Le Figaro 5 : L'Odyssée d'un Voilier Conçu pour l'Aventure Accessible

L'histoire du Figaro 5 est intrinsèquement liée à un moment charnière pour la plaisance en France, marquant un tournant décisif dans la démocratisation de la voile. C'est en 1970 que débute "un amour brûlant" entre un grand quotidien français et le monde de la voile. À cette époque, L'Aurore, qui allait par la suite rejoindre Le Figaro, lançait sa mythique « Solitaire » avec l'appui éclairé de Jean-Michel Barrault. Cet engagement précoce du journal pour les défis maritimes a jeté les bases d'une relation durable et profonde avec le sport nautique, une relation qui allait bien au-delà de la simple couverture médiatique. Cinq ans plus tard, comme pour "mieux enfoncer le clou" et concrétiser cette passion, le journal inaugurait une nouvelle aventure, cette fois axée sur la construction amateur, avec le lancement du Figaro 5. Ce projet ambitieux visait à rendre la possession d'un voilier accessible à un public plus large, en offrant une alternative économique et participative aux modèles du marché.

La Philosophie d'un Architecte Visionnaire : Jean-Jacques Herbulot et l'Accessibilité Navale

Pour concrétiser cette vision novatrice, Le Figaro a fait appel à une figure emblématique de l'architecture navale française : Jean-Jacques Herbulot. Il lui a été demandé d'en signer les plans, une tâche qu'il a relevée avec la maîtrise et la philosophie qui le caractérisaient. Jean-Jacques Herbulot, en effet, s'est toujours voulu "le chantre de la plaisance accessible à tous". Cette appellation, loin d'être anecdotique, résume l'essence même de son œuvre et sa contribution majeure au monde de la voile. Son approche ne se limitait pas à la conception de bateaux performants ; elle visait avant tout à les rendre abordables, tant en termes de coût que de compétences requises pour leur construction et leur utilisation. Les principales séries issues de sa planche à dessin ont été proposées non seulement par des chantiers navals professionnels, mais également, de manière significative, avec des plans adaptés pour la construction amateur. Ce fut le cas, par exemple, du Vaurien, qui a initié des générations de marins, du Corsaire, un classique indémodable, puis, dans la continuité logique de cette philosophie, du Figaro 5. La contribution d'Herbulot à ce projet ne se résume pas à un simple dessin technique ; elle incarne une véritable démarche sociale, celle de permettre à chacun de toucher du doigt le rêve de posséder son propre voilier.

Le Figaro 5 : Un Projet Économique Révolutionnaire pour la Plaisance Amateur

L'été 1975 marqua le lancement officiel du Figaro 5. Le quotidien Le Figaro présentait alors dans ses pages ce "nouveau croiseur côtier", le définissant avec une promesse forte et engageante : "un croiseur pour moins de 9000 Francs". Cette annonce eut l'effet d'une déflagration dans le monde de la plaisance, où les coûts d'acquisition étaient souvent prohibitifs pour le grand public. L'engagement financier requis était d'environ "9000 Francs et quelques centaines d’heures d’ouvrage" pour ceux qui souhaitaient se lancer dans l'aventure de la construction. Ce tarif, considéré comme "imbattable" à l'époque de sa sortie, représentait une opportunité sans précédent. Il était, de manière concrète, "trois fois moins cher que le reste de la concurrence !", positionnant le Figaro 5 comme une option économique inégalée pour l'époque. Cette accessibilité financière était un pilier fondamental du projet, permettant à de nombreux passionnés de concrétiser leur désir d'être propriétaire d'un voilier sans hypothéquer leurs économies ni nécessiter des ressources financières considérables. La vision du journal et de l'architecte était claire : démocratiser la plaisance en rendant la construction et la possession d'un bateau non seulement possibles, mais aussi véritablement abordables.

