Le 15 août, date emblématique, résonne de multiples significations à travers différentes localités, marquant tantôt des commémorations historiques grandioses, tantôt des célébrations profondément ancrées dans la culture et le respect de la nature, notamment l'océan. C'est un jour où les traditions prennent une dimension particulière, qu'elles soient ancrées dans le souvenir de la libération ou dans un hommage vibrant à la vie, à la passion et à ceux qui ont laissé une empreinte indélébile. De Saint-Tropez à Biscarrosse, en passant par les lointaines plages de Nouvelle-Calédonie ou les rituels universels du surf, cette date et les cérémonies qui l'entourent tissent un lien indéfectible entre l'homme, son histoire et son environnement.
Les Commémorations du 15 Août : Entre Histoire et Spectacle
Le 15 août s'inscrit dans l'histoire de certaines régions comme un jour de mémoire et de gratitude, transformant les lieux en théâtres à ciel ouvert pour honorer le passé. À Saint-Tropez, cette journée est synonyme de festivités et de recueillement, célébrant l'anniversaire de la libération de la ville avec une ferveur particulière.
Hommage aux Libérateurs de Saint-Tropez
Après le recueillement matinal à la stèle des Marines alliées, les festivités ont débuté vers 16h par un spectacle aérien, captivant l'attention de tous les présents. Le ciel tropézien s'est alors paré d'un ballet aérien impressionnant, ouvert par un hélicoptère Dauphin de la Marine nationale. Celui-ci a inauguré le programme par une démonstration de sauvetage en mer, en parfaite coordination avec le bateau de la SNSM, illustrant l'engagement et le professionnalisme des forces maritimes. L'intensité du spectacle s'est ensuite amplifiée avec la participation de l'Alpha Jet Solo, de la Breitling Jet Team et de la Patrouille de France, qui ont animé le ciel tropézien pour le plaisir de tous, offrant des figures acrobatiques et des passages majestueux qui ont émerveillé l'assemblée.
La journée a ensuite pris une tournure plus solennelle et émouvante. Vers 18h30, un grand moment d’émotion a eu lieu au monument de la Libération, un lieu chargé d'histoire et de symboles. C'est là que la fanfare de la marine américaine a entamé l’hymne de la 3e division d’infanterie, cette unité héroïque qui libéra Saint-Tropez il y a 65 ans. Quelques minutes plus tôt, une nouvelle stèle avait été dévoilée, ajoutant une couche supplémentaire de commémoration à cette journée déjà riche en souvenirs. Le maire de Saint-Tropez, Jean-Pierre Tuveri, accompagné de personnalités diplomatiques et militaires de premier plan telles que Kathleen Riley, consul général des Etats-Unis à Marseille, Philip Richards, consul des Etats-Unis, le commandant Massotti, attachée de l’air adjointe représentant l’ambassade des Etats-Unis, et la capitaine Monica Stoy, présidente de l’association des vétérans américains, avaient procédé à cet acte symbolique. Cette stèle a été érigée en l’honneur des soldats de la 3e division d’infanterie et des 17 parachutistes morts noyés dans les eaux du golfe, un tragique événement survenu le 15 août 1944. La présence de la capitaine Monica Stoy et de Mme la Sous-Préfète du Var témoignait de l'importance officielle accordée à cette cérémonie. En soirée, fidèles au rendez-vous, les Tropéziens ont assisté, sous les étoiles de la Citadelle, à la projection d’un documentaire. Ce film, d'une grande valeur historique, a été réalisé conjointement par le service communication de la ville, l’historien Laurent Pavlidis et l’association «Patrimoine tropézien», et portait sur le débarquement de Provence, offrant ainsi une perspective approfondie sur les événements cruciaux qui ont marqué la région.
Traditions et Hommages à Biscarrosse-Plage
Loin des commémorations militaires, mais tout aussi ancrées dans le respect et la mémoire, le 15 août revêt une dimension unique à Biscarrosse-Plage. Ici, la journée est un mélange de traditions locales, de célébration de la nature et d'hommages profonds à ceux qui ont marqué la communauté. D'autres seront là ce 15 août à Biscarrosse-Plage pour célébrer la Vierge et cet immense espace naturel, soulignant le lien fort entre la spiritualité, la beauté des paysages et les coutumes locales. Au matin de ce même 15 août, un événement singulier et très attendu se déroule : la Cuvée des Naufragés, sera désenfouie sur la plage sud. Cet acte symbolique aura lieu entre 7h30 et 9h30, juste avant le départ de la procession de léglise de la plage vers lEsplanade, un moment de partage et de recueillement collectif.
