L'exploration des fonds marins et des milieux aquatiques représente un défi constant, exigeant des technologies de pointe et une expertise approfondie. Au cœur de cette discipline se trouve la bathymétrie, la science de la mesure des profondeurs aquatiques, qui a connu une évolution remarquable ces dernières décennies. Aujourd’hui, cette science est un outil moderne indispensable à la connaissance et l'exploration sous-marine et subaquatique. CERES, une entreprise normande forte d'une longue histoire et d'une équipe polyvalente, s'est imposée comme un acteur majeur dans ce domaine, en s'appuyant sur des techniques avancées et une flotte spécialisée pour répondre à un large éventail de missions, de la cartographie sous-marine à la recherche d'explosifs immergés, en passant par le renflouement d'épaves.
L'Évolution Technologique de la Bathymétrie : Du Monofaisceau au Multidirectionnel
La bathymétrie, discipline cruciale pour la compréhension et la gestion des environnements aquatiques, s'appuie sur des principes fondamentaux pour déduire la profondeur. La profondeur est déduite de la mesure du temps de trajet d'un signal acoustique réfléchi par le fond. Parmi les solutions d’acquisition bathymétrique, deux types de techniques se côtoient et fournissent des résultats parfois éloignés en fonction du but recherché, bathymétrie pure ou modélisation des fonds, mais présentent chacun des avantages différents : les sondeurs mono faisceau et multi faisceaux.
Le système mono faisceau, qu’il soit destiné à l’utilisation professionnelle pour la pêche, la marine, ou encore le relevé bathymétrique, est d’une conception comparable à celui utilisé pour la navigation de plaisance, bien qu’utilisant des fréquences différentes suivant les besoins de l’utilisateur. La différence se situe dans la qualité des différents capteurs, transducteurs mono ou multi fréquence et surtout de la vitesse de transmission des données. Ainsi, un plaisancier n’aura besoin que d’une sonde lui donnant une indication de profondeur, sécurisant son approche des côtes. Les pêcheurs et plongeurs amateurs rechercheront la coupe d’un fond rocheux ou encore le dessin d’une épave. Le pêcheur professionnel aura lui besoin d’avoir une information plus complète sur la dureté des fonds et éventuellement des bancs de poissons qui s’y trouvent. Pour l'océanographe en mission de relevés bathymétriques, une précision maximale sur un maximum de paramètres est requise, le tout bien entendu couplé en temps réel avec son positionneur. Il recherchera en priorité l’angle d’ouverture ou largeur du faisceau, la fréquence de l’appareil mais aussi la rapidité de transmission des données. Le deuxième paramètre qui fait toute la distinction entre les différents utilisateurs est la façon dont l’information est traitée « in fine ». Les appareils électroniques non destinés aux relevés océanographiques seront suffisants, juste pourvus d’une interface utilisateur, alors que pour des relevés dits hydrographiques des logiciels d’acquisition et de traitement seront indispensables. Le prix de ces logiciels dépasse souvent largement le prix du sondeur, allant quelque fois jusqu’à dix fois le prix de ce dernier pour les mono faisceau. Si ces logiciels ne sont pas indispensables à la bathymétrie réalisée à l’aide d’un sondeur mono faisceau, ils le deviennent dès lors que l’on passe à l’utilisation d’un sondeur multi faisceaux.
À l'opposé, les sondeurs multi faisceaux représentent une avancée significative. Grâce à la puissance des systèmes électroniques et informatiques, il est possible de conjuguer plusieurs faisceaux qui balayent une large bande sur le fond et fournissent des mesures bathymétriques en continu. La largeur de la zone traitée est proportionnelle à la hauteur d’eau sous la sonde fixée sous le navire. Les nouveaux systèmes, multi faisceaux, où le GPS RTK ainsi que la centrale d’attitude sont totalement intégrés dans l’appareil, permettent de s’affranchir d’une mise en œuvre lourde. CERES utilise précisément ce matériel de pointe. En moyenne, on compte de 3 à 4 fois la profondeur couverte par ces systèmes. De plus, les sondeurs multi faisceaux les plus évolués permettent maintenant d’incliner la tête de l’appareil de 20 à 30° de chaque côté, permettant ainsi d’allier la bathymétrie du fond avec une imagerie précise des bords, des ouvrages, des palplanches, ou encore de pouvoir réaliser une vue 3D extrêmement précise d’une tête de roche. Ces capacités sont essentielles pour des inspections détaillées d'ouvrages d'art en milieu aquatique.
