L'Afrique du Sud : Un Pôle Mondial de l'Innovation et de la Construction de Catamarans

Avant la crise sanitaire, le marché du multicoque connaissait une croissance fulgurante, portée par des unités et des projets audacieux venus des quatre coins du monde. Au sein de cette effervescence, l'Afrique du Sud s'est affirmée comme un spécialiste incontournable du domaine, un pays dont la réputation dans la construction navale, et particulièrement celle des catamarans de croisière, ne cesse de grandir. Loin d'être un acteur marginal, la "nation arc-en-ciel" est devenue une terre fertile pour l'industrie nautique, rivalisant avec les productions nationales établies et faisant même de l'ombre à certains leaders mondiaux. L'Afrique du Sud, invitée d'honneur du 51e Grand Pavois, a démontré qu'elle est finalement étonnamment proche des cœurs de marché européens et américains par la vitalité et la sophistication de son secteur nautique.

On croit parfois connaître les catamarans d'Afrique du Sud, mais c'est souvent en se rendant sur place que l'on prend toute la mesure de l'incroyable dynamisme et de l'ingéniosité de ses chantiers. Cette tradition nautique, profondément ancrée depuis des décennies, a fait du pays un acteur majeur sur la carte de l'industrie mondiale. Les côtes sud-africaines, franchement exposées aux grandes mers du Sud, ne tolèrent aucune approximation, exigeant une robustesse et une fiabilité à toute épreuve. Ces conditions extrêmes forgent des bateaux d'une qualité exceptionnelle, un gage de sérieux qui explique sans doute pourquoi l'Afrique du Sud a su se tailler une place de choix dans un marché globalisé.

Le Cap : Épicentre d'une Industrie Florissante et de l'Innovation Haut de Gamme

Le Cap est un véritable pôle pour l'industrie nautique, où une multitude d'entreprises œuvrent à plein régime, allant de la conception à la fabrication, en passant par l'équipement. Cette concentration d'expertise se manifeste par la présence de grands noms tels que Ullman Sails, une des rares voileries à opérer sur quatre continents. Bien que née aux États-Unis, avec Dave Ullman issu de la même génération de régatiers que Lowell North, sa base sud-africaine lui offre une facilité de contact avec ses implantations européennes, américaines et asiatiques grâce à des fuseaux horaires avantageux. On trouve également des fabricants de semi-rigides, comme Gemini, qui prépare même des bateaux aux couleurs de clubs sportifs renommés, illustrant l'intégration complète de la chaîne de production, de la découpe et du collage de l'hypalon à la sellerie, et bien sûr, à l'infusion des coques.

Au cœur de cette effervescence capoise se distinguent plusieurs constructeurs de catamarans, chacun avec ses particularités et sa vision du yachting.

Southern Wind Shipyard : L'Élégance du Grand Large en Composite

Parmi les chantiers les plus prestigieux du Cap, Southern Wind Shipyard s'est spécialisé dans les unités à voile haut de gamme, en composite, dont la taille varie entre 27 et 35 mètres. Dans un marché en constante évolution, ce chantier a récemment présenté un projet d'envergure : le SWTCAT90. Ce luxueux multicoque de 90 pieds est le fruit d'une collaboration entre des talents reconnus internationalement, imaginé par Nauta Design et le cabinet français d'architecture navale Berret Racoupeau.

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Le SWTCAT90 promet des dimensions intérieures et extérieures remarquables, redéfinissant les standards du luxe et du confort en mer. Massimo Gino de Nauta Yacht Design souligne que "l'espace et le volume disponibles sur un catamaran de cette envergure sont comparables à un monocoque de 39 mètres". Plus précisément, avec 171 m² d'espace intérieur, le SWCAT90 offrira un vaste carré de 45 m² jouissant d'une vue panoramique à 360 degrés. L'espace de pont est tout aussi impressionnant, totalisant 207 m², incluant un flybridge et deux cockpits, ce qui représente une augmentation de 50 % par rapport à un monocoque de taille similaire.

