Le silence rompu : Enjeux et solutions autour du bruit de l'hélice à l'arrêt sous voile sur un voilier

La navigation à la voile représente l'essence même de l'autonomie et de la quiétude sur l'eau, mais cette sérénité peut parfois être troublée par un phénomène inattendu : le bruit de l'hélice lorsque le moteur est éteint et que le bateau progresse sous la seule poussée du vent. Cette rotation libre de l'hélice sous voile, source de questionnements et de débats parmi les plaisanciers, n'est qu'une facette des multiples défis que pose le système de propulsion sur un voilier. Au-delà du simple désagrément sonore, cette situation soulève des interrogations sur l'usure mécanique, la performance et les choix techniques, s'étendant à d'autres problématiques complexes, comme le dimensionnement inapproprié de l'hélice ou les bruits anormaux du moteur en marche. Comprendre ces mécanismes et les solutions potentielles est essentiel pour tout propriétaire de voilier soucieux de la longévité de son équipement et de son confort en mer.

Le vrombissement sous voile : Comprendre le phénomène de l'hélice libre

Lorsque le moteur d'un voilier est coupé et que le bateau avance sous l'impulsion de la voile, l'hélice, immergée dans le flux d'eau, est entraînée en rotation. Ce phénomène est naturel et souvent audible depuis le cockpit ou l'intérieur de la cabine. Beaucoup de marins le remarquent distinctement : "Pour naviguer à la voile il faut laisser le moteur au point mort. On entend bien tourner l'arbre d'hélice." Ce bruit peut devenir une source d'agacement pour l'équipage, surtout lors de longues traversées où le silence est recherché pour le repos. Certains l'ont même utilisé de manière détournée, notant qu'il n'y a "pas besoin de speedo" pour connaître la vitesse du bateau, tant la rotation est perceptible.

Le cœur du problème réside dans le fait que cette rotation constante de l'arbre peut générer des vibrations, un sifflement ou un vrombissement qui brise la quiétude de la navigation à la voile. Cette situation pousse de nombreux plaisanciers à rechercher une solution, se demandant : "Y a-t-il une solution ?". La vitesse de rotation de l'hélice libre, bien que sujette à des frottements et glissements, "doit être quasiment la même qu'au moteur", précise-t-on, "toujours inférieure évidemment", mais suffisamment rapide pour être source de bruit et potentiellement d'usure. Le débat est ouvert quant aux conséquences à long terme de cette rotation sur l'ensemble du système de transmission.

Bloquer ou laisser libre ? Stratégies et leurs conséquences sur l'arbre et l'inverseur

La question de savoir s'il faut bloquer l'hélice en marche arrière ou la laisser tourner librement est un sujet récurrent et passionnel dans le monde de la plaisance. C'est "un débat sans fin !", s'exclame un navigateur, soulignant la diversité des opinions et des expériences.

Bloquer l'hélice en marche arrière : une pratique controversée

Certains plaisanciers optent résolument pour le blocage de l'hélice en marche arrière afin d'éliminer le bruit et les vibrations. Un utilisateur partage son expérience : "Moi je bloque!!! Hors de question d'avoir le bruit de rotation dans les oreilles." Il affirme : "Je fais cela depuis 11 ans avec A CONTRARIO et pas de problème", bien qu'il reconnaisse que "à priori ce n'est pas recommandé". Cette pratique n'est cependant pas sans petites particularités : "Le seul souci que je rencontre c'est la manette bloquée après une nav rapide." La solution pour ce désagrément est simple : "Je démarre en marche arrière et je passe immédiatement au point mort après le démarrage du moteur. Le démarrage supprime le blocage." Cette méthode est confirmée par d'autres : "Régulièrement le levier est bloqué en position marche arrière : Il suffit de démarrer embrayé en marche arrière et passer immédiatement au point mort."

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Cependant, cette approche est souvent en contradiction avec les recommandations des fabricants de moteurs et d'inverseurs. Un plaisancier s'interroge : "Je n'ai pas une haute idée du bureau d'étude Beneteau mais je pense que si il se donne la peine d'apposer une étiquette pour mettre en garde de ne pas laisser le moteur embrayé si le bateau va vite c'est qu'il y a une raison." La raison évoquée pourrait être liée à l'entraînement du moteur ou à d'autres contraintes mécaniques, mais la certitude manque pour beaucoup : "Qui connaît la raison ?". Des documents spécifiques, comme une note Yanmar évoquée par Bertrand, existent mais leur application aux différents types d'inverseurs montés par d'autres constructeurs comme Bénéteau reste une question ouverte. Par exemple, pour un réducteur KM2P1 sur un Océanis 31, la lecture d'une note technique signifierait que "le blocage arrière sous voiles est proscrit".