Cependant, la complexité de la bathymétrie réalisée avec un sondeur multi faisceaux est largement plus grande que celle avec un sondeur classique. Si l’utilisation d’un sondeur multi faisceaux permet de gagner un temps considérable comparativement à son ancêtre mono faisceau lors de l’acquisition, le traitement est lui plus important. Le nombre de données acquises étant multiplié par autant de faisceaux, l’ordinateur et le logiciel qui réalisera une visualisation doivent être d’une puissance largement plus élevée que les ordinateurs de bureau classiques. Cela nécessite un appareillage plus important et plus lourd, mais aussi l’adjonction d’outils spécifiques tels une centrale d’altitude et un gyroscope, qui permettent de corriger le tangage, le roulis, le lacet et le pilonnement du navire support. Dans les systèmes modernes, comme nous l’avons évoqué précédemment, il est possible que centrale d’altitude et GPS soient intégrés directement dans l’appareil. La sonde est également plus importante autant en volume qu’en poids, et si l’acquisition mono faisceau peut se faire à partir d’un PC portable classique, celle du multi faisceaux nécessite un ordinateur puissant. Il est important de noter qu’à ces logiciels d’acquisition et traitement s’adjoignent quelque fois des logiciels de post-traitement et d’imagerie permettant de réaliser des images géo-référencées, images en trois dimensions ainsi que des vidéos, à partir des données bathymétriques.
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Bien que la bathymétrie laser, qui peut être mise en œuvre à partir d’un aéronef, et est basée sur la mesure de la différence de temps de parcours d’un même rayon lumineux réfléchi par la surface de la mer et par le fond, existe, cette technique est réservée à des opérations lourdes et coûteuses. Pour cette raison, l'accent est principalement mis sur l'utilisation des sondeurs acoustiques, plus accessibles et polyvalents pour les besoins de CERES.
En France, ce sont les scientifiques de l’Ifremer qui les premiers ont utilisé la technologie multi faisceaux, encore aujourd’hui réservée à des budgets élevés. Mais l’évolution permanente des technologies autorise certaines structures portuaires et fluviales, mais aussi des sociétés de droit privé telles que CERES à s’équiper de ce type de sondeur, compact, intégré, et de dernière génération. La bathymétrie est une science à part qui peut quelquefois arriver en complément à la topographie pour de petites applications de types bassins ou lagunes. Les nouvelles technologies de photogrammétrie permettent aujourd’hui d’utiliser les mêmes logiciels pour l’une comme pour l’autre de ces techniques, permettant d’avoir un rendu parfait du fond de la rivière jusqu’aux berges ou encore du fond de la mer jusqu’à la plage. Toutefois, la topographie et la bathymétrie sont des sciences réellement à part et ce sont les techniques, les utilisations, et l’approche globale des travaux qui changent fondamentalement. Même s’il existe quelques sociétés qui tentent une approche des deux services, il est d’usage que la topographie soit réservée aux géomètres, et la bathymétrie aux hydrographes.
CERES : Une Histoire d'Innovation et de Diversification sous-marine
L'histoire de CERES est intrinsèquement liée à celle de son fondateur, Bertrand Sciboz, plongeur expérimenté et visionnaire. L’histoire débute en 1982, lorsque Bertrand Sciboz fonde son entreprise d’assistance nautique et dépannages sous-marins sur le quai de Saint-Vaast-la-Hougue (Manche). En 1994, Bertrand Sciboz, originaire de Saint-Vaast-la-Hougue, dans la Manche, créait Cap-Info pour offrir aux pêcheurs une base de données d’épaves sous-marines. Ce logiciel était à destination des pêcheurs pour l’aide à la navigation couplé au GPS. C’est en 1994 que Bertrand Sciboz créait Cap-Info, devenu plus tard Cérès. En quelque temps, avec l’aide de plongeurs européens, les trois quarts de la flottille française étaient équipés du logiciel. La même année, il crée la société Ceres au sein de Cap-Info.
