Caroline Jouisse : Parcours d'une championne de natation en eau libre

La natation, discipline exigeante s'il en est, façonne des parcours de vie d'une intensité rare. Parmi les figures marquantes du sport français contemporain, Caroline Jouisse s'impose comme une athlète dont le cheminement, de ses premières brasses dans le milieu aquatique jusqu'aux podiums internationaux, illustre la persévérance, la rigueur et une résilience constante face aux défis d'un sport en pleine mutation.

Les racines d'une vocation sportive

L'histoire de Caroline Jouisse avec la natation commence très tôt. Ses parents l'ont inscrite à la natation avec ses sœurs lorsque nous étions très jeunes, à trois ans. L’idée était de ne pas avoir peur du milieu aquatique et de s’y habituer. Cette initiation précoce a rapidement évolué vers une pratique structurée. J’ai commencé une classe de sport étude dès la sixième. En CM2, j’ai fait un pré-sport étude pour me préparer à pratiquer tous les jours, et j’ai continué au lycée.

Ce parcours, débuté à Versailles jusqu’à ses 13 ans, a posé les fondations d'une discipline de fer. La transition vers le haut niveau s'est faite naturellement à travers une exigence quotidienne. Par la suite, le parcours académique et sportif s'est internationalisé. Ensuite, j’ai fait une année de fac de sciences, puis un BTS, et je suis partie avec un organisme sportif aux États-Unis pendant trois ans. Elle est passée par plusieurs clubs avant de rejoindre celui de Bourges. Plus précisément, elle part ensuite plusieurs mois, en université aux Etats-Unis, à Cleveland pour combiner études et sport de haut-niveau. Cette expérience américaine a été déterminante dans sa vision de l'apprentissage et du dépassement de soi. Par la suite, je me suis entraînée en Italie durant un an avant de rentrer en France pendant le Covid.

La révélation de l'eau libre

Si la nage en bassin a occupé une place prépondérante durant ses jeunes années, c'est une autre discipline qui allait révéler son véritable potentiel athlétique. Mon déclic, c’est vraiment l’année 2012. Je nageais en bassin avant de commencer la natation en eau libre que je pratique depuis maintenant 12 ans. J’ai démarré par hasard, après la suggestion de mon coach, et j’ai tout de suite adoré.

Le passage de la piscine à l'environnement naturel a transformé sa perception de la compétition. J’avais fait sept ans de sports études dans une discipline que j’aimais mais dans laquelle je ne réussissais pas en compétition. Après avoir découvert l’eau libre, j’en suis devenue passionnée car j’adore la gestion des éléments naturels qu’impose cette pratique. Ce choix marquera le début d'une carrière internationale riche, où Caroline Jouisse s'imposera notamment comme une spécialiste du 25km, format sur lequel elle est championne d’Europe en 2022. Toutefois, la carrière d'une athlète est faite d'adaptations constantes. Caroline Jouisse est contrainte de se tourner vers des plus petites distances quand son épreuve favorite disparait du programme des championnats du monde, à la fin de l’année 2022. Yannick Cadilhac, son entraîneur à Saint-Raphaël lui fait alors travailler sa vitesse, pour gagner en performance sur les épreuves plus courtes.

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Les influences et l'inspiration

Le sport, en tant que construction sociale et humaine, se nourrit de modèles et d'échanges. Interrogée sur ses sources d'inspiration, Caroline Jouisse souligne l'importance de celles et ceux qui ont tracé la voie. Je n’ai pas vraiment d’athlète modèle. En France, Laure Manaudou a joué un grand rôle dans l’évolution de la natation au niveau français. Elle a eu une superbe carrière qu’elle a su faire progresser malgré les hauts et les bas. Elle est parvenue avec succès à développer notre sport, voire la natation en général, notamment grâce à sa forte médiatisation. Avant 2004, année où Laure Manaudou a remporté sa médaille olympique à Athènes, notre sport existait mais il n’était pas mis en lumière. L’eau libre, par exemple, n’est aux JO que depuis 2008 et il s’agit d’un sport en pleine maturation.

