L'Art et la Pratique de la Construction de Canoës et Kayaks en Contreplaqué

Introduction : L'Appel de la Construction Navale Amateur en Contreplaqué

L'engouement pour la construction d'embarcations de plaisance personnelles, telles que les canoës et les kayaks, trouve un terrain fertile dans l'utilisation du contreplaqué. Ce matériau polyvalent et ses techniques de mise en œuvre offrent aux amateurs l'opportunité de concrétiser le rêve de naviguer sur une embarcation façonnée de leurs propres mains. Que ce soit par désir d'économiser, par plaisir du travail manuel ou pour obtenir une embarcation parfaitement adaptée à des besoins spécifiques, la construction en contreplaqué séduit un public varié. La recherche de plans, l'apprentissage des techniques et la découverte des propriétés du matériau constituent les premières étapes de cette aventure fascinante, où la satisfaction de réaliser soi-même est souvent le moteur principal.

La Quête des Plans : Premier Pas vers la Réalisation

Pour quiconque envisage de se lancer dans l'édification d'un canoë ou d'un kayak en contreplaqué, la première démarche cruciale réside dans la recherche de plans adaptés. De nombreux passionnés, à l'instar d'un collègue cherchant des plans pour se construire un kayak en contreplaqué, se mettent en quête de ressources fiables et détaillées. Si la question de l'existence de plans gratuits se pose fréquemment, la qualité et la précision des informations demeurent primordiales pour garantir le succès de la construction. Des sites spécialisés peuvent constituer une source précieuse, offrant des schémas, des instructions et des conseils techniques indispensables. L'exemple des modèles proposés par Arwen Marine, tels que le Skerry ou le Doris 12, est souvent cité, soulignant l'existence de kits de construction fournissant des pièces de qualité irréprochable et des conseils avisés. Ces ressources facilitent grandement le processus, notamment pour les novices, en minimisant les risques d'erreurs et en assurant une base solide pour le projet.

La disponibilité de plans en différentes langues est également un facteur à considérer. Certains plans très appréciés, comme le plywood canoe Prospector 16', peuvent être initialement proposés en anglais. Pour les constructeurs ne maîtrisant pas cette langue, la recherche de versions traduites en français ou l'aide d'une personne bilingue devient essentielle afin d'éviter toute incompréhension qui pourrait mener à des résultats inattendus, comme la construction d'une embarcation plus proche d'un "yacht du centre de la Mongolie que d'un canoë". Cette étape de recherche et de sélection des plans est fondamentale pour bien démarrer le projet et s'assurer que l'embarcation finale correspondra aux attentes tant en termes de forme que de fonctionnalité.

Le Contreplaqué : Un Matériau de Choix pour les Embarcations Légères

Le contreplaqué s'impose comme un matériau de prédilection dans la construction navale amateur, notamment pour les canoës et kayaks, grâce à ses propriétés remarquables. Contrairement aux panneaux en bois massif, le contreplaqué est un matériau léger. Cette légèreté est obtenue par sa composition : il est constitué de plusieurs couches de placage collées entre elles. Ce processus lui confère une résistance remarquable, renforcée par le croisement de ses fibres. Sa résistance mécanique le rend idéal pour les structures, les constructions et, par extension, les coques d'embarcations.