L'expertise technique est également au cœur de ce projet. L'équipe de Berret-Racoupeau a apporté ses connaissances et son savoir-faire pour garantir des performances de navigation de premier ordre. Comme l'explique l'architecte Olivier Racoupeau, "la performance du cata était élevée sur la liste des priorités réclamées non seulement pour la vitesse pure mais également pour donner un plaisir de naviguer." Pour répondre aux attentes diverses des futurs propriétaires, deux options de plan de navigation ont été développées, soulignant l'engagement du chantier à offrir une expérience de navigation sur mesure. Le SWCAT90 sera donc construit au chantier naval Southern Wind Shipyard au Cap, incarnant l'excellence sud-africaine dans le segment des grands multicoques de luxe.

Robertson & Caine / Leopard : Le Géant de la Production Mondiale

S'il y a un nom qui résonne avec force dans l'industrie sud-africaine du catamaran, c'est bien celui de Robertson and Caine. Leurs catamarans sont sans doute les plus connus, du moins auprès de ceux qui s'intéressent au marché de la location et de la vente. Il y a plus de vingt ans, on les découvrait au Grand Pavois sous la marque Moorings. Le succès de cette collaboration est tel que le groupe Moorings Sunsail acquiert la quasi-totalité de la production du chantier, distribuant ainsi ces bateaux sur leurs vastes bases de location à travers le monde. Mais le loueur propose également ces embarcations à la vente pour les particuliers sous la marque Leopard, un signe de leur fiabilité et de leur attractivité au-delà du seul marché du charter.

Au début des années 2000, ces catamarans faisaient face à quelques critiques, notamment l'absence totale de bois à bord et un côté industriel jugé trop visible, qui pouvait nuire à la chaleur des emménagements. Cependant, ces reproches n'ont plus lieu d'être aujourd'hui. Les bateaux bénéficient désormais d'un design soigné et moderne, et sont plébiscités par une clientèle privée qui apprécie particulièrement leur robustesse et leur fiabilité. Cette solidité est manifeste lors de la visite du chantier, où l'on peut observer l'incroyable poutre structurelle centrale, renforcée par une poutre en métal, conçue pour encaisser la compression du mât. Ce "gros acteur" rivalise directement avec des constructeurs comme Fountaine Pajot ou Bali, et se distingue par des innovations majeures : Robertson & Caine a été pionnier en retirant l'écoute de grand-voile du cockpit arrière, en créant les coques à redan, en plaçant le guindeau au centre du pont avant pour éviter la rouille et les traces de chaîne, et en intégrant un bimini rigide pour protéger le cockpit arrière. Leur prix contenu a par ailleurs assuré une très large diffusion mondiale, faisant de ce chantier le deuxième producteur de catamarans au monde.

Voyage Yacht : L'Expert du Charter et de l'Aventure en Équipage

À côté des géants, d'autres chantiers, dont la renommée n'a pas encore atteint toutes les frontières européennes, affichent une ferme volonté de conquérir ce marché. C'est le cas de Voyage Yacht, un constructeur qui emploie 110 personnes et se concentre pour l'instant sur un seul modèle : le Voyage 590. Ce catamaran de près de 60 pieds est ouvertement dédié à la location avec équipage, un segment de marché où l'expérience client et la fonctionnalité sont primordiales.

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Kay Oldenburg, le patron du chantier, explique : « Nous avons une version propriétaire mais, de fait, tous les bateaux sont exploités en charter, essentiellement dans les îles Vierges britanniques ». Cette approche ciblée permet à Voyage Yacht de concevoir des bateaux parfaitement adaptés aux exigences des opérations de charter, tout en offrant une option propriétaire pour ceux qui souhaitent investir dans un navire éprouvé dans ce cadre exigeant. Les Voyage 590, ces grands catamarans destinés au charter, sont ainsi construits au Cap, témoignant de l'ingéniosité et de la capacité de l'industrie locale à répondre à des besoins spécifiques du marché nautique international.

Balance Catamarans : Performance et Grande Croisière à la Sud-Africaine

Un autre constructeur établi au Cap et déjà bien présent sur le Vieux Continent est Balance Catamarans. Créée en 2013 par l'Américain Phil Berman, qui a découvert l'Afrique du Sud lors d'un championnat du monde de Hobie Cat, cette entreprise propose des catamarans performants conçus pour la grande croisière. La gamme est très complète, s'étendant de 44 à 75 pieds, avec des modèles emblématiques comme le Balance 482. Ces catamarans sont des bateaux de voyage très bien équipés, idéaux pour les familles désireuses de faire le tour du monde.