À l'échelle internationale, la championne cite Katie Ledecky, qui est incroyable par son palmarès. Dans sa discipline spécifique, elle évoque Sharon Van Rouwendaal, championne olympique en 2016 et vice-championne olympique en 2021, notant que depuis 2010, elle est en équipe nationale néerlandaise et exerce à un haut niveau avec des résultats chaque année. Au-delà des bassins, elle exprime son admiration pour des engagements sociétaux forts : je suis très admirative de la carrière d’Emma Watson, non pas en raison de son rôle dans Harry Potter mais surtout pour son implication dans la cause féminine.

L'apport du sport dans la vie quotidienne

Pour Caroline Jouisse, le sport n'est pas qu'une pratique physique, c'est un moteur de structuration personnelle et professionnelle. Dans ma vie personnelle, le sport m'apporte le sens de l’organisation, du dépassement de soi, de la rigueur et mon caractère travailleur. Il me sert aussi dans la vie professionnelle. Entre mon travail et mon sport, je dois m’organiser pour pouvoir gérer les deux.

L'expérience internationale a également forgé son caractère. À l’origine, j’étais plutôt peu motivée à l’école, et je ne rentrais pas dans le moule. En France, on tend à uniformiser l’apprentissage alors qu’aux États-Unis, chaque personne est à son rythme. J’ai mieux réussi mes études là-bas. Cela m’a également permis d’acquérir une plus grande ouverture d’esprit : certaines choses sont difficilement mesurables, comme le niveau de vie d’un pays par exemple, et sans voyager, je ne m’en rendrais pas forcément compte. Voyager grâce au sport m’a également permis d’être trilingue, en français, en anglais et en italien. Néanmoins, elle garde un regard lucide sur cette existence singulière. Le sport m’a apporté tellement de choses que je ne saurais tout définir. Je vis ce quotidien depuis la 6ème. Bien que consciente de ma “chance”, il m’arrive parfois d’être déconnectée de la réalité et de banaliser mes expériences. À mon sens, nous sommes parfois dans une bulle, et c’est un point négatif.

Les défis de la professionnalisation et de la médiatisation

Le sport de haut niveau, particulièrement dans des disciplines comme l'eau libre, confronte les athlètes à des obstacles structurels persistants. La natation est un sport amateur. Il existe un obstacle financier de taille car les moyens disponibles sont plus limités pour l’eau libre que pour la natation en piscine. Nous ne sommes pas payé⸱es tous les mois pour nager. Il faut réussir à trouver des partenaires, à s’entourer des bonnes personnes. Ce n’est pas simple, surtout en tant que femme.

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À ces difficultés économiques s'ajoute un problème de visibilité. Le manque de médiatisation des athlètes est également un réel obstacle. Les médias couvrent moins cette discipline par rapport à une course en bassin. Comparée aux hommes, la couverture médiatique des femmes est inférieure. Même avec des résultats sportifs équivalents, voire supérieurs, elles ont moins de sponsors car elles restent moins visibles et donc dans l’incapacité de vendre un impact médiatique aux sponsors. Aussi incroyable que cela puisse paraître à notre époque, il existe encore certaines disciplines ayant fait prévaloir des critères sexistes pour les qualifications.

La gestion de ces obstacles demande une énergie considérable. Je ne dépasse pas l’obstacle médiatique mais j’essaye en démarchant moi-même les médias de temps en temps. Il est un peu malheureux d’avoir à joindre directement les journalistes. Mon père en a aussi contacté en août 2022 quand je suis arrivée première aux championnats d’Europe et que les médias ne s’intéressaient qu’au sort du premier français, arrivé quatrième de sa course. Il en est de même en mai 2023, quand je gagne une coupe du monde et que le principal quotidien sportif français ne mentionne même pas une ligne sur cette performance.

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