Le Surprise et le Défi de l'Installation d'un Bout-dehors Personnalisé
Le voilier Surprise est né de l’imagination et du coup de crayon de Michel Joubert, en 1976. L’architecte, devenu une référence dans le milieu de la voile, souhaitait proposer un dayboat rapide et simple à manoeuvrer. À l’époque, il trouvera beaucoup de difficulté à trouver un chantier naval intéressé par le projet. C’est le chantier Archambault qui va croire, en premier, aux capacités de ce voilier. Lorsque le chantier le présente au salon nautique de Paris, en 1977, c’est le succès immédiat. Ce joli petit voilier, et ses promesses de vitesses, provoquent un engouement immédiat. Il est vrai qu'en plus d'être élégant sur l'eau, ce voilier polyvalent est rapide et facile à manoeuvrer. L’entrée du Surprise dans l’histoire de la plaisance va se confirmer grâce à l’intérêt d’un suisse. Ce professionnel du nautisme décide d’importer le Surprise et de le présenter au salon nautique de Genève, marquant le début d’une grande histoire d’amour entre le lac Léman et le Surprise. Depuis, c’est plus de 1600 unités qui ont été construites et qui naviguent en Suisse, en France, en Autriche, en Allemagne, et le voilier est devenu un monotype. Le Surprise a été produit par le chantier breton BG Race, qui a racheté les moules et le nom Archambault après la liquidation du chantier. Aujourd’hui, BG Race ayant renoncé à la production du bateau, c’est un breton, Sébastien Gicquel, qui reprend la série à Saint-Brieuc. Il est notable que peu de voiliers proposés sur le marché du bateau neuf, et que l’on peut trouver sur les annonces de voiliers d’occasion, ont des âges de plus de 20 ans, ce qui témoigne de la popularité et de la longévité du Surprise, qui est un des voiliers les plus populaires.
Le Surprise peut répondre à plusieurs programmes. C’est un dayboat très intéressant. Son vaste cockpit et son plan de pont dégagé lui permettent de passer des moments agréables dehors. En navigation, le Surprise n’est pas très technique et ses manœuvres sont faciles. Pour les passionnés d'écoutes, sa carène, qui n’a pas évolué depuis 40 ans (respect de la jauge oblige), donnera des sensations extraordinaires. Très vif dans les petits airs, il sera capable de garder de la toile assez longtemps. C’est un des rares voiliers de l’époque à pouvoir faire un très bon cap au près sans perdre de vitesse tout en étant capable de planer au portant. Enfin, en croisière, ce voilier peut rendre de nombreux services. Sécurisant, il peut donner beaucoup de plaisir à un couple avec deux jeunes enfants dans un confort certain. À l’intérieur, une couchette double et deux banquettes pourront accueillir l’équipage. Une kitchenette et quelques rangements permettront de vivre quelques jours dans un confort de camping agréable. Compte tenu de ces qualités, l'idée d'optimiser un tel voilier pour des performances accrues au portant, notamment avec des voiles asymétriques, devient très pertinente.
Pour des raisons de facilité de manœuvres, l'installation d'un spi asymétrique a été envisagée sur ce type de voilier. Cependant, le problème résidait dans la forme de la cadène avant liée au balcon et la baille de l’ancre qu’il fallait ne pas condamner. Il fallait donc pouvoir envisager un bout-dehors facilement démontable et, idéalement, à prix réduit. De plus, il était souhaité que l’amure passe à l’intérieur, offrant une solution plus intégrée et moins sujette aux accrocs extérieurs. Pour répondre à ces contraintes spécifiques, une approche sur mesure a été adoptée. La solution retenue a été de maintenir le bout-dehors par une bague avant basculante et une bague arrière fixe sur le pont, le tout décalé du tube central du balcon et du taquet central d’amarrage. Cette conception visait à optimiser l'espace existant tout en assurant la fonctionnalité. Pour la construction du bout-dehors lui-même, un mât de planche en carbone a été utilisé, et celui-ci a été doublé à l’intérieur et collé à la résine pour en renforcer la structure. Ce mât étant profilé, il était facile sur la longueur de trouver deux sections différentes emboîtables, facilitant ainsi l'assemblage et le renforcement. Une particularité importante de cette installation est que la solidité de l’ensemble ne nécessitant pas de barbe de renfort, ce qui simplifie d'autant la mise en œuvre et réduit le nombre de points de tension sur le voilier.
