Le canoë Cavelier, la voile et la navigation : des chefs-d’œuvre en bois à l’épopée des pionniers de l’exploration

Le canoë Cavelier et l’excellence de l’artisanat de Marc Vuilliomenet

Marc Vuilliomenet est un constructeur de bateaux en bois. À voile ou à moteur, il dessine et réalise ses unités comme des chefs-d'œuvre. Installé dans le Gers, au pied des Pyrénées, ce constructeur atypique vient de lancer un nouveau modèle, un canoë. Avec un grand soin sur la qualité de la réalisation et des finitions, chaque bateau émerveille l'œil. Nous l'avions visité dans son atelier pour la présentation de La Clémente. Au pied de son atelier, Marc a creusé un étang. Quoi de mieux qu'un canoë pour aller le visiter ? Il dessine donc ce canoë de 3,70 m par 74 cm de large. En faisant moins de 4 m, il reste dans la catégorie des engins de plage. Le Cavelier comporte deux petits sièges permettant de pagayer à genoux. Vous avez du mal à choisir ? Ce bateau est le fruit d’une passion pour le bois-époxy et la performance, au sein d’une structure qui propose également des composites et une boutique.

Dans cet atelier du Gers, on mesure le chemin parcouru. CANOTERIE A 10 ANS ! Le responsable de ce site est M. NAF 3012Z. Imaginées de toute pièce, réinventées ou imitées, les embarcations de loisir à la pagaie apparaissent dans un cadre où la qualité marine est primordiale. Le Cavelier n’est pas seulement un objet esthétique, c’est une unité pensée pour la navigation, là où le bois rencontre l’exigence technique moderne. La marque est déposée et le projet a abouti quelques années après les premières esquisses. Ce canoë, baptisé en hommage à un grand explorateur, s'inscrit dans une tradition de construction où le bois est roi.

René-Robert Cavelier de La Salle : l’âme d’un explorateur du Nouveau Monde

René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle (21 novembre 1643 - 19 mars 1687) a exploré la région des Grands Lacs puis descendu le Mississipi jusqu'au Golfe du Mexique. Premier explorateur européen dans cette zone, il a revendiqué la Louisiane pour la couronne de France. La Salle est né à Rouen. Après une éducation chez les Jésuites, il prononce ses voeux à 17 ans. Sept ans plus tard, il demande à être relevé de ses voeux. Ayant dû renoncer à son héritage en joignant les Jésuites, il décide d'émigrer au Canada où il reçoit une "seigneurie" sur l'ile de Montréal. Il la vend pour partir explorer la région des Grands Lacs et descend le Mississipi jusqu'au Golfe du Mexique. Comme cela se pratiquait à l'époque, il revendique toute la région pour la couronne de France.

L’histoire de cet homme est marquée par l’audace et la tragédie. Il est tué par un membre de sa dernière expédition d'exploration, au cours d'une mutinerie. Au 18e siècle, la Louisiane française couvre l'essentiel du territoire connu des futurs États-Unis : seules coexistent avec elles les treize colonies anglaises de la côte est, séparées par la chaîne des Appalaches, et couvrant un territoire bien plus petit. A l'ouest, ce sont les "grandes plaines" inexplorées. C’est dans ce contexte de découverte sauvage que le canoë, héritage des populations locales, devient l’outil indispensable des pionniers européens.

Les origines nord-américaines et l’évolution technique du canoë

C'est sur le continent nord-américain que débute l'histoire du canoë ouvert, le plus proche parent de notre canoë actuel. Faciles à construire avec les matériaux locaux, ils servaient à se déplacer et transporter des marchandises. Les premières traces de ces bateaux pourraient remonter à 2 500 ans avant JC (Gendron, in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 7). Perfectionnant la pesante pirogue primitive creusée dans un tronc d’arbre les Indiens d’Amérique inventèrent pour naviguer sur les lacs et les rivières un canoë transportable par son équipage, recouvert de fines écorces de bouleau sur une structure souple et légère. Le premier contact d'un Européen avec ce type de bateau remonte à 1576 (Robert-Lamblin, in sous De Ravel et De Thoisy-Dallem 2004, p. 9). Christophe Colomb découvre un petit bateau rudimentaire mais efficace propulsé à la pagaie simple, la canoa. L'un des premiers Européens à écrire sur l'intérêt de ce type de bateau est Champlain, un Français, en 1603 (Solway 1997, p. 5).

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Solway (1997, p. 6) retrace bien la bascule de l'écorce au tout-bois sur les terres canadiennes. Au Canada (autour de Peterborough et Lakefield), dès 1860, on innove dans les tout-bois (techniques de jointoiement des lattes) et on construit sur moule. Ce sont les pionniers canadiens de la belle construction bois. Ces techniques ont permis d’atteindre une robustesse et une légèreté qui caractérisent encore aujourd’hui les fabrications d’exception. Les premiers canoës construits en France utilisaient les plus fines techniques de l’ébénisterie et les bois les plus recherchés. Ils sont aujourd’hui conservés par les amateurs de bel ouvrage.

