Notre hors-série « 60 bateaux qui ont changé la voile », paru en juillet, permet de mesurer les progrès accomplis par l’industrie nautique en cinq décennies. Nous vous proposons ici une série reprenant quelques-uns de ces bateaux emblématiques, pour laquelle nous avons choisi six « best-sellers ». Nous ne nous attarderons pas sur tous les voiliers dont nous aurions voulu parler dans le hors-série dont sont extraits ces textes. En ne retenant que les indispensables, notre première liste atteignait presque 150 bateaux. En nous montrant plus exigeants, en excluant la voile légère, en nous concentrant sur les productions françaises, nous sommes arrivés à une liste plus étroite, une petite centaine de noms. Arrivé là, le compromis n’était plus possible, l’union éditoriale une chimère, la paix civile un vœu pieux. Alors, il nous a fallu trancher, faire des choix douloureux mais indispensables. Nous avons dû opérer un autre tri pour cette série web.
Le Django 770 : L'emblème du chantier Marée Haute
C’est le bateau qui a véritablement lancé le chantier finistérien Marée Haute - lequel, auparavant, était surtout connu pour son mini de série (le Dingo). Dessiné lui aussi par Pierre Rolland, et joliment construit en infusion sous vide, le Django 770 est issu du Django 750 produit par GL Composites. C’est un petit croiseur élégant, léger et raide à la toile, qui marche très fort dans toutes les conditions, même en version biquille. Après 12 ans de bons et loyaux services, la carène n’a pas beaucoup vieillit : dans la brise, elle est toujours capable aussi bien de planer à 13 ou 14 nœuds sous spi que de remonter avec aisance au louvoyage. Et on s’amuse toujours autant à la barre !
La version biquille, ici à l’échouage aux Glénan, marche très bien sous voiles y compris au louvoyage. Tout cela n’empêche pas de fréquenter les petits ports d’échouage : on se pose très facilement avec le biquille. Ce Django existe aussi en version quillard (quille fixe) ou avec une quille relevable pivotante. À l’intérieur, pas de fioritures, mais on a une belle vue sur la mer une fois assis dans le carré.
Depuis le lancement de la série en 2010, le succès ne s’est jamais démenti : en mars 2022, le numéro 96 était en construction et 104 bateaux avaient été vendus ! Lancé en 2010, le Django 770 est élu voilier de l'année un an après. Il se décline en 3 versions : quillard, biquille et quille relevable (tirant d’eau ramené à 0,90 m). C’est un bateau vraiment polyvalent qui peut échouer en permanence avec ses 1,20 m de tirant d’eau. Depuis son lancement, le design du Django 770 a évolué pour se doter d’une jupe de 30 cm de long, allongeant la longueur totale du bateau à 8 m. Si la carène est plus longue, le bateau conserve quasiment le même devis de poids, mais gagne en performance. Il plane plus vite et affiche des vitesses beaucoup plus rapides. A l’intérieur, le Django 770 offre un aménagement complet avec un double couchage à l’avant en version lit breton et un couchage double à l’arrière tribord. La table de carré s’abaisse pour apporter des couchages supplémentaires. Le Django 770 existe également en version cabinet de toilette clos dans le carré, avec douche et WC. Cet aménagement remplace alors la table à carte et permet de gagner un couchage en plus à tribord.
Marée Haute a lancé plus récemment une version Django 8S, avec une jupe (la longueur de la coque passe à 8,01 mètres au lieu de 7,70 mètres), un plan de voilure augmenté et une quille (fixe) plongeant à 2 mètres. Mené dans la dernière Transquadra par Patrick Morvan (vétéran de la course au large, 77 ans) et son compère Guillaume Pinta, ce 8S n’a pas brillé au classement faute de rating adapté mais les deux marins ont fait une traversée rapide et sereine. Les qualités marines de ce petit croiseur sont remarquables. La version 8S vient de faire la Transquadra, et côté grande croisière, on peut suivre l’étonnant voyage de L’Envol, un 770 parti de Concarneau fin 2013 pour un tour du monde, et sur un parcours plutôt ambitieux.
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Caractéristiques techniques du Django 770Longueur coque : 7,70 m ; Longueur flottaison : 7,70 m ; Largeur : 2,99 m ; Tirant d’eau : 1,60 m ; Déplacement lège : 1 900 kg ; Lest : 520 kg ; Matériau : sandwich verre-polyester mousse-PVC ; Surface de voile : 42 m2 ; Grand-voile : 23 m2 ; Génois : 19 m2 ; Architecte : Pierre Rolland ; Chantier : Marée Haute (depuis 2010).
