La fanfare est un terme riche en significations, englobant à la fois un genre musical et une formation instrumentale spécifique. Cet article explore en profondeur la définition de la fanfare, son histoire, son évolution à travers les siècles, et son rôle dans la société.
Définition de la Fanfare
Le terme "fanfare" possède deux acceptions principales :
- Musique: Un air vif et rythmé, traditionnellement joué lors de célébrations militaires ou civiles. Il est exécuté par des instruments de cuivre, tels que les trompettes et les cors.
- Ensemble musical: Un orchestre composé principalement d'instruments de cuivre, souvent complété par des instruments à percussion. On parle alors de fanfare municipale, militaire, ou encore de fanfare de patronage.
Origines et Histoire de la Fanfare
Les premières traces de fanfares remontent à l'Antiquité, notamment dans les formations militaires des légions romaines. Des instruments tels que la trompe grecque, le salpinx, la trompe gauloise (carnyx) étaient utilisés pour produire des sons éclatants et rythmiques.
Au Moyen Âge, les enluminures conservées en France et au Royaume-Uni témoignent de la présence des premières formations de fanfares. Les musiciens, ménétriers et cornemuseux offraient leurs services lors des fêtes de village et des événements privés dès la fin du Moyen Âge. La fanfare la plus ancienne encore active de nos jours est la Società Filarmonica Guido Moretti, fondée en 1518.
L'Ère Baroque et le Développement des Fanfares
Sous la monarchie des XVIIe et XVIIIe siècles, de grands compositeurs ont contribué au développement des fanfares. Lully (1633-1687) avec sa "Fanfare pour un Carrousel Royal" et Haendel (1685-1759) avec sa "Music for the Royal Fireworks" sont des exemples notables.
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Louis XV, par l'ordonnance royale de 1764, a permis la constitution des premiers ensembles d'harmonie. Durant la dernière décennie du XVIIIe siècle, la fanfare et l’orchestre d’harmonie ont joué un rôle crucial dans les cérémonies nationales, répondant à un besoin d'unité nationale incarné par La Marseillaise, adoptée comme chant national en 1795 et définitivement comme hymne national le 14 février 1879.
Après la Révolution française, la musique militaire a eu un impact majeur sur la musique populaire, notamment grâce à la musique de la Garde Nationale dirigée par Gossec, héritière de la Musique des Gardes françaises de Louis XVI. Des ensembles similaires existaient également au sein des associations de Sapeurs-Pompiers. Les fanfares, avec leurs sonorités exaltantes, étaient présentes lors de toutes les fêtes républicaines.
Le XIXe Siècle : Un Tournant Décisif
À partir de 1840, le développement des sociétés de musique s'est accéléré, en particulier dans les régions rurales. Ces formations, inspirées des modèles militaires, étaient encouragées par les municipalités. Au début du XXe siècle, presque chaque commune possédait au moins une société musicale.
Après la révolution de 1848, la musique s'est démocratisée, et de nombreuses sociétés musicales ont été créées dans les communes françaises. Ces associations ont connu un grand succès parmi les classes ouvrières, en raison de l'accessibilité des instruments de cuivre et de bois.
Le développement industriel a incité les patrons à offrir des loisirs aux ouvriers, et la création d'une fanfare était perçue comme un moyen d'améliorer les relations et d'apaiser les tensions sociales. La pratique musicale était bénéfique pour les familles, car elle détournait les ouvriers des bars et des syndicats. Ce phénomène était particulièrement visible dans les bassins miniers du Nord-Pas-de-Calais, où chaque compagnie minière possédait plusieurs sociétés musicales. Les Houillères d'Anzin, par exemple, en comptaient sept en 1864.
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Les musiciens talentueux étaient souvent privilégiés et pouvaient se voir offrir de meilleurs postes au travail. Les patrons recrutaient des dirigeants compétents, et certains responsables des mines du Nord ont même embauché des musiciens de la Garde Républicaine.
Pour soutenir les chœurs, il était nécessaire que la fanfare ou l’orchestre d’harmonie soient composés d’un nombre important de musiciens, ce qui a contribué à développer le nombre de pratiquants. Les orchestres d'harmonie tels que nous les connaissons aujourd'hui se sont structurés au début du XIXe siècle, principalement au sein des musiques militaires.
