Lors de la conception d’un catamaran, chaque centimètre compte. Chaque forme et chaque composant a un impact direct sur la performance, le confort et la sécurité du navire. Dans le monde de la navigation moderne, les jupes arrière sont devenues des éléments distinctifs, à la croisée des chemins entre nécessité structurelle et confort de vie à bord. Cet article explore les enjeux liés à ces extensions, en analysant les choix des constructeurs comme Excess et les solutions artisanales proposées par des experts comme le chantier du Grand Val.
Le dilemme de la conception industrielle : Le cas des catamarans Excess
Les jupes arrière courtes des catamarans Excess ne sont pas le fruit du hasard. Sur nos Excess 11 et Excess 14, une décision cruciale a été prise : déplacer le mât vers l'avant du roof. Cette décision découle de plusieurs considérations, notamment d’avantages structurels, de réduction de poids, d’habitabilité dans le carré et d’amélioration des performances grâce à un plan de voilure augmenté. Suite à cette évolution, nos responsables produits se sont retrouvés face à un dilemme : figer les jupes arrière et raccourcir la nacelle, et donc l’aménagement ou avancer encore plus le mât pour conserver une nacelle spacieuse et des jupes longues mais en compromettant notre ratio d’1,5 de nacelle/longueur totale de carène.
Contrairement à l'option d'avancer le mât ou de réduire la longueur de la nacelle, nous avons choisi de mettre le mât à la place optimale, en reculant la nacelle, sans la réduire, pour améliorer l'ensemble de l'expérience de navigation. Si vous avez eu l'occasion de naviguer à bord d'un Excess, vous avez probablement remarqué la courte distance entre le poste de barre et la surface de l'eau. Cette configuration simplifie la manœuvre en offrant au barreur une vue dégagée sur la poupe du bateau, tout en facilitant également l'accès à bord.
L’idée d’augmenter la longueur des coques pour retrouver des jupes plus spacieuses est séduisante mais complexe. Cela augmenterait la taille globale du bateau, entraînant au passage une cascade de coûts et des contraintes supplémentaires pour l’utilisateur. En fait, cela reviendrait à créer un bateau plus grand, au mât artificiellement avancé. Face à ces contraintes, plusieurs pistes sont étudiées par la communauté du Lab, telles que les rallonges de jupe en polyester, semblables à celles utilisées sur les Excess 11 et 12, ou encore le développement de rallonges coulissantes ou télescopiques.
L’expertise artisanale : L’art de la jupe rapportée
Gaétan Ozenn, du chantier du Grand Val, s’est fait une spécialité de ces jupes rapportées qui changent la vie à bord et bonifient les performances. Les propriétaires de voiliers semblent en effet de plus en plus fréquemment tentés par la construction d’une jupe sur mesure. Il peut s’agir soit de rallonger celle existant à l’origine, soit carrément d’en construire une toute neuve.
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Le but de cette extension est quelquefois l’envie d’augmenter la longueur de flottaison pour obtenir de meilleures performances sous voiles. Mais une jupe, c’est aussi un gage de sécurité. Il suffit d’avoir eu à ramener un équipier tombé à l’eau pour se rendre pleinement compte de la justesse de cette affirmation. Associée à une bonne échelle télescopique, elle évitera le recours à des procédés parfois complexes de récupération d’homme à la mer comme l’utilisation de l’écoute de GV ou du tangon de spi.
Il y a aussi, bien sûr, le côté pratique de cette plateforme qui autorise bien du confort lors des croisières estivales. Périmètre ouvert à la baignade par excellence, les jupes sont aussi un lieu où il fait bon faire la vaisselle ou tout simplement rêvasser au mouillage les pieds dans l’eau. Et lorsque l’on navigue avec des enfants, les transports en annexe sont largement facilités. Vous l’aurez compris, un voilier équipé d’une jupe offre bien des avantages et ce n’est sûrement pas un hasard si les nouvelles unités en sont largement pourvues.
Méthodologies de construction et intégration structurelle
Il existe deux grandes approches pour l'ajout d'une jupe : celle que l’on peut rapporter par boulonnage, comme dans le cadre du refit de Diaphani, ou bien celle totalement intégrée et stratifiée sur la coque existante. Dans le premier cas, le mode opératoire est plus simple car il ne nécessite pas de collage. On utilise de la résine polyester associée à de la fibre de verre pour réaliser la stratification, l'ensemble étant étanchéifié par un joint en silicone.
Pour le second procédé, on applique la fibre avec cette fois-ci une résine époxy pour garantir un collage total et de qualité avec la structure du voilier. Mais dans les deux cas, il faudra s’assurer, en fonction de la forme arrière de la carène, que la jupe à venir est parfaitement compatible avec cette dernière. Pour ce faire, il est indispensable de créer un moule à partir de plusieurs pièces de bois souple, généralement du contreplaqué ou de l’Isorel de 3 mm d’épaisseur au maximum. La construction du moule, constitué de plusieurs panneaux de contreplaqué ou de bois souple, doit permettre d’épouser au mieux la forme de la carène.
Pour garantir la forme arrondie de la jupe à venir, des sangles à cliquet sont nécessaires pour éviter tout décalage. De la matière est injectée entre les plaques de bois pour garder une surface parfaitement plane. Des mesures précises de la poupe permettent de s’assurer que la jupe à venir pourra se rapporter à l’arrière du voilier. Parfois, la forme trop originale de la carène ne permet pas l’ajout d’une jupe, bien que ce type de cas reste marginal. Une fois le moule façonné avec précision, il est enduit de plusieurs couches de cire, car il a vocation à être retiré une fois l’ensemble solidifié.
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