Nicolas Gestin : Le Champion du Monde de Kayak de Descente entre Racines Bretonnes et Horizons Olympiques

Le jeune canoéiste quimperlois, Nicolas Gestin, est de retour chez lui après des résultats exceptionnels cette année. Âgé de seulement 25 ans, le céiste tricolore a récemment conquis son premier sacre mondial, marquant l'aboutissement d'une saison magistrale. Né à Tréméven, Nicolas Gestin, un jeune prodige du Canoë-Kayak Club de Quimperlé, affiche déjà un palmarès impressionnant, rivalisant rapidement avec les meilleurs en slalom. Son parcours, fait de passion, de persévérance et d'une profonde connexion avec les eaux de sa Bretagne natale, le mène aujourd'hui vers les sommets du canoë-kayak international, avec les Jeux Olympiques en ligne de mire.

Une Immersion sur la Laïta : Aux Sources de la Passion

Avant de s'envoler pour de nouvelles aventures et de nouveaux défis, une descente de la Laïta, cette rivière emblématique de sa région, s'imposait pour Nicolas Gestin. C'est à ses côtés, sur cette eau qu'il connaît si bien, que nous l'avons accompagné pour une immersion privilégiée. Le départ s'est fait à 10 h, de la prairie Saint-Nicolas, les deux bateaux étant à l’eau, prêts à partir pour quelques heures de navigation. Ce parcours, notre champion le connaît très bien. « Mais oui, je la connais quasiment par cœur », a-t-il affirmé, démontrant une familiarité absolue avec chaque virage près.

L'expédition fluviale, une très belle balade d'un peu plus de trois heures sur l’eau, nous a permis de découvrir la forêt de Carnoët au fil de l’eau. Après une heure de balade, nous sommes arrivés au manoir de Carnoët. « Allez, on a fait la moitié avant l’arrêt pique-nique ! », a encouragé notre champion, rythmant la descente de son enthousiasme. À 12 h 07, le site abbatial de Saint-Maurice se devinait, offrant un cadre idyllique pour la pause-déjeuner bien méritée. Nous avons posé nos kayaks sur la rive et remis un pied sur terre. Quelques virages plus loin, le pont de Saint-Maurice a fait son apparition, mais l'habitué des lieux a prévenu : « Il y a très peu d’eau dans certains endroits, on va essayer de ne pas rester coincé sur un banc de sable. » Et l'expérience a confirmé son intuition : dix minutes plus tard, nos bateaux étaient posés sur le sable en plein milieu de la rivière, très claire à cet endroit.

L'arrivée au port du Pouldu, sous un beau soleil, entre Clohars-Carnoët et Guidel, s'est faite à 14 h 12. Cette randonnée offre l'opportunité de découvrir de nombreuses choses vues de la rivière, une expérience « à faire sans aucune hésitation en famille ou entre amis ! ». Cette descente est d'ailleurs un événement annuel très attendu : le Canoë-kayak club de Quimperlé organise sa 14e édition de la descente de la Laïta, le dimanche 22 septembre. Les premières navettes circuleront à partir de 10 h entre le Pouldu et Quimperlé, et le départ de la descente sera lancé à 11 h. Pour agrémenter la journée, un concours de déguisement est organisé, ainsi qu’un concert et une tombola à l’arrivée au Pouldu. Cet événement témoigne de l'ancrage profond du canoë-kayak dans la vie locale et de l'esprit communautaire qui entoure la pratique de ce sport.

Un Triomphe Mondial : La Consécration en Australie

Le chemin de Nicolas Gestin vers le sommet a été marqué par une détermination inébranlable. Rien n'a fait dévier Nicolas Gestin de sa trajectoire, ni le vent fort présent sur le bassin de Penrith, dans la banlieue de Sydney (Australie), ni la concurrence acharnée. Quatorze mois après l'or olympique sur le bassin de Vaires-sur-Marne - une performance qui illustre la force du canoë français -, le céiste tricolore de 25 ans est allé conquérir son premier sacre mondial. Il s'est imposé avec un temps de 97.13, devant le Britannique Ryan Westley (98.03) et l'Australien Kaylen Bassett (98.74), qui complètent le podium.

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Dominant, aussi bien en vitesse qu'en technique, Nicolas Gestin est venu boucler en patron en Australie une saison magistrale. Il avait déjà dominé en demi-finale, où il a signé le meilleur chrono, ce qui lui a permis de s'élancer en dernière position en finale. « Partir dernier ne me dérange pas. J'ai déjà été dans cette situation plusieurs fois aux Jeux », a-t-il déclaré, faisant preuve d'une confiance sereine. Avec le dossard numéro 1 sur les épaules, Nicolas Gestin a parfaitement négocié chaque porte et dévalé le parcours des JO de Sydney 2000 avec maîtrise pour réaliser ce temps impressionnant de 97.13.

