Le Dyneema, on en parle à tort et à travers ! Tout le monde y va de son petit commentaire mais sans bagage technique qui tienne la marée. Drisse, pataras, bas-étai, accroches textiles, surgaine, hauban de secours, filières : à chaque application correspond un certain type de tresse. Suivez le guide ! Comme les Kleenex, le Scotch ou les Frigos, Le Dyneema est une appellation commerciale, un joli nom bien plus sexy que « polyéthylène haut module », la fibre issue du pétrole qu’il désigne. Vous pouvez aussi employer, avec l’accent qui va bien, l’acronyme anglo-saxon HMPE (High Modulus Polyethylene). Le Dyneema est commercialisé depuis 1990 par l’entreprise néerlandaise DSM qui contrôle le procédé de fabrication par une licence. Aux Etats-Unis, le polyéthylène haut module est plus répandu sous le nom de Spectra, une fibre concurrente lancée en 1983 par Allied Signal devenu depuis Honeywell. Le Dyneema est décliné sous différents modules de fibres. Plus le module est élevé, plus la fibre est de qualité. Mais la qualité de la fibre ne fait pas tout. Les procédés utilisés en corderie lors de la fabrication du cordage (tressage, ensimage, pré-étirage etc.) influent également sur les propriétés du produit fini. Bref, il existe tout un panel de tresses en Dyneema : de quoi s’emmêler les fuseaux quand on est pas un pro ! Pour acheter un cordage adapté à sa fonction, il faut savoir quelles sont les contraintes de l’application : raideur, résistance au ragage, facilité à épisser, longévité, budget raisonnable ?
Optimisation des drisses et performance du gréement
La raideur des drisses influe directement sur les performances du bateau. Une drisse qui joue à l’élastique, c’est une tension de guindant qui fait le yo-yo ! Une voile mal réglée dans les risées est un vrai gâchis puisqu’une partie du vent n’est pas transformée en vitesse. A ce titre, le Dyneema, dont l’allongement est moindre comparé à celui du polyester, est la fibre idéale pour les drisses. Mais attention ! Il y a souvent une confusion entre les propriétés de la fibre et celle du cordage tressé. On croit souvent à tort qu’une fibre en Dyneema qui a 3% d’allongement donne un cordage qui a également 3% d’allongement. Ce serait vrai si les fibres étaient parallèles entre elles, ce qui n’est pas le cas. Une tresse est forcément plus élastique, puisque les fibres, assemblées en fuseaux, ne sont pas orientées dans l’axe du cordage. Plus le pas de tressage est serré, plus l’angle des fuseaux par rapport à l’axe du cordage est important donc plus la tresse est élastique. Inversement, plus le pas de tressage est long, plus les fuseaux sont dans l’axe de travail du cordage donc plus celui-ci est raide. Conclusion : acheter un cordage en Dyneema à pas de tressage court pour une drisse est un contre-sens !
Sur un yacht de 13 mètres de hauteur de mât, il y a environ 15 mètres de cordage entre l'arrêt de drisse et la planche de tête lorsque la grand-voile est hissée. Les cordages en Dyneema bon marché s'étirent d'environ 2,3 % lors de la mise en place, il faut donc tirer 35 centimètres de cordage supplémentaires pour atteindre la tension de consigne. En cas de pression supplémentaire du vent, l'allongement n'augmente que de 0,1 %, la drisse s'affaisse donc d'à peine 1,5 centimètre. Même avec une bonne corde en polyester, ce serait cinq fois plus. Les bonnes valeurs de la fibre Dyneema peuvent encore être améliorées par ce que l'on appelle l'étirage à chaud. Au cours de ce processus, la tresse est comprimée, ce qui augmente la charge de rupture et diminue encore l'allongement. Comme la fibre est stable aux UV, insensible aux plis et résistante à l'abrasion, elle semble être faite pour la voile. Mais il y a aussi des inconvénients. Ainsi, la surface extrêmement lisse exige des revêtements spéciaux ou des constructions de cordes avec une gaine intermédiaire.
