La natation est une activité qui attire un large éventail d'individus, chacun avec ses propres motivations, capacités et besoins. Que l'on soit un débutant cherchant à acquérir les bases, une personne souhaitant entretenir sa condition physique, ou un étudiant engagé dans un parcours d'éducation physique et sportive, les caractéristiques des apprenants et les exigences de la pratique natique varient considérablement. Comprendre ces spécificités est essentiel pour proposer un enseignement adapté et efficace, permettant à chacun de s'épanouir dans le milieu aquatique.
L'Apprentissage Initial : Sécurité, Fondamentaux et Dépassement de la Peur
Pour de nombreux adultes, l'entrée dans le monde de la natation commence par des cours spécifiques conçus pour répondre à des besoins primaires. Le cours de natation adulte débutant, par exemple, est une excellente option pour tous ceux qui souhaitent apprendre à nager ou améliorer leurs compétences de natation. Cet environnement bienveillant permet d'apprendre à son rythme et d'acquérir les fondamentaux nécessaires pour nager en toute sécurité. Il n’y a aucun pré-requis pour suivre ce cours, ce qui le rend accessible à tous, quel que soit le niveau de natation initial de la personne. On peut donc s'inscrire sans craindre d'avoir de lacunes, l'approche étant complètement adaptée aux besoins de chacun.
La première étape cruciale de ces cours consiste à apprendre les fondamentaux. Ces compétences élémentaires sont vitales pour permettre de nager en toute sécurité. Cette étape est très importante et sera entièrement adaptée aux besoins de l'apprenant. Elle couvre des aptitudes essentielles telles que s’allonger et flotter, la capacité à propulser son corps dans l'eau, l'initiation au plongeon, et bien plus encore. Une fois que ces fondamentaux sont acquis, l'étudiant est alors prêt à aborder les mouvements de base de la natation et leur technique. Il apprendra ainsi le crawl, la brasse, le dos crawlé et d'autres nages. L’instructeur, présent dans l’eau, guide l'étudiant dans chaque mouvement, fournissant des conseils et des astuces pour aider à perfectionner la technique. Grâce à la structure bienveillante des cours, les instructeurs s’adaptent aux besoins de chaque étudiant et l'apprentissage se fait à son propre rythme. Les compétences ainsi acquises permettront de nager en toute sécurité où que l’on se trouve.
Un obstacle majeur pour certains est la peur de l'eau, ou aquaphobie. Si l'on a peur de nager, il est important de savoir que l'on n'est pas seul face à cette appréhension. Les cours anti-aquaphobie sont spécifiquement conçus pour aider les adolescents et les adultes à vaincre leur peur de l’eau et à reprendre confiance avec le monde aquatique. En seulement 45 minutes par cours, dispensés en petit groupe et avec un coach présent dans l’eau, il est possible de surmonter cette peur d’être dans l’eau. Un programme d’apprentissage complet, structuré en 12 étapes, vise à donner les compétences et les techniques nécessaires pour apprendre à profiter pleinement des plaisirs de l’eau. Ces cours sont accessibles dès l’âge de 16 ans, offrant ainsi la chance de découvrir les avantages d’un corps détendu et en forme grâce à l’eau.
Outre l'apprentissage et la gestion de la peur, la natation est également reconnue pour ses bienfaits sur la santé. Le cours de natation adulte débutant convient aussi aux personnes qui cherchent à entretenir leur dos. En effet, la natation est une excellente activité pour renforcer les muscles du dos et améliorer la posture, contribuant ainsi au bien-être général.
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La Natation Scolaire et Sportive : Une Pluralité de Techniques et d'Objectifs
Au-delà de l'apprentissage initial, la natation se décline en différentes approches selon le contexte, notamment dans le cadre de l'Éducation Physique et Sportive (EPS) où les choix didactiques ont un impact significatif sur les caractéristiques des nageurs formés. Ce texte d’Alain Catteau, par exemple, a pour objet la détermination des objets d’étude en EPS, en natation, proposant d’emblée le plongeon de départ et le crawl. Il s'agit là d'un choix explicite et argumenté qui ne correspond sans doute pas aux pratiques majoritaires. Nos observations empiriques confirment que ce n’est pas le choix des collègues en général, ce qui soulève la question de l'alternative et de sa nature.
