L'Éclat et la Résilience de la Natation et du Sport Arméniens

L'Arménie, nation au riche passé et à la culture profondément enracinée, a toujours valorisé l'excellence sportive, faisant des jeux et des sports une composante essentielle de son identité. Des archives historiques anciennes révèlent que deux princes arméniens, dont la destinée les a menés à devenir rois, ont activement participé aux Jeux Olympiques de l'Antiquité, témoignant d'une tradition athlétique qui remonte à des millénaires. Cette persévérance dans la quête de l'exploit athlétique s'est maintenue et a même prospéré avec les avancées des sports modernes au cours du siècle dernier, illustrant une continuité remarquable dans l'engagement arménien envers l'activité physique et la compétition.

Dans l'Empire Ottoman, des clubs et des groupes organisés étaient dédiés à une multitude d'activités sportives, reflétant l'importance croissante du sport dans la société. Lors de la toute première participation de l'Empire ottoman aux Jeux Olympiques modernes, qui se sont déroulés à Stockholm en 1912, la délégation comptait déjà deux Arméniens parmi les représentants portant fièrement le drapeau de l'Empire. Cette présence précoce sur la scène olympique moderne soulignait le talent et l'engagement des athlètes arméniens bien avant l'établissement de la République d'Arménie. Avec l'intégration dans l'Union Soviétique, la reconnaissance internationale des sportifs arméniens s'est affirmée de manière plus nette. Ce fut d'ailleurs le drapeau de l'URSS qui fut hissé pour le premier vainqueur arménien aux Jeux Olympiques d'Helsinki en 1952, Hrant Shahinyan, une figure emblématique de la gymnastique soviétique. Si l'Arménie a brillé dans de nombreuses disciplines, le jeu d'échecs se distingue particulièrement, où le pays a atteint une position de premier plan sur la scène mondiale, une excellence qui remonte déjà à l'époque soviétique avec le légendaire Tigran Petrossian, dont le nom est devenu familier dans les foyers du monde entier dans les années 1960. Cependant, c'est le football qui a généré le plus grand engouement populaire, un sport profondément ancré dans le cœur des Arméniens. Le Club de Football Ararat, en particulier, demeure toujours très apprécié dans le pays pour sa victoire historique lors du championnat soviétique en 1973, un exploit qui résonne encore aujourd'hui. Ces dernières années, le rang qu'occupe l'Arménie sur l'arène footballistique européenne s'est amélioré de façon constante, même si le pays n'a toujours pas eu l'occasion de participer à une Coupe du Monde. Au-delà des frontières de l'Arménie, la diaspora a également produit de grands noms du sport, comme l'Argentin d'origine arménienne David Nalbandyan, un tennisman de renommée mondiale, et le grand nom dans le monde du tennis, Andre Agassi. Les communautés de la diaspora, souvent très actives, comportent des groupes d'athlètes impliqués dans divers sports ou dans les arts martiaux, et elles s'efforcent d'organiser de manière périodique des tournois locaux ou régionaux, contribuant ainsi à maintenir vivante la flamme sportive arménienne à travers le globe. L'indépendance de l'Arménie en 1991 a permis un développement important de ce genre d'activités sportives et culturelles. Les Jeux Pan-Arméniens, une initiative ambitieuse, ont été organisés peu de temps après l'indépendance, pour la première fois en 1999. Depuis lors, ils se répètent régulièrement, rassemblant des milliers d'athlètes arméniens qui s'affrontent dans des disciplines variées telles que le basketball, le football, la natation, les échecs et d'autres sports, chacun représentant sa ville, qu'elle soit d'Arménie ou du monde, comme c'est le cas pour les participants issus de la diaspora.

Shavarsh Karapetyan : L'Héroïsme au Prix de la Carrière

Le déplacement amical des Bleus en Arménie, ce mardi, a été l'occasion de se remémorer l’histoire extraordinaire de Shavarsh Karapetyan, un nom qui résonne avec une force particulière dans l'histoire sportive arménienne. RMC Sport a ainsi mis en lumière son parcours, rappelant que ce nageur arménien de haut niveau n'a peut-être pas eu toute la gloire méritée malgré ses réalisations hors normes. Son palmarès était déjà éloquent, comptant neuf titres européens et onze records du monde, des chiffres qui le plaçaient parmi l'élite mondiale de sa discipline. Pourtant, c'est un acte de courage inouï qui a marqué sa vie de manière indélébile, l'amenant à hypothéquer sa carrière sportive pour remonter des corps coincés dans un lac à Erevan. Son histoire est celle d'un incroyable roman d’un destin tombé quelque peu aux oubliettes, mais dont on s’est souvenu avec éclat au moment des Jeux Olympiques de Sotchi.

