L'histoire du chantier nautique du Vieux-Port de Marseille est intimement liée à l'évolution de la ville et de son port. Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, le port a subi de profondes transformations spatiales, économiques et sociales, reflétant les mutations du commerce maritime et de l'industrie.
L'âge archaïque : le port au cœur de la ville
Pendant une très longue période qui englobe l'Antiquité, le Moyen Âge et l'époque moderne, le port de Marseille est resté confiné au Lacydon, le bassin primitif découvert par les Phocéens. Ville et port ne font qu'un, imbriqués l'un dans l'autre. Les rues qui débouchent sur le port sont le prolongement des quais et mènent aux entrepôts où sont stockées les marchandises.
Le commerce d'entrepôt, florissant aux XVIIe et XVIIIe siècles, est le moteur de l'activité portuaire. Les négociants importent des marchandises précieuses, les stockent et les réexportent au moment opportun. Les « domaines », ces édifices spécifiques dédiés à l'entreposage, sont disséminés dans les quartiers neufs, notamment à Rive-Neuve.
Ce système archaïque est caractérisé par une activité à échelle humaine, contrôlée par la corporation des portefaix, farouchement opposés à toute modernisation. Les complications, les encombrements et les lenteurs sont monnaie courante. Cependant, ce port est avant tout celui des Marseillais, dirigé par les négociants, les armateurs et les acteurs locaux.
L'âge moderne : la séparation du port et de la ville
À partir de 1850, le port de Marseille entre dans une ère de modernisation avec la construction de bassins « extérieurs » le long de la rade-nord. Le premier de ces bassins, celui de la Joliette, marque une rupture spatiale entre le port et la ville. Les ingénieurs de l'État, conscients de la nécessité de raccorder le port au chemin de fer, choisissent une implantation au nord de la ville.
Lire aussi: Votre partenaire maritime
Dans les années 1860, deux nouveaux bassins sont aménagés selon le modèle du « dock-entrepôt », inspiré des réalisations de Londres et de Liverpool. Ce concept consiste à rassembler en un même lieu les bassins, les quais, les bâtiments de stockage et les équipements de levage. L'appareil portuaire devient ainsi un dispositif spécialisé, rationalisé et autonome.
La construction du dock-entrepôt est confiée à la Compagnie des docks et entrepôts de Marseille, dirigée par Paulin Talabot. Malgré l'opposition des négociants, attachés à un dock « central », le projet de Talabot est mené à bien et devient un modèle de modernité portuaire.
Après le dock-entrepôt, d'autres bassins sont construits, tels que les bassins Napoléon, National, de la Pinède, de la Madrague et Mirabeau. Tous ces bassins sont co-construits et concédés à la Chambre de commerce de Marseille, marquant ainsi une reconquête du pouvoir directeur par les acteurs locaux.
La concession des « hangars et de l'outillage » à la Chambre de commerce est une victoire importante pour Marseille, qui souhaite maîtriser le développement de son port et éviter une privatisation excessive. Cette décision est également motivée par l'industrialisation croissante de la ville, qui nécessite un port adapté aux besoins des usines et des entrepôts.
L'âge ultra-moderne : le port à l'échelle métropolitaine
L'âge ultra-moderne du port de Marseille débute dans les années 1960 avec la création du complexe industriel et portuaire de Fos-sur-Mer, situé à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Marseille. Ce complexe, associé aux « bassins-est » de Marseille, forme un vaste réseau portuaire à l'échelle d'une aire métropolitaine.
Lire aussi: Chantiers nautiques du nord de la France : une histoire riche et méconnue.
Le Vieux-Port aujourd'hui : entre tradition et modernité
Aujourd'hui, le Vieux-Port de Marseille a conservé son charme historique tout en s'adaptant aux exigences de la modernité. Il accueille principalement des activités de plaisance, de pêche et de tourisme. De nombreux événements nautiques y sont organisés, témoignant de la vitalité de la culture maritime marseillaise.
Le Vieux-Port est également un lieu de mémoire, où l'on peut admirer des bateaux traditionnels, tels que l'Estérel, un cotre aurique de 1912, ou l'Alcyon 1871, une réplique d'un voilier de régate du XIXe siècle. Ces bateaux témoignent du savoir-faire des charpentiers de marine et de la passion des Marseillais pour la mer.
Lire aussi: Plongez dans l'histoire navale à Lorient