Équiper un Kayak pour la Navigation en Mer avec une Petite Voile : Optimisation, Simplicité et Performance

La perspective d'utiliser la voile comme propulsion d'appoint sur un kayak en mer, notamment sur des trajets de longue distance comme ceux entre les îles Ioniennes en Grèce, est une idée séduisante pour tout pagayeur désireux de réduire la fatigue. Pour un kayak double tel que l'Aquarius Explorer 565, mesurant 565 cm de long et 70 cm de large, conçu en diolen/kevlar, l'adaptation à la voile requiert des choix réfléchis. L'objectif principal est souvent une propulsion d'appoint pour diminuer la fatigue sur de longues distances et non un moyen de battre des records de vitesse. Cette approche privilégie la simplicité et l'efficacité aux allures portantes, tout en considérant les possibilités d'une navigation plus polyvalente.

Principes Fondamentaux de la Propulsion par Voile en Kayak

L'intégration d'une voile à un kayak, qu'il soit un monoplace ou un biplace, apporte une dimension nouvelle et passionnante à la navigation. L'aide d'une voile peut s'avérer précieuse lors des traversées ou sur de longs parcours, et elle peut même aider au remorquage. Contrairement à certaines idées reçues, la voile a plutôt tendance à stabiliser le kayak. Très efficace par vent arrière et au portant, elle s'utilise aussi pour remonter au vent, bien que cela nécessite des équipements spécifiques et des compromis. Une remarque importante à prendre en compte est que lorsque la voile est trop proche du pagayeur, il est difficile, voire impossible, de pagayer en même temps. Il faut choisir entre l'un ou l'autre mode de propulsion, ce qui peut être géré plus facilement en solo qu'à deux. Par ailleurs, il a été noté qu'un kayak fonctionne souvent mieux à voile lorsqu'il est chargé, ce qui est souvent le cas lors de raids ou d'expéditions.

Choix et Positionnement du Mât et de la Voile

La configuration du mât et de la voile est au cœur de l'adaptation d'un kayak à la propulsion éolienne. Le choix entre un seul mât ou deux est une question pertinente, surtout quand on observe des modèles comme le Belouga 2, à peine 25 cm plus long que l'Aquarius Explorer 565, qui en utilise deux. Cependant, pour une voile d'appoint, il n'y a pas besoin d'une grande surface, et un seul mât suffira amplement, ce qui permet d'encombrer le kayak le moins possible et de préserver la simplicité.

Le positionnement du mât est également crucial. Il peut être placé au milieu du bateau entre les deux pagayeurs, ou devant le pagayeur de tête. Ce choix influencera directement la position de la poussée vélique par rapport au centre de gravité du bateau et au positionnement des dérives éventuelles. Un positionnement central (mât et dérives) paraît souvent plus simple à mettre en œuvre. Néanmoins, un positionnement à l'avant n'est pas impossible et correspond parfois mieux à l'équilibre d'un voilier.

Concernant le type de voile, plusieurs options existent. Il peut s'agir d'une voile d'avant (foc, génois, spinnaker), éventuellement équilibrée par une voile arrière. Une autre option est une seule voile, comme celle qui s'apparente à un mélange de "voile latine/pince de crabe", fonctionnant souvent mieux à l'avant. Des exemples concrets de surfaces de voile varient, allant d'une petite voile de 0,45 m² derrière l'hiloire d'un monoplace, à des surfaces d'environ 1 m² ou 1,3 m² pour des gréements plus modestes, et jusqu'à 5 m² pour des kayaks biplaces comme le Klepper Aerius. Un fabricant français de kayaks de mer commercialise d'ailleurs une version dite « voile à corne ».

