Nicolas Hulot, figure emblématique de l'écologie française, a marqué le débat public et politique par son engagement constant pour la protection de l'environnement. Son parcours, jalonné d'explorations médiatiques, de plaidoyers associatifs et d'une brève incursion au gouvernement, témoigne d'une quête inlassable de solutions face à la crise écologique. Parmi les initiatives qu'il a soutenues avec ferveur, le catamaran Energy Observer se distingue comme un symbole puissant d'innovation et d'autonomie énergétique, incarnant une partie de cette vision d'un futur plus propre. Cet article explore les multiples facettes de Nicolas Hulot, de son rôle de parrain de ce navire futuriste à son patrimoine personnel, en passant par sa carrière et les défis qu'il a rencontrés.
L'Energy Observer : Un Catamaran Visionnaire au Service de la Transition Énergétique
L'Energy Observer représente une avancée majeure dans le domaine de la navigation et des énergies renouvelables. Ce navire à hydrogène autonome a été mis à l'eau en avril 2017, marquant le début d'une nouvelle ère pour la mobilité maritime durable. Il est le fruit d'une collaboration étroite avec les ingénieurs du Liten, et son objectif principal est de tester et de démontrer l’efficacité d’une chaîne de production énergétique complète, reposant sur le couplage de différentes énergies renouvelables. Energy Observer est un projet de navire expérimental et d'expédition qui a pour ambition de trouver des solutions concrètes, innovantes et performantes, en faveur de la transition énergétique.
De par ses technologies, il est le premier navire au monde capable de produire de l'hydrogène à bord de manière décarbonée grâce à la mixité énergétique. Cette prouesse technologique lui a valu d'être souvent surnommé Le Solar Impulse des mers, en référence à l'avion solaire piloté par le Suisse Bertrand Piccard et André Borschberg. Il est également comparé à la Calypso des temps modernes, compte tenu de la volonté affichée d'utiliser le bateau comme une plateforme de production de contenus audiovisuels autour de l'écologie, du développement durable et de la transition énergétique. L'Energy Observer mesure plus de 30 mètres de long pour 12,80 mètres de large, des dimensions imposantes pour un laboratoire flottant valorisant les énergies propres.
Le navire, un ancien bateau de course entièrement refait à neuf, est un catamaran de légende, (Ex Formule Tag, ex-Enza) successivement skippé par Mike Birch, Peter Blake et Tony Bullymore, et détenteur du deuxième Trophée Jules-Verne en 1994. Cette expédition est menée par Victorien Erussard, coureur au large et officier de marine marchande, et Jérome Delafosse, scaphandrier professionnel et réalisateur de documentaires. Autour d'eux, c’est une équipe de plus de trente personnes, composée d’architectes, designers et ingénieurs répartis entre Saint-Malo, Paris, Grenoble et Chambéry, qui travaille depuis 2015 sur le reconditionnement du catamaran. Le coût pour sa transformation s'élève à 5,5 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 4 millions d'euros par an, dont le budget est à moitié bouclé. Le projet a été conçu avec une équipe d'architectes navals et l'institut de recherche CEA-Liten, dédié aux énergies nouvelles.
Après sa mise à l'eau, le navire partira pour un tour du monde de six ans afin d'optimiser ses technologies et mener une expédition au service des solutions durables pour la transition énergétique. Energy Observer doit effectuer un tour du monde pendant six ans à raison d'une centaine d'escales. Le catamaran fonctionne à la force du vent, du soleil et de l'hydrogène, et produit sa propre énergie, l'hydrogène, à partir de l'eau de mer. Outre 130 m² de panneaux photovoltaïques, le bateau intègre deux éoliennes à axe vertical, une aile de traction ainsi qu'une pile à combustible pour produire de l'électricité à partir de l'hydrogène stocké. Chacune des technologies sélectionnées par Energy Observer est testée à bord au fur et à mesure des navigations, le transformant en un véritable "démonstrateur expérimental". L'ambition est claire : "Puiser notre énergie dans la nature, sans l’abîmer, et sans la gaspiller, telle est notre vision du futur, et telle est la vision que nous voulons partager à travers le monde", comme on peut le lire sur le site d'Energy Observer.