L’essor du canotage et du « canoeing » en France

Le canotage est apparu en France dans les années 1820. Attention, on ne parle pas encore de canoës. Loin de là… Lecaron (in Karr, Gatayes et col 1858, p. 30) signale l'existence de quelques canots à Paris vers 1823. Il s'agit à l'époque de bateaux construits par des chantiers navals de marine marchande : robustes, massifs, formes arrondies. On peut distinguer trois périodes distinctes, trois étapes du progrès. On a fait d'abord des embarcations mixtes, pouvant aller indifféremment à l'aviron et à la voile. On passa de là aux embarcations manœuvrées exclusivement à l'aviron, mais servant en même temps à la course et à la promenade. Bref, on passe de bateaux de travail en mer à des bijoux de compétition (Jung, in Karr, Gatayes et col 1858, p. 45). Les lieux de pratique se multiplient : "On ne canotait alors que dans la partie de la Seine comprise entre le Pont-Neuf et la Courtille ; aujourd'hui, le canotage a pour domaine toute la Seine (Neuilly, Asnières, Argenteuil, Chatou et Bougival.)" (Viard, in Karr, Gatayes et col 1858, p. 40).

Le canotage dans un canoë ou un kayak met du temps à se développer en France. Pour voyager sur l’eau, les canotiers conçoivent un bateau ponté avec ou sans barreur, le "canoë français", qui est en fait un bateau d’aviron. Dans les années 1860/1870 John MacGregor contribua beaucoup par ses navigations un peu folles à populariser la randonnée en canoë : tour d’Europe, périple en Baltique, descente du Jourdain et du Nil. En 1878, l'Exposition Universelle de Paris présente trois canoës Canadiens. En 1880, la revue Le Yacht commence à écrire au sujet du "canoeing". Trois associations ont fortement contribué au développement du canoë kayak en France. La plus ancienne et la plus importante par le nombre de licenciés et les infrastructures est le Touring Club de France, section canoéistes. Le Canoë Club de France fondé en 1904 par Albert Glandaz, est à l'origine de la plupart des premières et le diffuseur de la technique de la pagaie simple.

Techniques de navigation : de la périssoire au kayak de sport

Imaginées de toute pièce, réinventées ou imitées, les embarcations de loisir à la pagaie double apparaissent vers 1845. Au XIXe, les pagayeurs inventent un petit bateau très étroit et assez instable : la périssoire. À l’époque le péril est grand d’y embarquer. On trouve aussi le podoscaphe, où les pagayeurs imaginent un bateau pour être debout sur l’eau en assemblant deux périssoires étroites. Parallèlement, les expéditions arctiques ont rapporté une curieuse embarcation à pagaie double en peau de phoque et retenu son nom : kayak. Dans le même esprit que les Indiens, les Inuits inventèrent le kayak recouvert de peaux de phoque pour aller en mer.

En Grande Bretagne, le kayak bois a vite décliné. On assiste à son renouveau en mode pliant, par les Allemands au début du XXè siècle (Davis 1997, p. 25). C'est un allemand qui, le premier, modifia un kayak groenlandais en l'agrandissant (notamment l'ouverture) et en le dotant d'une structure démontable (Mahuzier 1945, p. 12). Leurs kayaks étaient bien plus légers et manœuvriers dans les torrents difficiles, donc bien plus appropriés aux pagayeurs sportifs français. Ils permettaient notamment d'esquimauter. Le premier esquimautage a été réussi par Marcel Bardiaux en 1932. Le Kayak Club de France a participé à la création de la Fédération Française de Canoë en 1932. Les rivières françaises sont plus étroites et caillouteuses que les lacs et rivières d’Amérique du Nord, ce qui explique l'évolution vers des formes plus courtes et nerveuses.

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La voile à travers les âges : étymologie et inventions primitives

Le mot voile vient du latin velum qui désignait un tissu permettant de protéger du soleil ou de réduire la hauteur d’un local. Pas grand chose à voir avec le monde marin à priori. Le mot bateau vient des vikings. Dans leur langue, ils appelaient leurs bateaux bàtur. Dès la fin du VIIIe siècle, les vikings ont attaqué les pays européens notamment l’Angleterre et la France. La langue anglo normande s’est alors inspiré de ce mot pour donner « bat ». Le terme est ensuite attesté pour la première fois en vieux français en 1138 sous la forme « batel » qui deviendra bateau par la suite. D’autres mots seront utilisés au cours de l’histoire pour désigner différents types de bateaux.

