Le fusil Mosin-Nagant, une arme emblématique de l'infanterie russe et soviétique, possède une histoire riche et complexe, marquée par des collaborations internationales et des adaptations successives. Ce fusil militaire à répétition manuelle, d'une capacité de 5 cartouches, a été le premier à utiliser la cartouche de 7,62 x 54 mm R et est resté en service sous différentes formes de 1891 aux années 1960. Au-delà de ses caractéristiques techniques, la question du montage de sa bretelle suscite souvent des interrogations, révélant des particularités propres à son design et à son évolution.
Les Bretelles du Mosin-Nagant : Confusion et Caractéristiques Spécifiques
Le choix et l'installation d'une bretelle pour un fusil Mosin-Nagant, notamment pour les modèles 1891/30 et 44, peuvent prêter à confusion. En effet, il existe plusieurs sortes de bretelles, en toile et en cuir, et leurs spécificités ont évolué au fil du temps. Les collectionneurs et tireurs s'interrogent souvent sur l'authenticité et les marques distinctives des bretelles d'époque, en particulier celles utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les bretelles des premiers modèles Mosin-Nagant étaient initialement en cuir fauve. Elles pouvaient présenter des battants métalliques classiques, l'un sur une garniture et l'autre sur le boîtier magasin. Cependant, le montage de la bretelle avec sangle est hérité des fusils de dragon, des troupes à cheval. D'où cette configuration spéciale avec mortaise typiquement russe, plus courte pour faciliter le tir à cheval. La légende dit aussi que cette configuration minimise le bruit à défaut d'une bretelle classique avec grenadières. Seuls les modèles de Dragon et Cosaque avaient les passages de bretelles dans la crosse et une bretelle différente de celle de l'infanterie. Au cours de la Première Guerre mondiale, par mesure d'économie, la fabrication fut simplifiée en supprimant les battants et en ne fabriquant plus que des modèles de crosse de type "dragon", généralisant ainsi le modèle à mortaise.
Après la guerre, on trouve sur le net des bretelles fabriquées dans les années 50-60 pour les pays du pacte de Varsovie. Des questions persistent quant à d'éventuels marquages ou dates figurant sur ces bretelles durant la Seconde Guerre mondiale. On a cru comprendre que les dates ne figuraient qu'après guerre. Il a également été suggéré que, pendant le conflit, les deux morceaux de cuir qui renforçaient les deux jointures de la bretelle étaient rectangulaires et non carrés comme après guerre, et que l'on pouvait même y lire dessus le fabricant ou d'autres informations. Pour le modèle 1891/30 fabriqué pré-Seconde Guerre mondiale, il est reconnaissable, outre ses marquages sur le tonnerre, à ses œillets de renfort sur les passants de bretelle. À partir de 1942, avec les pertes soviétiques énormes et la nécessité d'une production de masse, les fabrications de guerre présentent l'absence d'œillets de renfort sur les passants de bretelle de la crosse et une simple tôle coudée sur le fût.
Le montage de certaines bretelles nécessite un anneau en cuir qui passe dans les logements de crosse et de fût, ce qui a pu être perçu comme moins esthétique que des systèmes plus classiques. D'autres configurations incluent des crochets métalliques, notamment sur certains modèles finlandais, ce qui soulève des interrogations sur la compatibilité entre les bretelles russes classiques et les variantes étrangères.
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Genèse et Développement du Fusil Mosin-Nagant
L'histoire du Mosin-Nagant remonte à la fin du XIXe siècle. Durant le conflit russo-turc de 1877 à 1878, les troupes russes étaient armées en majorité de fusils Berdan à un coup alors que les Turcs disposaient de fusils à répétition Winchester. Cette disparité technologique a mis en évidence la nécessité pour l'armée russe de moderniser son armement.
Dès 1882, le ministère de l'armement russe décida de concevoir une arme alimentée par un chargeur de plusieurs cartouches. Après l'échec de la tentative de modification du Berdan, une « commission spéciale pour l'expérimentation des fusils à chargeur », appelée mission Chagin, fut créée pour tester diverses conceptions, y compris des fusils étrangers comme le Lebel, le Mannlicher M1895, le Lee-Metford et le Mauser.