Selon ses propres estimations, Shavarsh Karapetyan aurait remonté entre trente et trente-cinq corps, des personnes piégées dans les profondeurs glaciales. Parmi eux, certains étaient encore vivants, luttant pour leur survie, tandis que d'autres avaient déjà succombé. Il s'est acharné pendant plus de vingt minutes, plongeant sans relâche à quatre mètres et demi de profondeur, pour ensuite revenir à la surface avec ce qu'il a appelé un « colis humain ». Ce jour-là, au moins vingt rescapés ont été dénombrés, arrachés à une mort certaine grâce à son intervention. Cet acte héroïque lui a valu, en retour, une absence de reconnaissance immédiate et une carrière sportive écourtée, marquant le parcours de Shavarsh Karapetyan, l’un des meilleurs nageurs arméniens de l’histoire, comme le roman d’un destin oublié.

Avant de devenir le héros des eaux, Karapetyan était un nageur traditionnel prometteur, considéré comme l’un des meilleurs espoirs du pays dans les épreuves de nage libre et de dos. C'est à la fin de son adolescence qu'il a été orienté vers le finswimming, une discipline exigeante qui consiste en la nage sous-marine propulsée par palmes, avec une retenue de respiration ou l'utilisation d'un tuba, voire d'une bouteille de plongée. Son entraînement était d'une rigueur quasi militaire : il pratiquait le jogging avec des chaussures de ski et n'hésitait pas à monter une colline, portant un autre nageur sur ses épaules, des méthodes qui forçaient le corps et l'esprit à dépasser leurs limites. Cet engagement total a porté ses fruits de manière spectaculaire : en seulement trois ans, l’Arménien a remporté huit titres européens et a établi dix nouveaux records du monde, démontrant une domination exceptionnelle dans sa nouvelle discipline.

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Cependant, le destin a frappé le 16 septembre 1976. Ce jour-là, Shavarsh Karapetyan fulminait. Une décision politique, liée à son « pays » d’origine, l'avait écarté de l'équipe d’URSS pour les premiers championnats du monde de la spécialité. Pour apaiser sa frustration et canaliser son énergie, le jeune homme courait avec un sac de sable sur le dos dans les rues d'Erevan, la capitale de l'Arménie. C'est alors, à la sortie d’un virage, qu'il a été témoin d'une scène terrifiante : un trolleybus, décrit comme une sorte de tramway à un seul wagon, a dévié de sa trajectoire et a sombré dans les eaux polluées du lac Erevanian. Sans la moindre hésitation, Shavarsh a plongé. Il a été rapidement rejoint par son frère Kamo, lui aussi un nageur de qualité. Ensemble, ils ont déployé des efforts surhumains pour sauver un maximum de vies, nourrissant l'espoir que certaines victimes auraient pu trouver une poche d’air pour résister sous l'eau. Après avoir explosé une vitre du trolleybus d'un coup de pied, Karapetyan a remonté un à un les corps sur lesquels il pouvait mettre la main, les ramenant à son frère, dont la tâche était de les faire atteindre le rivage.

Pour maximiser ses chances de réussite dans cette mission de sauvetage désespérée, le nageur usait d’une technique d'hyperventilation, prenant cinq respirations profondes avant chaque plongée. Mais dans l’urgence et le chaos de l'action, il lui est arrivé d'oublier cette préparation essentielle une fois, ce qui l'a fait remonter trop rapidement à la surface, non pas avec une personne, mais avec un simple… siège. Après plus de vingt minutes d'efforts surhumains, les équipes d’urgence arrivées sur place lui ont finalement ordonné de ne plus descendre, jugeant ses efforts désormais inutiles face à l'ampleur de la tragédie. Quarante corps sans vie ont été retrouvés dans le wagon, qui a été remonté grâce aux bras de grue installés dans l’eau par Shavarsh et Kamo, dans un dernier acte de dévotion.

Le soir même de ce drame, la température de Karapetyan a grimpé en flèche, et il a commencé à délirer. Un médecin a diagnostiqué une pneumonie des deux poumons, conséquence directe de l'immersion prolongée dans les eaux froides et polluées du lac. Il a passé trois semaines alité à l’hôpital, sous un régime intensif d'antibiotiques, avant de pouvoir enfin remarcher seul. De retour dans le bassin, sa toux permanente était si violente qu'elle a failli le faire étouffer alors qu'il utilisait sa bouteille de plongée. Désormais, Shavarsh Karapetyan éprouvait une profonde aversion pour l’eau. C'est sans le plaisir d'antan qu'il s'est efforcé de se faire violence pour retrouver la compétition. Il a finalement réussi à remporter une nouvelle médaille d’or européenne, agrémentée de deux médailles d'argent, et à établir un dernier record du monde. Cependant, il n’est pas allé plus loin dans sa carrière sportive, trop durement touché physiquement et trop dégoûté de l’élément aquatique qui avait été sa passion et son terrain d'exploits.