Le Boréal 52 : La référence du voyage hauturier
Le Boréal 52 est une référence internationale pour les candidats aux hautes latitudes. Si l’on imagine un bateau de voyage, il ressemble à un Boréal. C’est-à-dire à un bateau très sûr, qui prend soin de son équipage. Le Boréal 52 est construit en aluminium, un matériau capable de se déformer pour absorber les chocs, c’est rassurant. Le cockpit met à l’abri son équipage derrière un dog-house qui se prolonge par une casquette. Ce dernier abrite la table à cartes, tient lieu de sas avant de descendre dans le carré et forme un poste de veille idéal, à l’abri des éléments mais à proximité immédiate du cockpit. Il n’y a qu’une barre à roue comme il n’y a qu’un seul safran parce qu’en navigation au long cours on sait qu’il ne faut pas trop s’exposer, et deux safrans ne sont pas protégés par la quille ou la dérive et risquent davantage les mauvaises rencontres. Mais ce safran reste assez profond pour contrôler le bateau car le Boréal se pose à plat sur une sorte de quillon protégeant la coque des fonds rugueux et dans lequel on a placé, outre le lest, les réservoirs contribuant à sa stabilité.
Le bateau est gréé en cotre, la trinquette étant une formidable voile de brise. À l’abri du rouf, pas de grands espaces chics mais un carré surélevé pour profiter de la vue et une cuisine en long très fonctionnelle. L’histoire de Boréal c’est d’abord celle de Jean-François Delvoye. Quand il revient d’un tour du monde en famille de six ans, dont deux dans les canaux de Patagonie, il a en tête le bateau de voyage idéal. Et comme il avait commencé par construire le sien, il s’attaque au dessin puis à la fabrication d’un premier Boréal 50 au milieu des années 2000. Et très vite son bateau suscite l’intérêt d’autres clients.
Le Mojito 888 : L'audace panoramique
Chez Idbmarine, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Au départ, cette coque est celle du Malango 888, valeureux plan Rolland que le chantier avait sorti en 2012 pour remplacer le Malango 870, autre plan Rolland qui avait lancé le chantier en 2005. Comme son prédécesseur, ce nouveau Malango arborait un rouf en sifflet discret et assez classique. Deux ans plus tard, en 2014, le constructeur Denis Bourbigot imagine pour ce modèle un rouf panoramique un peu inspiré des catas de croisière, mais arrondi sur l’avant, avec des flancs verticaux et un hublot offrant une vue sur 270 degrés. Le Malango devient Mojito.
Esthétiquement, ça n’a plus rien à voir. L’exemplaire présenté à la presse pour les salons d’automne est magnifiquement décoré, avec une coque ornée de citrons verts… Au départ, les deux versions étaient alors proposées : Malango 888 avec le rouf traditionnel, ou Mojito 888 avec le stupéfiant rouf panoramique. Aujourd’hui, vu le succès du Mojito, le Malango n’est plus au catalogue. Le chantier a construit au total une vingtaine de Malango et le double de Mojito. Comme tous les bateaux du chantier, ce 888 est léger et planant, construit en infusion, et doté d’une quille relevable pivotante. Des béquilles télescopiques sont prévues pour faciliter l’échouage. Développées en partenariat avec Kaïros (la société du skipper Roland Jourdain), les techniques utilisées pour la nouvelle version « Virgin » du Mojito 888 permettent de limiter l’impact environnemental de la construction. On remplace la fibre de verre par de la fibre de lin, la mousse PVC par de la mousse PET (pour les bordés en sandwich), et le feutre polyester par du liège (pour les fonds).
L'Amel 50 : Modernité et luxe marin
Toutes les voiles de l’Amel 50 sont sur enrouleur, ce qui permet d’adapter facilement la voilure. Le voilier réussit l’exploit d’être à la fois un Amel et un bateau très moderne. Un Amel, cela implique un cockpit central avec un poste de barre protégé sous un abri rigide. Des filières, rigides elles aussi. Des manœuvres faciles, toutes les voiles sont sur enrouleurs et ces derniers sont automatisés. Il y a aussi ce que l’on ne voit pas, comme une unique arrivée d’eau de mer au sein d’une cale technique abritée sous le cockpit. Mais ce bateau marque un changement important puisqu’il abandonne le gréement de ketch présent sur toutes les unités de la gamme depuis 1988. Il est aussi relativement plus large, plus volumineux et plus long à la flottaison que ces prédécesseurs : il marche donc mieux tout en offrant plus de confort.
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Sous le pont, les aménagements sont luxueux et le travail d’Isabelle Racoupeau a sûrement aidé l’Amel 50 à recevoir la distinction du European Yacht of the Year en catégorie Luxe lors de sa sortie. Ce qui est formidable, c’est que l’espace et le confort proposés sont ici conjugués avec des détails très marins et très malins comme le blocage des tiroirs en navigation ou la fenêtre permettant de voir l’hélice sous la coque dans la cabine arrière. Un bateau où chaque détail est l’aboutissement d’une réflexion, où chaque matériel installé a fait l’objet d’un test avant et après sa mise en place. Les voiliers Amel occupent une place à part dans l’industrie nautique. C’est vrai en France, où ils n’ont pas de concurrents directs. C’est vrai aussi si l’on regarde le marché international.
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