Plusieurs types de contreplaqué sont couramment utilisés, chacun avec ses spécificités. Le contreplaqué de chêne, par exemple, est léger et résistant, et peut être découpé sur mesure avec des dimensions correspondant aux besoins du projet, y compris des formes singulières, arrondies, ou inédites. Cependant, pour un usage marin, le contreplaqué marine, souvent en okoumé, est privilégié en raison de sa résistance à l'humidité et de sa durabilité. Des épaisseurs de 3 mm ou 6 mm marine okoumé sont courantes pour les coques, le 3 mm étant plus facile à travailler pour la technique du cousu-collé et moins lourd. Le contreplaqué aviation, souvent en bouleau, est également mentionné pour son excellente qualité, bien qu'il soit considérablement plus cher. Une option plus économique est le contreplaqué extérieur (CTP extérieur) de 5 à 6 mm, mais il requiert une stratification impérative pour compenser sa moindre robustesse due à un nombre de plis inférieur à celui du contreplaqué marine. Il est crucial de noter la distinction entre le contreplaqué marine, conçu pour des environnements humides, et les panneaux de contreplaqué plaqués. Ces derniers, disponibles avec des revêtements authentiques comme le chêne, le noyer, le frêne, le chêne fumé, le teck, l'érable, l'acajou ou le hêtre, sont généralement constitués d'un support en MDF (panneau de fibres à densité moyenne). Ils sont principalement destinés à l'aménagement intérieur et à la fabrication de mobilier, offrant une finition esthétique pour des étagères, façades de tiroirs, têtes de lit ou revêtements muraux, mais ne sont pas adaptés à la construction structurelle d'une coque de bateau. Les chants de ces panneaux plaqués restent bruts, et ils sont livrés non traités, nécessitant une finition à l'huile pour rehausser leur teinte naturelle et les protéger, tout en conservant leur toucher naturel. Pour la construction navale, la qualité du contreplaqué utilisé est synonyme de solidité et de durabilité de l'embarcation. Des fournisseurs spécialisés, tels que les établissements Charles, sont réputés pour leur large choix de contreplaqué marine.

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Techniques de Construction : Du "Cousu-Collé" à l'Art du Bois Moulé

La construction de canoës et kayaks en contreplaqué fait appel à diverses techniques, dont la plus répandue est celle du "cousu-collé" (stitch and glue). Cette méthode consiste à découper les panneaux de contreplaqué à la forme désirée à partir de gabarits. L'assemblage initial des pièces est réalisé provisoirement à l'aide de fils de cuivre ou de serflex, créant ainsi la forme générale de la coque. Ensuite, des joints congés sont formés à l'intérieur, puis l'ensemble est recouvert d'un tissu de verre imprégné de résine époxy, assurant étanchéité et solidité. Une fois la résine durcie, les fils de couture sont retirés, et la surface est poncée et enduite pour une finition lisse.

Pour des projets plus ambitieux ou pour obtenir des formes plus complexes, d'autres techniques peuvent être envisagées. La construction en bois moulé, par exemple, permet de créer des coques avec des doubles courbures. Cette méthode implique souvent la création d'une forme mâle, autour de laquelle plusieurs plis de bois sont laminés et collés. L'utilisation du vide peut aider à une bonne cohésion de l'ensemble et à éviter une surcharge en résine. Le choix des essences de bois pour le moulage est important, en considérant leur résistance en flexion, leur capacité d'imprégnation et leur résistance naturelle à l'humidité. L'acajou d'Afrique, le samba (très léger) pour les plis intérieurs, et le douglas ou le bouleau sont des options potentielles. Les plis peuvent être posés à 45° ou longitudinalement, selon les propriétés mécaniques recherchées. Un tissu léger (environ 120 gr/m²) imprégné d'époxy est généralement appliqué à l'intérieur et à l'extérieur pour renforcer la structure. Le concept de contreplaqué "ployé", où la forme est obtenue à partir d'une seule plaque, est également une approche intéressante, offrant une grande liberté de conception pour des formes de coque rappelant les kayaks de descente avec étraves verticales et fonds en U.

Que ce soit pour le "cousu-collé" ou le bois moulé, la précision de la découpe des pièces est fondamentale. Si certains constructeurs préfèrent tout découper à la scie sauteuse et trouver eux-mêmes les matériaux, d'autres optent pour des kits où les pièces sont déjà découpées à la forme, garantissant une grande exactitude. Le chantier naval SailWood, par exemple, réalise des kayaks en contreplaqué marine recouverts d'un tissu de verre imprégné à la résine époxy, avec des panneaux découpés à la forme depuis des gabarits papier, pour un poids record et un comportement agréable en mer. L'avantage des kits est la qualité des pièces fournies, qui est souvent irréprochable, et le fait de bénéficier de l'expérience du concepteur.