Accroches textiles et gestion du ragage
Transfilages, loops, manilles textiles… Ces accroches modernes sont tellement pratiques ! Bien plus légères que l’accastillage en inox, elles ont en outre le délicatesse de ne pas causer de dommages autour d’elles lorsque, voiles fasseyantes, elles s’agitent frénétiquement. Caractérisé par un coefficient de friction très faible, le Dyneema est une fibre extrêmement glissante et donc très résistante à l’abrasion. A l’image des personnes indifférentes aux critiques, une fibre au faible pouvoir d’accroche est moins sensible aux agressions extérieures. Mais encore une fois, prendre uniquement en compte les propriétés de la fibre pour juger des caractéristiques d’un cordage est une erreur. Un pas de tressage court permet par exemple d’augmenter la résistance à l’abrasion car les fuseaux se protègent les uns les autres. Enfin l’ensimage augmente la résistance à l’abrasion : la pellicule plastique qui enrobe les fibres les protège efficacement des agressions (cristaux de sel, sable, ragage). L’ensimage empêche également que le Dyneema « peluche » : un signe extérieur d’usure qui diminue peu la résistance de la tresse (les fibres intérieures sont intactes) mais qui augmente la sensibilité à l’abrasion. Les peluches s’accrochent partout et accélèrent le vieillissement du cordage.
Solutions économiques et alternatives pour la croisière
De même qu’on n’est pas plus au sec dans un un ciré ourlé de fil d’or, le Dyneema n’est pas un investissement intelligent quand on pratique la croisière en père peinard. Les corderies commencent à proposer des produits grands publics plus accessibles. C’est le cas de Marlow qui a lancé une drisse « D2 Club ». Il s’agit d’un Dyneema de module SK38, moins solide que le Dyneema SK75. La résistance du SK38 est en effet équivalente à celle du polyester, ce qui est largement suffisant en croisière, mais son allongement est beaucoup plus faible. C’est ce dernier point qui très intéressant pour les drisses. Lancelin a de son côté développé la drisse Punch, un savoureux cocktail qui allie Dyneema et polypropylène. Les bouts en polypropylène sont couramment employés pour le remorquage car ils sont élastiques et ils flottent : comme le Dyneema, le polypropylène est hydrophobe et très léger. Son élasticité, supérieure à celle du polyester, empêche cependant de l’utiliser pour fabriquer des drisses. Le faible allongement du Dyneema permet de compenser l’élasticité du polypropylène, tout en restant dans une fourchette de prix raisonnable. Ces nouveaux cordages ont des sections comparables à celles des bouts en polyester.
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Installation de pataras et bas-étai textiles
L’installation d’un pataras textile réglable en tresse Dyneema est de plus en plus courante. Celle-ci ne nécessite pas forcément l’intervention d’un gréeur professionnel. En effet, le plus compliqué dans le passage d’un gréement inox à un gréement textile, c’est l’adaptation des accroches du mât et des terminaisons de câble. Dans le cas du pataras (ou des bastaques), c’est assez simple car il y a toujours une accroche en tête de mât ainsi que sur le bateau. Vous pouvez prendre les cotes vous-mêmes, acheter une tresse en Dyneema SK78 à pas de tressage long et réaliser deux épissures à chaque extrémité. En théorie, l’idéal est de choisir une tresse qui a été pré-étirée à sa charge de travail. La technique du pré-étirage, qui intervient après le tressage, chasse l’air de la tresse, la rend plus compacte et stabilise sa longueur. Une tresse qui n’a pas été pré-étirée s’allongera après sa mise en place. En pratique, ce désagrément n’est pas vraiment problématique car l’allongement peut être facilement compensé en reprenant du palan.
Le bas-étai textile est une option très pertinente, même à bord d’un voilier de croisière. Les économies de poids sont évidemment à prendre en compte mais ce n’est pas l’argument principal. Cette solution est plus sécurisante que la manipulation d’un câble qui fouette les airs. Un bas étai textile se commande depuis le cockpit et s’étarque grâce à un palan dont la manœuvre est renvoyée au piano par l’intermédiaire de filoirs. Contrairement au pataras, la course du palan est très faible à cause des mousquetons de la voile qui doivent descendre le plus bas possible sur l’étai. Les 20 ou 30 cm de palan nécessaires pour le mettre en tension ne sont pas suffisants pour absorber l’allongement d’un cordage non pré-étiré. Pour que l’étai soit bien raide, il est en effet indispensable d’acheter une tresse pré-étirée. Certaines corderies comme FSE Robline pratiquent une technique de pré-étirage particulièrement aboutie : le thermofixage, ou « ultra pré-étirage à chaud ». Il s’agit d’un procédé proche du pré-étirage mais à une température plus élevée, à un taux d’hygrométrie précis et à une tension très contrôlée.
