Le catamaran, qu’il soit de sport, de plage ou de loisir, est un bateau synonyme de liberté et de vitesse, qui continue de faire rêver. Il s’agit d’une embarcation appartenant à la catégorie des multicoques, caractérisée par la présence de deux coques accouplées. Ces deux coques sont en général parallèles l’une à l’autre, et peuvent être propulsées par des voiles ou un moteur. Cette architecture navale confère au catamaran des propriétés uniques qui le distinguent des monocoques traditionnels. L’une des principales caractéristiques des catamarans est leur faible résistance à l’eau, permise par des coques fines qui réduisent le frottement hydrodynamique. Cette particularité leur permet d’atteindre des vitesses élevées tout en maintenant une grande stabilité, même par mer agitée. De plus, la largeur importante entre les deux coques confère au catamaran une excellente flottabilité et une surface de pont étendue, idéale pour les activités de plaisance. Historiquement bateaux de plaisance, ils sont également devenus des bateaux de compétition sportive, très prisés et de plus en plus techniques, présents sur de nombreuses courses nautiques, comme la fameuse Coupe de l’America. Aujourd’hui, le catamaran est synonyme de performance et de polyvalence, occupant une place centrale tant dans la navigation de loisir que dans les compétitions les plus prestigieuses. En plaisance, les catamarans séduisent par leur confort et leur stabilité. Leur large surface de pont, idéale pour accueillir passagers et équipements, en fait le choix privilégié des croisiéristes et amateurs de navigation paisible.
L'Étymologie et les Origines Lointaines du Catamaran
L'histoire du catamaran est aussi riche que l'étendue des océans qu'il a su parcourir. Le mot « catamaran » tire son origine du terme tamoul kattumaram, qui se traduit littéralement par « bois liés ». Cette étymologie fait référence aux radeaux traditionnels composés de troncs de bois assemblés et utilisés par les populations du Tamil Nadu, dans le golfe du Bengale. Le mot catamaran proviendrait ainsi du mot kattuamaran, issu de la langue tamoule, avec "kkatta" pour lien et "maram" pour bois. Au fil du temps, le terme kattumaram a traversé les continents grâce aux récits des explorateurs occidentaux. Il apparaît pour la première fois dans un texte européen à la fin du XVIIe siècle, dans les écrits du pirate et aventurier anglais William Dampier, dans les années 1690. C’est le tout premier européen à décrire un catamaran qu’il a vu naviguer dans le golfe du Bengale, dans la région du Tamil Nadu. Il les décrit par ces mots : « Sur la côte de Coromandel, on les appelle catamarans. Il s’agit d’un ou deux rondins, parfois d’un bois léger […] si petit, qu’il ne transporte qu’un homme dont les jambes et le fondement sont toujours dans l’eau. » D’abord orthographié « catamaron » ou « catimaron », le mot a été progressivement adapté en français et en anglais pour devenir « catamaran », un terme qui a traversé les siècles pour devenir incontournable dans le vocabulaire nautique. L’étymologie du mot « catamaran » est un rappel de l’origine tamoule de cette innovation, mais aussi une preuve du dialogue interculturel entre l’Orient et l’Occident.
Mais il semblerait que ce soit dans l’Océan Indien et Pacifique que les premiers catamarans aient vraiment vu le jour. Le catamaran, dans sa forme moderne, trouve en effet ses racines dans les pirogues à balancier utilisées par les peuples austronésiens il y a plusieurs millénaires. Ces embarcations étaient constituées d’une coque principale, souvent accompagnée d’un flotteur stabilisateur relié par des bras transversaux. Ces pirogues ont joué un rôle essentiel dans les grandes migrations austronésiennes, permettant à ces populations d’explorer et de coloniser une immense partie de la planète, des îles d’Asie du Sud-Est jusqu’à la Polynésie, et même jusqu’à Madagascar. Ces déplacements maritimes, remontant à 50,000 ans avant notre ère, sont considérés comme l’un des plus grands exploits de l’humanité en matière de navigation. Depuis toujours, en effet, les Polynésiens utilisent une forme particulière d’embarcation à deux coques que l’on appelle « prao ». La carte des migrations anciennes montre des dizaines de milliers d’années de déplacements à la voile, rendues possibles grâce aux multicoques - catamarans, trimarans, praos.