Des Caractéristiques Techniques Pensées pour la Simplicité et le Plaisir de Navigation

Le Figaro 5, conçu par Jean-Jacques Herbulot, présente des caractéristiques techniques minutieusement étudiées pour optimiser l'expérience du constructeur amateur et du navigateur occasionnel. Sa conception repose sur une structure en contreplaqué, un matériau facile à travailler pour les particuliers et reconnu pour sa robustesse. La coque, caractérisée par ses "double bouchains", est décrite comme "courte mais élégante", offrant un compromis harmonieux entre esthétique et fonctionnalité. La largeur de la coque, ou "bau", mesurant "2.22 ms", est particulièrement généreuse pour un voilier de cette taille. Cette dimension contribue à une "bonne habitabilité" à l'intérieur, un atout non négligeable pour un croiseur côtier, et "laisse présager de belles qualités marines", garantissant une stabilité et un comportement en mer rassurants.

Avec une longueur de "5.10 ms", le Figaro 5 se positionne comme un voilier compact et maniable. Il est décrit comme étant "plus léger" que son successeur (le Figaro 6, qui était une évolution et non un prédécesseur comme l'indique la formulation initiale "Prédécesseur du Six" qui est une coquille car le 5 est antérieur au 6), une caractéristique essentielle qui se traduit par une grande facilité de transport. En effet, il "n’impose pas un véhicule puissant pour le tracter", ce qui élargit considérablement son accessibilité et sa polyvalence pour les propriétaires qui souhaitent le déplacer facilement entre différents plans d'eau ou le remiser.

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Le Figaro 5 est un "dériveur lesté", une conception qui combine les avantages d'une dérive mobile pour naviguer en eaux peu profondes et d'un lest fixe pour assurer la stabilité. Ce type de quille confère au bateau une polyvalence appréciable, permettant d'accéder à des mouillages autrement inatteignables pour des quillards fixes, tout en offrant une bonne tenue au vent. La simplicité de son gréement est un autre atout majeur : "Mâter ne nécessite pas d’être nombreux : une ou deux personnes suffiront amplement", rendant les mises à l'eau et les préparations à la navigation rapides et aisées, même pour un équipage réduit. Toutes ces caractéristiques convergent pour faire du Figaro 5 un voilier "idéal pour les sorties à la journée", parfait pour la plaisance conviviale, les explorations côtières et la découverte des joies de la voile sans la complexité des grands croiseurs.

Le Modèle de Construction Amateur : Une Expérience Pédagogique et Économique

La proposition du Figaro 5 ne se limitait pas à l'acquisition d'un bateau à un coût réduit ; elle offrait une véritable aventure, celle de le construire soi-même. Ce modèle de "construction amateur" était au cœur de l'initiative du Figaro et de Jean-Jacques Herbulot. Les "aspirants charpentiers" n'avaient qu'à commander "la liasse de plans au journal". Cette liasse était bien plus qu'un simple ensemble de schémas techniques. Elle "arrivait accompagnée d'une notice de construction très détaillée", un guide pas à pas conçu pour accompagner l'amateur à chaque étape du processus, depuis le débit du bois jusqu'à la pose du gréement. Cette approche pédagogique était essentielle pour garantir le succès des projets des constructeurs non professionnels.

En outre, pour alléger le fardeau financier des matériaux, la liasse de plans incluait "un lot de bons d'achat offrant une réduction sur les matériaux" essentiels à la construction. Ces réductions s'appliquaient à des éléments variés : "bois, peinture, lest, gréement, ou encore les voiles". Ce système ingénieux permettait de réduire davantage le coût total du projet, renforçant l'attrait économique du Figaro 5 et rendant l'aventure accessible à un public encore plus large.

Le concepteur, Jean-Jacques Herbulot, estimait "à environ 500 heures le temps nécessaire à la construction". Bien que représentant un engagement significatif, ce chiffre restait dans les limites du réalisable pour un individu motivé, souvent étalé sur plusieurs mois, voire années de travail bénévole. L'une des qualités les plus pratiques du Figaro 5 réside dans ses dimensions qui "permettent d'envisager la construction dans un garage". Cette capacité à être assemblé dans un espace domestique typique est un avantage considérable pour l'amateur, évitant la nécessité de louer des ateliers spécialisés et réduisant les contraintes logistiques. La construction d'un Figaro 5 devenait ainsi un projet familial ou personnel, enrichissant, où chaque heure passée contribuait non seulement à l'édification d'un voilier, mais aussi à l'acquisition de compétences et à la satisfaction de créer de ses propres mains.

