La Voile Rouge, un nom qui évoque immédiatement les nuits tropéziennes flamboyantes, les célébrités, le champagne à flots et une ambiance survoltée. Ce club de plage, situé sur la célèbre plage de Pampelonne à Ramatuelle, a marqué l'histoire de Saint-Tropez pendant près de cinquante ans, avant de disparaître sous les assauts des tractopelles en 2012. Mais quelle est l'histoire de ce lieu devenu un mythe ?
Pampelonne et ses environs : Un écrin de beauté
Avant de plonger dans l'histoire de la Voile Rouge, il est important de situer le contexte géographique et l'atmosphère générale de la région. Le golfe de Saint-Tropez est un lieu privilégié, attirant les touristes du monde entier grâce à ses plages magnifiques et son ambiance glamour.
Aux alentours, de charmants villages comme Mèze, Balaruc-le-Vieux, Gigean, Montbazin, Poussan, Villeveyrac et Bouzigues offrent un aperçu de la richesse du patrimoine languedocien. Ces villages, avec leurs ruelles pittoresques et leurs traditions locales, contrastent avec l'effervescence de Saint-Tropez, mais contribuent à la diversité et à l'attrait de la région.
Marseillan, cité méditerranéenne chargée d'histoire, témoigne également des nombreuses époques qui ont façonné la région.
Les débuts bohèmes de la Voile Rouge
L'histoire de la Voile Rouge commence en 1963, lorsque Paul Tomaselli, moniteur de ski nautique sur la plage voisine de Tahiti, reprend un spot naturiste. Loin de l'image extravagante qui a fait sa renommée, le club est alors un lieu familial et tranquille. Lucie, la mère de Paul, est aux fourneaux et accueille les clients avec simplicité et convivialité.
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L'ambiance est si décontractée que Romy Schneider y fait parfois la plonge. Des personnalités comme Rockefeller y installent des matelas, tandis que Liz Taylor sirote du bordeaux. Les stars commencent à fréquenter l'établissement, attirées par l'atmosphère authentique et la musique gitane des Gipsy Kings, encore inconnus à l'époque.
L'ascension vers la démesure
Au fil du temps, la Voile Rouge évolue et se transforme en un symbole de démesure et d'exubérance. Le monokini, déjà en vogue depuis le milieu des années 1960, y est toléré, ce qui vaut à Paul Tomaselli deux condamnations pour atteinte à la pudeur.
Dans les années 1980, Sylvester Stallone y organise une fête grandiose qui se termine en lancers de gâteaux au chocolat. Mais la marque de fabrique du club reste les douches de champagne à plusieurs milliers d'euros la bouteille. Paris Hilton aurait dépensé 300 000 euros pour se noyer dans les bulles, et un homme d'affaires indien y aurait laissé 450 000 euros en un après-midi.
La Voile Rouge devient un lieu où tout est permis, un passage obligé pour les célébrités hollywoodiennes en vacances sur la Côte d'Azur. Madonna, Bruce Willis, Puff Daddy, tous se laissent emporter par l'esprit festif de cette plage privée transformée en boîte de nuit à ciel ouvert dès la fin de l'après-midi.
Paradis de la fête ou symbole de vulgarité ?
La Voile Rouge suscite des réactions contrastées. Pour certains, c'est un lieu flamboyant et incontournable, un symbole de la dolce vita et de la liberté. Pour d'autres, c'est un endroit bling-bling, vulgaire voire immoral, où l'argent coule à flots et où les excès sont monnaie courante.
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Jean-Roch, patron de la discothèque VIP Room, considère la Voile Rouge comme « un lieu saint pour Saint-Tropez, mais aussi pour le monde entier ». Un comédien parisien se souvient : « C'était un très bel endroit pour la fête. Tout le monde dansait autour du bar et sur les tables ».
Mais cette image festive et luxueuse a un prix. Les additions sont salées, avec des magnums de champagne et des portions de caviar à des prix exorbitants. Il est de bon ton de régler en liquide, ce qui contribue à la légende du lieu.