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Pour ceux qui envisagent une approche plus artisanale, la conception du mât et sa fixation peuvent être réalisées avec des matériaux étonnamment simples et efficaces. Certains utilisateurs ont construit leurs mâts à partir d'un bâton de ski ou d'un pied de canne à pêche. La fixation du mât doit être robuste ; par exemple, avec deux haubans et un étai, le pied de mât reposant sur la trappe avant. D'autres ont opté pour un pied de mât ajusté « au poil » s'enfonçant dans un puits arrière, complété par un petit haubannage (quatre haubans plutôt que deux) pour limiter la force sur le puits. L'avantage de ces systèmes est qu'il est souvent possible de mettre et d'enlever la voile très rapidement, parfois en moins de dix secondes, sans même bouger de son siège. Il est important de vérifier que le mât est suffisamment solide pour les conditions de vent envisagées. Des groupes d'enthousiastes ont même réussi à obtenir des ensembles complets mât/voile pour des sommes modiques, témoignant de l'accessibilité de ces adaptations.

Systèmes de Dérives pour le Kayak à Voile

Les dérives sont un composant essentiel pour optimiser la navigation à la voile d'un kayak, en particulier pour les allures autres que le vent arrière. Le rôle principal de la dérive est d'empêcher le kayak de dériver latéralement sous l'effet du vent, permettant ainsi de maintenir un cap et de remonter vers le vent.

Plusieurs types de dérives sont envisageables. La dérive sabre, à l'image de celles utilisées sur les Belouga, est une option plébiscitée pour sa simplicité et son efficacité. La question de savoir si une seule dérive sabre suffit pour un kayak de 565 cm, ou s'il faut en avoir deux comme sur le Belouga 2, est pertinente. D'autres options incluent la dérive pivotante ou les dérives latérales, comme celles que l'on trouve sur les kayaks démontables Klepper. Pour ne pas compliquer les choses au niveau de l'adaptation du bateau, les dérives latérales sont souvent considérées comme les plus simples à installer. Il est même possible d'envisager de ne placer que celle sous le vent, mais cela implique de pouvoir la positionner bâbord ou tribord selon la navigation.

La nécessité d'une dérive dépend directement des allures visées. S'il s'agit d'utiliser la voile uniquement au portant (vent arrière ou grand largue), on peut se passer de dérive et n'utiliser que le gouvernail, car le kayak dérape alors très peu. Cependant, si l'on souhaite naviguer au travers (vent de travers) ou, a fortiori, remonter au vent, la dérive devient indispensable. Le gouvernail, quant à lui, reste important pour la direction, notamment aux allures portantes.

Pour une configuration simple, une proposition pourrait être un mât à l'avant avec une voile d'avant de type génois, sans dérives, mais avec un gouvernail, si l'utilisation se limite aux allures portantes. Si l'on souhaite naviguer du vent arrière au vent de travers, il est conseillé d'ajouter des dérives latérales, toujours à l'avant.

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Naviguer Contre le Vent : Les Défis et Compromis

La capacité d'un kayak à remonter au vent est une question complexe et pleine de compromis. Un kayak, même équipé d'une voile, ne prend pas vraiment toutes les aptitudes d'un dériveur classique. Il est réaliste d'espérer "remonter un peu au vent" au mieux. Pour ce faire, un gréement "équilibré" est nécessaire, combinant souvent une voile d'avant avec une voile arrière (type marconi ou houari), associée à des dérives latérales et un gouvernail.

Cependant, cette ambition implique des défis significatifs. Il faudra suffisamment de puissance de voile, d'autant plus qu'en raid, le kayak est généralement chargé, ce qui n'est pas le cas dans les vidéos où l'on voit des kayaks à voile naviguer à toutes les allures avec vivacité. La principale difficulté réside dans la gestion de la stabilité. Accroître la puissance de voile complique grandement la stabilité du bateau, rendant difficile un rappel efficace pour contrer la gîte. C'est pourquoi de nombreux "kayakistes à voile" ajoutent des stabilisateurs latéraux, également appelés flotteurs ou balanciers. Ces dispositifs augmentent considérablement le volume et le poids emportés, ainsi que la traînée dans l'eau, ce qui n'est pas un avantage lors de la navigation à la pagaie.

Il y a donc un choix fondamental à faire entre la simplicité d'une utilisation occasionnelle de la voile aux allures portantes et la complexité d'une navigation plus polyvalente incluant la remontée au vent. Le premier choix privilégie la légèreté, la facilité de transport et la rapidité de mise en œuvre, tandis que le second ouvre de nouvelles possibilités de navigation au prix d'un équipement plus lourd et plus encombrant.