Parmi les multicoques austronésiens, le prao se distingue comme un modèle directement lié au catamaran. Voilier multicoque indonésien, le prao est un dérivé des pirogues à balancier indonésiennes, que l’on retrouve aussi aux Philippines sous forme de trimaran. Cette embarcation asymétrique se compose d’une coque principale et d’un flotteur secondaire, reliés par des bras de liaison. Sa particularité réside dans sa capacité à naviguer dans les deux sens, grâce à une voile rotative permettant un changement de cap sans virer. Ce bateau apparaît très tôt dans les dessins et les récits des explorateurs européens. On en trouve ainsi dans les récits de William Funnell sur les îles du Pacifique en 1705 ou de Georges Ansom sur les îles Marianne en 1743. Les explorateurs européens des XVIIe et XVIIIe siècles, fascinés par ces bateaux, ont documenté leur existence dans leurs récits. En 1705, William Funnell mentionne les praos dans les îles du Pacifique, tandis qu’en 1711, Woodes Rogers en rapporte un exemplaire à Londres pour l’exposer. Ces observations ont marqué un tournant, exposant l’Europe à une nouvelle forme de conception navale. L’histoire du catamaran témoigne de l’immense héritage maritime des peuples austronésiens et tamouls, qui ont su développer des embarcations à la fois simples et révolutionnaires. Cet héritage s’est diffusé bien au-delà des côtes du Pacifique et de l’océan Indien. Les Polynésiens, maîtres des routes maritimes, ont perfectionné des multicoques comme les praos, qui ont permis des migrations d’une ampleur exceptionnelle. Les explorateurs européens, fascinés par cette technologie, l’ont documentée et étudiée, contribuant ainsi à son intégration progressive dans les concepts nautiques occidentaux.
La Découverte Occidentale et les Premiers Pionniers
L'Occident a découvert le concept du catamaran grâce aux explorateurs européens, et notamment grâce au récit de William Dampier en 1690. Lors de ses voyages le long de la côte de Coromandel, dans la région du Tamil Nadu, Dampier a observé et décrit ces embarcations austronésiennes qu’il appelait « catamarans ». Il a noté leur design rudimentaire mais efficace, composé de deux rondins liés, permettant à un seul homme de naviguer rapidement et avec stabilité. Ces descriptions ont marqué un tournant en exposant l’Europe à une nouvelle forme de conception navale. Les récits d’explorateurs comme Dampier, mais aussi ceux de l’expédition de Ferdinand Magellan plus tôt au XVIe siècle, ont inspiré les ingénieurs et marins occidentaux. En Occident, les catamarans ont été construits pour la première fois en Angleterre, en 1662, par William Petty. Cependant, ses idées, bien qu’innovantes, n'ont pas été pleinement exploitées à l’époque en raison du scepticisme général face aux nouvelles théories navales.
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Le véritable père du catamaran moderne est souvent considéré comme Nathanael Herreshoff, un ingénieur et architecte naval américain, que l’on surnommait “le sorcier de Bristol”. En mille huit cent soixante-seize, à l’âge de vingt ans, il a conçu l’Amaryllis, le premier catamaran moderne. Cette embarcation de sept mètres et demi a repris l’essence des multicoques austronésiens tout en incorporant des éléments techniques avancés, tels qu’un tablier reliant les deux coques et une structure plus rigide. Nathanael Herreshoff, qui a inventé le dériveur, le quillard et le cata modernes, et remporté six fois la Coupe de l’America, a été le premier occidental, en 1870, à concevoir et fabriquer des catamarans d’une vitesse et d’une stabilité jusqu’alors inégalée. En 1877, il a créé le catamaran de 9,75 mètres John Gilplin, dont les plans sont d’une extraordinaire modernité.
Parmi les autres précurseurs en termes de catamarans, l’on trouve également le « pati à vela » (patin à voile), né en Catalogne dans les années 1920. Ce catamaran sans safran était très apprécié par les Espagnols, les Hollandais et les Allemands. Ces catamarans aux coques asymétriques en forme de banane ont connu immédiatement un énorme succès.