Quand on évoque la brasse dans le contexte scolaire, une question fondamentale se pose : de quelle brasse s’agit-il ? Ce que l’on enseigne de la brasse se réfère-t-il à la brasse nagée actuellement, en 2017, dans les épreuves sportives en fonction des règles actuelles ? Ou bien se réfère-t-on à la technique telle qu’historiquement et culturellement élaborée et construite sur plus d’un siècle ? Il est clair que sous une même dénomination, se cachent des réalités bien différentes. Dans le contexte sportif, la brasse est organisée pour rechercher la performance en fonction de contraintes réglementaires, elle a un caractère ondulatoire et suppose un haut degré de maîtrise. En revanche, dans un contexte de loisir, la brasse spontanément utilisée répond aux contraintes internes au sujet : se maintenir équilibré latéralement à la surface pour respirer et voir devant soi, et se pousser par l’action des jambes. Malheureusement, c’est plutôt cette dernière forme que l’on voit nagée par les élèves et, parfois, encouragée par les enseignants. Il y aurait donc une natation scolaire, intemporelle, celle-là même qui était enseignée par Beulque dans les années 1920 et qui continue de faire école, et qui serait sans relation aux productions culturelles de la natation sportive contemporaine.
R. Catteau identifie six niveaux de structuration fonctionnelle de l’action du nageur, significatifs du processus d’adaptation imposé par le passage d’une organisation terrienne acquise préalablement, que l'on nomme l’« être terrien », à une organisation aquatique, l’« être aquatique », à conquérir. Au niveau 1, le nageur entre dans l’eau par les pieds et conserve en permanence la tête hors de l’eau pour se situer dans l’espace et respirer. Il en résulte une obliquité de son corps le freinant considérablement dans son déplacement. Un grand nombre d’élèves relève de ce niveau, démontrant la difficulté initiale à abandonner les repères terrestres. L'apprentissage est pertinent lorsque le « corps flottant » est suffisamment construit. Les élèves, à ce stade, acceptent de se laisser flotter passivement en ne faisant rien dans l’eau pendant une dizaine de secondes, de se laisser équilibrer par l’eau, puis enfin choisissent une forme du corps leur permettant de s’orienter dans l’eau. La réussite de ces actions suppose l’appropriation par l’élève de contenus d’apprentissage relatifs aux propriétés du milieu fluide et de son corps immergé. L’intégration de l’ensemble de ces nouvelles propriétés conduit à un changement fondamental de représentation fonctionnelle de son corps dans l’eau, un changement qui est solidement appuyé sur les expériences vécues.
L'apprentissage du plongeon de départ est un enjeu pédagogique majeur, visant à construire la capacité à passer à travers l’eau avec un minimum de freinage et à édifier un véritable « corps projectile ». Le plongeon de départ représente une organisation posturale aquatique qui est prise sur terre, maintenue en l’air, puis dans l’eau après la pénétration. L’impulsion initiale prise au sol communique au corps une vitesse horizontale bien supérieure à celle de la nage elle-même, lui permettant d’entrer loin dans l’eau et selon une orientation favorable. Cette synergie prolonge loin vers l’avant sa trajectoire aquatique et permet de reprendre la nage à la surface avec un avantage cinétique. Lors du plongeon, le changement d’orientation du corps, en partant de la verticale, dépasse les 120 degrés pour permettre une entrée dans l’eau indolore et transformer efficacement l’énergie de chute en un déplacement horizontal. Cette modalité d’entrée dans l’eau rompt nettement avec le simple saut dans l’eau et libère le nageur de la nécessité du maintien d’une orientation verticale de son corps, ce qui est crucial pour la vitesse et l'efficacité. Fondamentalement, plonger c’est coordonner deux actions distinctes mais interconnectées : changer l’orientation de l’axe du corps en basculant, et communiquer au corps une grande vitesse. Les contenus d’apprentissage essentiels sont principalement de nature posturale : il s'agit de faire coïncider l’axe du corps et la trajectoire aérienne puis aquatique, de prendre une posture où la tête est sous les bras grâce à une hyperflexion du cou et une hyperextension des épaules. Il est également impératif de ne pas laisser cette posture se déformer au moment de la pénétration dans l’eau en tonifiant le corps, le rendant ainsi indéformable. Enfin, il s'agit de se servir non pas de la tête pour gouverner la trajectoire aquatique, mais des membres supérieurs pour orienter et stabiliser le mouvement.