Pionnier dans la recherche et l'expertise de navires coulés, ainsi que dans la recherche d'épaves dès les années 1990, Bertrand Sciboz explique comment cette activité en a vite amené d'autres. Pour rechercher des épaves, il fallait des outils de recherche océanographique, comme un sonar à balayage latéral. Dès lors, l'entreprise a investi dans cet appareil, qui a coûté l’équivalent de 150 000 euros à l’époque. Puis, quitte à avoir un outil de recherche hydrographique, l'équipe s'est mise à travailler dans l’hydrographie aussi, donc dans la cartographie sous-marine. Parmi les principales étapes de Cérès, on compte l’achat d’un sonar à balayage latéral en 2002.
L'entreprise mène également des opérations de renflouement ou d’élimination d’épaves. Si les épaves où il y a eu des drames sont renflouées avec des ballons pour être expertisées, les autres doivent être détruites. Bertrand Sciboz se souvient : « Lorsqu’on allait sur les cargos, par exemple ; Il fallait un outil pour défoncer la coque et récupérer les lingots de cuivre ou de métaux. Donc j’ai adapté un outil, un grab, au renflouement des épaves sous-marines ». L’assureur estimant souvent que l’épave n’a plus de valeur économique, Ceres propose de la démonter sur place morceau par morceau en prenant garde au moteur et au carburant. Après avoir localisé l’épave par sonar et plongée, elle, peut être rapidement démantelée. Ainsi, « au lieu de mettre des mois à installer des ballons, faire des circonvolutions pour essayer de le ramener à quai et de le remonter avec une grue, là généralement en 24-48 heures, le navire est remonté, renfloué et ramené dans une déchetterie. Mandaté par les clubs d’assureurs P&I, Ceres renfloue aussi des ancres perdues dans les zones d’attente portuaires après avoir modifié son outil de sonar latéral pour les retrouver.
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À la fin des années 2000, le champ d'action de CERES s'est encore élargi. « Nous avons été approchés par les opérateurs éoliens pour faire toutes les pré-études pour de futurs champs », indique Bertrand Sciboz. Dès lors, l'entreprise s'est mise à faire de la cartographie sonar, de la bathymétrie, de la recherche géophysique, de la sismique et tout un tas d’autres recherches scientifiques, pour toutes les pré-études des champs éoliens des premier et second appels d’offres.
Enfin, en compilant toutes ces activités, on s’aperçoit que l’on fait de la recherche sous-marine, de l’expertise sous-marine, de la cartographie sous-marine et donc, a fortiori, on a trouvé des zones qui comptaient des explosifs. L’entreprise, qui a toujours compté d’anciens plongeurs-démineurs, s’est donc également lancée dans la recherche et l’identification d’explosifs immergés (UXO). Les explosifs étant ensuite détruits par les États. Ces missions ont conduit les équipes de Ceres en Nouvelle-Calédonie ou, plus récemment, aux îles Salomon, pour repérer des bombes non explosées, restes d’explosifs de guerre et autres munitions, avant la pose d’un émissaire. Des opérations qui peuvent aussi se décliner dans des eaux intérieures, comme le Lac Léman où Ceres a dressé une cartographie du vaste plan d'eau, localisant, lors de plusieurs semaines de recherche à l'aide d'un sonar à balayage latéral, d'un sondeur multifaisceaux et d'un magnétomètre, de potentielles munitions immergées.
Depuis 2021, Marie Sciboz et Guillaume Launey ont remplacé Bertrand Sciboz aux commandes de l’entreprise de recherches sous-marines Ceres. Ils sont devenus gérants de la société en 2019 et en ont acquis les parts en 2021, après stages et études à Intechmer. La société, reprise il y a un an par Marie Sciboz, Bruno Jaubert et Guillaume Launey, propose aussi bien de mener des études océanographiques, que de rechercher et renflouer des épaves, mener des expertises maritimes et sous-marines, ou encore rechercher des explosifs. Le duo a développé Cérès en renforçant l’hydrographie, les recherches d’explosifs et la cartographie sous-marine. Avec une équipe d’une dizaine de personnes polyvalentes et leur navire Cérès III, la société poursuit le renflouage d’épaves et ancres.
Une Flotte Spécialisée au Service de Missions Diverses
Pour mener à bien ses missions complexes et variées, CERES s'appuie sur une flotte de navires conçus pour des opérations sous-marines exigeantes.