Lire aussi: L'ensemble en voile : élégance et légèreté pour votre événement
Cette journée est également l'occasion d'une "Journée découverte des produits du terroir", un événement vibrant qui met en lumière la richesse gastronomique de la région, présentée par des Confréries Landaises en présence de la présidente de la Chambre dAgriculture des Landes, Hélène Cazaubon. Cet aspect festif se mêle harmonieusement à des moments plus intimes et émouvants, notamment les hommages rendus à la communauté des sports nautiques. Un hommage particulier sera partagé par les MNS, Sauveteurs Côtiers et Surfeurs lorsque sera déposée, au large de Biscarrosse, la traditionnelle gerbe fleurie. Ce geste honore la mer, ses éléments et ceux qui y ont puisé leur passion. La journée est aussi marquée par un hommage poignant à ce médecin anesthésiste qui, comme nos intervenants, a toujours surfé, et qui est mort brutalement le 20 avril dernier au cur de sa passion. Ces moments de recueillement mettent en lumière l'attachement indéfectible des surfeurs à leur élément. Pourquoi surfe-t-on à plus dun demi-siècle et que recherche-t-on ?, est une question qui résonne particulièrement en ce jour. Surfer pour le plaisir, par simple passion et peu importe son âge, témoigne d'une véritable addiction pour ce noble élément : leau. Cette quête constante de la vague, de l'équilibre et de la liberté qu'offre l'océan, traverse les générations et les destinées.
La Cérémonie du "Paddle Out" : Un Rituel Océanique Universel
Au-delà des commémorations spécifiques au 15 août, il existe une cérémonie d'une puissance et d'une universalité remarquables au sein de la culture surf : le "paddle out". Ce rituel océanique, empreint de solennité et de partage, est devenu une manière emblématique pour la communauté surf de rendre hommage aux disparus et de célébrer le lien indissoluble qui unit ses membres à l'océan.
Origines et Signification d'un Hommage Aquatique
La cérémonie autour d’un défunt tient pour beaucoup à une tradition religieuse, souvent continuée à bon escient qu’on soit croyant ou pas. Ainsi un peu partout dans le monde, s’expriment désormais ces racines du surf dès lors qu’une communauté tissée autour d’un spot perd un des siens. Comme une tradition renouvelée, ces cérémonies assurent aux surfeurs un moment de recueillement et de partage, tant avec l’ami disparu qu’avec cet océan dont chaque surfeur sait, par ailleurs, qu’il se dispute individuellement les vagues. Le rituel est simple mais d'une profondeur saisissante : les surfeurs, porteurs d’une fleur, se retrouvent assis en cercle sur leur planche, dans ces eaux que le défunt avait pour habitude de pratiquer en surfant. Au centre de ce cercle flottant, celle ou celui de la famille qui en porte les cendres ou qui en déploie une couronne invite au silence. L'objectif est alors de n’entendre que la sonorité des éléments, une immersion totale dans le murmure de l'océan. Jusqu’à ce que la puissance du recueillement, par un cri d’appel, déborde soudainement en une allégresse collective, libérant l'émotion contenue. Alors, tandis que les fleurs volent, l’eau et les voix jaillissent de toutes parts, formant comme une pluie de joie révélatrice d’un autre état. Parmi les nombreuses activités humaines et sportives tissant spécifiquement une communauté, les surfeurs ont le mérite et la chance de perpétuer la tradition d’une telle cérémonie, à la fois simple et puissante, et propre à eux.
