La canneberge et son rôle dans la santé urinaire : analyse des connaissances actuelles

La canneberge (Vaccinium macrocarpon), également appelée cranberry, est une plante de la famille des airelles qui pousse essentiellement dans les tourbières et les montagnes d’Amérique du Nord. Autrefois cantonnée en Amérique du Nord, elle est désormais populaire en Europe comme aliment et comme produit de phytothérapie destiné à prévenir les infections urinaires. Les troubles urinaires sont fréquents, en particulier en été si on ne s’hydrate pas suffisamment. Des produits vendus sans ordonnance, dont beaucoup sont à base de canneberge ("cranberry" en anglais), permettent de les éviter ou de les soulager.

Anatomie, physiologie et mécanismes de l'infection urinaire

L’infection urinaire est une maladie fréquente qui peut toucher hommes et femmes à tout âge. Même si en général, il s’agit d’une infection bénigne, elle peut engendrer des complications plus ou moins graves. Parlons un peu du système urinaire. L’infection urinaire se traduit par la contamination de l’un de ces éléments par des germes pathogènes. Le plus souvent, il s’agit d’une infection ascendante. L’agent responsable s’introduit au niveau de l’orifice urinaire et migre vers les voies urinaires pour gagner les organes situés plus haut.

Chez les femmes, c’est la cystite qui est la plus fréquente. Pour des raisons anatomiques, les femmes sont les plus touchées par l’infection urinaire. La longueur courte de l’urètre féminin et la proximité entre le méat urinaire et l’anus facilitent la contamination par les microbes des voies urinaires. L’infection urinaire est plus rare chez l’homme. Cependant, elle prend souvent une forme plus sévère par rapport à celle retrouvée chez la femme. Envies fréquentes et urgentes d’aller aux toilettes, brûlures souvent très douloureuses en urinant… ces symptômes typiques de la cystite sont dus le plus souvent à Escherichia coli, une bactérie présente dans le tube digestif. Certaines situations sont propices : grossesse, variations hormonales de la ménopause ou encore cures répétées d’antibiotiques qui perturbent la flore locale.

Les composés actifs de la canneberge (PAC A)

Également appelé canneberge ou airelle, le cranberry est une plante de la famille des éricacées. Ses fruits ont l’aspect de petites baies de couleur rouge très ressemblante à la myrtille, avec un goût à la fois amer et acidulé. Les substances actives du fruit qui agissent en diminuant l’adhésion des bactéries sur les parois des voies urinaires s'appellent les proanthocyanidines de type A (ou PAC A).

Les études expérimentales montrent en effet que les produits à base de canneberge (jus, nectars de jus ou extraits) ou les urines de personnes ayant consommé ces produits inhibent l’adhésion de certaines bactéries E. coli aux cellules des voies épithéliales. Cette action est reconnue pour une dose d’au moins 36 mg de PAC A par jour. Il faut donc s’assurer que le produit sélectionné contient bien cette quantité d’actifs. Les antioxydants de la canneberge empêchent la fixation des bactéries d’origine digestive dans le système urinaire. Si les bactéries ne peuvent pas adhérer aux cellules, elles ne pourront pas se développer et provoquer une infection.

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Évaluation scientifique et avis des autorités de santé

En 2012, les autorités de santé européennes (EFSA, European Food Safety Authority et la Commission européenne) se sont prononcées sur certaines allégations santé des produits contenant de la canneberge ou des extraits de canneberge. Dans un avis de mars 2011, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (aujourd’hui Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, ANSES) a émis l’avis suivant : « Les données expérimentales obtenues in vitro montrent que les proanthocyanidines présentes dans la canneberge ont un effet inhibiteur sur l'adhésion de certaines bactéries responsables d'infections urinaires (E. coli) aux cellules épithéliales urinaires. Cependant, les données cliniques, disponibles à ce jour, ne permettent pas de conclure que la consommation de canneberge ait un effet préventif sur les infections urinaires. Une telle allégation serait abusive au regard des connaissances actuelles. »

En 2003, l'Afssa a ainsi considéré comme acceptable l'allégation « contribue à diminuer la fixation de certaines bactéries E. coli sur les parois des voies urinaires ». Dans ce contexte, l'Agence s'est auto-saisie le 15 septembre 2010 afin d'actualiser ses travaux, notamment pour déterminer si de nouvelles études permettent de préciser l'effet de la consommation de canneberge sur la prévention des infections urinaires. Dans le nouvel avis qu'elle rend aujourd'hui, l'Anses a passé en revue 10 études parues depuis ses avis précédents. L'Anses note que les essais cliniques évaluant l'effet de la consommation de canneberge présentent souvent des lacunes méthodologiques, en particulier des effectifs de sujets limités et/ou l'absence de placebo. Une partie des études disponibles ne montre pas d'effet de la consommation de canneberge sur la récurrence des infections urinaires ou ne conclue pas par manque de données.