L'installation de ce bout-dehors personnalisé se déroule de manière simple et ingénieuse. Il suffit de basculer la bague avant vers l’avant, ce qui ouvre l'accès pour l'insertion. Ensuite, on introduit le bout-dehors dans cette bague par l’arrière, puis on le glisse suffisamment vers l’avant. Une fois positionné, il convient de rebaisser l’ensemble de la bague avant et du bout-dehors, puis d’introduire ce dernier dans la bague arrière. Il est ensuite nécessaire de le régler en le glissant vers l’arrière jusqu’en butée du renfort résiné blanc, identifié par le repère (2). Pour bloquer le bout-dehors dans cette position de navigation, on utilise un bout bleu, désigné par le repère (1). Ce système permet une mise en place et un retrait aisés, répondant à l'exigence d'un bout-dehors facilement démontable, essentiel pour préserver l'accès à la baille à mouillage et ne pas gêner les manœuvres habituelles du Surprise lorsque le spi asymétrique n'est pas utilisé.
Pourquoi un Bout-dehors est devenu Incontournable : Contexte et Avantages Généraux
Alors qu’il trustait les étraves de tous les navires à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, cet espar, appelé beaupré à l’époque, a peu à peu disparu au fil du temps avant de revenir en force depuis une vingtaine d’années sous la forme du bout-dehors moderne. Avec les plans de voilure actuels, le bout-dehors est devenu incontournable. Sur nos multicoques de croisière, il a d’abord fait sa réapparition sur des unités performantes, où il permet d’avancer le centre vélique des voiles d’avant. Cette résurgence n'est pas un simple retour en arrière, mais une adaptation aux exigences de la navigation contemporaine, tant en course qu'en croisière.
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La géométrie des récents plans de voilure lui redonne sa justification sur des croiseurs de grande production plus placides. De manière générale, les génois ont perdu du recouvrement afin de faciliter les virements de bord. Ils sont même devenus parfois autovireurs, une évolution qui simplifie grandement les manœuvres en équipage réduit ou en solitaire. Cependant, cette simplification a eu un impact sur la performance. Même quand le mât a été reculé - comme sur certains modèles très récents - quand on navigue aux allures débridées, petit largue et travers, les voiles d'avant traditionnelles ne sont plus assez puissantes. Un gennaker ou un Code 0 devient indispensable pour tenir une bonne moyenne dans ces conditions.
L'intégration de ces voiles supplémentaires n'est cependant pas sans défis. Si cette voile puissante est enroulée juste devant le bord d’attaque du génois (c’est le cas le plus fréquent, notamment sur un bateau de croisière), cela perturbe grandement les entrées d’air au guindant, faisant chuter drastiquement le rendement de celui-ci. Et de même, quand le génois est enroulé, il perturbe le gennaker, créant une interaction négative qui diminue l'efficacité de l'ensemble du gréement.