L'Ère de la Démocratisation et l'Innovation Sportive
C’est dans les années 1960 que le catamaran est devenu un véritable phénomène mondial, grâce à des figures comme Hobie Alter. Ce surfeur californien a révolutionné le marché avec ses modèles Hobie 14, introduit en 1968, et Hobie 16, lancé en 1970. Ces catamarans légers, faciles à manier et accessibles à un large public, ont contribué à populariser la navigation sur multicoques. Parallèlement, les catamarans de sport ont connu un essor spectaculaire. Ils sont devenus des protagonistes des courses nautiques prestigieuses, comme la Coupe de l’America, où leur vitesse et leurs performances captivent le public. L’introduction des foils, des appendices qui soulèvent les coques hors de l’eau pour réduire la résistance, a propulsé les catamarans dans une nouvelle ère, leur permettant de littéralement « voler » au-dessus de l’eau en réduisant drastiquement la résistance hydrodynamique. Sur le plan sportif, les catamarans brillent dans des événements nautiques majeurs, notamment la célèbre Coupe de l’America. Ces compétitions, qui mêlent tradition et haute technologie, mettent en avant des designs révolutionnaires capables de repousser les limites de la vitesse.
Un jalon important dans l'histoire des catamarans de sport fut la création du Tornado. En 1967, l’IYRU (nom de l’époque de la Fédération Internationale de Voile) a lancé un concours pour les catamarans de la Classe B, spécifiant des caractéristiques de 2 équipiers, 20 pieds sur 10, et 21,80 mètres carrés de voilure. Et c’est le Tornado, dessiné par Rodney March l’année précédente, qui l’a emporté. C’est sûrement sur le Tornado que l’on a vu le premier filet à catamaran, tel qu’on l’imagine aujourd’hui. S’il n’existe pas vraiment d’histoire du filet de catamaran, il semble qu’il n’apparaît que tard dans l’histoire du catamaran. Feelnets, un créateur de filets sur mesure, a d'ailleurs débuté son activité par la création de filets pour catamarans et autres trampolines multicoques et s’est imposé comme un spécialiste en la matière, au fil des ans.
L'Industrie Contemporaine et les Nouveaux Horisons
Le segment multicoque est plus porteur que jamais, mais la création d’une nouvelle marque ex nihilo reste un défi d’envergure. Dans ce contexte, des initiatives audacieuses voient le jour, portées par des figures du nautisme. Pas étonnant dès lors qu’Olivier Kauffmann, un dirigeant reconnu, soit un développeur né. Il a été président du directoire de Decathlon, fondateur d’Orange Marine (vente en ligne d’accastillage et de vêtements de mer) et directeur de Cabesto (distribution de produits pour la pêche, la randonnée, le nautisme). Issu de la génération planche à voile, Olivier cultive aussi le goût de l’aventure, ayant pris une année sabbatique pour effectuer un grand voyage en bateau-stop. La saga naissante Windelo est également une histoire de famille : c’est son fils Gauthier, jeune ingénieur passionné d’innovation, qui dirige l’exploitation. Pour ses conceptions, Windelo a fait appel au tandem Christophe Barreau/Fréderic Neuman, auteurs entre autres d’une grande partie de la gamme Catana « classique », des Outremer 45, 4X et 51, des TS42 et TS5. Cette signature est une valeur sûre, le duo restant en permanence à la pointe de la créativité en matière de catamarans performants. Jean-Pierre Prade - fondateur de Catana avec Thierry Goyard - a rejoint l’équipe comme directeur industriel et consultant ; Didier Perrin (Syltec Consulting) apporte ses compétences en matière de composites et Jean Paul Siaudeau (JPS Concept, préparation Imoca et Ultimes) prend en charge l’ensemble des systèmes électriques et la propulsion. La gamme Windelo propose actuellement quatre modèles : un 47 et un 57 dont les plans ont été mis à disposition, un 50 en cours de finition déjà vendu et un 54 qui a été mis à l’eau au printemps.
