La natation, discipline reine des Jeux Olympiques, englobe plusieurs styles majeurs, parmi lesquels la brasse occupe une place singulière. Reconnue pour sa technique particulière et son riche héritage, la brasse est une nage complexe qui a évolué au fil des siècles, se positionnant tantôt comme une technique utilitaire, tantôt comme un défi de compétition. Cet article explore les profondeurs de cette nage, de ses origines ancestrales à ses règles modernes en compétition, en passant par les innovations techniques et les débats réglementaires qui ont jalonné son histoire.
La Brasse : Une Nage Naturelle et Historiquement Riche
La brasse est la plus ancienne des nages, mais aussi la plus technique, se présentant comme une nage naturelle et utilitaire. Sa pratique dans l’Occident remonte pour le moins à l’Antiquité. Pendant longtemps et aujourd'hui encore, la technique de brasse se présente comme une nage naturelle et utilitaire, inspirée par l’instinct de conservation, notamment grâce au dégagement des voies aériennes qui contourne le problème de la respiration. On remarque également le mimétisme ancestral et animal des jambes de la grenouille dans son mouvement.
Au XIXème siècle, la brasse acquiert ses lettres de noblesse en tant que nage d’endurance. Un exemple marquant de cette époque est le Capitaine Matthew Webb qui, le 25 août 1875, fut le premier à traverser la Manche entre Douvres et Calais en 21 heures et 45 minutes, en utilisant une nouvelle technique, la nage « Trudgen ». Bien que cette technique, rapportée d'Amérique du Sud par Arthur Trudgen, entraîneur de natation, fût une variante de crawl avec des battements en coup de ciseaux, elle démontre l'expérimentation et l'évolution des techniques de nage en lien avec la brasse.
L'apprentissage de cette nage pour une question de sécurité était primordial au début du XXe siècle. L'année 1900 marque une période où l'on utilisait des bouées et des ceintures, mais il fut rapidement constaté que moins le nageur est soutenu et plus il apprend vite. La brasse fait son apparition aux Jeux Olympiques en 1904, alors qu'avant cette date, il n’y avait pas de nage officielle reconnue pour la compétition. Jusque dans les années 1920, la brasse se positionne comme première nage en tant que technique utilitaire et en seconde position dans le registre de la compétition, juste devant le dos. Complexe et éprouvante, sa technique a continué à se développer, notamment en 1960, avec la coordination et l'élaboration des techniques de bras et de jambes.
Principes Fondamentaux de la Brasse en Compétition : Les Trois Règles d'Or
Pour une brasse efficace, l'apprentissage et la maîtrise de ses règles de base sont essentiels, d'autant plus que cette nage est plus technique qu’il n’y paraît.
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Règle n°1 : Le Positionnement Optimal
Une brasse efficace débute par un bon positionnement et l'alignement du corps. On se concentre d’abord sur l’alignement du corps et sur sa position. Le nageur doit se placer au plus près de la surface de l’eau pour avoir un bon équilibre, ce qui permet également d’avoir moins de poids à déplacer lorsque le corps est en mouvement. Pour vous repérer : sur le ventre, les fesses sont au ras de la surface. La tête est sous l’eau. Les bras sont tendus vers l’avant, et les jambes vers l’arrière, constituant ainsi la position de glissée.
En mouvement, il est crucial d'adopter une position hydrodynamique, notamment au moment de la coulée, car elle permet de mieux glisser dans l’eau. La tête doit rester dans l’alignement du corps, qui est gainé, pour minimiser la résistance et maximiser la propulsion.
Règle n°2 : La Maîtrise des Mouvements de Bras et de Jambes
La coordination des mouvements des bras et des jambes est au cœur de la brasse compétitive. Une fois en position de glissée, bras tendus vers l’avant, paumes jointes, on commence avec un mouvement de bras qui se décompose en quatre étapes clés : l'appui, la traction, la compression, et enfin, la glissée.
Le mouvement débute par la position d'appui, ou position de glissée. La deuxième étape, la traction, consiste à ramener les bras vers l’arrière. Les doigts sont presque joints, les paumes des mains tournées vers l’extérieur et les pouces orientés vers le fond du bassin. Il est important de noter que, quand on ramène les bras vers l’arrière, les coudes ne doivent pas dépasser les épaules. Pendant cette phase, la tête sort naturellement de l’eau. Pour la troisième étape du mouvement, la compression, ou poussée, on ramène les mains vers la poitrine. Ensuite, on les tend vers l’avant, paumes jointes, pour revenir à la position d’appui. La tête, quant à elle, entre sous l’eau au moment de la poussée. Enfin, une fois les bras revenus dans la position d’appuis, on se laisse glisser dans l’eau, profitant de l'élan créé.