« Je suis content de réaliser ça au terme de cette saison archi positive durant laquelle je me suis éclaté sur les Coupes du monde », a-t-il partagé. Il a également exprimé sa satisfaction quant à sa capacité à performer après une année olympique. « C'est très positif de réussir à capitaliser et derrière, d'aller remporter le Mondial. Après ma place de vice-champion du monde en 2023, j'arrive à franchir la dernière marche qui me manquait », a-t-il ajouté, soulignant l'importance de cette victoire. Le champion a poursuivi en expliquant : « J'arrive à concrétiser ici sur un bassin qui m'a pas mal challengé. D'autant que les conditions étaient assez horribles en raison du vent. Heureusement, s'est un peu calmé avant la finale. Du coup, j'ai pu bien attaquer et mettre en place ma navigation et ça paie au bout. » Pour lui, cette victoire est « la cerise sur le gâteau de finir la saison comme ça. C'est archi cool et ça donne envie de continuer. Il y a encore deux belles années à dévorer avant les JO (Los Angeles), j'ai hâte d'y être. »

Une Saison Magistrale : Entre Coupes du Monde et Championnats

Ce sacre mondial n'est que la consécration d'une année exceptionnelle pour Nicolas Gestin. Il a remporté le classement général de la Coupe du monde, avec trois victoires sur cinq étapes, démontrant une régularité et une performance de très haut niveau. Cette série de succès a été précédée par une deuxième place au Championnat d'Europe à Vaires en mai, prouvant sa capacité à rivaliser avec l'élite continentale. Après les Jeux, comme il l'a exprimé, il est « super content de sortir cette performance ». Il s’inscrit désormais dans la cour des grands, naviguant dans les traces de ses prédécesseurs illustres comme Tony Estanguet et Denis Gargaud.

Son parcours est jalonné de titres : de champion de France cadet en 2015 aux titres de champions d’Europe et du monde chez les moins de 23 ans, en 2019 et 2021. En septembre dernier, il a même décroché, aux côtés de Denis Gargaud et Martin Thomas, le titre de champion du monde slalom seniors par équipe à Bratislava. Bien qu'il ait manqué de peu le podium des Mondiaux en individuel, finissant à la 4ème place, cette performance par équipe a souligné sa contribution essentielle au succès collectif. Ces succès répétés sont la preuve d'un athlète complet et résilient, capable de s'adapter aux différentes exigences des compétitions internationales.

Ancrage Territorial et Ambitions Olympiques

L'attachement de Nicolas Gestin à son territoire d'origine est palpable. Né à Tréméven, il reste très attaché à cette région. « J'ai grandi ici, et très chauvin comme je suis, j'ai besoin d'y passer du temps, de revenir régulièrement en pays de Quimperlé », confie-t-il. Son lieu préféré, qui est aussi un terrain d'entraînement privilégié, est le bassin naturel des Roches du Diable. Ce site est pour lui « un site exceptionnel pour la pratique de mon sport, d'abord parce qu'il est naturel. Il me challenge tout le temps. Le niveau d'eau n’est jamais le même, les vagues non plus, notamment en période de crues. C'est ma petite cure d’eau naturelle. » Son rêve est d'ailleurs de pouvoir organiser une course internationale en hiver aux Roches du Diable, ce qui témoigne de son désir de partager la richesse de son environnement.

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Cette connexion profonde à ses racines n'empêche pas Nicolas Gestin de regarder vers l'avenir avec de grandes ambitions, notamment olympiques. Le jeune Trémévénois part déjà à Paris, d’ici quelques jours, avec un objectif clair : « Je pars m’installer cette année à Vaires-sur-Marnes pour être au plus proche du bassin des jeux olympiques en 2024. » Les JO à la « maison », en France, sont forcément spéciaux. C'était déjà un objectif pour Tokyo, mais l'échéance des Jeux Olympiques de Paris 2024 et plus tard de Los Angeles approche et, étant maintenant membre de l'équipe de France, parmi les trois meilleures navigations, il ne pense plus qu'à ça. La compétition est rude, et il sait qu'un seul pagayeur sera retenu pour représenter la France dans sa catégorie. Ce déménagement illustre son engagement total pour atteindre son objectif ultime.

Nicolas Gestin est conscient de la chance qu'il a, notamment grâce au soutien constant de son entourage. « Oui, j’ai toujours l’impression d’être chanceux quand je vois tout le soutien que je reçois », dit-il. Son frère, qui est kayakiste en nationale 1 au CKCQ, ses parents qui l’ont toujours encouragé et suivi dans son projet sportif, à condition de poursuivre ses études, sont des piliers. Sans oublier les amis du club et même les copains d’école et du collège qui sont là pour le soutenir. Ce réseau de soutien est essentiel pour un athlète de haut niveau.

Les Fondations d'un Champion : Une Jeunesse sur l'Eau

La carrière de Nicolas Gestin a pris racine très tôt, grâce à des rencontres fortuites. Sa nourrice, la famille Fouillé, a joué un rôle déterminant. Leurs trois enfants faisaient déjà du kayak au club de Quimperlé. « Il arrivait que le mercredi, ils m’emmènent avec eux », se souvient Nicolas. Très vite, il a été « complètement mordu ». Il n’avait alors que quatre, voire cinq ans, et pouvait rester des heures dans un kayak qu’ils avaient rangé dans leur garage. Le Canoë-Kayak Club de Quimperlé (CKCQ) est rapidement devenu son foyer sportif.