La pratique musicale était également influencée par le prix d'achat des instruments. Les instruments comme la clarinette, le saxophone, le cornet, la trompette, le cor, le trombone, présents dans les orchestres d'harmonie, étaient historiquement accessibles à la petite et moyenne bourgeoisie, et parfois à la classe ouvrière.
La flûte traversière et le hautbois, plus coûteux à l'achat en raison d'une fabrication limitée et de leur absence dans les musiques militaires (à l'exception de la petite flûte), étaient davantage associés à une classe sociale plus aisée. L’évolution de la facture instrumentale a participé au bouleversement de la vie des instrumentistes et des ensembles musicaux, contribuant ainsi à l’évolution des classes sociales. Les instruments de la famille des cordes, avec leur lutherie travaillée, étaient très prisés par la bourgeoisie. Le piano, après la révolution française, a conduit les fabricants à trouver des solutions pour le rendre plus accessible aux demeures bourgeoises, donnant naissance au piano droit.
Aujourd’hui encore, pour s’adapter aux besoins des classes moyennes, les facteurs d’instruments ont recours à l’électronique via des claviers numériques, moins coûteux et plus faciles à transporter.
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Durant cette période, la fanfare a progressivement supplanté l'harmonie, si bien qu'avant la Première Guerre mondiale, les fanfares représentaient les ¾ des effectifs des sociétés de musique. Dans le même temps, ces sociétés musicales se sont regroupées autour de fédérations dès la fin du XIXe siècle.
Le Répertoire Musical au XIXe Siècle
Au XIXe siècle, de nombreux compositeurs ont écrit des pièces en lien avec des événements marquants. Par exemple, Hector Berlioz a composé la "Symphonie funèbre et triomphale" en 1840 pour commémorer le soulèvement de juillet 1830. Pendant la guerre Franco-prussienne (1870-1871), Camille Saint-Saëns s’est engagé dans la Garde Nationale et a composé "la Marche Héroïque" et "Occident et Orient". Presqu'à la même époque, Charles Gounod a composé plusieurs marches, notamment "Marche-Fanfare" en 1876. Le patrimoine musical comprend le grand répertoire de la musique militaire et de nombreuses transcriptions de grandes œuvres symphoniques.
Rôle Social et Éducatif de la Fanfare
La fanfare est avant tout un lieu de socialisation, renforçant les liens entre les membres d'un même village, d'une même usine ou d'une même mine. La musique participe pleinement à la vie du village ou du quartier, animant les fêtes et les commémorations. La fanfare est une pratique musicale collective, jouée par des musiciens amateurs, le plus souvent en plein air. Elle déambule ou défile pour animer la cité.
Jusque dans les années 1950, la fanfare a joué un rôle éducatif important, permettant à de nombreuses personnes d'apprendre gratuitement la musique et d'utiliser un instrument. Pour beaucoup de musiciens, les sorties de la fanfare représentaient les seules occasions de sortir de leur village ou de leur quartier et de découvrir d'autres lieux. Elle a ainsi contribué à la démocratisation de la musique.
Structuration des Sociétés Musicales
Les fanfares et les batteries-fanfares se sont progressivement regroupées au sein de fédérations nationales :
- CMF : La confédération musicale de France fondée en 1833
- FSCF : Fédération sportive et culturelle en France fondée en 1898
- UFF : Union des fanfares de France fondée en 1906
- CFBF : La Confédération Française des Batteries et Fanfares fondée en 1980
Toutes ces fédérations promeuvent la pratique musicale en amateur en favorisant l’enseignement musical et la pratique collective.
Évolution du Répertoire Musical après 1950
À partir des années 1950, de nombreux compositeurs ont développé des pièces pour batterie fanfare, comme "La Douzanie" de Robert Goute ou "la marche des Bouffons" de Jacques Devogel. Dans les années 1960, "la Mazurka" et "Pépita" de Jacques Devogel, ou encore "Bugle Riff" de Guy Luypaerts ont marqué leur époque.
