Le Chantier du Guip : Excellence, Histoire et Maîtrise de la Construction et Restauration Navale

Reconnu pour son excellence en France et à l’international, le chantier du Guip s'est établi comme un acteur historique et incontournable de la construction, de la réparation et de la restauration de navires en bois. Né en 1976 sur l’île aux Moines, au creux de l’anse du Guip, entre la lande et la plage, et présent à Brest depuis 1981, il a su, au fil des décennies, faire le lien entre les savoir-faire ancestraux et les exigences modernes de la construction, de la restauration, de la réparation et de l'entretien des bateaux traditionnels, yachts classiques ou bateaux de travail en bois. Cette capacité à concilier des techniques séculaires avec les impératifs contemporains forge la réputation du chantier. L’équipe, dirigée par Yann Mauffret, cogérant du chantier, aujourd'hui avec son fils Tegwen et Louis Mauffret, œuvre chaque jour avec une passion inébranlable et une expertise précieuse. Yann Mauffret, en tant que gérant du chantier du Guip, affirme d'ailleurs avec conviction : « Il faut naviguer afin de pouvoir construire des bateaux capables de prendre la mer », une philosophie qui guide l'ensemble des travaux et qui le voit à l’ouvrage chaque jour à l’atelier ou sur un pont de bateau avec son équipe. Ce développement est cependant parfois limité par ses capacités de manutention, mais la détermination du chantier à perpétuer un patrimoine maritime d'exception demeure intacte.

Une Histoire Riche et un Développement Ancré dans la Tradition

L'histoire du Chantier du Guip débute donc en 1976 sur les rives du golfe du Morbihan. Cinq ans plus tard, en 1981, Yann Mauffret et Alex Abarrategui reprennent le flambeau, rapidement rejoints par Paul Bonnel. Cette nouvelle impulsion marque le début d'une ère de croissance et de reconnaissance pour le chantier. Dès la création du chantier, la confiance des professionnels est acquise, ce qui permet la construction successive de six bateaux de pêche polyvalents pour des ports allant de Douarnenez à Saint Brévin, démontrant la polyvalence et la qualité des réalisations du Guip dès ses premières années.

Un moment clé de l'évolution du chantier est la construction de la goélette La Recouvrance. Pour la première édition du rassemblement des bateaux traditionnels de Brest 92, la ville confie au Guip la construction de cette goélette de 41 mètres datant du début du XIXème siècle. Cette réalisation majeure signe, à cet effet, la deuxième période-clef de l’évolution du chantier, et La Recouvrance devient alors l’ambassadrice de Brest, témoignant du savoir-faire exceptionnel du chantier. Au fil des ans, Le Guip a étendu ses opérations, disposant dorénavant de deux chantiers principaux. C'est dans ces ateliers que seront construits ou restaurés des navires variés et emblématiques. Parmi eux, on compte les sinagots, la série des Guépards, deux misainiers bigoudens, le langoustier "Le Corbeau des Mers", classé Monument Historique, ou encore le cotre écossais "Seagull". Le chantier a également contribué, avec le concours du magazine Le Chasse-Marée, à la restauration de "La Belle Angèle" ou du "Grand Norven", sardinier de Piriac, solidifiant ainsi son rôle dans la préservation du patrimoine maritime. L'engagement du chantier est également mis en lumière lors des fêtes maritimes de Brest 96, où la gabare "Notre Dame de Rumengol", elle aussi classée Monument Historique, est lancée devant le public après un an de restauration globale, illustrant la capacité du Guip à mener des projets d'envergure avec succès.

Parallèlement aux voiliers de travail, le chantier assure la restauration de plusieurs unités de yachts classiques. La liste est longue et les exemples prestigieux, témoignant de l'habileté et de la finesse requises pour ces ouvrages délicats. On peut citer "Hispania IV", un 8m J.I. ayant appartenu au roi d’Espagne Alphonse XIII, qui marque les esprits, mais également "Pen Coat", un bateau norvégien construit chez Fife en 1905, "Vanity V", un 12 m J.I. Fife de 1936, ou plus récemment "Wings", un autre 12 m J.I. Camper et Nicholson de 1937. Ces projets prestigieux confirment l'excellence du Chantier du Guip dans le domaine des yachts classiques, démontrant leur expertise tant dans la charpente navale que dans l'ébénisterie de pont et l'agencement intérieur.

L'évolution de la direction a également marqué l'histoire récente du chantier. Depuis près de 40 ans à la tête du chantier avec son associé brestois Yann Mauffret, Paul Bonnel a quitté l'entreprise pour un repos bien mérité, cédant ses parts. Yann Mauffret conserve la gérance, et deux nouveaux actionnaires sont entrés au capital. Déjà présent au sein du chantier, Tegwen Mauffret, le fils de Yann Mauffret, ainsi que Louis Mauffret, se partagent les actions de Paul Bonnel pour entrer chacun à hauteur de 25 % du capital. Pour des raisons logiques et stratégiques, Louis Mauffret et les nouveaux actionnaires ont pris la décision de déplacer le siège social à Brest, site le plus important du Chantier. L'organisation n'évolue pas fondamentalement, et à 60 ans pour Yann Mauffret et 55 ans pour Louis Mauffret, tous deux continuent à préparer l'avenir du chantier avec la même vision et le même engagement.