L'Expérience de la Fabrication : Un Défi Personnel et une Source de Satisfaction

Se lancer dans la construction d'un canoë ou d'un kayak en contreplaqué est bien plus qu'un simple projet de bricolage ; c'est un véritable défi personnel et une source immense de satisfaction. La réalisation d'une telle embarcation procure une fierté incomparable, comme en témoigne un constructeur qui déclare : "c'est une réelle satisfaction que de réaliser soi-même cette construction et en même temps un petit défi: car si commencer c'est bien, terminer c'est mieux…" Ce parcours demande du temps, de la patience et un investissement physique certain. Pour un kayak triplace, par exemple, le processus peut s'étaler sur environ 170 heures de travail réparties sur six mois, surtout sans kit, où chaque élément doit être découpé et chaque matériau (résine, etc.) trouvé. Pour un modèle comme le Doris 12, la construction peut prendre environ sept semaines, travaillant 3 à 4 heures par jour.

La construction est une succession d'étapes minutieuses : après l'assemblage des pièces, viennent de longues et parfois fastidieuses séances de ponçage, intercalées avec l'application de couches d'époxy. Un constructeur raconte avoir "3h00 de ponçage" qui ont eu "raison de mon dos", illustrant l'aspect exigeant de ces tâches. Puis, la coque est nettoyée, la fibre mise en place, suivie par des imprégnations légères à l'époxy, puis une deuxième couche, et ainsi de suite, jusqu'à saturation, avec des re-ponçages et re-couches. Ces tâches, bien que répétitives, sont souvent "fractionnables en 1/4 d'heures", ce qui permet de progresser même avec peu de temps disponible.

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Le processus peut également révéler des dilemmes esthétiques. Un constructeur a trouvé que l'aspect bois après imprégnation était magnifique, mais a regretté de ne pas avoir enduit les bordés et la sole à l'époxy diluée avant l'assemblage, ce qui a entraîné de légères taches le long de la ligne de collage et autour des trous d'assemblage. Il a également noté que la vision des joints puzzle sur chaque bordée n'était pas esthétique, préférant de loin le "scarf proposé sur la version antérieure". Ces observations soulignent l'importance des détails techniques et des choix esthétiques dès le début du projet. Malgré ces défis, l'aboutissement est une source de joie immense. Le baptême de l'embarcation, comme "Le Yaëldy" pour un Doris, et l'idée de fixer une plaquette d'identification en laiton ("il s'appelle "xxx" et c'est moi qui l'ai fait en 2011, na!…") symbolisent la fierté du constructeur. Les premières navigations, testant le comportement de l'embarcation en mer, sur canal, étangs ou lacs, sont les récompenses ultimes de tout ce travail acharné.

Sécurité et Finitions : Précautions Essentielles et Esthétique Finale

La phase de finition est essentielle non seulement pour l'esthétique du canoë ou kayak, mais aussi pour sa durabilité et l'intégrité du constructeur. L'époxy est un matériau central dans ce processus, et son maniement requiert des précautions draconiennes. Bien que l'époxy n'ait pas d'odeur, comme le polyester, ni d'effet immédiat apparent, c'est un produit potentiellement cancérigène. Il est impératif de travailler en extérieur avec une bonne brise ou, en intérieur, d'assurer une extraction basse et de porter un masque à cartouche filtrante adaptée à ce produit. En milieu professionnel, une surveillance médicale obligatoire (prises de sang deux fois par an) est requise pendant plusieurs années après l'exposition. L'aération systématique du local et l'utilisation de masques sont des mesures de protection indispensables, même pour ceux qui se croient résistants aux vapeurs chimiques en raison d'expériences passées. Ignorer ces précautions par "virilité imbécile" n'est plus acceptable à l'ère actuelle où la connaissance des nocivités est avérée.