La flottille de Ceres s’est d’ailleurs étoffée cette année d’une nouvelle unité : le Ceres III, ex-Wave 4 Express. Ce catamaran de 14 mètres de long, par 5 de large, peut atteindre 25 nœuds grâce à deux moteurs Iveco de 620 cv. Le navire, construit en 2012 sur l’île de Wight pour les premiers parcs éoliens offshore britanniques et ayant aussi travaillé aux Pays-Bas, a l’avantage d’être stable et d’offrir une importante surface de pont, ainsi qu'un moonpool. Sa polyvalence en fait un atout majeur pour CERES. Multifonctions, il peut remplir des missions de recherche d’épaves, de bathymétrie, de recherche d’explosifs, de soutien à la plongée, de transport de personnel ou de passagers, de soutien aux projets offshore, d’observation de la faune. Initialement sous pavillon panaméen, l’armement espère le passer rapidement sous pavillon français.
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Par ailleurs, Ceres compte le Sirius II, une coque rigide de 5.3 mètres propulsée par un moteur de 60 cv qui peut aisément être transportée par la route. Ce Pioner Multi possède également une rampe d’accès à l’avant facilitant les opérations de plongée. Ces deux unités, complétées par les équipements de pointe tels que les sondeurs multi faisceaux intégrés, les GPS RTK et les centrales d'attitude, permettent à CERES de déployer son expertise sur une multitude de terrains et pour des applications variées.
Réalisations et Expertise Opérationnelle de CERES
L'expérience et la capacité d'innovation de CERES se manifestent à travers un éventail impressionnant de projets concrets et de collaborations stratégiques.
CERES, partenaire technique de la société SITES, a pris en charge les levés bathymétriques d’un quai de 367m de long destiné à accueillir des navires vraquiers à Grand-Couronne sur la rive gauche de la Seine, à l’aide d’un sondeur multi faisceaux, dans le cadre d’un marché global de 8 ans avec Haropa ports. Ce projet illustre l'intégration des nouveaux outils et l'efficacité des méthodes modernes d'acquisition de données.
L'entreprise intervient également dans des opérations de renflouement et de recherche d'objets perdus en mer. En juillet 2019, avec l'aide du nouveau partenaire de plongée néerlandais NSIBV avec la barge NSI Worker et l'aventurier DSC 42m Jumbo Multicat, le CERES a réussi à récupérer et à sauver la canalisation, dans le cadre du projet SALVAGE / BRO NYBORG. CERES a également mené une recherche au sonar latéral et un renflouement d'une ancre de 8T en zone d'attente portuaire de Rouen. Une récupération d'ancre 8T avec 11 manilles de chaîne pour 40t a été réalisée, en collaboration avec BBTM.
Un autre cas notable est le SALVAGE / SEPHELLE, une recherche par sonar, enquête, renflouement et destructions du navire de pêche "Sephelle" au Tréport. Le vendredi 09 août 2019, à 06h45 le sémaphore d'Ault - une unité de la Marine nationale - est alerté par le navire de pêche "Flots bleus" que le navire de pêche "Seph elle" aurait coulé à 1 nautique (1,8 km) des côtes du Tréport. Le CROSS diffuse alors un message "mayday relay" à l'intention des navires environnants dans la zone. Le CROSS annule ainsi le message "mayday relay" qu'il avait émis plus tôt, CERES étant impliquée dans les opérations.
L'expertise de CERES est également sollicitée pour des enquêtes maritimes de grande ampleur. Plus d’un an et demie après le naufrage du Romain Luca, survenu le 29 novembre 2020, le BEA Mer publiait le 24 juin 2022 son rapport d’enquête. Envahi par les eaux, le chalutier de 11.85 mètres qui faisait route vers Le Grau-d’Agde avait coulé en vingt minutes à 8.7 milles du cap d’Agde, par 56 mètres de fonds. Pour parvenir à ses conclusions, le BEA mer a eu recours à une société normande : Ceres. Le plan de charge de la Marine nationale ne permettant pas de programmer des investigations sur l’épave début 2021, cette entreprise créée il y a une trentaine d’années a participé à l’enquête. Un travail qui illustre un pan des activités de Ceres, société fondée par Bertrand Sciboz, expert auprès des assurances et intervenant sur réquisitions du procureur.
Ces exemples démontrent la capacité de CERES à intervenir sur des missions complexes et sensibles, qu'il s'agisse d'expertises sous-marines, de cartographie, de recherche ou de renflouement, consolidant sa réputation d'acteur clé dans le domaine de la connaissance et de l'exploration sous-marine.