Les catamarans Balance sont dotés de dérives, les positionnant comme des concurrents directs d'Outremer, partageant la même ambition de naviguer rapidement tout en garantissant une sécurité optimale. Ce chantier a une particularité notable en matière de construction : l'infusion n'est pas systématiquement de mise pour certaines parties. Au lieu de cela, l'entreprise préfère imprégner les tissus de verre à la main, une méthode choisie "pour ne pas avoir de surprises", soulignant un souci du détail et de la qualité. Un modèle plus petit, entre 48 et 50 pieds, est d'ailleurs en préparation. Balance Catamarans, qui produit également en Chine pour certains éléments, fabrique principalement ses bateaux en Afrique du Sud, notamment chez Nexus Yachts, affirmant ainsi son ancrage local tout en ayant une portée internationale.

Hop Yachts : L'Audace d'un Concept Nouveau et Intime

Le paysage des constructeurs au Cap accueille également des acteurs plus jeunes et résolument novateurs, à l'image de Hop Yachts. Cette société, encore toute jeune, se distingue par une approche radicalement différente du catamaran de croisière. Au moment de sa découverte, elle n'avait mis qu'un seul bateau à l'eau, en Grèce, mais le numéro deux était déjà en cours de finition et les coques du numéro trois étaient infusées, signe d'un développement rapide et prometteur.

Paul Tomes, le concepteur du Hop 30, a imaginé un catamaran franchement original, tout spécialement pensé pour un couple en location. Sa philosophie est simple et pragmatique : « La plupart des gens naviguent à deux, à quoi bon avoir trois cabines que l’on n’utilise pas ? » Le Hop n'offre donc qu'une seule cabine double, mais elle est conçue pour être royale, située à l'avant de la nacelle et offrant une vue imprenable à 270 degrés. Le carré, réduit au minimum avec une table et deux chaises, privilégie l'espace de vie extérieur. Pour recevoir, c'est dans le cockpit, plus grand, avec une table et une banquette modulable qui peut même se transformer en couchette double.

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Les originalités du Hop 30 ne s'arrêtent pas là. Ce catamaran est à peine plus large qu'un monocoque de même longueur, une astuce ingénieuse pour lui permettre d'occuper les mêmes places de port, un avantage non négligeable dans les marinas encombrées. Son mât très reculé autorise le gréement d'un seul grand génois sur enrouleur, éliminant la bôme et simplifiant grandement la manœuvre ("Pas de bôme, pas de problème"). Certes, cette largeur limitée contraint la puissance et la surface de voile, mais le Hop 30 n'a pas vocation à être un régatier. Son objectif est de proposer des moments agréables sur l'eau dans un réel confort. Les moteurs sont électriques et donc silencieux, et l'autonomie est maximisée grâce à des panneaux solaires couvrant tout le toit du rouf et le bimini. À bord de ce catamaran singulier, la vie se déroule de plain-pied, à l'exception des marches menant au poste de barre à mi-hauteur, les coques étant principalement dédiées au rangement. Ce concept audacieux, qui a vu le jour en un peu plus d'un an entre le lancement du projet et la sortie du premier bateau, est de seulement 9 mètres et est certain de trouver son public parmi ceux qui recherchent une expérience de navigation intime et fonctionnelle.

Knysna : Une Autre Facette de l'Excellence Nautique Sud-Africaine

Si Le Cap est un pôle majeur, d'autres régions d'Afrique du Sud sont également réputées pour leur filière nautique. Tout comme la France a la Vendée, la Nouvelle-Aquitaine ou la Sailing Valley bretonne, les Sud-Africains ont, outre Le Cap, la région de Knysna. Cette charmante ville balnéaire, nichée au fond d'une baie naturelle, a parfois été associée en France à des anecdotes mémorables, comme le souvenir du "fiasco de la coupe du monde 2010", mais son industrie nautique, au-delà de l'ostréiculture qui fournit la région en huîtres charnues, est d'une tout autre teneur. Les constructeurs de catamarans y sont décidément très en vogue, démontrant l'étendue du savoir-faire local.

