L'idée d'un "champion de surf tchécoslovaque" peut sembler, à première vue, relever de l'oxymore ou d'une douce nostalgie historique. Pourtant, si l'entité politique a disparu depuis 1993, l'esprit d'une passion partagée pour les vagues transcende les frontières et les contraintes géographiques. Loin des clichés océaniques, le surf s'est taillé une place remarquable en Tchéquie, un pays enclavé où l'Atlantique semble n'être qu'un rêve lointain. Cette émergence spectaculaire témoigne d'une détermination sans faille et d'une ingéniosité particulière, permettant à une communauté grandissante de surfeurs, incluant des Tchèques et des Slovaques, de vivre leur passion et d'aspirer aux sommets internationaux. L'histoire du surf contemporain, riche en talents et en innovations, offre ainsi un contexte fascinant où des figures emblématiques des mers lointaines côtoient des pionniers audacieux des rivières d'Europe centrale, chacun contribuant à forger l'identité complexe et diverse de ce sport universel.
L'Essor Surprenant du Surf en Tchéquie : Un Océan Intérieur en Plein Cœur de l'Europe
Qui aurait pu prédire qu'un pays enclavé puisse se passionner à ce point pour le surf ? En Tchéquie, dépourvue d’accès à l’océan, la pratique de ce sport de glisse sur les vagues connaît un développement à une vitesse fulgurante. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le pays est même en train d’en devenir l’une des places fortes en Europe centrale. La communauté, qui ne cesse de s’agrandir, est représentée depuis 2020 par Český Surfing, la fédération tchèque de surf, témoignant d'une organisation et d'une reconnaissance croissantes.
Cette renaissance du surf en terre tchèque s'appuie notamment sur des infrastructures innovantes. L'île pragoise de Štvanice est devenue, à ce titre, un hot spot du surf en Europe centrale. C'est là que, même par un jeudi d’octobre, entre des bureaux d’un côté et des courts de tennis de l’autre, de courageux adeptes bravent le froid pour se jeter dans la Vltava, planche de surf sous le bras. Vojta, instructeur et coordinateur principal du projet baptisé « Vlny Štvanice » (Vagues de Štvanice), explique avec enthousiasme : « C’est une des meilleures vagues d’Europe centrale, elle est parfaite pour les débutants et agréable à surfer. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il gèle, on surfe ici toute l’année. » Les conditions parfois extrêmes ne freinent pas l'ardeur des surfeurs : l’eau peut descendre à 12 °C, ce qui est froid, mais l'équipement adapté permet à chacun de se préparer à affronter les éléments. La présence d'un spot de surf en Tchéquie a eu un impact immédiat, faisant croître la communauté de manière exponentielle.
La vague de Štvanice, qui s’ajoute à celles de České Budějovice, dans le sud du pays, et de Brandýs nad Labem, au nord-est de Prague, constitue un excellent moyen de populariser un sport encore méconnu dans une nation sans littoral. Fort de son succès, le projet attire des amateurs venus de toute l’Europe centrale pour s’essayer au surf de rivière. Il représente aussi une introduction idéale aux sports de glisse aquatiques pour les Pragois qui n’ont désormais plus nécessairement besoin de s’exiler sur les bords de l’Atlantique pour goûter aux sensations de la glisse. Ce développement est d'autant plus avantageux que la vague de rivière fonctionne à la demande. Nul besoin en effet de s’inquiéter des marées, de la houle ou du vent : les conditions sont toujours optimales pour surfer à Prague, offrant une constance et une accessibilité rares pour un sport traditionnellement dépendant des caprices de l'océan.
La communauté de surfeurs et surfeuses tchèques connaît un tel essor ces dernières années que, sous l’impulsion de Matyáš Menšík, Český Surfing, la fédération tchèque de surf, a été officiellement créée en 2020. Matyáš lui-même a découvert le surf lors d’un surf camp à Peniche, au Portugal, alors qu'il était âgé d'une vingtaine d'années. Son expérience personnelle a nourri cette ambition de structurer le surf dans son pays. Il observe que « ces dernières années, la communauté de surfeurs s’est vraiment agrandie et développée, notamment grâce à l’avènement du surf de rivière qui est une bonne alternative à l’océan pour s’entraîner. » Bien que les meilleurs surfeurs tchèques vivent désormais près de l’océan et ne passent plus beaucoup de temps dans leur pays d'origine, Matyáš souligne qu'ils ont toujours une grande communauté sur place, se comptant par milliers en Tchéquie. La communauté est étonnamment importante pour un pays enclavé, défiant les attentes géographiques et prouvant qu'une passion peut s'épanouir en dépit des contraintes naturelles.
