L’univers de la voile connaît depuis quelques décennies une mutation technologique sans précédent, marquée par l’avènement des « foilers ». Bien que ces appendices soient souvent perçus comme une innovation récente, le concept de portance dynamique repose sur des principes physiques explorés depuis plus d’un siècle. Un foiler peut être défini comme un voilier monocoque ou multicoque qui utilise la portance dynamique, liée à la vitesse, de plusieurs plans porteurs profilés et immergés en remplacement ou en complément de la portance archimédienne de la coque.
Fondements Historiques et Évolution des Concepts
Contrairement aux idées reçues, les foils ne sont pas une invention de l'ère moderne. L’idée d’utiliser des surfaces portantes sous l’eau pour soulever un bateau est développée par l’Anglais Thomas W. Moy en 1861, puis en 1869, relayée par l’ingénieur mécanicien français Emmanuel D. Farcot. Ce dernier dépose des brevets où il ajoute à un bateau des plans porteurs latéraux dont on peut régler l’inclinaison en fonction de la vitesse. En 1906, l’ingénieur italien Enrico Forlanini réalise les premiers essais de l’Idroplano, un catamaran doté de foils atteignant 40 nœuds.
Le transfert de ces technologies vers la voile fut progressif. En 1938, le « Catafoil » des Anglais Robert Rowe Gilruth et Bill Carl marque une étape décisive. Plus tard, au cours des années 1960 et 1970, le développement s'accélère avec des prototypes comme l’Hydrofolie de Xavier Joubert. Cependant, c'est avec le trimaran « Paul Ricard » d'Éric Tabarly en 1980 que les multicoques à foils entrent dans la lumière. Cette lignée de recherche a conduit aux prouesses de l’Hydroptère d’Alain Thébault, premier multicoque à dépasser les 50 nœuds, et aux records vertigineux du Sailrocket 2.
Le Syra 18 : Vers une Démocratisation du Vol
Après douze années de recherche, le Syra 18 s’impose comme le premier monocoque à foil basculant destiné au grand public. Conçu par deux ingénieurs suisses avec une volonté d’accessibilité et de performance, ce foiler se distingue par une carène hybride, située à mi-chemin entre le monocoque et le catamaran. L'objectif est de supprimer les contraintes de la pesanteur tout en évitant l'instabilité légendaire des dériveurs à foils type Moth, où le point d’équilibre est souvent difficile à trouver.
Sur le Syra 18, l’innovation majeure réside dans un foil central basculant géré via un rail. Ce système, testé initialement sur un Classe A modifié, utilise un palpeur qui régule la hauteur de vol sans surréagir, le foil restant positionné sous le bateau derrière le « T-foil » auquel il est connecté. Ce choix technique permet de gagner en puissance, en simplicité, et surtout en sécurité, en éliminant les bords de fuite de foil saillants sur le pont. Le Syra 18 est équipé de deux safrans avec plans porteurs indépendants, semblables à ceux des AC50 de la Coupe de l’America, garantissant une stabilité optimale. Avec un poids de 135 kilos et 30 mètres carrés de toile, ce foiler est capable de décoller dès 6 à 7 nœuds de vent.
Lire aussi: Votre partenaire maritime
Analyse Technique des Appendices et Portance
Le fonctionnement d’un foil repose sur la création d’une dépression au-dessus et d’une surpression en dessous de l’appendice. Pour voler, le bateau doit quitter le régime archimédien, ce qui nécessite une force verticale considérable. Le Moth Foiler est considéré comme le seul monocoque volant réellement de manière autonome sur un parcours de régate. Contrairement aux IMOCA, dont les foils en « L » servent de levier de redressement, le Moth fonctionne sur une logique de sustentation totale, proche de celle d'un avion.
Sur les monocoques de course, le foil IMOCA agit comme un appendice complexe générant un couple de redressement. Cependant, la règle de jauge impose des contraintes qui limitent la liberté de design. À l’inverse, la règle IRC, plus ouverte, permet théoriquement d’intégrer une combinaison de quilles pendulaires, de ballasts et de foils latéraux. Néanmoins, l’utilisation d’un foil sur un monocoque classique présente des risques : si l’angle d’incidence dépasse 15°, le foil décroche instantanément, transformant le couple de redressement en un couple de chavirage brutal.
Typologies de Foils : Formes et Usages
Il existe une grande variété de configurations, chacune adaptée à une typologie de navigation :
- Foils en C : Courbés, ils n'autorisent pas le vol complet mais offrent une semi-sustentation qui améliore la vitesse et le confort en diminuant la surface mouillée. Le Rapido 40 en est une illustration.
- Foils en L : Utilisés sur les monocoques de course au large et les catamarans de la Coupe de l’America, ils combinent portance verticale et stabilité latérale.
- Foils en T : Présents sur les safrans et les planches de foil, ils assurent une grande stabilité de tangage mais génèrent une traînée accrue au démarrage.
- Foils en V : Fréquents sur les multicoques de course, ils offrent une grande simplicité de mise en œuvre et une forme d’autorégulation naturelle.
- Foils Transversaux : Très populaires sur les catamarans à moteur ou les « powercats », ils relient les coques pour sortir partiellement le bateau de l’eau, réduisant ainsi la consommation et les chocs dans le clapot.
#
Lire aussi: Chantiers nautiques du nord de la France : une histoire riche et méconnue.
Lire aussi: Plongez dans l'histoire navale à Lorient