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Maîtrise des Savoir-Faire : De la Construction à la Restauration de Navires en Bois

L'expertise du Chantier du Guip se décline à travers une gamme complète de services spécialisés dans le domaine du bois maritime. Le chantier excelle dans la construction, la restauration, la réparation et la maintenance de navires historiques en bois, de yachts classiques et de bateaux de travail. Cette maîtrise implique l'application de techniques traditionnelles de charpente navale (traditional shipwrighting) combinées aux méthodes modernes de construction en bois (modern wooden boat-building techniques). Les compétences s'étendent également à l'ébénisterie de pont (deck joinery) et à l'agencement intérieur (interior joinery), des aspects cruciaux pour la fidélité historique et le confort des embarcations.

À Brest, l'atelier principal, un hangar de plus de 1000 m², se situe sur le quai Malbert. Il est divisé en plusieurs zones distinctes, incluant la charpente navale, l'ébénisterie de pont et l'agencement intérieur, ainsi que la technique embarquée. Cette organisation permet d'accueillir des yachts et des bateaux du patrimoine d'un poids pouvant aller jusqu'à 100 tonnes, offrant un espace adapté à des projets d'envergure. Le chantier dispose également d'un slipway, facilitant les opérations de mise à l'eau et de mise au sec, ainsi que de possibilités d'hivernage, en plein air ou en hangar. Plus récemment, à Brest, les membres de l’atelier exercent leur savoir-faire dans un nouveau hangar vitré de plus de 2000 m², largement ouvert sur le quai Malbert et le public, soulignant une volonté de transparence et d'échange avec les visiteurs. En complément de ces installations, un atelier a été spécifiquement monté à Lorient pour la restauration du thonier Biche, démontrant la capacité du chantier à déployer son expertise sur différents sites en fonction des besoins des projets. Ces capacités techniques, logistiques et humaines permettent au Chantier du Guip de répondre aux défis les plus complexes du patrimoine maritime en bois.

Projets Emblématiques : La Renaissance des Géants et des Légendes des Mers

Le Chantier du Guip s'est distingué par la restauration et la construction de nombreux navires d'exception, chacun racontant une part de l'histoire maritime.

La Restauration Méticuleuse du Voilier Juana

L'équipe de Yann Mauffret, cogérant du chantier, travaille actuellement sur le voilier de course argentin de 19 mètres Juana. Construit en 1947 sur un plan de German Frers, ce navire subit un reconditionnement total, représentant un total de 20 000 heures de travail, comme l'explique Yann Mauffret. L'objectif est qu'il soit à la fois performant et en accord avec son patrimoine, un équilibre délicat que le chantier maîtrise à la perfection.

La Renaissance de Vanity V

Le Vanity V, un 12 m J.I. Fife de 1936, a une histoire riche, naviguant à ses débuts sous les couleurs de J.R. Payne et obtenant rapidement des résultats encourageants en régate. Au Chantier du Guip, une restauration majeure a alors été menée en collaboration avec l’architecte Guy Ribadeau Dumas. Cette renaissance lui a permis de retrouver sa place parmi les grands noms des régates classiques, attestant de la capacité du chantier à redonner vie et performance à ces joyaux de la plaisance.

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Le Retour du Kurun

Lorsqu’il a été mis à l’eau au Croisic en 1948, le Kurun portait déjà une ambition singulière : partir loin, longtemps, et autrement. C'est à son bord que, le 19 septembre 1949, Jacques-Yves Le Toumelin quitta Le Croisic pour accomplir un tour du monde à la voile, revenant triomphalement trois ans plus tard, le 7 juillet 1952. Plus récemment, son chantier de restauration est désormais terminé : le Kurun a quitté le Guip et retrouvé l’eau. Ce navire a été construit à l’initiative d’un passionné engagé dans la préservation du patrimoine maritime, alors président de l’association de la Belle Angèle, dédiée à la reconstruction de ce bateau emblématique à Pont-Aven. Le retour du Kurun à la navigation est une victoire pour la préservation de ces bateaux légendaires.

L'Entretien du Navire École La Belle Poule

Navire emblématique de la Marine nationale, la goélette La Belle Poule navigue depuis plus de 90 ans, ayant été construite en 1932. Elle continue aujourd’hui de former de jeunes marins et de représenter la France lors de grands rassemblements maritimes en France et à l’étranger. Ces derniers mois, elle était au Chantier du Guip, à Brest, pour un important arrêt technique mené sous maîtrise d’œuvre du Service de soutien de la flotte. Il s'agissait d'un chantier d’envergure pour le Guip, sur l’un des plus grands bateaux en bois naviguant actuellement en France, démontrant que ce sont des bateaux impressionnants par leur taille, mais aussi par le travail qu’ils demandent.