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L'Ambition Internationale et l'Héritage Commun : Les Surfeurs Tchèques et Slovaques sur la Scène Mondiale
L'enthousiasme local pour le surf en Tchéquie a rapidement transcendé les frontières nationales, s'inscrivant dans une démarche d'ouverture et de compétition internationale. Depuis 2008 déjà, une compétition annuelle à laquelle participent surfeurs tchèques et slovaques est organisée à Seignosse, sur le littoral landais, en France. Ce rendez-vous régulier a permis aux surfeurs tchèques et slovaques de former une véritable communauté, de renforcer leurs liens et d’attirer de nouveaux membres, pérennisant ainsi un héritage commun, bien que leurs nations soient désormais distinctes.
C'est cet événement transfrontalier qui a donné l’idée à Matyáš Menšík d’organiser le Czech Surfing Tour, une initiative ambitieuse pour structurer la compétition et offrir des opportunités de développement aux athlètes. « Avec Český Surfing, nous voulions prendre une autre ampleur et c’est pourquoi nous avons fondé le Czech Surfing Tour », explique-t-il. Ce tour consiste en cinq événements répartis dans le monde, offrant un véritable parcours international. La première étape se déroule au Portugal, entre septembre et octobre, suivie par le Bali Big Waves en décembre. Le Tour se poursuit en mars au Sri Lanka, puis en avril au Maroc pour la Berber Cup, une compétition organisée par les Slovaques. Bien que toutes ces compétitions soient réservées exclusivement aux surfeurs tchèques et slovaques, le succès de cette initiative met en lumière le dynamisme de cette communauté et sa capacité à organiser des événements d'envergure.
Mais l'ambition ne s'arrête pas aux compétitions intra-communautaires. La Tchéquie brille également sur la scène internationale, à son échelle bien évidemment. Les surfeurs et surfeuses tchèques ont, par deux fois d’affilée, occupé les première et deuxième places d’une compétition organisée au Portugal qui regroupe les pays d’Europe dépourvus d’accès à l’océan. Cette domination sur le circuit des nations enclavées est une source de grande fierté. De plus, la Tchéquie a participé pour la première fois de son histoire aux ASL World Surfing Games au Salvador, en mai 2023. Cette opportunité a été l'occasion de se mesurer aux grandes nations du sport de glisse. « Nous avons sélectionné six surfeurs, garçons et filles, pour participer et ils s’y sont bien débrouillés », confie Matyáš Menšík. Deux objectifs majeurs avaient été fixés : être le meilleur pays enclavé, un objectif atteint en battant les Ukrainiens, et dominer certains surfeurs de pays qui ont accès à l’océan. Sur 63 pays participants, la Tchéquie a terminé à la 36e place, un excellent début qui ouvre des perspectives prometteuses.
Ces résultats remarquables laissent entrevoir l’espoir de participer, un jour peut-être, aux Jeux olympiques, ouverts aux surfeurs depuis 2020. L’objectif principal à court terme reste de concurrencer l'Allemagne, un exemple à suivre pour la Tchéquie qui accuse un certain retard par rapport à son voisin. L'histoire du surf tchèque et slovaque est celle d'une progression constante, alimentée par la passion et la volonté de prouver que la géographie n'est pas une fatalité.
L'Élite du Surf Mondial : L'Ascension Fulgurante de Tya Zebrowski, Symbole d'une Nouvelle Génération
Alors que la Tchéquie trace sa voie dans le monde du surf, le circuit professionnel continue de révéler des talents exceptionnels issus des berceaux océaniques du sport. L'une des figures les plus prometteuses de cette nouvelle génération est Tya Zebrowski. Née le 9 mars 2011 à Bayonne, elle incarne une fusion unique de culture océanique et d'exigence de haut niveau. Discipline : shortboard, Catégorie : Open, Club : Hossegor Surf Club, son palmarès est déjà éloquent : Championne du circuit Challenger Series WSL 2025-2026, Vice-championne du monde U18 ISA 2024, et Championne d'Europe WSL 2024-25, avec une victoire notable au Ericeira Pro 2025 (CS).