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Nicolas Hulot et l'Odyssée de l'Energy Observer : Un Parrainage Stratégique
L'engagement de Nicolas Hulot envers l'Energy Observer est profond et symbolique. Il est l'un des parrains du bateau, aux côtés de Florence Lambert, directrice du CEA-Liten. C'est suite à une visite au CEA en 2015 que Victorien Erussard, décidé à mettre à l'honneur le monde scientifique, a proposé à Florence Lambert de devenir marraine du bateau. Florence Lambert a souligné que « Energy Observer est le pionnier du monde énergétique de demain ».
Ami de longue date avec Nicolas Hulot, Victorien Erussard lui a demandé de parrainer le bateau et de lui apporter ainsi une légitimité médiatique. La Fondation Nicolas Hulot a d'ailleurs attribué à Energy Observer un coup de cœur 2016, attestant de l'alignement du projet avec les valeurs défendues par l'ancien ministre. Nicolas Hulot a exprimé son enthousiasme pour l'initiative en déclarant : « Energy Observer est plus qu’un bateau c’est un démonstrateur et un capteur de solutions. Il dessine un futur déjà présent. Un projet évolutif au long cours qui se veut créer une vague d’énergie positive. Energy Observer est un condensé d’énergies renouvelables qui donne envie de précipiter la transition énergétique. Je me reconnais dans l’état d’esprit de l’équipe qui est résolument tourné non plus vers un constat mais vers l'innovation ». Son parrainage a conféré une visibilité significative à cette entreprise, soulignant son importance pour la transition énergétique.
Une Réception Officielle et un Écho Politique pour l'Innovation Verte
L'importance de l'Energy Observer et la vision qu'il incarne ont été soulignées par la visite de hautes personnalités politiques. Le Premier ministre Édouard Philippe et son ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, étaient présents ce vendredi après-midi sur l'Energy Observer. Les deux ministres ont embarqué vers 14h à Saint-Malo pour prendre la direction de Dinard, en face de la ville malouine. Cette visite, organisée le 25 août dernier, a permis à Victorien Erussard, Capitaine d’Energy Observer, et à Florence Lambert, Directrice du CEA-Liten, d'expliquer toute la chaîne énergétique du bateau. Nicolas Hulot s'est montré fort intéressé par les explications de Victorien Erussard.
L'événement a attiré les foules, signe de l'intérêt public pour de telles initiatives. Avant la venue des deux ministres, il y avait du monde ce vendredi matin aux abords de l'écluse de Saint-Malo, où l'Energy Observer devait passer vers midi. Plus d'une centaine de personnes attendaient déjà depuis tôt le matin. Une habitante de Vieux-Vy-sur-Couesnon, Yvette, a souri en racontant : "Nous on a été prévenu le matin même en écoutant la radio donc on s'est vite pressé pour venir ici. Il ne fallait pas manquer l'événement parce qu'après, le bateau on ne le reverra pas de si tôt!". Cette ferveur populaire illustrait l'espoir placé dans ces technologies d'avenir.
Après avoir navigué dans la baie de Saint-Malo à bord du catamaran expérimental, Édouard Philippe a salué, lors d'un point presse organisé dans le port de plaisance de Dinard, "un bateau incroyablement innovant (…) qui inspire". Le Premier ministre a ajouté : "C'était une très bonne façon de découvrir les perspectives assez incroyables de la filière hydrogène. On voit le potentiel considérable qu'il peut y avoir en matière de (…) transformation des transports et d'utilisation des sources d'énergie", tout en soulignant que "la question est la façon dont on le produit". L'hydrogène contient en effet jusqu'à trois fois plus d'énergie par unité de masse que le gazole et 2,5 fois plus que le gaz naturel, et sa combustion ne rejette ni CO2 ni particules fines. Cependant, il est aujourd'hui produit à 96% à partir d'énergies fossiles, ce qui met en lumière l'importance du défi de sa production décarbonée.