En 1889, un jeune capitaine nommé Sergueï Mossine, de la fabrique de Toula, soumit son projet de fusil de calibre 3 lignes, soit 7,62 mm, la ligne valant en Russie à l'époque 0,1 pouce et 2,54 mm. Ce projet était en concurrence avec le fusil à 3,5 lignes de Léon Nagant, d'origine belge. À la fin de la période d'essais en 1891, les divers testeurs préférèrent le fusil de Nagant. Lors du vote de la Commission pour l'approbation du fusil, le fusil Mosin recueillit 14 voix contre 10. Cependant, par fierté nationale, des officiers plus influents poussèrent les constructeurs à un compromis : les fusils Mosin seraient utilisés avec le système d'approvisionnement de Nagant. Il en résulta le Mosin-Nagant 1891, avec lequel l'armée du Tsar livra ses dernières batailles jusqu'en 1917. Après les bouleversements de 1918, la nouvelle Armée Rouge se dota à son tour du modèle 1891 et le conserva pendant de longues années.
La production du fusil Mosin-Nagant, dénommé officiellement fusil 3 lignes modèle 1891, commença en 1892. La Russie n'ayant pas l'infrastructure nécessaire pour produire en grande série le nouveau fusil, elle s'adressa à diverses manufactures européennes. Ce fut la Manufacture Française de Châtellerault qui fut la plus à même de produire en grande quantité, réalisant 503 539 armes de 1892 à 1895. Les autres fabricants européens furent l'Osterreichische Waffenfabrik de Steyr en Autriche et la Société Suisse de Neuhausen-chutes du Rhin. Par la suite, les usines des arsenaux de Toula, de Sestroretsk et d'Ijevsk prirent le relais de la production en Russie. À l'entrée en guerre en 1914, la Russie fit également fabriquer des fusils Mosin aux États-Unis par les sociétés "New England Compagny de Springfield" qui produisit 769 520 fusils et "Remington Arms Union Metallic Cartridge Compagny de Bridgeport" pour 840 307 armes.
Entre l'adoption en 1891 et 1910, plusieurs variantes et modifications furent apportées aux fusils existants. Cela inclut le changement des organes de visée, l'implantation d'une culasse renforcée à cause de l'adoption d'une balle de 147 grains, la suppression des doigts d'acier derrière le pontet, un nouveau canon et l'installation d'un montage à galets.
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Caractéristiques Générales du Mosin-Nagant Modèle 1891
Le Mosin-Nagant modèle 1891, également appelé Fusil de trois lignes, se caractérise par des spécifications robustes pour l'époque.
Ses caractéristiques principales sont :
- Calibre : 7,62 mm
- Munition : 7,62x54R
- Longueur totale : 1,306 m
- Longueur du canon : 0,801 m
- Longueur avec baïonnette : 1,732 m
- Poids : 4,400 kg
- Capacité du magasin : 5 coups
L'arme est dotée d'une monture d'une seule pièce à crosse anglaise, longue et effilée, fabriquée en bouleau, hêtre ou noyer. Elle comporte une plaque de couche en tôle emboutie. Le canon est maintenu par une capucine et une grenadière, et une baguette est placée sous le canon. Le boîtier de culasse est à pans, avec une culasse mobile à levier droit. Le magasin fixe contient cinq cartouches en pile unique, formant un boîtier en tôle emboutie saillant devant le pontet. Un ressort à lame actionne la planchette élévatrice, et une portière s'ouvre au-dessous. Il est alimenté par une lame-chargeur. La baguette, en acier bronzé, s'encastre sous le canon et se visse afin d'éviter sa perte. Sa tête, sur laquelle viendra se positionner un protège-bouche pour le nettoyage, comporte un trou où passe le chasse-goupille facilitant sa manœuvre.
Les organes de visée sont constitués par un guidon nu sur embase et une hausse à gradins et planchette. Les gradins vont de 200 à 1000 et la planchette de 1100 à 2600, les mesures étant en arshins russes, soit un arshin égal à 0,711 m. Sur le modèle 1891 d'origine, les appareils de pointage étaient gradués en « arschins », vieille unité de mesure russe équivalente à 0,71 m. En 1908, avec l'adoption de la nouvelle cartouche à balle cylindro-ogivale pointue de 9,4g, une nouvelle planchette fut installée avec des graduations de 1200 à 3200 arshins.
La baïonnette 1891 est de forme cruciforme, l'extrémité ayant la forme d'une lame de tournevis. Elle comporte une virole de blocage et est coudée, de forme archaïque. C'est une baïonnette à douille qui se verrouille au bout du canon par une virole rotative munie d'un poussoir à ressort pour la déverrouiller. L'embase du canon sert de guide. La lame quadrangulaire mesure 43 cm, est bronzée et se termine par un tournevis. Elle ne possède pas de fourreau et est destinée à rester en permanence au bout du canon. Les fentes pour le passage du guidon ont été modifiées ; à l'origine, elles étaient à 90° (entre la première et la troisième fente), notamment pour la fabrication de Châtellerault du début de contrat. Rapidement, l'angulation des fentes est passée à 60°, y compris pour la fin de production de Châtellerault, pour finir en version définitive et la plus courante avec une angulation de 30°.