Le penseur Jean Baudrillard, un intellectuel important de la fin du 20ème siècle, a écrit sur la cérémonie et sur ce qui en fait son rôle, sa pertinence dans les cultures qui la pratiquent avec une véritable attention collective. Selon lui, « Les cérémonies sont faites pour régler les apparitions et les disparitions. Car il ne s’agit pas de laisser cela au hasard. Ce qui a toujours fasciné les hommes, c’est le double miracle de l’apparition des choses et de leur disparition. » Cette réflexion éclaire la profondeur anthropologique du "paddle out". Lorsque l’arbitraire de la folie d’assassins tombe sur quelqu’un, il s’agit alors par la cérémonie de garantir à celui-ci les règles exemplaires («élémentaires») d’un destin et de dissoudre la violence de sa disparition dans l’apparition et le partage d’un océan en l’occurrence tumultueux. De même, quand le voyage de quelqu’un devient l’écoulement de la maladie qui l’emporte, il s’agit là aussi de reconnaître à celui-ci les règles exemplaires («élémentaires») de la maîtrise de son destin et de conjuguer sa sereine disparition avec l’apparition et le partage d’un océan en l’occurrence majestueux. Cette perspective souligne la capacité des cérémonies, et du "paddle out" en particulier, à donner un sens, une dignité et une forme de régulation aux événements les plus chaotiques ou inéluctables de l'existence humaine.
Hommage à Jack O'Neill, Pionnier du Surf
Le "paddle out" a acquis une résonance mondiale, se manifestant lors d'événements majeurs pour honorer des figures emblématiques de la culture surf. Le 9 juillet à 20 heures, heure de Paris, la marque O’Neill a organisé simultanément dans neuf pays - les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Belgique, la France, l’Afrique du Sud, l’Australie et le Japon - une cérémonie poignante en mémoire de son fondateur, Jack O’Neill. Ce dernier s’est éteint le 2 juin 2017 à l’âge vénérable de 94 ans, laissant derrière lui un héritage considérable. La description de ce rituel est d'une beauté simple : des surfeurs formant un cercle au large de l'océan, assis sur leurs planches respectives en se tenant les mains, parés de colliers de fleurs qu'ils jetteront au milieu. Après avoir frappé tous ensemble la surface de l'eau, signe de libération et d'adieu, ils rentreront sur la plage, non sans avoir pris une vague, comme pour emporter avec eux un dernier fragment de l'esprit du défunt. Partie intégrante de la surf culture, ce rituel émouvant, nommé « paddle out », est une manière de rendre hommage à un membre disparu de la famille de l’océan.
Lire aussi: L'élégance du voile de cérémonie pour les mariages
Cette célébration était ouverte à tous, un hommage vibrant à celui qui était reconnaissable entre tous, avec son visage barbu barré d’un bandeau dissimulant son œil gauche, une blessure qu'il avait malheureusement perdue à la suite d’un accident de surf. Jack O’Neill fut un personnage incontournable de l’histoire du « sport des rois hawaïens ». Sa motivation était simple et profondément ancrée dans sa passion : « juste parce [qu’il] voulai[t] surfer plus longtemps ». C'est cette quête personnelle qui l'a poussé à perfectionner et à populariser la combinaison de surf en Néoprène, une innovation révolutionnaire pour laquelle il imagina le slogan désormais culte « C’est toujours l’été à l’intérieur ». Par cette invention audacieuse, il permit à tous ceux qui, comme lui, devaient se contenter de sessions d’une heure maximum dans les eaux glaciales de Californie et d’ailleurs, de bénéficier d’une seconde peau, transformant ainsi l'expérience du surf dans les eaux froides. En France, la cérémonie en son honneur a eu lieu à l’Anglet Surf Club, situé dans les Pyrénées-Atlantiques, à partir de 19 heures. La marque O’Neill avait exprimé le souhait de voir un grand nombre de surfeurs participer à cet événement, rappelant la philosophie de son fondateur qui, dans une interview accordée au magazine Surfer en septembre 1972, se demandait : « Qu’y a-t-il de mieux que d’aller surfer ? »
Le "Paddle Out" face à la Tragédie : Résilience et Unité
La puissance du "paddle out" se révèle d'autant plus dans les moments de grande adversité, lorsque la communauté se rassemble pour transcender la douleur et réaffirmer ses valeurs d'unité et de résilience face à la tragédie.