Pour la brasse, il faut surtout retenir que c’est le mouvement des jambes, ou ciseau de brasse, qui importe le plus. Contrairement aux idées reçues, bien réalisé, il permet une bonne propulsion. À savoir : c’est l’un des plus techniques et des plus difficiles en natation. Pour le maîtriser, on retient qu’il s’effectue en trois temps : plier, écarter, serrer. Dans un premier temps, on plie les jambes, en ramenant les talons sur les fesses. Ensuite, on écarte, pieds orientés vers l’extérieur, jambes toujours fléchies. Enfin, on se propulse, en resserrant les jambes pour les tendre vers l’arrière. Les jambes reprennent la position de départ. Vous devez sentir une petite ondulation naturelle au niveau du bassin. Il est crucial que les mouvements de jambes soient toujours bien symétriques pour une efficacité maximale.
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Pour être efficaces, les poussées des bras et des jambes doivent être bien coordonnées. Il est important de retenir qu’on plie les jambes une fois la traction avec les bras terminée, optimisant ainsi le cycle propulsif.
Règle n°3 : L'Importance Cruciale de la Respiration
Une bonne respiration est fondamentale pour l'endurance et l'efficacité en brasse. Pour respirer correctement, on se cale sur le mouvement de bras. Au moment de la traction, la tête est hors de l’eau. On en profite pour inspirer un maximum d’air. Il faut ensuite expirer lentement au moment de la poussée avec les jambes. On reprend de l’air lors de la traction suivante, établissant ainsi un rythme respiratoire régulier et synchronisé avec le mouvement de nage.
L'Évolution Technique et les Défis Réglementaires de la Brasse
La brasse, tout au long de son histoire, a été le théâtre d'innovations techniques constantes et de défis réglementaires complexes. Dès le début du XXe siècle, plusieurs nageurs et entraîneurs ont contribué à son développement. En 1929, le Japonais Yoshiyaki Tsuruta fut le premier à fléchir les bras pendant la traction, diminuant ainsi la traînée tout en améliorant la propulsion. Cette innovation lui permit de réaliser un temps de 2'45"00 au 200m brasse le 27 septembre 1929. Il est également noté que les cuisses et les genoux descendaient plus profondément sous l’eau, favorisant ainsi une poussée de la face antérieure des jambes. Six ans plus tard, en 1935, le Français Jacques Cartonn ajoute un mouvement des mains, fauchant la surface de l’eau pour revenir en avant. Juste après-guerre, la Hollandaise Nelly Van Vliet améliore encore la technique en diminuant l’ampleur de l’appui des bras, les coudes restant toujours en avant des épaules. Le travail moteur des jambes se caractérise alors par un mouvement semi-circulaire, et la coordination bras-jambes est de type moderne.
Cependant, ces différentes améliorations techniques passèrent malheureusement trop inaperçues à cause de l’engouement grandissant en faveur de la Brasse-Papillon, et ce au détriment de la brasse dite traditionnelle. L’évolution technique de la brasse se trouva très vite menacée sur le plan sportif par un manque de précision de la réglementation. Dès 1926, des nageurs utilisaient les failles du règlement pour ramener les bras au-dessus de l’eau. Cette technique augmentait la durée d’action et le trajet moteur des bras, rendant leur action propulsive plus complète. Les nageurs qui sortaient les bras au niveau des cuisses trouvaient plus rentable de les ramener au-dessus de l’eau, car les ramener sous l’eau, comme dans la brasse classique, freinait considérablement leur progression.
Durant presque trente ans, cette situation a déclenché de vastes polémiques de la part des compétiteurs, des entraîneurs et des officiels. Les courses devenaient de plus en plus folkloriques, certains nageurs disparaissaient longtemps sous l’eau puis réapparaissaient en Brasse Papillon. D’autres n’usaient de la brasse classique que lors des reprises de nage. Une telle confusion ne pouvait plus durer. Dans une première étape, on a obligé le nageur à conserver, durant la totalité du parcours, la technique choisie dès le départ, brasse ou brasse papillon. À l’évidence, ceux qui battaient des records choisissaient la seconde option.
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En 1953, les sages de la FINA (Fédération Internationale de Natation) renforcèrent la codification de la brasse, tout en définissant un quatrième style : le papillon. La brasse, à partir de ce jour, devint très codifiée. Quatre ans plus tard, en 1957, l'obligation d’émerger la tête durant la course fut instaurée, ce qui entraîna la disparition de la fameuse brasse coulée, jugée dangereuse en apnée prolongée. À partir de cette date, les entraîneurs se sont penchés à nouveau sur de possibles innovations techniques. L'année 1961 voit l’apparition du concept de la brasse « moderne ». L’entraîneur américain James Counsilman et le nageur Chet Jastremski firent progresser spectaculairement les records du monde sur les deux distances officielles, les 100 et 200 mètres.