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Tya Zebrowski symbolise une nouvelle génération de surfeuses : technique, confiante, décomplexée, à l’aise dans les plus grosses conditions comme dans les formats compétitifs. Elle incarne aussi une certaine idée du surf français, mêlant l’exigence du haut niveau européen à la culture océanique profonde du Pacifique Sud. Tya ne s’en cache pas : les Jeux olympiques sont dans sa ligne de mire. "C’est un rêve", a-t-elle confié récemment. "Mais je veux y aller quand je serai prête. Je veux gagner parce que je l’ai mérité, pas parce que je suis jeune." Une maturité rare, qui contraste étonnamment avec son âge.
L'environnement familial de Tya a sans doute joué un rôle fondamental dans son développement. Elle grandit en effet dans une famille de glisse : son père, Gary Zebrowski, a participé aux JO de snowboard et s’est classé 6e en half-pipe à Turin en 2006, tandis que sa mère, Caroline Béliard, est une ancienne snowboardeuse devenue professeure de yoga. Initiée très tôt, Tya partage son temps entre Hossegor, sur la côte atlantique française, et Tahiti, l'île paradisiaque du Pacifique. Elle surfe Teahupo’o, la vague mythique, dès l’âge de 8 ans, développant une connexion profonde avec l'océan.
À 11 ans, elle monte déjà sur le podium des Championnats de France Open à Biarritz en 2023, marquant le début d'une trajectoire fulgurante. Elle enchaîne ensuite sur le circuit WSL européen, accumulant les victoires QS à Newquay, Pantín et Anglet. Un quatrième succès continental la propulse au titre de championne d’Europe WSL QS 2024/2025, une performance historique qui a marqué le monde du surf européen. À tout juste 14 ans, la Française Tya Zebrowski, d'origine tahitienne, est couronnée championne d’Europe du circuit WSL Qualifying Series 2024/2025, après une saison époustouflante. C’est au terme du Caparica Surf Fest, disputé au Portugal en avril 2025, que la surfeuse landaise a officiellement décroché la couronne continentale. Elle a littéralement survolé la saison européenne des QS, en s’imposant coup sur coup à Newquay (Angleterre), Pantin (Espagne) et Anglet (France), entre juillet et septembre 2024.
Sa montée en puissance s’est confirmée en octobre 2025, lors de sa toute première participation à une étape des Challenger Series, la division intermédiaire vers le circuit élite du Championship Tour. « Je suis trop contente d’avoir remporté ce titre, c’est un rêve qui se réalise ! Je crois que je suis la plus jeune championne d’Europe, c’est fou ! », a confié la jeune surfeuse à l’issue de son sacre. Son parcours prend une dimension historique en octobre 2025, lorsqu'un tour passé à Saquarema lui assure mathématiquement sa qualification pour le Championship Tour 2026, faisant d’elle, à 14 ans, la plus jeune surfeuse (hommes et femmes confondus) à accéder à l’élite. Cinq mois plus tard, lors de la dernière étape de la saison 2025-2026 des CS, elle remporte au lendemain de son anniversaire (15 ans) le titre de numéro 1 mondial des Challenger Series, couronnant une saison exceptionnelle.
« Maintenant, le plus dur commence : il va falloir rester constante et tout donner pour les Challenger Series. J’ai une super équipe autour de moi et j’ai hâte de relever ce nouveau défi. » Parmi ces soutiens de taille figure Rip Curl, l’équipementier australien historique du surf, avec lequel Tya Zebrowski a récemment prolongé son contrat jusqu’aux Jeux olympiques de 2028. La suite de son parcours passera par les Challenger Series 2025, véritable tremplin vers l’élite du Championship Tour, où elle continuera de repousser les limites de son sport.