Knysna Yacht Company : Le Luxe Personnalisable des Grands Voyages

Au cœur de cette région se trouve la Knysna Yacht Company, un chantier établi il y a une vingtaine d'années et produisant des catamarans portant le nom même de la ville, les modèles 500 et 550. Ces catamarans haut de gamme sont largement personnalisables, soulevant la question de leur capacité à rivaliser avec des marques établies comme Privilège sur le segment des grands catamarans de luxe. La capacité de personnalisation poussée offerte par ce chantier répond aux attentes d'une clientèle exigeante, cherchant un bateau qui reflète précisément ses désirs et son programme de navigation.

Kinetic Catamarans : La Performance en Carbone pour Propriétaires Fortunés

Un acteur plus jeune mais non moins ambitieux de Knysna est Kinetic Catamarans, fondé en 2019. Ce constructeur, bien que ne produisant pour l'instant que quelques bateaux par an, s'est rapidement distingué par la construction en carbone de ses unités, offrant un degré de finition très élevé. On les positionne entre les catamarans Gunboat (sans être aussi exclusifs) et Hudson Yacht (mais plus confidentiels), des bateaux qui ne manquent pas d'allure et qui s'adressent clairement à des propriétaires fortunés.

Deux modèles sont actuellement proposés, un 54 et un 62 pieds, tous deux dessinés par le prestigieux cabinet Simonis-Voogd. Ces catamarans arborent des étraves inversées et un petit cockpit de manœuvre astucieusement placé en avant du rouf, lequel est court et s'arrête au niveau du mât. Kinetic joue manifestement à fond la carte de la performance, avec des postes de barre reculés et des lignes nerveuses. Cependant, cette construction ultra légère n'empêche en rien des aménagements intérieurs confortables et bien pensés. Le fondateur de ce chantier est américain, comme pour Balance, et bien que la construction soit sud-africaine, les principaux débouchés commerciaux se trouvent davantage aux États-Unis. Ce jeune acteur prévoit néanmoins d'augmenter ses capacités de production pour atteindre à terme six bateaux par an, signe de son dynamisme et de sa reconnaissance croissante sur le marché international des catamarans de performance. Le Kinetic 54, par exemple, affiche un prix de base de 3,3 millions de dollars US, confirmant son positionnement dans le segment du luxe et de la haute performance.

Vision Catamarans : La Grande Croisière Pragmatique et Robuste

Toujours à Knysna, un autre chantier mérite l'attention : Vision Catamarans. Il s'agit d'un chantier atypique, car il ne propose qu'un seul modèle à son catalogue, le Vision 444. Ce bateau est spécifiquement imaginé pour la grande croisière autour du monde, et sa particularité réside dans une approche très affirmée de la non-personnalisation. James Turner, le patron du chantier, explique : « O.K. pour la couleur du bateau ou des emménagements, mais pas pour le reste ». Il ajoute : « Nous avons beaucoup travaillé pour faire un 44 pieds qui en offre autant qu’un 50. Nous avons soigné le poids, nous avons des aménagements qui fonctionnent bien. Alors nous faisons attention aux détails qui pourraient alourdir le bateau et nous ne sommes pas capables d’apporter trop de modifications sans casser la chaîne de production. »

Cette philosophie se traduit par un bateau d'une grande fonctionnalité et d'une robustesse éprouvée. Le Vision 444 est plein de mains courantes, et les zones techniques sont très accessibles, offrant même "de quoi poser un coin de fesse quand on travaille sur le moteur, ce qui n’est pas un détail pour qui fait la révision de ces engins." La silhouette reste relativement classique, avec un poste de barre à mi-hauteur et un cockpit largement protégé par un bimini rigide. La fabrication interne est privilégiée pour un maximum de composants : tous les meubles sont fabriqués sur place, ainsi qu'une bonne partie de l'accastillage, incluant balcons et mains courantes, et même la barre en composite.

La qualité de la construction est remarquable : à circuler entre les moules et à voir les coques en finition, l'infusion est réalisée avec une propreté impressionnante. Bien que le bateau ne soit "peut-être pas le plus sexy de la production locale", il inspire une confiance absolue pour un programme de grande croisière. C'est d'autant plus pertinent que la sortie de la baie de Knysna est souvent problématique à cause d'une vilaine barre, et les côtes sud-africaines sont directement exposées aux grandes mers du Sud. Cette confrontation à des conditions rapidement extrêmes est un véritable banc d'essai et un gage de sérieux pour les bateaux construits ici.

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