Les implications techniques de la rotation libre

À l'inverse du blocage, laisser l'hélice tourner librement sous voile est perçu par certains comme moins contraignant pour le système de transmission. "La rotation de l'arbre ne semble pas être techniquement gênante (excepté les vibrations)", est une observation récurrente. Cependant, des voix s'élèvent pour pointer des conséquences notables. Il est ainsi mentionné que "cela use le joint humide Volvo", un point crucial pour la maintenance. La question de la lubrification de ce joint en rotation libre est également soulevée : "il semblerait qu'il soit lubrifié par la rotation de l'axe même moteur à l'arrêt ? À se faire confirmer… par un mécano ! Mais effectivement il tourne donc il frotte…" La rotation, même à faible charge, induit inévitablement des frottements et une certaine sollicitation des composants.

Malgré ces préoccupations, la rotation libre de l'arbre peut présenter un avantage non négligeable pour les voiliers équipés d'un alternateur d'arbre. Dans ce cas, la rotation de l'hélice permet la production d'électricité, transformant une contrainte potentielle en une source d'énergie renouvelable à bord. "Je pense que c'est un avantage lors de l'utilisation de l'alternateur d'arbre sous voiles", affirme un utilisateur de Gambade 38, qui a conservé son hélice décalée. Cela crée un dilemme entre le silence et l'usure potentielle d'une part, et la production d'énergie d'autre part.

L'hélice repliable : une alternative avec ses propres contraintes

Face aux problématiques du bruit et de l'usure liés à l'hélice fixe en rotation libre, une solution technologique s'est imposée : l'hélice repliable ou à pales orientables. "L'autre solution c'est de mettre une hélice repliable", est-il souvent conseillé. L'idée est qu'une fois le moteur arrêté, les pales de l'hélice se replient ou s'orientent dans le sens du flux, réduisant considérablement la traînée hydrodynamique et éliminant presque totalement la rotation, et par conséquent le bruit.

Cependant, même cette solution n'est pas exempte de ses propres défis pratiques. La mécanique complexe d'une hélice repliable peut être sensible à l'environnement marin. Il arrive que "mon hélice est repliable mais ne se replie pas toujours, surtout lorsque des coquillages s'y sont accrochés". La faune et la flore marines, en se fixant sur les mécanismes des pales, peuvent empêcher leur repliement correct, annulant ainsi l'avantage recherché. De plus, le coût initial d'une hélice repliable est significativement plus élevé que celui d'une hélice fixe, un facteur à considérer dans le choix.

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Quand l'hélice devient un défi : ajustements et mésaventures

Au-delà de la rotation sous voile, l'hélice et le système de propulsion peuvent être la source d'autres problèmes majeurs, affectant la performance du voilier et la sécurité de l'équipage.

Problèmes de dimensionnement et d'adaptation

Un cas éloquent de défi lié à l'hélice est celui d'un propriétaire qui, suite à la remotorisation de son bateau, s'est vu conseiller une nouvelle hélice par une concession Volvo. Le problème est survenu lorsque "ils m'ont filé une hélice de 54 DS ou un truc du genre… pour un bateau de 5 tonnes c'est un peu gros." Cette hélice surdimensionnée a engendré un "premier souci : l'hélice est inutilisable dans les plages d'utilisation 1400-2100 tours", alors même que ce régime moteur est "justement le régime recherché (1L/heure)" en grande traversée pour l'économie de carburant. La situation fut critique au point qu'il "a dû changer l'hélice au milieu de l'Atlantique pour finir la traversée… Très rassurant pour l'équipage…"