Dans les années 1970, "Mirage" de Roger Fayeulle a apporté aux orchestres un répertoire riche pour tous les niveaux de musiciens, touchant à tous les styles musicaux (traditionnel, jazz, variété, musique de film, musique contemporaine, emprunts ou transcriptions de pièces classiques). Par exemple, dans les années 1980, Pierre Saaorborg, musicien de jazz, a composé des pièces comme "Décors" et "Caroline et Virginie", et Guy Coutanson a créé son morceau "Swing March".
De la fin des années 1990 à aujourd'hui, des compositeurs comme Marc Steckar, Jean-Pierre Pommier, Jérôme Naulais, Andy Emler, Alex Grillo, Désiré Dondeyne, Ida Gotkovsky, Serge Lancen, Roger Boutry ont enrichi le répertoire avec des créations pour orchestres d'harmonie ou fanfares.
Le Déclin Annoncé et le Renouveau
Dans la seconde moitié du XXe siècle, l'attrait de la fanfare a diminué au profit d’autres musiques, comme la mode "yéyé". La fanfare véhiculait une image ringarde, démodée par l’uniforme et le répertoire proposé. Simultanément, les conservatoires et écoles de musique se sont multipliés, offrant de nouvelles possibilités d’apprentissage.
À partir des années 1970, le déclin des sociétés musicales s’est amorcé avec le développement d’autres loisirs (la radio, le disque, la télévision, les discothèques). Malgré tout, la partie nord de la France a su conserver une culture de la fanfare à travers une tradition sociale (classe ouvrière). En revanche, dans le sud de la France, depuis le XIXe siècle, on constate une diminution des orchestres et fanfares plus ou moins accentuée selon les régions.
Les sociétés musicales essaient de rajeunir leur image en adoptant des musiques plus modernes, en acceptant des femmes et en modernisant la tenue, mais cela n’est pas suffisant. Selon une enquête du ministère de la Culture de 1995, la fanfare ne rassemblait plus que 8 % des musiciens amateurs.
En plus de 200 ans, la fanfare a connu de grandes évolutions. Beaucoup de ses orchestres ont disparu, d’autres ont fusionné, et quelques-uns sont nés avec la volonté de rendre les nouvelles fanfares plus attractives.
Le renouvellement du répertoire garantit la survie des fanfares, d’autant que la France est l’un des pays les mieux dotés en patrimoine musical pour les orchestres d’harmonie et les fanfares. La création des batteries-fanfares est une spécificité française inscrite dans notre patrimoine.
L’arrivée avec succès des fanfares au sein des grandes écoles ou des universités a contribué à renouveler le public pratiquant et les répertoires. Au sein de l’École nationale des Beaux-Arts et des Écoles Nationales Supérieures d'Architecture, la première fanfare constituée est la fanfare de l’atelier libre d’architecture Madelain en 1948, suivie en 1955 par "la fanfare Léon Malaquais", qui a donné lieu depuis à de nombreuses autres fanfares. Ces fanfares sont toujours très actives.
Aujourd’hui, il existe également la fanfare de l’École normale supérieure de Paris, l’Ernestphone, ou Fanfarovis à l’École normale de Lyon, et les MaKaBés de la faculté de médecine du Kremlin Bicêtre.
La Musique Militaire et son Association Forte avec la Fanfare
La fanfare s’est développée grâce à la vie militaire, tant par son répertoire que par sa fonction sociale. Les fanfares, puis les batteries-fanfares, sont présentes aux cérémonies officielles et aux défilés. La fanfare est identifiée comme une musique "d’extérieur" proposant un répertoire de musique militaire, notamment de marches guerrières.
Fanfare : Au-Delà de la Musique
Le terme "fanfare" peut également être utilisé au sens figuré pour désigner une démonstration tapageuse ou une vantardise. L'expression familière "sale coup pour la fanfare" signifie une mauvaise affaire ou une situation qui tourne mal. En argot, le mot "fanfare" désignait autrefois la publicité pour un livre ou une pièce de théâtre.
Enfin, la "reliure à la fanfare" est un type de reliure ornementée, apparue au XVIe siècle, caractérisée par une abondante décoration de feuilles, d'arabesques et de volutes entourant un ovale central.