Par ailleurs, si la dermatose, notamment oculaire, en réponse allergique aux bisphénols utilisés comme durcisseur, est un risque connu, l'aspect cancérigène de l'époxy est moins documenté et ne doit pas être confondu avec d'autres facteurs de risque, comme le tabagisme. Après durcissement, l'époxy est réputé neutre, au point d'être utilisé dans l'agroalimentaire, mais c'est bien pendant sa manipulation qu'il faut être vigilant.

Quant aux finitions esthétiques, elles transforment l'embarcation brute en une œuvre d'art flottante. Après plusieurs couches d'époxy intercalées de ponçages, le projet peut inclure la peinture avec 2 à 3 couches de produits spécifiques. Des peintures et vernis bi-composant polyuréthane sont souvent choisis pour leur résistance. Les bancs peuvent rester au naturel et être vernis, parfois avec l'incrustation de tissus imprimés, ajoutant une touche personnelle. Le choix des couleurs (par exemple, un jaune pâle pour l'intérieur et un vert profond pour l'extérieur) est une étape excitante qui permet de personnaliser l'embarcation selon les goûts du constructeur. Ces finitions, bien que longues et exigeantes - alternant ponçage, couches de vernis ou de peinture - sont cruciales pour la protection du bois et de l'époxy contre les UV et l'eau, et pour donner à l'embarcation son aspect final désiré. Un vernis efficace et bien entretenu est indispensable si l'on ne peint pas, car l'époxy non protégé peut se tacher avec l'eau et marquer avec les UV. La patience et le souci du détail sont les maîtres mots de cette étape finale.

Le Choix de l'Embarcation : Adaptation aux Besoins et aux Projets

Le processus de sélection du modèle d'embarcation à construire est dicté par une multitude de facteurs, allant des besoins spécifiques de l'utilisateur aux contraintes de transport et de stabilité. La décision d'opter pour un Doris 12 plutôt qu'un Skerry, par exemple, a été motivée par des considérations très concrètes : le poids et l'encombrement. Un constructeur raconte que le Skerry lui plaisait, mais son épouse "ne se sentait pas d'avoir à m'aider à le hisser sur le toit de la voiture". Le Doris, en revanche, est très léger et son faible encombrement est un atout majeur. De plus, sa grande stabilité et son caractère sécurisant ont permis d'envisager d'amener une "fille handicapée sur l'eau", un impératif de sécurité qui a pesé lourdement dans le choix. La stabilité est une caractéristique essentielle, car "amener une enfant handicapée en prenant le risque de se retourner par manque de stabilité n'était pas sérieux". Le processus de choix peut être long, passant de l'idée d'un "canot de plage gonflable genre "Déca"" à celle d'une embarcation plus élaborée.

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La question de la transportabilité est également cruciale. Un kayak de 6.10 mètres de long et de 33 kg à vide, bien que léger pour un triplace, peut être chargé seul sur une voiture, ce qui est un avantage considérable. Comparé à d'autres kayaks, notamment ceux produits par les techniques de rotomoulage, les embarcations en contreplaqué peuvent atteindre des poids record, augmentant ainsi leur facilité de manipulation.

Il est important d'évaluer les capacités d'emport de l'embarcation. Certains kayaks et canoës en contreplaqué peuvent avoir une capacité de chargement importante, permettant d'accueillir "3 adultes lourds + matos", ce qui est idéal pour des randonnées bivouac. Le modèle Prospector 16', par exemple, est recherché pour sa polyvalence en randonnée à deux.

La complexité de la construction est un autre facteur à considérer. Un kayak comme celui réalisé par SailWood, bien que léger et agréable en mer, peut être d'une construction plus complexe qu'il n'y paraît de prime abord, surtout si l'on ne dispose pas d'un kit. Le choix d'un kit, malgré son coût, peut simplifier grandement le processus en fournissant des pièces prédécoupées et des instructions clétaires, rendant le projet plus accessible aux néophytes. En fin de compte, la sélection de l'embarcation doit équilibrer les désirs esthétiques, les impératifs pratiques et les capacités de construction du bâtisseur.

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