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Une autre illustration de la vitalité de l'industrie est la renaissance de marques emblématiques. La mise à l’eau du premier catamaran sous la marque Privilège Marine est imminente. C'est un événement symbolique à Port-Olona, marquant le renouveau du chantier Privilège Marine, historiquement créé par Philippe Jeantôt. Ce marin avait dessiné un catamaran de croisière confortable pour faire naviguer sa petite famille entre deux courses, avant d’en démarrer une série. Nul ne peut l’oublier, Philippe Jeantôt est aussi l’inventeur du Vendée Globe. Cette renaissance se pose sur l’histoire. Le pontage d’un Privilège 445 fait aujourd’hui la fierté des trente employés de Privilège Marine. Cécilia Edeline, chargée de la communication, s’enthousiasme : « Le pontage c’est la pose du couvercle, en quelque sorte le symbole de la mission réussie, bien sûr il reste des finitions à achever, mais c’est le premier voilier du chantier Privilège Marine après sept mois d’existence ! » La mise à l’eau, prévue en avril, est suivie d’une deuxième au mois de mai pour un Privilège 515. L’événement porte l’espoir de ceux qui ont vécu l’expansion de l’entreprise dès les années mil neuf cent quatre-vingt-seize sous le nom d’Alliaura, puis l’amertume de la délocalisation en Bretagne en deux mille neuf, avant la chute. La stratégie est humaine et collaborative, avec une confiance affirmée dans le produit très haut de gamme que sont les Privilège, ainsi que dans la renommée de Feeling. Si les deux marques sont identifiées différemment, elles sont liées par un savoir-faire et une qualité d’exécution identiques. Cette qualité, selon la direction, relève d’un management axé sur la compréhension humaine, mettant l'accent sur l'humain qui intervient sur le processus industriel plutôt que sur la machine. Privilège Marine relance également l’Euphoria, un catamaran à moteurs dont Jeantôt avait livré une cinquantaine d’exemplaires dans les années quatre-vingt-dix. L’Euphoria a été repensé avec raffinement, pour une clientèle qui commence à s’intéresser à la croisière, sans être encore tout à fait à l’aise avec la voile.
Le Catamaran comme Outil de Partage et de Connexion Humaine
Au-delà de la compétition et de la plaisance haut de gamme, le catamaran trouve aussi sa place dans des initiatives plus humaines et locales, où il incarne le partage et l'accessibilité. Des projets comme la Bateauthèque, par exemple, illustrent comment ces embarcations, même anciennes, continuent de faire rêver et de créer du lien social. Dans ce modèle, des bateaux qui ne servent pas et qui, au lieu de prendre la poussière, sont mis à la disposition de ceux qui rêvent de naviguer l’espace de quelques heures. Le concept est plutôt sympa et existe depuis plusieurs années à Bages, sur son magnifique étang. On ne peut exclure qu’une idée plutôt généreuse se soit dissimulée derrière une préoccupation banalement égoïste : lorsqu’on a plusieurs embarcations et comme on ne peut guère en utiliser plus d’une à la fois, où les ranger et qu’en faire lorsqu’on n’est pas sur l’eau ? C’était bien sûr le lot de certains, et à ce titre, certains ont longtemps été les premiers bénéficiaires de cette initiative. Plus généralement, il est constaté que de nombreux bateaux dorment sur le rivage que personne n’utilise jamais. En moyenne, et selon des chiffres invérifiables, il semble que les bateaux, ceux qui sont utilisés, oublions ceux qui ne le sont pas du tout, sortent sur l’eau moins de deux fois par an. Pourtant, combien de personnes ont des rêves de navigation et restent au bord faute de bateau ? Avec la Bateauthèque, on aime donner et on reçoit beaucoup. D’autres autour de l’étang font le reste du boulot et le font très bien, comme l’école de voile de la Nautique qui forme de vrais voileux et même quelques champions. Le manque de place vient bien entendu activer ces initiatives : c’est tellement encombrant et il y a toujours un bricolage à faire. Certains des dons sont aussi purement militants, exprimant un soutien fort à l'initiative : « nous aimons ce que vous faites alors, voilà, mon bateau est à vous parce qu’il rendra des gens heureux ne serait-ce qu’une heure. » Soyons objectifs : le vieux clou demeure l’archétype du bateau-Bateauthèque, la plupart ont plus de trente ans, et alors ? Mais seules peuvent les emprunter les personnes qui maîtrisent déjà la voile de manière autonome. La Bateauthèque dispose également de beaucoup plus de planches à voile plutôt anciennes, il faut le dire.