Face à de telles difficultés, des tentatives de correction artisanales peuvent être envisagées, mais avec des résultats mitigés. Des "conseils comme quoi il fallait limer le bord d'attaque d'une pale de l'hélice" ont été testés, mais l'expérience a montré que le résultat était décevant : "j'ai donc essayé avec la lime de mon Leatherman mais le bruit est presque pire." Ces mésaventures soulignent l'importance cruciale d'un dimensionnement précis et d'une adaptation parfaite de l'hélice au moteur et au type de bateau, car les erreurs "commencent à faire cher l'hélice tripale…"

Vibrations et bruits anormaux sous moteur : diagnostic et hypothèses

Un autre type de problème de propulsion se manifeste par des bruits anormaux lorsque le moteur est en marche. Un propriétaire décrit un "souci au moteur lors des descentes de vagues (hauteur 1 m et plus) ; quelque chose tape de manière répétée avec une fréquence régulière qui devient plus forte si on augmente le nombre de tours du moteur, cela se produit au-delà de 1900 tr/min." Ce bruit, perceptible dès 5,5 nœuds, est caractéristique : "le bruit disparaît par mer calme, ou au quai moteur en prise même en montant dans les tours."

La localisation du bruit est un élément clé du diagnostic : "Le bruit semble être localisé au niveau du tube d'étambot." Plusieurs hypothèses sont alors formulées pour expliquer ce phénomène : "J'en déduis que cela pourrait provenir de l'arbre qui toucherait le tube d'étambot qui aurait bougé de son logement ou de l'arbre d'hélice qui serait faussé." La complexité de ces systèmes exige une vérification minutieuse des composants. Dans le cas cité, l'arbre d'hélice, d'une longueur de 30 mm, est intégré à une transmission "Sigma drive", et le système inclut un joint PSS ainsi qu'une bague hydrolube. Cette dernière "a été vérifiée, peu de jeu au dernier carénage en mars", et l'hélice Kiwiprop, bien qu'"assez ancienne mais entretenue", ne montrait "pas de vibrations du moteur même à fond". Ces détails techniques illustrent la difficulté d'identifier l'origine précise d'un bruit ou d'une vibration.

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La distance entre la chaise d'arbre (le support externe) et la position de l'hélice est aussi un point d'attention. Certains craignent qu'une "distance trop longue entre la chaise d'arbre (bras) et la position de l'hélice" puisse causer des problèmes. Cependant, pour d'autres, "cette distance est très courte, juste la place d'un coupe-orin et du jeu nécessaire pour l'arbre qui avance un peu en marche avant (jeu dû aux silent-blocs du moteur)", ce qui, selon eux, écarterait cette cause. Les silent-blocs du moteur jouent un rôle essentiel dans l'amortissement des vibrations et le maintien de l'alignement de l'arbre.

Optimisation du système de propulsion et gestion des imprévus

La performance et la fiabilité du système de propulsion d'un voilier dépendent d'une combinaison harmonieuse de plusieurs éléments, depuis le moteur jusqu'à l'hélice, en passant par l'inverseur et l'alignement de l'arbre.

L'importance de l'adéquation moteur-hélice

Un moteur Mitsubishi de 42 CV avec 1000 heures de fonctionnement, couplé à un inverseur Hurth 2.03, constitue un ensemble technique dont l'optimisation est primordiale. Il est souvent constaté que "pour l'optimisation de l'ensemble moteur-hélice, une réduction de 2,4 eût été mieux" que le ratio de 2,03 en place. Le ratio de réduction de l'inverseur est un facteur déterminant pour que le moteur puisse fonctionner dans sa plage de régime optimale, permettant à l'hélice de délivrer la poussée maximale sans surcharger le moteur ni le faire tourner à des régimes inefficaces. Un mauvais accord peut entraîner une consommation excessive, une puissance insuffisante ou, comme dans le cas de l'hélice surdimensionnée, rendre certaines plages de régime inutilisables.

Solutions pour la maniabilité portuaire

Les particularités de certaines hélices ou configurations d'arbre peuvent entraîner des désagréments, notamment lors des manœuvres de port. Pour certains, une hélice décalée peut être "un inconvénient pour les manœuvres de port". Cependant, des solutions existent pour pallier ces difficultés. L'installation d'un "propulseur d'étrave" est une réponse efficace : "j'ai résolu le problème en installant un propulseur d'étrave." Cela permet d'améliorer considérablement la maniabilité du voilier dans les espaces confinés, compensant les caractéristiques moins favorables de l'hélice principale.

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