Le crawl est souvent considéré comme l'objet d'étude privilégié en natation pour des raisons multiples. La technique humaine de nage ventrale avec mouvements alternés des bras et retour aérien vers l’avant de ceux-ci est ancienne et sans aucun doute plusieurs fois millénaire, comme en atteste le hiéroglyphe égyptien. Elle est bien antérieure à son utilisation dans les épreuves sportives datant du début du XXème siècle, époque à laquelle le terme anglais « crawl » a été adopté pour la nommer. L'histoire de la natation sportive montre que la technique du crawl va progressivement s’imposer dans les épreuves de nage libre. Par exemple, en 1902, Cavill gagne un 100 yards en utilisant le crawl, et en 1926, Ederlé traverse le Pas de Calais en crawl. Dès lors, le crawl est utilisé dans toutes les épreuves de nage libre, du 50m au 1500m. Elle est également adoptée dans les épreuves de longue distance en eau libre, ainsi que dans la partie nagée du triathlon, démontrant sa polyvalence et son efficacité. Non seulement le crawl est efficace, étant la nage la plus rapide quelle que soit la distance à franchir, mais il est aussi le plus efficient : pour une vitesse de déplacement déterminée, il présente le moindre coût énergétique. Ce n’est pas la nage qui utilise le plus de puissance, mais c’est elle qui gère au mieux l’utilisation des forces du nageur en relation avec les forces de freinage. Enfin, la locomotion humaine sur terre est la marche ou la course et non le saut, et le crawl, par sa structure alternée, se trouve dans la continuité de ces modes terrestres de locomotion. La construction de « l’être aquatique autonome et mobile », qui est essentiellement de nature posturale et perceptivo-motrice, doit se développer en prenant en considération l’ensemble des forces s’exerçant sur un corps mobile dans l’eau, ainsi que des contraintes informationnelles. Les choix pédagogiques énoncés, comme la priorité donnée au plongeon et au crawl, se comprennent dans un cadre didactique cohérent et des options didactiques exigeantes ne supportant aucun errement. Une pédagogie de l’action est requise, et la pédagogie du mouvement est incompatible avec ce cadre. Les mouvements et postures des élèves sont observés comme significatifs d’un niveau d’activité et d’adaptation, mais ce ne sont pas les mouvements que les élèves apprennent directement. Il s'agit plutôt d'un ensemble de propriétés du milieu et de leurs actions dans ce milieu, ce qui leur permet de générer des actions efficaces. C'est ainsi que « le “comment nager” s’efface progressivement derrière le “nager vite” ».
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Les Défis de la Natation Vitesse en Contexte Éducatif : Formation de "Nageurs Apnéistes"
La natation vitesse occupe une place importante dans les programmes d’EPS, mais Emmanuel Auvray (UFRSTAPS Caen, Université de Caen-Normandie) s’interroge sur les effets réels de cet enseignement. À partir de constats réalisés auprès d’étudiants en STAPS, il montre comment la recherche de performance sur de courtes distances peut conduire à la formation de « nageurs apnéistes », au détriment de la maîtrise respiratoire et de l’autonomie aquatique. Selon les programmes officiels d’éducation physique et sportive (EPS) en vigueur au collège et au lycée, les activités physiques et sportives (APS) aquatiques se déclinent entre le savoir nager, la natation vitesse, la natation de distance et le sauvetage aquatique. Ces pratiques contribuent au développement chez les élèves de savoir-faire, de connaissances et de compétences sociales et méthodologiques, leur permettant de se sauver, d’entretenir leur capital santé et d’évoluer en sécurité dans différents espaces aquatiques tels que les piscines, la mer, les lacs et les rivières.
Cependant, au regard de cette finalité, un questionnement persiste depuis plusieurs années sur ce que produit la natation vitesse en termes de savoir-faire. Elle suggère notamment que la natation vitesse contribue à la formation de nageurs « apnéistes », performants sur de courtes distances mais en difficulté dès qu’il s’agit de nager longtemps. Les constats réalisés auprès des étudiant·es de première année STAPS sont particulièrement éclairants à cet égard. Une proportion importante d’entre eux ne maîtrise pas, ou très imparfaitement, les éléments fondamentaux de la respiration aquatique dans les nages ventrales comme le crawl, la brasse, ou les nages hybrides. La majorité de ces étudiants rapporte avoir suivi, après l’apprentissage du savoir-nager, plusieurs cycles de natation vitesse au cours de leur scolarité. À l’inverse, la natation de distance reste marginale dans leur parcours, sauf pour les élèves issus d’une pratique en club, ce qui met en lumière un déséquilibre dans l'enseignement.
