, code 5 ou autre) ou encore une trinquette, est complètement indépendant de la voile. Par ailleurs, le point d’amure est monté sur un émerillon, ce qui fait que la voile s’enroule à partir du haut.

Par rapport à la chaussette, l’emmagasineur a quand même un avantage : pour enrouler, on peut éventuellement embraquer d’une seule main, du moins si le mécanisme est doté d’un système de verrouillage (disponible en standard chez Karver, ou en option chez Facnor, Profurl ou encore Ubi Maior). Dans une mer très formée, cela peut s’avérer intéressant, même si on embraque plutôt à deux mains. Le choix entre chaussette et emmagasineur dépendra donc de l'équilibre souhaité entre simplicité de conception, coût, fiabilité perçue et la nature spécifique de la voile et des conditions de navigation.

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