Il n’a même pas pu jouer le rôle du héros national que son acte méritait. Les autorités soviétiques, désireuses de garder le secret sur l’accident d’un trolleybus, ont minimisé l'événement. La presse locale l’a évoqué en quelques lignes, sans même mentionner son nom, scrupuleusement zappé du rapport officiel gouvernemental. La « reconnaissance » des autorités s'est limitée à la remise d'un certificat et de la somme modique de trente-huit roubles aux deux frères, soit un quart du salaire moyen en URSS à l’époque. Leur père, avec une dignité remarquable, a retourné ces maigres récompenses, arguant que ses enfants n’avaient « pas fait ça pour l’argent ». Il a fallu attendre six ans, et la publication d'un article dans la Komsomolskaya Pravda, puis un autre dans la Literaturnaya Gazeta, pour que son rôle héroïque soit enfin révélé au grand public. C'est alors qu'il a été fait titulaire du « badge d’honneur », une distinction civile, certes, mais moins prestigieuse que le titre - qu’il aurait amplement mérité - de « héros de l’Union soviétique ». Même sa propre femme, Nelli, n’a appris l'étendue de son héroïsme qu’à travers la presse. Elle se souvient lui avoir dit : « On est là pour faire des bébés, pas pour se raconter des histoires. » Près de trente ans plus tard, celui qui a eu l'honneur de porter la flamme olympique des Jeux de Sotchi en octobre 2013 - et qui a dû la rallumer au briquet au cours de son relais, signe d'un destin toujours semé d'embûches mais jamais entamé - ne regrette absolument rien de ses choix. « Cela n’aurait pas été juste si le nageur sous-marin le plus rapide de la planète avait vu cet accident mais n’avait rien fait », avance-t-il, avec une humilité poignante, sa toux permanente rappelant encore l’héroïsme et les sacrifices de ce jour fatidique. Il conclut avec sagesse : « La nature, l’humanité et Dieu m’auraient jugé pour ça. » L’histoire, elle, s’est depuis chargée de lui rendre justice.

La Natation Arménienne Aujourd'hui : Entre Performances Olympiques et Développement National

Le dynamisme de la natation arménienne ne se limite pas aux exploits passés, mais s'inscrit également dans le présent, avec de nouvelles figures émergentes sur la scène internationale. Varsenik Manoutcharian, nageuse au sein de l'équipe olympique arménienne, a récemment exprimé sa profonde satisfaction quant à ses résultats obtenus lors des Jeux Olympiques, témoignant de l'engagement et des performances actuelles des athlètes du pays. « Je suis très passionnée et impressionnée. L'accueil des supporters lorsque nous sommes entrés dans la piscine était très fort. C’était une expérience différente de celle des Jeux Olympiques de Tokyo », a déclaré Manoutcharian lors d'un entretien avec des journalistes. Ces mots soulignent l'impact émotionnel et la motivation accrue que le soutien du public peut engendrer, une atmosphère palpable qui l'a particulièrement touchée et poussée pendant la course. Elle a également noté que, contrairement à sa participation aux Jeux de Tokyo, elle se sentait cette fois plus confiante et plus calme, des facteurs psychologiques cruciaux pour la performance de haut niveau. Le temps de 1:01.24 qu'elle a réalisé est jugé satisfaisant pour elle, d'autant plus que, comme elle le précise, « Mon résultat m'a beaucoup satisfait, car nous avions peu de temps pour nous préparer aux Jeux Olympiques », une contrainte qui rend sa performance encore plus louable.

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Le développement de la natation et du sport en général en Arménie est une priorité, comme en témoignent les initiatives gouvernementales et les événements nationaux. Des programmes visant à encourager un mode de vie sain dans la société sont activement discutés, notamment à travers l’organisation et la valorisation de diverses compétitions sportives. Le Premier ministre a salué les participants à une rencontre où étaient abordées ces questions, et les a félicités pour avoir eu l’opportunité de participer à la phase finale de ces initiatives. Lors de cette rencontre, les programmes destinés à promouvoir la santé et l'activité physique ont été au cœur des discussions. Les participants ont eu l'occasion de partager leurs impressions, de présenter leur processus d’entraînement et de détailler les conditions dans lesquelles ils pratiquent leur sport, offrant un aperçu précieux des défis et des réussites de la jeunesse sportive arménienne. La phase finale de ces compétitions, à laquelle participeront 128 écoliers, se tiendra dans la piscine du complexe sportif principal de Tsaghkadzor, un lieu emblématique du sport arménien. Des équipes représentant les provinces de la République d’Arménie et la ville de Yerevan y prendront part, soulignant l'implication de l'ensemble du territoire dans cette dynamique sportive.

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