Protection et longévité : surgaines et filières
La pose d’une surgaine en Dyneema est une excellente initiative. Très résistant à l’abrasion et très glissant grâce à son coefficient de friction très faible, le Dyneema est parfaitement adapté à la protection des drisses en tête de mât au niveau des réas et des trompettes (ne jamais utiliser de Dyneema pour les surgaines de bloqueurs ou de winches, il est bien trop glissant !). La pose d’une surgaine en Dyneema est par ailleurs indiquée sur les écoutes de voiles d’avant, au niveau des haubans, ou encore sur le cunningham. Une surgaine ensimée supporte très bien les agressions du sel et des UV. La forte exposition au ragage de la surgaine impose le choix d’un pas de tressage court allié à un grand nombre de fuseaux (32 ou 48).
Les filières textiles sont une alternative très intéressante aux câbles en inox : c’est un système très léger et qui supprime les problèmes de corrosion. La filière est simplement mise en tension avec un transfilage en Dyneema, plus pratique à régler que le traditionnel ridoir car il est rapide et simple à mettre en place. Pour remplacer des filières classiques en toute sécurité, il est fondamental de choisir un câble textile qui résiste bien à l’abrasion. Une tresse à pas de tressage court est donc bien adaptée. Mais pour avoir des filières plus raides, Ino-Rope propose un produit plus haut de gamme : un Dyneema de module SK78 pré-étiré et avec un pas de tressage long pour une tresse très stable en longueur. Pour éviter les problèmes d’usure, l’âme est gainée avec du Dyneema, fibre plus résistante à l’abrasion que le polyester.
Le Dyneema® pour les catamarans : trampolines et sécurité
Le Dyneema® se distingue comme l’un des matériaux les plus performants pour les trampolines de catamaran. Le Dyneema® est l’un des matériaux les plus solides au monde en termes de résistance à la traction. Il est jusqu’à 15 fois plus résistant que l’acier, tout en étant extrêmement léger. Le Dyneema® résiste aux UV, à l’eau salée et aux intempéries, ce qui le rend particulièrement adapté à une utilisation en milieu marin. Comparé à d’autres matériaux, le Dyneema® nécessite peu d’entretien. Le Dyneema® conserve sa forme et sa résistance dans le temps, même sous tension, sans se détendre ni se déformer. Les filets en Dyneema® offrent une bonne stabilité et sont suffisamment souples pour offrir un confort de navigation optimal. Le filet en Dyneema est couramment utilisé comme trampoline entre les coques des catamarans. Sa résistance et sa durabilité offrent une zone sûre et fonctionnelle pour que les passagers se détendent, tout en permettant à l’eau de s’écouler.
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Mécanique des cordages : âme et gaine
L'âme, partie centrale du cordage, est soumise aux charges les plus importantes. L'utilisation du Dyneema pour cette âme confère au cordage des avantages déterminants : faible allongement, haute résistance à la rupture, légèreté, et bonne résistance aux UV et à l'abrasion. La gaine externe a pour rôle principal de protéger l'âme des agressions extérieures et d'assurer une bonne prise en main ainsi qu'un bon fonctionnement dans les bloqueurs et les winches. Le polyester et le polyamide sont les matériaux les plus couramment utilisés pour cette application. Le polyester présente une excellente résistance aux rayons ultraviolets, contribuant à la longévité globale du cordage exposé au soleil. Il absorbe très peu l'eau, ce qui évite au cordage de s'alourdir significativement lorsqu'il est mouillé. La durée de vie d'un cordage dépend de nombreux facteurs, incluant l'intensité de son utilisation, les conditions environnementales et l'entretien. Il est crucial de respecter le "facteur d'usage" ou "charge de travail limite". Dépasser régulièrement cette limite, même sans atteindre la rupture immédiate, provoque une fatigue prématurée des fibres, réduisant la résistance et augmentant l'allongement permanent.
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