Difficile de donner une date précise des premiers bateaux car les premiers spécimens ne se conservaient pas très bien. Cependant des outils fabriqués par l’homme datant d’il y a plus de 130 mille ans ont été retrouvés en Crète qui est une île. À cette même époque, on assemblait déjà des morceaux de bois pour former des radeaux. Les échanges maritimes ont débuté dès 7000 ans avant Jésus-Christ notamment autour de la mer Égée. On transportait alors principalement des obsidiennes. Vers 5000 ans avant Jésus-Christ au Danemark et en Égypte on invente le bordage cousu. C’est un type de bateau constitué de planches ou de peau attachés ensemble grâce à des liens ou du bois flexible. Ça empêche les entrées d’eau sur l’embarcation tout en augmentant sa capacité de chargement.

L’exploitation du vent et les premières routes maritimes

On ne sait pas précisément quand la voile a été utilisée pour la première fois. Avant pour se déplacer avec leur bateau, les navigateurs utilisaient des pagaies. Puis les hommes constatent qu’en utilisant une toile ou une peau de bête ils peuvent exploiter le vent. La première représentation d’un bateau à voile est retrouvée dans la région de l’actuel Koweït, datée de la fin du 5e millénaire avant notre ère. À cette époque des routes commerciales sur des grands fleuves comme le Tigre et l’Euphrate apparaissent. Dès 3000 ans avant Jésus-Christ l’utilisation de la voile est assez répandue dans le monde, grâce à des pirogues à bordage cousu transportant jusqu’à 50 passagers.

Les égyptiens utilisent leur voilier en papyrus pour se déplacer le long du Nil. Celui-ci coule du sud au nord, ce qui est idéal pour descendre le fleuve tandis que les vents soufflent la majeure partie de l’année du nord au sud. Vers 1900 avant JC, les échanges maritimes deviennent si importants en Égypte qu’un canal est construit pour relier le Nil et la mer rouge. Le commerce les amenant à affronter la mer, ils vont devoir consolider leurs bateaux en remplaçant le papyrus par des planches de bois et en ajoutant des haubans qui retiennent le mât vers l’arrière. Pendant des dizaines de siècles, les navires auront des voiles carrées. Ces bateaux ne pouvaient se rapprocher qu’à environ 150 degrés du lit du vent.

Puissance maritime et innovations architecturales

Les puissances ont vite compris que pour asseoir sa domination sur les autres il faut des navires de guerre. Au 6e siècle avant jésus-christ de violentes batailles maritimes ont lieu comme la bataille de Salamine qui opposa les grecs et les perses. Longue d’environ 36 m et large d’environ 6 m, la trière est plus rapide plus maniable et plus solide que les précédents navires de guerre. La forme de sa coque plate s’enfonçait peu profondément dans l’eau, idéale par temps calme mais très peu stable dans les tempêtes. Même si la trière possède un gouvernail, les marins utilisent encore beaucoup les rames pour se diriger. Le gouvernail d’étambot n’est développé qu’au XIème siècle en Baltique et en Perse, arrivant en occident au 13ème siècle.

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Les vikings sont les premiers occidentaux à découvrir l’Amérique vers l’an 1000. Les allers-retours vers l’Amérique ne vont se multiplier qu’après la redécouverte par Christophe Colomb avec la Caravelle. C’est un navire plus maniable avec des voiles triangulaires qui permettent une meilleure orientation par rapport au vent. La Caravelle peut louvoyer, tout en conservant des voiles carrées pour les autres allures. En Asie, au xvème siècle la flotte chinoise ouvre des routes commerciales jusqu’en Afrique grâce à la jonque. Ce bateau possède des voiles lattées qui permettent de faciliter la manœuvre de réduction de voilure en cas de gros vent et de rigidifier la voile. La jonque possède aussi plusieurs compartiments étanches qui l’empêchent de couler entièrement en cas de voies d’eau.

Du bateau de travail à la navigation de plaisance moderne

Avec la construction des galions, ces vaisseaux ayant la capacité de stocker de grandes quantités de marchandises permettent de rapporter les richesses des colonies en Europe. Cependant, avec la révolution industrielle, l’humanité fait des progrès technologiques impressionnants qui permettent de repenser complètement les navires grâce à l’utilisation de nouveaux matériaux et du moteur. Au XVIIe siècle, des Hollandais décident de faire du bateau à voile pour le plaisir. La plaisance va donner un second souffle à la voile. Maintenant les voiliers de plaisance s’uniformisent car les modèles sont produits en série. Les courses de bateaux permettent de continuer à progresser et améliorer les performances.

Le canoë moderne profite aussi de ces avancées. Bien que ce ne soit pas un bateau de mer par nature, des canoës accomplirent des randonnées côtières. Aujourd'hui, les embarcations sont autorisées à naviguer en mer le long de la côte (5 milles maximum). Les règles d’homologation sont assez simples : le bateau ne doit pas couler après une heure d’immersion totale. Il faut se méfier d’une fuite toujours possible d’une trappe de visite. Pour obtenir à coup sûr l'homologation définitive, une solution robuste est nécessaire, certains tests exigeant l'immersion complète. La navigation en canoë à voile offre une dimension nouvelle et passionnante, que ce soit sur des eaux de plaine larges ou en Corse lorsque la météo le permet.

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