En Nouvelle-Calédonie, une cérémonie à l’hawaïenne, agrémentée de fleurs et s'effectuant sur des planches de surf, a réuni une trentaine de surfeurs, windsurfeurs ou encore kitesurfeurs sur les flots de l’Anse-Vata. Ce rassemblement poignant avait pour but de rendre hommage au photographe Patrice Morin. Figure du windsurf sur le territoire, il a réalisé des clichés de générations sur les scènes nautiques locales. C’est dans son élément, l’océan et avec ses sujets de photographie favoris, les amateurs de sports de glisse, que la mémoire de Patrice Morin a été honorée. Sur les flots de l’Anse-Vata, une trentaine de passionnés ont enfourché leurs planches de surf, accompagnés de fleurs fraîches, pour lui rendre cet ultime tribut. Il est décédé le 7 janvier dernier d’un arrêt cardiaque, à 71 ans. Stéphane Bouquillard, présidente de l’association néo-calédonienne de glisse, a résumé l'héritage du photographe en soulignant : "Ce que j'en retiens c'est un super regard. Il affectionnait les prises de vue aériennes. Elles étaient de grande qualité, avec une précision, une clarté parfaite. Il savait prendre l'émotion du navigateur. Il avait tout ce qu'il fallait pour faire de belles photos qui se sont exportées dans pas mal de magazines du monde entier." Patrice Morin, figure du windsurf il y a près de 30 ans sur le territoire, était devenu au fil des années l’un des photographes phares des sports de glisse sur le Caillou. Windsurfeurs, kitesurfeurs mais aussi pilotes de motocross, des générations de sportifs sont passés devant son objectif. Mais son talent ne se limitait pas à la glisse ; animaux, portraits, paysages, de multiples autres sujets inspiraient ce mordu de clichés, comme en témoigne son site internet qui recense une trentaine de catégories différentes. Valérie Mouren, photographe et pratiquante de sports de glisse, venue lui rendre hommage ce samedi, l'a décrit comme "un homme discret et talentueux". Elle a ajouté : "On ne le voyait jamais, il était souvent planqué quelque part et c'est ce qui faisait son talent. Il arrivait à capter tout le monde sur le vif." Une seconde cérémonie sportive, cette fois-ci, devrait être organisée samedi prochain en sa mémoire. Elle se déroulera du côté du Rocher César à la pointe du Méridien, à midi, prolongeant ainsi l'hommage à cet artiste de l'océan.
Plus récemment, à Bondi Beach, les surfeurs se sont réunis sur la plage pour un immense hommage après l’attentat antisémite. D’après les organisateurs, plus de 2 000 personnes ont participé à ce « paddle out », une cérémonie typique de la « surf culture », pour honorer les victimes de la fusillade. Ce fut un bel hommage aux 15 personnes tuées en pleine célébration d’Hanouka. Des centaines de surfeurs se sont rendus à Bondi Beach, près de Sydney, ce vendredi 19 décembre à l’aube. Ils ont formé un large cercle à 200 mètres de la plage avant d’observer une minute de silence puis de battre l’eau tous ensemble vers le centre du rassemblement. Cette cérémonie bien connue des adeptes de la « surf culture » porte un nom : le « paddle out ». Comme l’expliquait Le Monde en 2017, l’objectif de ce genre d’hommage collectif est d’honorer « un membre disparu de la famille de l’océan ». Cette fois-ci, c’est en souvenir de l’attentat terroriste antisémite survenu dimanche sur cette plage paradisiaque que les surfeurs se sont réunis. Deux hommes ont ouvert le feu alors que de nombreuses personnes, dont des familles, étaient réunies pour le premier jour d’Hanouka. Les autorités australiennes ont identifié les tireurs comme un père et son fils, les premières indications suggérant qu’il s’agissait d’une attaque terroriste inspirée par l’État Islamique. La fusillade de Bondi est la pire que le pays ait connue depuis des décennies. Cinq jours après ce drame, l’objectif du « paddle out » géant était de « répandre la lumière, l’amour, la compassion et l’unité » et d’honorer « les vies perdues, de prier pour ceux qui sont en voie de guérison », comme l'a rapporté la chaîne australienne ABC. Il s’agissait aussi d’« exprimer sa gratitude » aux premières personnes qui sont intervenues sur les lieux de l’attaque, dont plusieurs civils qui ont perdu la vie en tentant d’arrêter les terroristes. David Solsky, un des organisateurs cité par la chaîne, a expliqué que le projet s’était mis en place au cours des « 36 dernières heures environ ». Pour lui, c'était « vraiment le début du processus de guérison pour la communauté locale ». L’initiative a été saluée par le rabbin Yosef Eichenblatt, qui officie dans une synagogue de Sydney à proximité du lieu de l’attaque. « Voir cet élan d’amour et de soutien a été très réconfortant », a-t-il confié à ABC, ajoutant : « Si nous pouvons utiliser cet évènement comme un déclencheur pour créer un changement positif, ce sera la plus grande victoire sur la haine, le mal et les ténèbres. Ils perdront et nous gagnerons ». D’après le Guardian, d’autres cérémonies du genre ont été organisées à Bondi Beach par le passé, mais elles ne rassemblaient que quelques dizaines ou quelques centaines de personnes. Cette fois-ci, plus de 2 000 surfeurs ont participé à l’évènement selon Trent Knox, un des organisateurs qui gère par ailleurs un club local de course à pied. « J’ai été submergé par la foule », a-t-il déclaré au journal britannique, ému que « des gens de tous horizons [aient été] présents », y compris « ceux qui ne savaient pas surfer » et qui « ont simplement nagé jusqu’au large ». De nombreux habitants de Bondi ont participé à l’évènement selon ABC. « C’était tout simplement fantastique de voir autant de gens se réapproprier la plage de manière pacifique et joyeuse, a salué Caroline, une riveraine interrogée par la chaîne. Bondi est un lieu de tranquillité, et c’était formidable de retrouver ça aujourd’hui. »
J'ai été amené plusieurs fois à organiser avec d'autres de telles cérémonies océanes pour des surfeurs dont eux-mêmes ou les proches ont voulu qu’hommage leur soit fait dans la zone de Parlementia. Lors de l’attentat terroriste au Bataclan à Paris en novembre 2015, un surfeur régulier de Guéthary fut abattu. Je ne le connaissais pas intimement mais des membres du club me sollicitèrent pour qu’on organise une cérémonie océane, également à la demande de la famille. Dans le contexte national des circonstances tragiques de ce décès, les proches voulurent que cela se passe dans la discrétion et décidèrent eux-mêmes, pour des raisons pratiques, du jour et de l’heure de la cérémonie. Arrivant d’un peu partout en France et en Europe à la veille de l’évènement, accablés par la soudaineté et l’inimaginable d’une telle disparition, la plupart d’entre eux, non surfeurs, n’en connaissait pas vraiment la teneur. Jusque là rien d’insurmontable, d’autant que les locaux amis surfeurs du défunt étaient présents aussi. Mais c’était oublier l’océan qui précisément ce jour-là s’annonçait en furie (3,50 m de houle, vent onshore à 60 km/h, averses…), comme l’écho peut-être d’une rage nécessaire des éléments face à la violence arbitraire et injuste des faits. Ce qui invitait d’autant plus à maintenir coûte que coûte cette cérémonie d’un ordre exceptionnel, malgré les difficultés réelles de son organisation. Et ce fut ainsi, qu’en fin de matinée et à marée basse, avec des vagues déferlant à l’entrée du port, plus de quarante de personnes se retrouvèrent devant le club, résolues à affronter les eaux glacées d’une mer en tempête, en hommage au surfeur défunt. Parmi elles, nombreux étaient des néophytes en matière de surf, voire en matière d’océan. Mais, habillées de combinaisons prêtées, les planches sous le bras, elles ramèrent cahin caha, dans le courant, à une trentaine de mètres du bord en vue du cercle à former. Dans le même temps, le père du défunt, équipé d’un gilet de tow-in car mauvais nageur, rejoignait le cercle à bord de la pirogue du club, en proie à la douleur et portant les cendres de son fils. À l’entendre ici, on pourrait croire à l’ineptie de cette cérémonie en de telles circonstances, mais tout se passa bien, les nuages se dissipant en temps voulu et la pirogue ne chavirant qu’après que tout le monde se fût relâché dans le jaillissement floral et aquatique final. Le père, sans crainte, rentra accompagné à la nage. Et devant le club, ce fut alors un incroyable assemblage de visages plus radieux les uns que les autres, chacun y allant de son sourire et de son commentaire heureux pour exprimer son émotion. L’océan bien que n’ayant pas facilité la solennité de la cérémonie, avait joué son rôle salvateur et permit une échappée de bonheur dans la tristesse accablante de cette tragédie.
Lire aussi: Comment les surfeurs honorent leurs défunts
#