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Les Modèles et Variantes du Mosin-Nagant
Le fusil 3 lignes modèle 1891 a été décliné en différents modèles pour répondre aux besoins variés des forces armées.
Le Fusil d'infanterie modèle 1891 (nom russe : пeхoтнaя винтовка образца 1891-гo года) fut l'arme principale de la Russie et de l'Armée rouge de 1891 à 1930. Il était assez long, ce qui lui donnait dans le combat au corps à corps une allonge encore accrue par sa baïonnette dont il était toujours équipé en opération.
Le Fusil de cavalerie (nom russe : драгунскaя), plus court de 64 mm et 0,4 kg plus léger que le M1891, était destiné à l'infanterie à cheval et équipé d'une baïonnette. Le Fusil Cosaque (nom russe : казaчья), créé pour équiper les cosaques, était à peu près le même que le modèle cavalerie, mais conçu pour être utilisé sans baïonnette. C'est un modèle rare reconnaissable au signe KU sur le tonnerre.
La Carabine modèle 1907, parfois appelée modèle 1910, est apparue après la guerre russo-japonaise qui démontra que certaines unités, l'artillerie notamment, devaient être dotées d'une arme plus courte que le fusil de dragon. Plus courte et plus légère (0,95 kg) que le M1891, ce modèle était excellent pour la cavalerie, les sapeurs et les artilleurs. Il ne pouvait pas recevoir de baïonnette.
Après la victoire de l'Armée rouge, un département fut créé en 1924 pour moderniser le fusil, qui fut alors utilisé trente années supplémentaires. Cela lança le développement du modèle 1891/30 (nom russe : винтовка образца 1891/30-гo года, винтовка Мосина), basé sur la conception du modèle cavalerie original, simplifié pour faciliter sa production en série. C'est la version la plus courante du Mosin-Nagant, produite et distribuée à l'armée soviétique entière de 1930 à 1945. Il sera utilisé jusque dans les années 1960 et est considéré comme le fusil russe de la Seconde Guerre mondiale. Les changements inclurent la réintroduction d'organes de visée arrières plats et le rééchelonnement de la hausse en mètres à la place de l'antique archine sur les armes du tsar. La hausse tangentielle est maintenant graduée de 100 à 2 000 mètres et simplifiée, les graduations allant de 1 à 20 en 2 colonnes par 100 m. Le nouveau guidon, toujours monté sur queue d'aronde, est une simple petite tige protégée par un tunnel. Le canon fut raccourci de 9 cm, et pour simplifier la fabrication, la boîte de culasse devint cylindrique, la plaque de couche et les faces latérales du magasin étant en tôle emboutie. Les bagues de serrage sont maintenant à ressort et non plus à vis, maintenues par un ressort à épaulement. Une nouvelle baïonnette à ressort, assez semblable à celle du 1891 et d'ailleurs interchangeable, fut conçue pour ce nouveau modèle. C'est une baïonnette à douille, à la longue lame de section cruciforme, coudée dans le genre de celles utilisées au XIIIème siècle, à verrouillage par poussoir à ressort. En respectant la doctrine russe du combat d'infanterie, la mise à zéro est faite avec la baïonnette déployée, ce qui permet des tirs de précision quand celle-ci est fixée sur le canon du fusil, grâce aux vibrations harmoniques créées quand une balle est tirée. La crosse présente une finition en bois lamellé-collé (contreplaqué stratifié), identifiable à ses veines marquées et son apparence tigrée. Ce type de bois a été utilisé en fin de conflit et pendant les années 50-60 pour renforcer la durabilité et la résistance à l'humidité.
Le Mosin-Nagant connut une version de précision (en 1932), dite fusil de sniper ou sniperskaïa, inspirée par les travaux des Allemands. Cette version est utilisée par les tireurs d'élite soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment pendant la bataille de Stalingrad, qui a fait des snipers russes des héros comme Vassili Zaïtsev, Lioudmila Pavlitchenko ou Roza Chanina. Il s'agit d'un fusil à canon long équipé d'une lunette qui se distingue du modèle standard par son boîtier renforcé et son levier d'armement coudé afin de ne pas heurter la lunette. Il s'utilise sans baïonnette et sa finition est généralement meilleure que l'arme de base. La version "sniper" a été équipée de trois modèles de lunette qui ne se sont pas nécessairement succédé mais ont pu être utilisées conjointement : la lunette Modèle PU (plus courte que les anciennes PE et PE-M afin de ne pas bloquer le port d'éjection du SVT et peu coûteuse à produire), la lunette PE plus élaborée et la lunette PEM. Ces fusils étaient réputés pour leur résistance, leur fiabilité, leur précision et leur facilité d'entretien.