Considérations sur le Choix et l'Aménagement du Kayak

Au-delà des aspects techniques de la voile, le type de kayak et son aménagement ont un impact majeur sur l'expérience de navigation. Pour un pagayeur seul, l'utilisation d'un kayak double pose des questions d'énergie et d'équilibrage. Un kayak double sera plus économique en énergie pour deux personnes que deux monoplaces. Inversement, pour une personne, un kayak monoplace sera plus économique en énergie qu'un double. Naviguer seul dans un kayak double nécessite plus d'énergie pour le faire avancer en raison de son poids et de sa prise au vent accrue. De plus, la position dans un kayak double, nécessairement à l'arrière sur un modèle à deux hiloires, peut créer des problèmes d'équilibrage, obligeant à charger l'avant pour naviguer correctement.

Une alternative intéressante pour le pagayeur solo souhaitant utiliser une voile est un biplace modulable ou un modèle avec un seul hiloire. Par exemple, un kayak comme le Wayland Amazon II Expedition (530 cm x 90 cm), qui est démontable et peut être utilisé en solo tout en permettant au pagayeur de se positionner plus au centre, peut offrir une solution à ces problèmes d'équilibrage.

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Pour la navigation en mer, il est impératif de se conformer à la réglementation locale. En France, les kayaks autorisés à naviguer en mer le long de la côte sont soumis à des règles spécifiques, notamment une limitation à 5 milles marins maximum. Les exigences pour l'homologation sont assez simples : le kayak ne doit pas couler après une heure d'immersion totale, et les fuites éventuelles des trappes de visite doivent être gérées. Certaines autorités peuvent exiger de faire le test d'immersion. Il n'existe d'ailleurs qu'un seul canoë homologué mer dans le cadre de certaines réglementations. Ces aspects administratifs sont cruciaux pour une navigation sereine, et il est conseillé de se renseigner auprès des affaires maritimes, surtout pour les bateaux étrangers.

Configurations Avancées et Alternatives à la Voile Unique

L'exploration de configurations de voile plus complexes ou alternatives permet d'élargir les capacités de navigation d'un kayak. L'une des options est le trimaran, qui implique l'ajout de deux flotteurs latéraux au kayak. Ces flotteurs peuvent être réalisés à partir de matériaux recyclés, comme des demi-planches à voile, et sont fixés à la coque du canoë. Cette configuration améliore considérablement la stabilité et permet d'adopter des surfaces de voile plus importantes. Les gouvernails peuvent être placés sur les flotteurs ou sur la coque centrale, et des dérives fixes sur les flotteurs ou des dérives "à guillotine" sur le côté du canoë peuvent être installées.

Une autre configuration est le prao, ou pirogue à balancier, qui utilise un seul flotteur. Un prao se doit idéalement d'être amphidrome, c'est-à-dire capable de naviguer dans les deux sens sans avoir à virer de bord. Cependant, un kayak n'est généralement pas amphidrome. Le prao peut être amphidrome ou monodrome, avec son flotteur alternativement au vent (windward) ou sous le vent (leeward). Les praos du Pacifique ont traditionnellement leur flotteur au vent, agissant comme un contrepoids pour stabiliser l'embarcation, tandis que les praos dits "atlantiques" ont le leur sous le vent, se comportant alors plus comme un trimaran. Le fait de se positionner du même côté que le flotteur au vent peut créer un moment de redressement important. L'ajout d'une trampoline est également un plus pour le rappel, et en cas de difficulté, on peut toujours choquer l'écoute.

Pour ceux qui cherchent des solutions pour des vents forts, la traction d'un mât avant ou d'un cerf-volant ("kite sailing") est parfois envisagée. Des projets plus expérimentaux existent également, comme la création d'un "side-boat" en raccordant un kayak à un canoë avec des bras de liaison en aluminium, et en plaçant une dérive à guillotine entre les deux coques, avec un mât et une voile de planche à voile.

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