Usage thérapeutique et profils cliniques

Des études cliniques contre placebo ont suggéré que la canneberge contribuait à prévenir les infections urinaires chez la femme adulte. Cet effet n’a pas été confirmé chez les personnes âgées. Depuis plusieurs années, les produits à base de cranberry - ou canneberge en français (Vaccinium macrocarpon) - se multiplient pour prévenir la cystite ou enrayer une infection urinaire débutante. La canneberge apparaît d’ailleurs dans les traitements recommandés aux femmes qui souffrent d’au moins quatre épisodes de cystite dans l’année.

Le fruit contient des flavonoïdes qu’on appelle également vitamine P. Ces derniers possèdent une puissante propriété anti-inflammatoire, immunostimulante et antioxydante. Il faut noter que le cranberry est efficace contre la prolifération des bactéries dans les voies urinaires et les récidives. Il convient dans ce cas de prendre le fruit en guise de prévention. Les médecins recommandent un verre au quotidien. Si une infection urinaire est confirmée, il faudra associer le cranberry à un traitement antibiotique. Il convient de consulter un médecin qui prescrira les médicaments nécessaires. Notez qu’une infection des voies urinaires peut engendrer de graves complications si elle atteint un organe important tels les reins.

Autres vertus potentielles : Helicobacter pylori et santé bucco-dentaire

Plusieurs études contre placebo semblent indiquer que la canneberge peut contribuer à l’élimination d’Helicobacter pylori, un germe responsable des ulcères gastriques et duodénaux, en complément des antibiotiques et des antiulcéreux prescrits dans cette indication. Comme pour les infections urinaires, la présence de proanthocyanidines de type A empêche la bactérie H. pylori de se fixer à la paroi de l’estomac. Plusieurs études ont constaté que la consommation de canneberges avait réduit ou encore inhibé (freiné) la croissance de cette bactérie.

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Les proanthocyanidines présentes dans les canneberges pourraient aussi être bénéfiques pour la santé bucco-dentaire en réduisant l’acidité buccale. Selon différentes études, les proanthocyanidines pourraient protéger les dents contre un groupe de bactéries responsables des caries. Les canneberges pourraient également prévenir certaines maladies des gencives. Aucune preuve concluante ne vient confirmer d’éventuels effets positifs de la canneberge dans le traitement des affections de la bouche, ni dans le contrôle du taux de cholestérol dans le sang ou la prévention des maladies cardiovasculaires.

Profil nutritionnel et composition

Les canneberges, ce sont ces petits fruits rouges qui embellissent nos champs du Québec à l’automne. On rapporte souvent plusieurs avantages reliés à la consommation de ces baies rouges et leurs rôles vont bien au-delà de la prévention des infections urinaires. Les canneberges, comme beaucoup de petits fruits, sont riches en fibres. Une portion d’une tasse (100 g) de canneberges renferme 4 à 5 g de fibres insolubles. Les fibres solubles absorbent l’eau au côlon et peuvent aider à gérer les diarrhées et les selles molles en plus de réduire le cholestérol sanguin. De leur côté, les fibres insolubles, bien hydratées, augmentent le volume des selles et accélèrent leur passage.

Les canneberges renferment aussi une quantité appréciable de vitamine E. Les canneberges sont riches en quercétine, en myricétine, en acide phénolique, en anthocyanes et proanthocyanidines, tous des antioxydants. Jouant un rôle clé sur la santé globale, l’inflammation semble être impliquée dans plusieurs maladies chroniques comme l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, certains cancers en plus de l’arthrite et l’arthrose. Les antioxydants sont des molécules qui « protègent » les cellules du corps contre les dommages liés aux radicaux libres.

Formes de consommation et précautions d'usage

La canneberge se présente sous de très nombreuses formes : fruits frais (pour la confection de plats cuisinés ou de sauce), fruits séchés, boissons à base de concentré contenant au moins 25 % de jus de canneberge, ainsi que gélules ou dosettes d’extraits secs. Étant donné leur niveau très faible en sucre, on reconnaît aux canneberges une certaine amertume. Les produits transformés favorisent ainsi son intégration plus naturellement, mais il faut bien surveiller les quantités de sucre ajouté ou simplement, réduire la portion consommée afin de maintenir un apport en glucides adéquat.

Un surdosage en canneberge peut provoquer des effets indésirables intestinaux (diarrhée, ballonnements, crampes, etc.). Les personnes qui prennent des anticoagulants (fluidifiants du sang) devraient s’abstener de consommer de grandes quantités de canneberge. L’innocuité des compléments alimentaires à base d'extraits de canneberge n'a pas été formellement prouvée lors de la grossesse et de l'allaitement. Calcul urinaire : la canneberge contient une forte concentration en calcium et en oxalate. Il peut aggraver le cas d’une lithiase urinaire. Les calculs rénaux, ou encore pierres aux reins, se forment lorsque certains minéraux dans les urines atteignent des concentrations élevées.

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