L'Héritage Vivant et la Communauté des Bâtisseurs du Figaro 5

Des décennies après sa conception, le Figaro 5 continue de susciter un vif intérêt et d'animer une communauté de passionnés, témoignant de son statut intemporel. L'esprit de la construction amateur demeure vibrant, comme en témoignent les récits et les échanges entre amateurs. Par exemple, un membre d'une communauté en ligne, se présentant sous le pseudonyme "Chris 92" et âgé de 67 ans, basé à Marennes-Hiers-Brouage, exprime son engagement actuel : "Après la réalisation de mon Corsaire JOG, je suis actuellement en train d'ébaucher le plan de forme du voilier (FIGARO 5) et de rassembler le plus d'informations possibles." Cette déclaration illustre parfaitement la continuité de la tradition Herbulotienne, où l'on passe d'un projet de construction amateur à un autre, enrichissant ainsi son expérience et ses compétences.

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Chris 92 poursuit en soulignant l'aspect collaboratif de cette aventure : "J'ai l'intention de partager avec vous, comme pour ma précédente réalisation, les étapes de construction de ce nouveau modèle. Toutes informations seront les bienvenues !!! C'est de nouveau parti pour une nouvelle aventure que je partagerai avec grand plaisir avec vous !" Cette volonté de partage et d'échange est emblématique de la communauté qui s'est formée autour des œuvres de Jean-Jacques Herbulot. Des messages comme ceux de "Voltaire", "Misurarca", "KOALA-5", "Lodge", "guy07800" ou "wingeim", s'étalant sur plusieurs années et se répondant mutuellement ("Bonjour Misurarca", "Merci pour ton commentaire !", "Bonjour Fifi, merci de votre expérience !"), attestent de la persistance d'une dynamique d'entraide et de discussion. Ces échanges, qu'il s'agisse de conseils techniques, d'encouragements ou de partages d'expérience, forment un réseau précieux pour les constructeurs actuels et futurs, assurant la transmission des savoir-faire et la pérennité de l'esprit du Figaro 5. La vitalité de cette communauté confirme que le Figaro 5 n'est pas seulement un plan de bateau, mais un catalyseur d'aventures personnelles et collectives, un projet qui continue de fédérer et de motiver les amoureux de la voile et du travail manuel.

L'Évolution de la Lignée "Figaro" : Du Croiseur Familial aux Bêtes de Course Océanique

Alors que le Figaro 5 incarnait la vision d'une plaisance accessible et la construction amateur, le nom "Figaro" allait connaître une évolution spectaculaire dans le monde de la course au large, portée par l'héritage de l'engagement initial du journal dans la voile. Cette filiation, bien que distincte dans sa finalité et sa complexité technique, puise ses racines dans le même terreau de passion maritime.

Le Figaro Bénéteau 1 : L'Aube des Monotypes de Course

Lancé pour la Solitaire du Figaro 1990 par le chantier BENETEAU, associé au Groupe Finot, l’innovant Figaro Bénéteau 1 (FB1) a marqué un tournant. Ce voilier est rapidement devenu une référence dans la course au large en monotype, conçu spécifiquement pour le sport et la régate. Avec sa coque en polyester, sa quille fixe et ses 9m14 de longueur, il a offert des performances remarquables, "marquant les esprits quelles que soient les conditions de mer". Le FB1 fut également le "premier bateau avec ballasts de série", une innovation majeure qui permettait d'ajuster le lest en fonction de l'allure et des conditions, optimisant ainsi la vitesse et la stabilité. Ce monotype a joué un rôle crucial dans la carrière de "toute une génération de navigateurs" qui sont devenus des icônes de la voile française et internationale, parmi lesquels "Yves Parlier, Michel Desjoyeaux, Jean Le Cam, Philippe Poupon, Franck Cammas, Kito de Pavant", entre autres. Il "régale les amoureux de la course et répond avec panache à tous les défis des 1500 à 2000 milles du parcours de la Solitaire".