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Édouard Philippe a également déclaré que cela "préfigure peut-être une révolution technologique et une façon nouvelle de transporter les hommes et les marchandises". De son côté, Nicolas Hulot s'est réjoui de compter sur un bateau 100% autonome et qui navigue seulement à la force du vent, du soleil et de l'hydrogène, affirmant : "C'est une nouvelle étape importante". Pour Nicolas Hulot, "Là, vous avez un exemple absolument merveilleux d'un bateau qui est autonome. Et si ce bateau peut être autonome, à terme, une ville, un immeuble, un quartier, un pays pourraient être autonomes. Et l'autonomie énergétique, c'est aussi une autonomie politique", soulignant ainsi la portée universelle du projet. Les deux ministres ont ainsi montré qu'ils étaient "en pleine réflexion sur les alternatives durables en matière d'énergie".
Le Parcours Engagé de Nicolas Hulot : De l'Exploration Télévisuelle à l'Action Politique
Le parcours de Nicolas Hulot est celui d'un homme constamment en quête d'engagement. Nicolas Jacques André Hulot naît le 30 avril 1955 à Lille. Orphelin de père à l'âge de 15 ans, il effectue sa scolarité dans des établissements privés catholiques. Ses premières expériences le mènent loin des bancs de l'école : en 1976, il part pour le Guatemala après le tremblement de terre qui a fait 20 000 morts, et la même année, il part en reportage en Afrique du Sud avec le navigateur Éric Tabarly. En 1977, il est en Rhodésie, en pleine guerre d'indépendance, où il interviewe Ian Smith, le Premier ministre. En 1978, il mène une surveillance, planqué pendant 46 jours dans une voiture, une anecdote qui témoigne de son flair pour le reportage.
Il fait ses débuts à la télévision dans des émissions pour enfants comme Les Visiteurs du mercredi en 1980, avant Les Pieds au mur (1982-1983). Pour mieux raconter la course, Nicolas Hulot participe au deuxième rallye Paris-Dakar en 1980 dans la catégorie autos mais doit abandonner avant l'arrivée. De 1987 à 1995, il présente l'émission télévisée Ushuaïa, le magazine de l'extrême, diffusée sur TF1, puis Opération Okavango, et Ushuaïa Nature de 1998 à 2012. Grâce à cette émission, il devient un familier des téléspectateurs et l'un des grands porte-parole français de la sauvegarde de la nature. Ses projets ne cessent de se développer, avec des partenariats comme EDF, l'Oréal, TF1 et Véolia.
En 1990, Nicolas Hulot crée la Fondation Ushuaïa, qui devient ensuite la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l'homme. Dès 2005, la Fondation Nicolas-Hulot et l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) lancent l’opération « Défi pour la Terre », invitant chacun à se projeter dans l'avenir. Partisan d'une société de sobriété, il cite Jean-Baptiste de Foucauld qui préconise l'« abondance frugale », expliquant qu'« Il ne s'agit pas de supprimer voitures et avions. Mais d'organiser la modération avant d'y être contraint ».
Son engagement le pousse vers la sphère politique. Nicolas Hulot a conseillé plusieurs personnalités politiques telles que Laurent Fabius ou Jacques Chirac, dont il aurait refusé en 2002 la proposition de devenir ministre de l’Écologie. En 2006, il dément les rumeurs de candidature à l'élection présidentielle de 2007, déclarant : « Je ferai tout pour ne pas être candidat ». Il préfère lancer le Pacte écologique, un appel à l'engagement des candidats pour l'écologie, qui sera signé par cinq d'entre eux et des centaines de milliers de citoyens. Il déclare faire confiance aux candidats à l'élection quant à leur engagement vis-à-vis du Pacte écologique. Le 13 avril 2011, il se déclare candidat à la primaire écologiste pour l'élection présidentielle de 2012, mais perd face à Eva Joly.
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En 2012, il est nommé « envoyé spécial pour la protection de la planète » par François Hollande, une mission bénévole pour sensibiliser la communauté internationale à la crise écologique. Il participe notamment à la préparation de la COP21 à Paris en 2015. Après avoir refusé le ministère de l'Écologie successivement proposé par les présidents Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, il accepte en 2017 d'être nommé ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire, sous la présidence d'Emmanuel Macron.