Une grande partie du chantier a concerné le pont : tout l’accastillage a été déposé, sablé et galvanisé, les joints de pont ont été ouverts, calfatés au coton, avant la repose de nouveaux joints d’étanchéité, garantissant ainsi l'intégrité et la durabilité de la structure. Le chantier a aussi été marqué par la fabrication d’un nouveau grand mât de 22 mètres en pin d’Oregon. Pour cela, il a fallu trouver et sélectionner les pièces de bois adaptées, directement importées du Canada. Aujourd’hui, ces bois sont devenus difficiles à trouver, et ainsi, quand les madriers arrivent à l’atelier, c’est toujours un moment un peu particulier. Il s'agit en effet de très belles pièces de bois, et les artisans savent qu’ils travaillent sur un mât qui repartira naviguer pendant des dizaines d’années. Des travaux ont également été réalisés sur la coque, avec la reprise du cuivre des œuvres vives usé par les navigations, ainsi que le contrôle des espars et les reprises nécessaires à la bonne marche du bateau. La Belle Poule a été remise à l’eau le 6 mars dernier. Elle va maintenant reprendre la mer avec son équipage avant de partir pour plusieurs mois de navigation aux États-Unis et au Canada, dans le cadre des commémorations des 250 ans de l’Indépendance américaine.

Le Renard, Témoin de l'Histoire Maritime

Réplique du dernier navire armé en 1812 par Robert Surcouf, Le Renard est un bateau qui a beaucoup navigué. Mis à l’eau en 1991, il est en mer depuis plus de 35 ans, participant à de grands rassemblements maritimes, à des sorties avec le public et à des embarquements de scolaires. Après toutes ces années de navigation, certaines parties très exposées ont naturellement marqué le pas, nécessitant un arrêt technique. Le chantier a commencé par l’essentiel : garder la mémoire du bateau, un principe fondamental pour la restauration des navires historiques. Yann Mauffret est d'ailleurs photographié devant Le Renard alors qu'il est en arrêt technique, illustrant son implication personnelle dans ces projets.

L'Intervention sur L'Hermione, un Défi Technique Hors Normes

Le Chantier du Guip a été choisi pour participer au grand carénage de L'Hermione, un fameux trois-mâts, actuellement en grand carénage avec un budget de 10 millions d'euros, dans le port de Bayonne à Anglet (Pyrénées-Atlantiques). La réplique du navire de guerre français, reconstruite par l’association Hermione-La Fayette, s'y trouve depuis septembre 2021, notamment pour des problèmes de champignons. Le Chantier du Guip a été sélectionné aux côtés de l’entreprise de Thouars (Deux-Sèvres) Asselin (120 salariés, 20 M€ de CA), également spécialiste de la rénovation du patrimoine. Yann Mauffret, qui dirige le Chantier du Guip avec son fils Tegwen et Louis Mauffret, a indiqué : "Nous étions concurrents sur ce dossier et l’association a finalement décidé de partager le travail." Il ajoute que "c’est une bonne chose car il y a énormément de boulot." Pour lui, L’Hermione est, selon moi, l’ouvrage en bois le plus complexe qui existe en France, un bateau extraordinaire sur lequel le chantier est très attentif. Rénover un tel bateau demande des compétences particulières, que possèdent les deux concurrents. Les charpentiers des deux sociétés, Asselin et Guip, qui se retrouvent sur le chantier, ont un respect mutuel, ce qui assure le bon déroulement des opérations, comme l'assurent les dirigeants des deux entreprises, Yann Mauffret et François Asselin.

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Ce chantier hors normes a cependant demandé à la société bretonne d’adapter ses méthodes de travail. D’habitude, les équipes travaillent sur les sites de Brest, Lorient et l’Île aux Moines. Là, il a fallu constituer une équipe pour se rendre à Anglet. En effet, il n'était pas question de faire n’importe quoi sur L’Hermione. Si des concessions sont faites sur certains aspects, l’association tient au côté historique du bateau. Pour une question de temps, les équipes n'ont pas pu rechercher toutes les pièces de bois en un seul tenant en forêt, car il n'est pas possible de couper des arbres à n’importe quel moment de l’année et cela aurait nécessité d'attendre de longs mois. Le chantier a donc opté pour le lamellé-collé en accord avec l’association, c’est-à-dire coller des lamelles de bois ensemble pour réaliser les courbes. Certaines pièces, sur la trentaine à réaliser, font jusqu’à 900 kg. Elles sont construites en atelier à Brest où le chantier dispose d’un pont roulant pour les transporter. Elles devront être montées en septembre 2023 à Anglet, sans cet équipement, ce qui représente un défi logistique et technique considérable. Le travail pour le Chantier du Guip a démarré à l’automne 2022 avec le démontage des pièces. De décembre 2022 à janvier 2023, les équipes ont recherché les bois nécessaires et ont commencé à réaliser les pièces en avril. Le travail se poursuivra cet été alors qu’ils font une pause habituellement, soulignant l'engagement exceptionnel du chantier. L’Hermione fait partie du patrimoine français et permet aussi la formation de charpentiers autant que de marins, assurant la transmission de ces savoir-faire uniques.

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