Le Figaro Bénéteau 2 : L'Optimisation des Performances

Successeur du FB1, le Figaro Bénéteau 2 (FB2) a fait son apparition en 2003, dessiné par l’équipe du cabinet Marc Lombard. Ce nouveau monotype a poussé les limites de la performance avec des innovations significatives. Avec "ses 10 mètres de long", il offrait une plateforme plus grande et plus rapide. L'introduction de "ses bi-safrans" (deux safrans) a amélioré le contrôle et la maniabilité, particulièrement sous spi et dans la brise. L'adoption d'un "mât en fibre de carbone de série" a permis un gain de poids considérable en hauteur, augmentant la raideur et la performance. Sa "carène plus large" a contribué à une meilleure stabilité de forme et une plus grande puissance sous voile. Le FB2 "cumule les performances pour offrir aux skippers une nouvelle expérience de course à la fois plus rapide et plus agile", consolidant ainsi la réputation de la classe Figaro comme un laboratoire d'excellence pour la course au large.

Le Figaro Bénéteau 3 : L'Ère des Foils

En prévision de la 50e édition de la Solitaire du Figaro en 2019, BENETEAU a dévoilé le Figaro Bénéteau 3 (FB3), un monotype résolument tourné vers l'avenir. Une caractéristique logistique notable fut la livraison simultanée de "90 Figaro 3 à autant de skippers impatients", garantissant que "chaque concurrent reçoive son bateau en même temps et qu’aucun ne soit désavantagé par rapport aux autres", un principe fondamental des courses en monotype. Le FB3 se distingue surtout par l'intégration de "foils", ces appendices profilés qui permettent au bateau de "voler" partiellement hors de l'eau, réduisant la traînée et augmentant considérablement la vitesse. Ces "véritables bêtes de course" représentent l'apogée de l'ingénierie nautique dans la série Figaro, offrant une expérience de navigation extrême et des duels sportifs d'une intensité inégalée.

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Les Compétitions emblématiques : Le Théâtre des exploits des Figaristes

Les voiliers de la lignée Figaro Bénéteau ne sont pas seulement des bateaux ; ce sont des instruments de compétition, le support de "régates hautement sportives" qui captivent l'attention du public et révèlent les talents des meilleurs marins.

La Solitaire du Figaro : Le Saint Graal de la Course au Large en Solitaire

"La Solitaire du Figaro est la plus célèbre" de ces épreuves, considérée comme l'un des championnats du monde officieux de la course au large en solitaire. Chaque été, "quelques dizaines des plus grands skippers se donnent rendez-vous" pour s'affronter "au large des côtes françaises". Le parcours, pouvant atteindre "jusqu’à 2000 milles nautiques", est exigeant et stratégique, emmenant parfois les concurrents "jusqu’en Espagne ou en Irlande". Cette course est un véritable révélateur, mettant à l'épreuve l'endurance, l'intelligence tactique et la capacité des marins à gérer leur bateau et leur sommeil dans des conditions souvent extrêmes.

La Transat Paprec (ex-Transat AG2R) : Un Défi Atlantique en Équipage

"L’autre grand rendez-vous attendu est la Transat Paprec", anciennement connue sous le nom de Transat AG2R. Cette course transatlantique se déroule "en équipage tous les deux ans", offrant un contraste avec la Solitaire en solitaire. Le parcours, de "3890 milles nautiques", relie "Concarneau" en Bretagne à "Saint-Barthélemy dans les Antilles", traversant l'océan Atlantique. Une telle distance "se parcourt généralement en un peu moins de 3 semaines de course", demandant aux équipages une cohésion parfaite, une gestion minutieuse du matériel et une stratégie de navigation infaillible pour affronter les alizés et les systèmes météorologiques complexes de l'Atlantique.

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