Ce qui le distingue, au-delà de qualités physiques peut-être pas exceptionnelles au départ, c'est ce « capital plaisir que j’ai sur l’eau. C’est toujours le plaisir qui me guide et qui a construit le projet sportif ». Il se souvient de ses parents qui l’attendaient sur le parking près de la Base de la Mothe parce qu’il était toujours le dernier à quitter l’eau. Ce temps passé sur l’eau, dès le plus jeune âge et sur de nombreux autres sites de navigation, lui a permis d’acquérir une capacité unique de lecture de l’eau vive, de développer ce sens de l’eau. Il a également eu la chance de bénéficier d’aides du Comité départemental qui organisait des stages tous les étés pour les jeunes, offrant ainsi un cadre propice à l'épanouissement.

Le club de Quimperlé a été bien plus qu'un simple lieu d'entraînement. « C’est comme une famille », affirme Nicolas. « Je ne serais pas là où je suis, sans mon club. Au-delà du domaine sportif, on se côtoie régulièrement. J’ai eu la chance d’avoir aussi les bons encadrants à Quimperlé. Pascal (Marrec) et Vincent (Salmon) me connaissent et me suivent depuis que je suis entré au club, tout petit. » Ces figures tutélaires ont été essentielles à son développement. Tony Estanguet, devenu champion olympique en 2000, année de sa naissance, puis en 2004 et 2012, a été une source d'inspiration lointaine. Mais quand Nicolas a commencé en 2007, un Breton, Sébastien Combot, était sacré champion du monde au Brésil, devenant à l’époque son modèle, qu'il a même côtoyé par la suite. Il a aussi eu des modèles au sein même du club de Quimperlé, des « grands » qui faisaient des compétitions au niveau national comme François Hémidy, Julien Darcillon, Gireg Hamoniaux, ou encore Maxime Perron qui a été champion d’Europe des moins de 23 ans en 2014. Toutes ces influences ont forgé le sportif qu'il est aujourd'hui.

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Ascension et Maturation : Des Premières Compétitions aux Titres U23

Nicolas Gestin a démarré très tôt la compétition grâce au championnat jeunes « Yaouank* » mis en place par le Comité Régional Bretagne Canoë Kayak. Ce circuit très complet permettait aux jeunes de pratiquer toutes les disciplines : le slalom, la descente de rivière, la course en mer, en ligne en eau calme. C’était un circuit que tous les jeunes rêvaient de gagner, au moins une fois. Nicolas était assez compétitif dans toutes ces disciplines, avec l’avantage de pouvoir naviguer à domicile dans des eaux vives et aussi en mer. Cependant, c’est en slalom qu’il s’épanouissait le plus. Il s’est spécialisé en cadet et a remporté la même année, en 2015, le titre de champion de France.

L’entrée au Pôle Espoirs a marqué une nouvelle étape. Le rythme des entraînements s’est intensifié, le matin, le midi et le soir, avant, entre et après les cours. Cela est devenu encore plus dense, avec un entraîneur attitré et un groupe encore plus performant. Il a progressé très vite, décrochant un 2ème titre de champion de France cadet. Alors qu'il était encore dans cette catégorie, il a obtenu sa première sélection en équipe de France junior, et a terminé 5ème aux championnats du monde.

Mais la progression n'est pas linéaire et le haut niveau a ses épreuves. Après cette dynamique fulgurante, il s'est blessé en se luxant l’épaule sur une sortie en mer, à Guidel. Ce fut neuf mois d’arrêt, suivis d'une opération. « J’étais dans une dynamique de fou, et là tout s’arrête », se souvient-il. Cette blessure, cependant, fut aussi une période de maturation. « Oui… La blessure fait partie du haut niveau », a-t-il reconnu. Il avait l’habitude de vouloir toujours aller très vite, d’être à fond, de repousser ses limites sans tenir compte des douleurs physiques. Il a alors compris que s’il voulait reprendre le canoë, il devait mûrir et accepter cette étape pour prendre le temps de se soigner, et pouvoir construire sur le long terme. Cette coupure a été pour lui « une des années les plus riches en termes d’apprentissage, sur le plan humain, à travers des rencontres en centre de rééducation, mais aussi sur le plan personnel, en apprenant à mieux gérer une préparation physique. »

Ce retour à la compétition s'est concrétisé l’année suivante, en 2019, par les titres de champions d’Europe et du Monde de slalom chez les moins de 23 ans. C'était également l'année où il a participé à ses premières courses internationales avec les meilleurs du circuit en finales de coupe du monde. Il a alors couru contre des athlètes médaillés olympiques et mondiaux, notamment le grand rival de Tony Estanguet, le double champion olympique slovaque, Michal Martikan.

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