Sur le plan moteur, ces étudiant·es présentent fréquemment des profils de « baigneurs » ou de « nageurs apnéistes ». Leurs déplacements se caractérisent par la tête hors de l’eau ou en apnée sur de courtes distances, typiquement entre 10 et 25 mètres, et une incapacité manifeste à enchaîner plusieurs longueurs. Les éléments de la respiration aquatique sont insuffisamment stabilisés chez ces nageurs, se manifestant par une absence d’expiration continue, une inspiration mal synchronisée avec les phases propulsives, et une fréquence respiratoire inadaptée aux besoins énergétiques de l'effort. Ces limites entraînent une fatigue rapide, une dette d’oxygène précoce et une incapacité à maintenir un effort continu. Il n'est pas rare d'observer que les élèves interrompent fréquemment leur nage, contournent la difficulté en s’arrêtant au bord du bassin, voire en marchant sur les plages du bassin, une pratique qui peut s'installer dès le collège.
Au-delà des aspects techniques, ces constats interrogent profondément les représentations de l’acte de nager que se forgent les élèves. Beaucoup d’élèves semblent considérer qu’il faut « agir vite et en permanence » pour avancer, une représentation qui s'acquiert au détriment de la glisse, de l’économie de mouvement et de l’adaptation essentielle aux contraintes du milieu aquatique. Cette conception limite considérablement la construction d’une motricité efficiente et d’un sentiment durable de compétence dans l'eau. Ces difficultés trouvent en partie leur origine dans les choix curriculaires et certificatifs qui prévalent. La natation vitesse, inscrite dans le champ d’apprentissage n°1 (« produire une performance optimale, mesurable à une échéance donnée »), privilégie la performance chronométrique sur des distances courtes, allant de 25 à 50 mètres. Si une évolution vers la respiration aquatique est évoquée au collège, celle-ci reste peu stabilisée et, surtout, peu évaluée. Ainsi, des formes de nage très différentes, telles que l'apnée, la nage tête hors de l’eau ou la respiration structurée, peuvent être valorisées de manière équivalente, sans distinction suffisante. Cette logique favorise des stratégies d’apnée inspiratoire qui peuvent être efficaces à court terme pour réduire les résistances, mais qui sont peu pertinentes pour construire une compétence durable et une réelle autonomie aquatique.
Parallèlement, la natation de distance ou de durée, qui est pourtant essentielle pour construire une respiration efficace et un effort aérobie conséquent, est malheureusement peu programmée et peu choisie au lycée. À l’échelle nationale, par exemple, en 2022, 25 859 lycéens ont été évalués en natation vitesse, tandis que seulement 2 522 l'ont été en natation de durée. Elle est souvent perçue comme plus exigeante techniquement et réservée aux nageurs déjà expérimentés. Ce déséquilibre contribue à renforcer une représentation de la natation centrée sur la vitesse immédiate plutôt que sur l’efficacité et la durabilité de l’effort. Les pratiques de terrain et certaines propositions didactiques récentes accentuent cette tendance en valorisant l’apnée propulsive, parfois en référence aux nageurs experts sur des épreuves de sprint. Or, cette transposition pose question de manière sérieuse : les élèves ne disposent ni du niveau d’expertise ni des ressources adaptatives de ces nageurs d'élite, qui maîtrisent précisément les échanges respiratoires sur des distances plus longues, même en sprint. Au final, l’ensemble de ces éléments converge vers l’idée que la natation vitesse, telle qu’elle est actuellement enseignée, contribue de manière significative à la formation de nageurs apnéistes, ce qui se fait au détriment de la maîtrise des échanges ventilatoires, pourtant fondamentaux. Dans cette perspective, il apparaît nécessaire de réinterroger les choix didactiques et évaluatifs en accordant une place centrale à la respiration aquatique. Celle-ci constitue un organisateur fondamental de l’activité du nageur, conditionnant à la fois l’équilibre, la propulsion et la gestion de l’effort. Son enseignement explicite et sa prise en compte systématique dans l’évaluation apparaissent donc essentiels pour former des nageurs complets et autonomes.
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