Chaque bateau au sein de cette communauté a son histoire et toutes les touchent. La plus poignante est probablement celle de leur grand catamaran qui leur a été confié par Uwe, un grand homme, un vieux petit garçon juif-allemand réfugié en Angleterre, devenu professeur éminent à Oxford et conseiller de la Reine. Avec toute la dignité dont il était empreint et les yeux mouillés quand même, il leur a dit un jour : « ce bateau est celui de ma fille Polly, voileuse émérite, elle a eu un accident de voiture et je ne la verrai plus jamais naviguer ; s’il vous plait, faites que ce bateau passe devant ma fenêtre. » Personne parmi eux ne savait barrer un tel bateau. Alors, quelqu'un a dû apprendre à faire du catamaran. Une autre fois, on leur a imploré de prendre en charge un superbe kayak, une pièce rare en toile et bois entièrement fait à la main, un bateau pour ainsi dire inutilisable tant il est précieux. Il avait une histoire : le grand-père l’avait construit. Une condition a été posée : le bateau serait pris en charge si et seulement si sa genèse était couchée sur le papier. Deux jours plus tard, une monographie complète, texte poignant, photos incluses, leur parvenait. La Bateauthèque a aussi Albert, leur délicieux vétéran, qui depuis de nombreuses années met un point d’honneur à régler sa cotisation et qui n’a jamais navigué.
L’étang de Bages est un site inépuisable en termes d’émotions. Le vent et la lumière lui donnent mille teintes en un seul jour. Certains pensent qu’un plan d’eau fermé est vite ennuyeux. Mais beaucoup n'ont jamais fini d’en faire le tour et ne connaissent personne qui puisse dire l’avoir fait. Ce n’est pas un plan d’eau facile du fait de la fréquence et de la force du vent, mais qu’à cela ne tienne : on adapte les buts de navigation, et parfois on ne sort pas. Mais fondamentalement, c’est un lieu de découverte et d’une richesse exceptionnelle non seulement sur le plan du paysage mais aussi de la faune, de la flore et - au-delà - de l’histoire et de la géographie ! La sociologie de la Bateauthèque leur fait le cadeau de sa diversité. Beaucoup d’appels téléphoniques commencent par « je ne suis pas d’ici, est-ce que j’y ai droit ? » et cela les surprend toujours. Tout le monde y a droit, d’ici ou d’ailleurs, riche ou pauvre, expérimenté ou béotien. Un tiers environ du village de Bages a un jour ou l’autre navigué avec eux et c’est une grande satisfaction, mais beaucoup de leurs adhérents viennent de plus loin et ils ne sont pas moins assidus. Une chose unit probablement les motivations de cet assemblage inhabituel : on sait qu’ici ce sera chaleureux et facile, sans jugement mais bien sûr aussi sans record autre que ces petites victoires sur soi-même : « je l’ai fait ! » Paradoxalement, cette question ne s’est pas trop posée pour deux ou trois motifs au moins. Le modèle économique de la Bateauthèque est tellement fruste qu’il en devient terriblement robuste : ils ne demandent rien ou presque à la collectivité. Il est dans leur nature d’être toujours stupéfaits et contents de ce qu’ils ont de sorte qu’ils n’ont jamais de mauvaises surprises. Ils étaient émerveillés lorsqu'ils ont atteint 200 sorties par an, ils sont ébahis d’avoir atteint 700 quelques années plus tard, mais ils ne seraient même pas inquiets si une année voyait la fréquentation baisser de moitié. La merveilleuse vague de sympathie qui les accompagne fait que l’avenir n’a rien d’effrayant. La Bateauthèque est une chose minuscule et précieuse en dépit des rustines dont elle est pétassée : qu’elle le reste ; rien d’autre n’est indispensable. Une fragilité enfin demeure : tout cela ne fonctionne que si on lui consacre du temps. Les bateaux ne sont que des supports à leurs activités et à quelques jolis rêves.
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