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Les Racines Océaniques du Surf : Michel Bourez et Teiva Tairoa, Ambassadeurs de la Culture Polynésienne
L'histoire du surf est intrinsèquement liée aux vastes étendues de l'océan Pacifique, où la culture polynésienne a donné naissance à cette pratique ancestrale. Des champions comme Michel Bourez et Teiva Tairoa incarnent cette connexion profonde, rappelant l'héritage et l'authenticité qui nourrissent le surf mondial. Le nom de Michel Bourez résonne comme une fierté dans l’ensemble de la Polynésie. Surnommé « The Spartan » pour sa puissance et sa détermination, ce surfeur professionnel et ambassadeur olympique des JO 2024 a su hisser le drapeau des îles sur les podiums internationaux du Championship Tour (CT), ainsi que dans le top 10 mondial. Habitué de Teahupo’o et de toutes les vagues de Tahiti, les spots de surf de Polynésie n’ont aucun secret pour lui. Son statut de référence du surf polynésien ne lui a rien enlevé de son naturel chaleureux et authentique : à Tahiti, Michel n’est pas simplement une célébrité locale, il est une figure du surf, amicale et complice. Il partage sa passion avec exhalation, autant avec les surfeurs locaux qu’avec les champions mondiaux régulièrement de passage. Pour lui, « La Polynésie, c’est tout pour moi. L’endroit qui m’a forgé, ma maison, ma famille. »
La vocation de Michel Bourez est en parfaite adéquation avec ses valeurs, son mode de vie, et l’environnement dans lequel il baigne depuis l’enfance. Pour lui, la Polynésie est bien plus qu’un choix de vie logique, c’est une évidence. Il invite d'ailleurs à voir la vague de Teahupo’o sur place : « C’est une très belle expérience, immanquable lorsqu’il y a de belles conditions ! C’est absolument unique au monde, parce qu’on est directement dedans, à 10 mètres de la vague. On peut donc vivre ce que les surfeurs ressentent sur l’eau. »
Si la vague de Teahupo’o est réservée aux surfeurs confirmés, de nombreux autres spots sont plus accessibles. « Pour voir les surfeurs locaux et faire un peu de surf ou du bodyboard, la plage de Taharu’u à Papara est superbe », conseille Michel. Pour découvrir le surf, il recommande la côte Est de l’île : « Avec les enfants, pour s’amuser avec de petites vagues, il y a la plage de Ahonu à Mahina. C’est du sable sans cailloux et sans récif, parfait pour les débutants. » Planifier un surf trip à Tahiti implique de considérer les saisons : la houle du Sud (avril à octobre) privilégiera les spots de la côte Ouest, tandis que le reste de l’année, la houle Nord offre de jolies vagues sur la côte Est. Michel Bourez précise qu'il y a peu de location de matériel en Polynésie, un détail important pour les voyageurs.
Au-delà du surf, Michel Bourez insiste sur l'importance de la culture. Il conseille en priorité d’aller au marché de Papeete, pour découvrir l’ambiance et pour y trouver absolument tous les produits du Fenua (artisanat, art, nourriture, etc.). C’est un endroit où on peut facilement découvrir la culture polynésienne. Le Spartan privilégie également les lieux les plus calmes et authentiques de son Fenua natal lorsqu'il voyage dans les îles. Les atolls de l’archipel des Tuamotu, notamment Fakarava et Tikehau, sont un coup de cœur qu’il aime à partager : « Leurs habitants font une grande partie de leur charme. » La simplicité, la douceur de vivre et la convivialité sont les ingrédients parfaits pour découvrir la Polynésie. L’athlète aime aussi surfer les vagues de Moorea, l’île sœur de Tahiti, accessible en seulement 35 minutes depuis Papeete, qu'il trouve magnifique, lui rappelant un peu la presqu'île.
Un autre surfeur polynésien, Teiva Tairoa, demi-finaliste de la compétition Rangiroa Pro 2021 et parmi les dix meilleurs surfeurs de Polynésie, a vécu une expérience nouvelle en découvrant la France métropolitaine pour la première fois, grâce à son amie Sarah, une jeune Bretonne installée dans le territoire d’outre-mer. Accueilli chaleureusement au Pôle nautique par Steven Lemaître, président du Trestel Surf Club, et Charles de Feraudy, prof de surf au club, le Tahitien a découvert le spot de Trestel et ses eaux « fraîches », qui avoisinent les 12 degrés. C’était la première fois de sa vie qu’il enfilait une combinaison, une nouveauté pour un surfeur habitué aux eaux chaudes du Pacifique. Les conditions étaient parfaites pour le promeneur, avec près de 16 degrés ambiants, mais les vagues n’étaient pas à la hauteur de ce qu'il connaît. L’échange avec les locaux a été riche et instructif pour tout le monde, et le club a prolongé la rencontre en proposant à Teiva d’aller surfer dans un spot secret du côté de Plougrescant, offrant une immersion complète dans le surf breton.