Brasse : Inné ou Acquis ? Les Prédispositions du Nageur
La question de savoir si un "brasseur" est né ou le devient est un sujet de débat dans le monde de la natation. Pour devenir un « brasseur » de haut niveau, il faut quelques prédispositions, notamment au niveau de la souplesse. Marc Planche, professeur de sport, a écrit dans son ouvrage "Natation Sportive, volume 2, les techniques" (1986) : « On naît « brasseur », on ne le devient pas. » Il soutient que les prédispositions pour devenir un bon brasseur appartiennent au domaine de l’inné, on les possède d’emblée ou on en est démuni. Ceci est particulièrement vrai dans le registre de la flexion et de l’extension du pied qui détermine l’aptitude numéro un pour un fouetté efficace. Contradictoirement, les nageurs doués dans les nages alternatives ont énormément de mal à devenir un « brasseur » de haut niveau.
Le Contexte Global des Nages et l'Émergence d'Autres Styles
Alors qu’au siècle dernier la brasse triomphait dans les contrées européennes, des marins constataient, au cours de leurs pérégrinations autour du globe, que de nombreux indigènes des Antilles et de la Somalie, entre autres, pratiquaient un passage alternatif des bras au-dessus de l’eau, en position ventrale et sur le côté. Ces observations ont joué un rôle dans l'évolution et la reconnaissance d'autres styles de nage.
En 1940, la suprématie de la brasse comme nage la plus rapide fut battue en brèche par une technique britannique, l'« English side stroke » (nage anglaise sur le côté). Cette technique se caractérisait par des bras exerçant une action alternée, uniquement sous-marine, en position costale, accompagnés d’un ciseau de jambes bien différent du coup de pied de brasse d’aujourd’hui. Un peu plus tard, au milieu du siècle, à partir lui aussi d’observations d’indigènes, l’Australien Wallis apporta un élément innovant. Il conseilla de ramener en avant le bras supérieur, au-dessus de l’eau, les nageurs nageant toujours en position costale. En 1855, Wallis fit pénétrer cette nouvelle technique en Angleterre : l'« over arm stroke » était née. Elle devait dominer le monde de la natation presque jusqu’à la fin du XIXème siècle pour les courtes distances et jusqu’à l’aube du XXème siècle sur les longues distances.
Au crépuscule du siècle dernier, le « trudgeon », du nom de son inventeur John Trudgen, supplantait l'« over » sur les courses de vitesse. La nouveauté consistait à allier, en position ventrale, un retour alternatif des bras, au-dessus de l’eau, à un coup de pied classique de brasse. Le placement de l’inspiration provenait encore d’une constatation faite auprès d’autochtones d’Afrique qui, eux, passaient alternativement leurs bras au-dessus de l’eau. Très épuisante dans sa pratique, cette technique se limitait aux 50 yards et au water-polo. Le Trudgen allait connaître en Australie une variante sous l’appellation de « double over arm stroke », la transformation résidant dans le fait d’abandonner le coup de pied de brasse au bénéfice du ciseau de brasse. Cette diversification des techniques de nage a progressivement relégué la brasse pure à un rôle plus spécifique dans la compétition, tout en confirmant son importance historique.
La Natation en Compétition : Cadre Général et Grandes Épreuves
La natation en compétition est un sport encadré et organisé par la Fédération Internationale de Natation (FINA) qui se charge d’établir les règles du sport, de sanctionner les compétitions internationales, de promouvoir la discipline et d’encadrer son évolution et son intégrité. Les compétitions de natation, comment ça marche ? La natation inclut quatre styles principaux : le crawl, la brasse, le dos et le papillon. Chacun a ses propres techniques spécifiques et se distingue par une manière différente de se propulser dans l’eau. Elle est pratiquée en piscine sur des distances allant de 50 à 1500 mètres et englobe également des épreuves comme la nage en eau libre ou le relais.
Les principales compétitions de natation comprennent les Championnats du Monde de la FINA, les Championnats Continentaux et bien d’autres tournois et rencontres internationales. Discipline reine des Jeux Olympiques, la natation aux JO se divise en trois types de compétitions : les courses, les pratiques artistiques et les sports d’opposition (water-polo). Sport olympique depuis les premiers jeux de l’ère moderne, en 1896, les courses de natation en sont souvent le point d’orgue (au même titre que les épreuves d’athlétisme). Avec 18 titres olympiques et 22 médailles au total, l’américain Michael Phelps est le nageur le plus titré de l’histoire, devant son compatriote Mark Spitz (9 médailles d’or sur les JO 1968 et 1972). Chaque nage à sa propre réglementation.