La chute d'un empire
Les excès de la Voile Rouge finissent par attirer l'attention des autorités et des riverains. Le ballet incessant des hélicoptères, les décibels assourdissants, les cris et autres nuisances sonores, ainsi que les infractions au code de l'urbanisme, exaspèrent les voisins, qui multiplient les pétitions et les plaintes.
En 2000, le maire socialiste de Ramatuelle, Albert Raphaël, supprime le « sous-traité d'exploitation » de la plage, qui doit être rendue au domaine public. Commence alors une longue bataille judiciaire qui va durer douze ans.
Pendant ce temps, la fête continue à la Voile Rouge, en toute illégalité. Jusqu'à ce que le couperet tombe, en novembre 2011 : le préfet ordonne la destruction de la Voile Rouge.
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Une ultime tentative de résistance
Dans un ultime acte de résistance, Antoine Tomaselli, le fils de Paul, décédé en 2005, tente de remonter le club sur le parking de l'ancien établissement en juin 2012. Il pense que, situé sur une copropriété privée au-delà de la bande des 100 mètres de la plage, il est en droit de reconstruire.
Mais la mairie de Ramatuelle interdit les travaux, estimant que les autorisations nécessaires n'ont pas été demandées. La famille Tomaselli est vaincue, la fête est définitivement terminée.
La Voile Rouge aujourd'hui : Un souvenir impérissable
Aujourd'hui, il ne reste plus rien de la Voile Rouge, si ce n'est le souvenir d'une époque révolue. Les tractopelles ont rasé les bâtiments, et la plage a été rendue à son état naturel.
Pourtant, le mythe de la Voile Rouge continue de fasciner. Les stars du monde entier se souviennent avec nostalgie de ce lieu unique où ils ont vécu des moments inoubliables. La Voile Rouge reste gravée dans les mémoires comme le symbole d'une certaine idée de Saint-Tropez, faite de luxe, de fête et de démesure.
La plage de Pampelonne : Un enjeu économique
La plage de Pampelonne, où se trouvait la Voile Rouge, est un domaine public maritime dont 30 % sont concédés au privé. Les 27 établissements qui se partagent ce sable d'or paient une redevance saisonnière allant de 30 000 à 120 000 euros, selon le nombre de mètres carrés.
Avec 30 000 visiteurs par jour sur la plage, le chiffre d'affaires global est une manne pour l'économie balnéaire. Les serveurs et plagistes saisonniers partagent également ces agapes : leur salaire peut atteindre 10 000 euros par mois, sans compter les pourboires, qui peuvent le doubler.
La disparition de la Voile Rouge a donc eu un impact économique important sur la région, même si les autres établissements de la plage continuent d'attirer les touristes et de générer des revenus.
Un conflit familial au cœur de la polémique ?
Pour certains, la disparition de la Voile Rouge est le résultat d'un conflit familial entre Paul Tomaselli, le fondateur du club, et le maire de Ramatuelle de son époque. Cette rancœur historique, transmise de génération en génération, aurait conduit à un acharnement des autorités contre l'établissement.
D'autres estiment que la Voile Rouge a été victime de ses propres excès et de son mépris des règles. Son occupation illégale du domaine public et les nuisances causées aux riverains ont fini par provoquer sa perte.
Quelle que soit la vérité, la Voile Rouge restera un symbole de Saint-Tropez, un lieu mythique qui a marqué l'histoire de la Côte d'Azur.
La Voile Rouge de Vannes : Une homonymie trompeuse
Il est important de noter qu'il existe un autre établissement appelé "La Voile Rouge" à Vannes, en Bretagne. Ce restaurant et bar lounge, situé sur la presqu'île de Conleau, offre une vue imprenable sur la mer. Il propose une cuisine de saison et des produits du marché, dans une ambiance conviviale et chaleureuse.
Bien que portant le même nom, cet établissement n'a aucun lien avec la Voile Rouge de Saint-Tropez. Il s'agit d'un lieu différent, avec une histoire et une identité propres.