Genèse et contexte de production
Le film « Le Petit Baigneur », réalisé par Robert Dhéry et sorti en 1968, représente une étape charnière dans la carrière de Louis de Funès. Après « Ah ! les belles bacchantes », Louis de Funès retrouve ses complices des Branquignols. La rencontre de sa rage électrique et de leur humour doux-dingue, un tantinet absurde, produit quelques jolis moments dans ce long-métrage. L’acteur/réalisateur Robert Dhéry nous livre avec le « Petit Baigneur » une très bonne comédie qui a connu un gros succès en salle à sa sortie en 1968, avec plus de 5,5 millions d’entrées. Le film est porté par un très bon casting avec à sa tête un Louis de Funès hilarant et au meilleur de sa forme qui excelle dans le rôle de Philippe Fourchaume, ce patron qui dirige un chantier naval et qui tente par tous les moyens de reconquérir l'un de ses employés nommé André Castagnier, incarné à merveille par Robert Dhéry.
La production s'inscrit dans une tradition de comédie « à la française » après la crise, où l’on sent que les esprits s’échauffent et que l’on ne nous épargne pas la franche rigolade. Robert Dhéry, en particulier, le faisait beaucoup rire ; Louis lui demandait toujours de pleurer comme sa tante Jeanne. On retrouve ici la bande des Branquignols : Dhéry, Brosset, Legras, ils étaient tous adorables. Tous ont participé à son développement et sa renommée, sans oublier le statut de Louis : « C'était marrant ! ». Le film bénéficie également d’une musique originale signée par le Branquignol Gérard Calvi.
Les ressorts du comique et la dynamique des personnages
Le cœur de l’intrigue repose sur l’opposition entre André Castagnier, inventeur de génie, et Louis-Philippe Fourchaume, patron tyrannique. André Castagnier crée des prototypes de bateaux pour l’exécrable et tyrannique constructeur Fourchaume. Sa dernière invention, un dériveur baptisé Le Petit Baigneur, gagne une course prestigieuse. Mais, lorsqu’un commanditaire italien se présente pour en acheter une quantité impressionnante, Castagnier a déjà été brutalement renvoyé par Fourchaume. Il ne reste plus à ce dernier qu’à employer la ruse et l’intimidation pour faire revenir son souffre-déleur et obtenir le juteux contrat.
Le jeu de Louis de Funès est ici, comme souvent, le moteur principal du récit. Il campe génialement un armateur qui tente de récupérer le dessinateur de bateaux qu'il vient de renvoyer. De Funès se vautre avec délice dans ce rôle de saligaud face à un Robert Dhéry lunaire et attachant. Certains spectateurs notent que si Louis de Funès est exceptionnel, cela ne peut pas toujours suffire, le film reposant entièrement sur son comique. D'autres soulignent que le film est une référence avec de bonnes scènes hilarantes, comme celles de l'église ou du bureau du chantier naval, bien que certains gags soient parfois jugés trop gros ou prévisibles. Le burlesque est omniprésent, avec des situations comme le tracteur incontrôlable, la montée de phare, ou la démonstration de canoë-kayak.
Analyse des thématiques et de la satire sociale
« Le Petit Baigneur » n'est pas qu'une simple succession de gags ; c’est aussi une œuvre qui se permet de très jolis coups de griffe à l’encontre de thèmes chers à Dhéry : les moqueries sur les roux et leur discrimination, le clivage ville-campagne, le mépris des petites gens par les riches, la cupidité et la naïveté de ces derniers, et les institutions religieuses. L’ignoble Fourchaume, constructeur de bateaux, a viré Castagnier, mais l'appât du gain transforme ce chef d’entreprise, le poussant à engranger un maximum d’argent. Les autorités ou les grandes institutions ne sont pas épargnées par ces étiquettes caustiques.
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Le film utilise des éléments satiriques pour dénoncer le comportement des nantis. Fourchaume est un personnage qui, par sa cupidité, devient une caricature des chefs d’entreprise de l’époque. La mise en scène de Dhéry est assez alerte pour donner du rythme et de la vivacité au métrage, mettant en valeur certains arguments du film, comme le navire de guerre dans la deuxième partie. Bien que certains critiques estiment que l'humour est parfois pesant, d'autres y voient un grand, très grand classique de la comédie française qui fleure bon les sixties, un film que l'on ne se lasse pas de voir et de revoir, car sur le plan comique, c'est quasi-parfait.
Aspects techniques et lieux de tournage en Occitanie
La réalisation de Robert Dhéry s'appuie sur une esthétique propre aux productions de l'époque. Les lieux de tournage en Occitanie sont divers et participent à l'atmosphère du film : Fleury d’Aude, Azille, Mirepeisset et Sallèles d’Aude. Ces décors naturels apportent une authenticité à l'aventure de Fourchaume et Castagnier. Toutefois, l'analyse technique révèle quelques anecdotes de tournage. Par exemple, lors de l'inauguration, même si la bouteille a causé un trou dans la coque, le ministre, présent, se doit de rester au garde-à-vous pendant La Marseillaise. On note également des imprécisions géographiques, comme l'absence de phare dans la région où se déroule l'action, malgré les scènes tournées sur place.
D'autres détails de tournage sont visibles pour l'œil averti : on voit l'ombre de la caméra et du bras mécanique sur la casquette de l'un des musiciens, ou encore les lampes de tournage sur la DS lors de la fuite de Castagnier. Ces éléments, loin de nuire au plaisir, témoignent des conditions de tournage de l'époque, où l'inventivité primait parfois sur la précision technique. Le film propose un mélange de scènes en studio et en extérieur, avec des gags visuels complexes tels que le tracteur immatriculé 148 VT 34 qui s'écrase contre le kayak. Malgré ces quelques raccords hasardeux, le film demeure un témoignage précieux du cinéma comique français de la fin des années 1960.
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