La Carabine modèle 1938, un fusil basé sur les plans du M1891/30, fut en service de 1938 à 1945, bien que les exemplaires produits en 1945 soient assez rares. C'est un modèle 1891 avec canon raccourci et sans baïonnette, mais étrangement il en fut réclamée une au cours de la guerre. Plus commode d'utilisation que le 91/30 du fait de son encombrement, de faible coût et facile à produire, cette arme robuste n'était pas dotée de baïonnette. Elle était destinée aux hommes des troupes motorisées, conducteurs, ces hommes étant peu appelés à combattre. La hausse tangentielle à curseur est graduée jusqu'à 1000 m.
L'expérience de la guerre démontrant que le MN 91-30 était trop encombrant et lourd, on décida de monter une baïonnette pliante sur la carabine 1938 et de la distribuer à l'infanterie. C'est ainsi que la Carabine modèle 1944 fut mise en service en fin 1943 et resta en production jusqu'en 1948. Ses spécificités sont très semblables au M1938 à l'exception de la baïonnette fixée en permanence sur le modèle 44 ; celle-ci est à lame quadrangulaire de 430 mm et pliante, fixée à demeure sur le côté droit de l'arme. La fabrication de ces armes cessa définitivement en URSS en 1945.
Enfin, la Carabine modèle 1891/59x désignait des M1891/30 existants qui furent raccourcis à la longueur d'une carabine. On ne sait pas grand-chose à leur sujet, mais il semblerait qu'elle ait équipé les troupes de 2ème voire 3ème zone comme par exemple les gardes de voies ferrées.
Production et Fabricants Internationaux du Mosin-Nagant
La production du Mosin-Nagant ne se limita pas aux seules usines russes, témoignant de son importance stratégique et des défis logistiques de l'époque.
La Manufacture Française de Châtellerault a joué un rôle crucial dans la production initiale du Mosin-Nagant. Entre 1892 et 1895, elle a fabriqué 503 539 fusils pour l'armée russe. Les fusils Mosin-Nagant fabriqués par la Manufacture Française de Châtellerault portent des marquages spécifiques permettant de les identifier, comprenant généralement le marquage de la Manufacture de Châtellerault (MAC), l'année de fabrication, le numéro de série de l'arme et des poinçons de contrôle français. Ces marquages constituent une preuve de l'origine française de l'arme et sont prisés par les collectionneurs.
D'autres fabricants européens, tels que l'Osterreichische Waffenfabrik de Steyr en Autriche et la Société Suisse de Neuhausen-chutes du Rhin, ont également participé à la production de ce fusil.
Pendant la Première Guerre mondiale, face à une demande croissante et aux contraintes de sa propre production, la Russie fit également fabriquer des fusils Mosin aux États-Unis par les sociétés "New England Westinghouse" (769 520 fusils) et "Remington Arms Union Metallic Cartridge Compagny de Bridgeport" (840 307 armes). Cependant, quand le tsar fut détrôné en 1917, le gouvernement américain annula le contrat originellement signé par la New England Westinghouse et par la Remington Arms. Plutôt que de livrer le restant aux bolcheviks, tous les fusils en transit furent achetés par l'armée américaine, sous la désignation "Rifle, 7,62 mm, Model of 1916". Les fusils restés en Grande-Bretagne équipèrent les forces expéditionnaires américaines et britanniques envoyées en Russie du Nord en 1918-1920. Les fusils encore en Amérique finirent par être principalement utilisés pour l'entraînement au tir de l'US Army et dans certains endroits pour équiper les unités de la garde nationale des États-Unis ou du SATC et du ROTC. Après la Première Guerre mondiale, les fusils restants furent déclarés surplus et furent vendus aux membres de la National Rifle Association of America pour seulement 3,34 $ chacun.
Les fusils Mosin-Nagant produits en Russie portaient également des marquages d'usine spécifiques. Les principaux marquages présents dans les dessins de production à partir de 1935 comprenaient l'emblème de l'usine, le marquage personnel du chef du service contrôle qualité, le marquage personnel de l'agent de contrôle qualité, le numéro de lot d'acier, l'année de production, les marques de test avec deux cartouches renforcées, le numéro de série de la carabine, les marques de test de précision et le marquage d'essai de poudre (remplacé après 1940 par le marquage d'essai de cartouche VD). Les emblèmes d'usine les plus faciles à repérer sont ceux de Tula (une étoile avec une flèche à l'intérieur) et d'Ijevsk (une couronne avec un marteau et une faucille à l'intérieur, ou un triangle avec une flèche à l'intérieur).