En juillet 2017, Nicolas Hulot présente le « plan climat » du gouvernement, un projet de loi pour engager la France vers la neutralité carbone à horizon 2050. Ce plan vise à cesser toute production énergétique à partir du charbon d'ici 2022 et à arrêter la commercialisation des voitures roulant à l'essence d'ici 2040. Il fait également adopter une loi interdisant la production d'hydrocarbures en France d'ici 2040. Cependant, son mandat est marqué par des compromis, notamment sur le glyphosate, dont il milite pour la fin de l'utilisation d'ici trois ans, mais dont la licence européenne est renouvelée pour cinq ans. Le refus des parlementaires d'inscrire l'interdiction dans la loi est perçu comme une « défaite ». Des écologistes lui reprochent des reculs sur les perturbateurs endocriniens, le CETA ou encore le nucléaire.
Le 28 août 2018, Nicolas Hulot démissionne du gouvernement, déclarant avoir décidé seul : « Je ne veux plus me mentir ». Il motive son départ en affirmant que l'écologie n'est pas une priorité du gouvernement, qu'il ne se sentait pas soutenu et que le gouvernement n'est pas à la hauteur des enjeux écologiques. Il cite l'utilisation des pesticides, la perte de biodiversité et l'artificialisation des sols comme des dossiers où il n'a pas pu faire avancer ses objectifs, qualifiant les progrès de « petits pas », insuffisants pour enrayer le réchauffement climatique. Il met en cause le libéralisme économique, qu'il voit comme la cause de « désordres », et dénonce l'importance des « lobbies dans les cercles du pouvoir », soulevant un « problème de démocratie ». Il quitte définitivement la vie publique et la présidence de sa fondation en novembre 2021.
Transparence et Perception : Le Patrimoine de Nicolas Hulot sous le Microscope
Le positionnement de Nicolas Hulot, icône de l'écologie, a souvent été confronté à l'examen de son mode de vie et de ses biens, générant parfois la perception d'un « Ecolo… mais pas trop ». Selon sa déclaration à la Haute Autorité sur la Transparence de la Vie Publique (HATVP), Nicolas Hulot possède pas moins de neuf véhicules à moteur, dont six voitures, une moto, un bateau et un scooter électrique. La valeur totale de ces véhicules est estimée à 105 000 euros, ce qui en fait le ministre le plus équipé du gouvernement. En décembre 2017, France TV Info rapporte que cette flotte ne rentre pas toujours dans la catégorie des véhicules propres, une situation qui peut paraître paradoxale pour celui qui lutte contre l'utilisation et la vente de la voiture thermique.
Dans son imposante flotte de « véhicules terrestres à moteur », les modèles haut-de-gamme côtoient les modestes carlingues. Le ministre est propriétaire d'une voiture BMW acquise en 2014 (33 000 euros) et d'une Volkswagen (50 000 euros) acquise plus récemment. Sa moto BMW, achetée en 2000, vaut 1 000 euros, tout comme son vieux Land Rover et son Peugeot Boxer, tous deux entrés dans son patrimoine en 1998. Nicolas Hulot semble aussi être adepte des virées en 2 CV, dont il est un récent acquéreur pour 5000 euros en 2017. Le scooter électrique, de marque BMW, a été lui aussi acheté au prix de 6000 euros. Quant à son bateau (à moteur), de marque Vaillant, il valait 246 000 euros lors de son achat en 2012. La déclaration à la HATVP ne permet cependant pas de dire si ces véhicules sont dispersés sur ses différentes propriétés ou bien utilisés par d'autres personnes.
Par ailleurs, l'ancien producteur de télévision est propriétaire de cinq biens immobiliers, en Bretagne, en Corse et en Savoie. Son patrimoine cumulé atteint environ 7,3 millions d'euros, ce qui le classe comme le deuxième ministre le plus riche du gouvernement derrière sa collègue du Travail, Muriel Pénicaud (7,5 millions d'euros). Cette fortune personnelle et la diversité de ses possessions matérielles ont parfois été source de questionnements et de débats dans l'opinion publique, contrastant avec son plaidoyer pour la sobriété.