Depuis une dizaine d’années, la natation hivernale, ou "ice swimming", connaît un essor considérable, attirant de plus en plus d’adeptes en France et à travers le monde. Cette discipline, qui se pratique généralement en lacs ou en mer, dans une eau dont la température est inférieure à 10°C, a vu ses compétitions internationales structurées par deux fédérations majeures depuis l’an 2000 : l’ISAA et l’IWSA. Les championnats du monde de nage en eau glacée, un événement marquant de ce sport extrême, se sont déroulés du 12 au 15 janvier 2023 à Samoëns, en Haute-Savoie, accueillant environ 300 participants.
L'Essor de la Nage en Eau Glacée
Initialement motivés par le bien-être et les avantages physiologiques procurés par l'eau froide, les pratiquants de la nage en eau glacée ont vu dans cette discipline un défi sportif stimulant. La nage en eau glacée, ou en eau froide, se définit comme la pratique de la nage en eau libre (lac, rivière, mer) ou en piscine extérieure non chauffée entre l’automne et le printemps. L'eau est généralement considérée comme froide en dessous de 15°C.
Les Règles Spécifiques aux Compétitions
Les compétitions de nage en eau glacée se distinguent des compétitions traditionnelles par des règles adaptées aux conditions extrêmes. Les départs se font directement dans l’eau, les plongeons et les culbutes étant interdits pour des raisons de sécurité. Les épreuves proposées sont similaires à celles des compétitions en piscine, incluant des distances variées telles que le 50m papillon et le 200m brasse. L'International Ice Swimming Association (IISA) reconnaît officiellement le 200m brasse et le mile comme distances de référence.
À Samoëns, plusieurs règles très strictes ont été imposées aux athlètes, notamment une température de l’eau obligatoirement inférieure à 5 degrés. Lors des championnats du monde, 511 nageurs se sont affrontés dans un bassin de 25 mètres spécialement conçu au cœur du lac aux Dames, à 700 mètres d’altitude, où l'eau affichait une température inférieure à 4°C. Pour que le Mondial soit validé, l’eau devait rester à moins de 4,6°C, condition respectée pour les épreuves de 50, 100, 250 et 500 mètres, ainsi que pour la course reine d’1 km. Une quarantaine de nations étaient représentées, incluant des athlètes venus d’Amérique, d’Australie, de Mongolie, d’Ukraine, de Nouvelle-Zélande et du Chili. Tous ont concouru sans combinaison, bravant le froid intense.
Les départs des courses se font dans l'eau après être entré par l'échelle en bout de ligne. En nage libre, les distances proposées sont le 50, 100, 250, 500 et 1000 mètres, tandis que pour les autres nages, les distances sont de 50 et 100 mètres.
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Préparation et Sécurité : Les Maîtres-Mots
La nage en eau glacée requiert une préparation rigoureuse et une conscience aiguë des risques encourus. Alexandre Fuzeau, médecin généraliste et pionnier français de la nage en eau glacée, souligne que l’hypothermie peut survenir en seulement cinq minutes dans ces conditions. Il insiste sur l’importance de ne pas improviser et conseille un entraînement régulier, avec des séances de dix minutes dans une eau à 10°C, avant de diminuer progressivement la température.
Chaque athlète participant aux compétitions doit être accompagné d’un "chaperon" qui le connaît bien et le suit de près avant, pendant et après les épreuves. Une équipe médicale complète, comprenant secouristes, urgentistes, un médecin fédéral et des infirmières, est présente pour assurer la surveillance des nageurs. Avant les courses, un électrocardiogramme (ECG) sans contre-indication de moins de trois mois est exigé, suivi d’un check-up incluant la prise de tension et de température.
Des critères précis ont été établis pour sortir un nageur de l’eau dès que des signes de faiblesse sont détectés, comme une perte de vitesse ou une nage désorientée. Un temps maximal de 22 minutes pour le 1000 mètres est imposé.
L'Expérience des Nageurs : Entre Douleur et Bien-Être
Les témoignages des nageurs révèlent un mélange de sensations extrêmes. Ludivine Blanc, finaliste des championnats de France en natation, décrit une expérience intense lors de ses premières courses en eau glacée, avec une sensation de refroidissement rapide des organes et des douleurs similaires à des coups de couteau. Malgré ces difficultés, elle souligne un sentiment de bien-être paradoxal et la solidarité entre les participants.
Hassan Baraka, athlète marocain habitué des défis extrêmes, évoque une transformation de la douleur en bien-être et un sentiment de vitalité intense. Il raconte son expérience lors d’un ice mile en Pologne, où une chute brutale de sa température corporelle à 32°C l’a mis en danger, soulignant l’importance de la surveillance médicale et de la préparation.
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Bienfaits et Risques : Un Équilibre Délicat
La nage en eau glacée est réputée pour ses nombreux bienfaits, notamment la stimulation de la circulation sanguine, le renforcement du système immunitaire, l’amélioration de la santé mentale et la perte de poids. Le froid agit comme un antidouleur et un anti-inflammatoire, soulageant les douleurs articulaires et musculaires.
Cependant, cette discipline comporte des risques significatifs. L’hypothermie, le phénomène d’"afterdrop" (rechute de la température corporelle après la course) et les séquelles de sensibilité aux extrémités sont autant de dangers à prendre en compte. Il est crucial de se réchauffer rapidement après l’épreuve, en utilisant des saunas, des spas et des dômes chauffés mis à disposition sur le site de compétition.
L'Équipement Essentiel pour la Nage en Eau Froide
Pour pratiquer la nage en eau froide en toute sécurité et confort, il est essentiel de s'équiper adéquatement. Voici une liste des équipements recommandés :
- Cagoule en néoprène : Protège la tête, les oreilles et le cou du froid intense.
- Gants en néoprène : Essentiels pour protéger les mains du froid et éviter l’engourdissement.
- Chaussons en néoprène : Gardent les pieds au chaud et les protègent des coupures ou des blessures.
- Lunettes de natation adaptées : Offrent une vision nette sous l’eau tout en protégeant les yeux des irritations causées par le froid.
- Bouée de sécurité : Assure la visibilité auprès des autres usagers de l’eau et offre un support de flottaison en cas de fatigue ou de crampe.
- Bouchons d’oreilles : Préviennent les otites et les douleurs causées par le froid en empêchant l’eau froide de pénétrer dans les conduits auditifs.
- Bonnet de bain en silicone ou en latex : Peut être porté sous la cagoule pour une isolation thermique renforcée.
- Crème anti-frottements : Prévient les irritations causées par le contact prolongé avec le néoprène.
Perspectives d'Avenir : Vers les JO d'Hiver ?
La nage en eau glacée suscite un engouement croissant, et l’International Ice Swimming Association (IISA) œuvre pour que cette discipline soit incluse comme sport de démonstration aux Jeux olympiques d’hiver de 2026 à Milan et Cortina d’Ampezzo. Catherine Plewinski, quintuple championne d’Europe de natation et organisatrice du Mondial de Samoëns, souligne cet engouement et les efforts déployés pour cette reconnaissance olympique.
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