La solution la plus simple et la plus efficace consiste donc à éloigner le point d’amure de ces deux voiles grâce au bout-dehors. Les avantages sont alors nombreux et significatifs. En premier lieu, la surface des voiles de portant peut être augmentée d’autant que la bordure va être plus grande, ce qui se traduit par une puissance accrue. Ensuite, les voiles ne se gênent plus et les écoulements d’air sont parfaitement laminaires, garantissant un rendement optimal. Mais on peut aussi les faire travailler ensemble, ce qui est très efficace au petit largue en créant un effet Venturi entre les deux, optimisant la portance et la propulsion. Enfin, pour les allures plus abattues, le bout-dehors a pour effet d’éloigner le bord d’attaque du spi asymétrique, et permet de descendre de facilement 10° supplémentaires par rapport à un spi amuré sur la poutre avant. On peut ainsi descendre facilement jusqu’à 150-155° du vent apparent, élargissant considérablement le champ d'action et la vitesse potentielle au portant. Un bout-dehors est aujourd’hui un équipement presque incontournable sur un voilier de course ou un croiseur performant.
Solutions Existantes pour l'Intégration d'un Bout-dehors
Le marché actuel propose de nombreuses solutions de retrofit disponibles « sur étagère » pour l'installation d'un bout-dehors. Ces options permettent aux propriétaires de voiliers, même ceux qui n'en sont pas pourvus d'origine, d'adapter leur gréement aux exigences des voiles de portant modernes. Les bouts-dehors peuvent avoir plusieurs formes et être fabriqués dans différents matériaux, tels que l'aluminium ou le carbone. Ils peuvent également être pivotants ou rétractables, offrant ainsi une flexibilité d'utilisation et d'intégration.
Parmi les modèles standardisés, le bout-dehors en aluminium est une option courante, bien qu'il puisse être commandé en carbone pour une performance accrue. Le bout-dehors en aluminium, même s'il possède une certaine souplesse, est généralement suffisamment solide pour accueillir un spi asymétrique au portant. Cependant, il pourrait ne pas être assez robuste pour un gennaker avec lequel on va serrer le vent, impliquant un guindant étarqué. Pour cet usage plus exigeant, il faudra renforcer le bout-dehors avec une sous-barbe afin de garantir sa résistance aux charges importantes.
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Une catégorie populaire de bouts-dehors est celle des modèles rétractables. L'installation est souvent simple sur les voiliers qui n'en sont pas pourvus d'origine. Le bout-dehors passe dans un anneau installé à l'étrave sous le tambour de l'enrouleur, et l'arrière du bout-dehors est bloqué dans une cadène, offrant une stabilité en position déployée. Au repos, le bout-dehors peut être reculé et bloqué dans une seconde cadène, ce qui permet de le ranger et de dégager le pont avant lorsqu'il n'est pas utilisé. Bien que l'installation et l'utilisation soient simples, il est important de noter que la pose d'un bout-dehors gêne souvent l'accès à la baille à mouillage, un compromis à considérer lors de la planification.
D'autres options se distinguent par leur conception et leurs avantages. Les bouts-dehors en A de Trogear sont légers et rigides, ce qui les rend aussi adaptés à la course qu’à la croisière. Plusieurs options de montage existent pour ces systèmes, incluant une compatibilité avec la plupart des supports de davier. Le grand avantage de ces bouts-dehors est qu’ils n’encombrent pas le pont avant, préservant ainsi l'espace de manœuvre et de circulation. Les bouts-dehors à tube simple, comme ceux de Selden et Facnor, sont généralement bien plus abordables et peuvent être autoportés sans sous-barbe. Ceci est réalisable en fixant environ 50 % de la longueur totale du tube sur le pont avant, le reste étant projeté vers l’avant. En conséquence, ils occupent une part importante de la surface disponible du pont avant, ce qui peut être un inconvénient pour certains utilisateurs.
Si vous cherchez un bout-dehors pour votre bateau, cela vaut la peine de vérifier s’il existe des options dédiées proposées par le chantier naval d'origine. Ces solutions sont souvent optimisées pour l'architecture spécifique du voilier. Sinon, le marché offre une multitude de solutions de retrofit standardisées. Cependant, si aucune des options disponibles « sur étagère » ne convient parfaitement aux spécificités de votre bateau ou à vos exigences particulières, une approche sur mesure ou semi-sur mesure peut s'avérer être la seule solution, comme cela a été le cas pour l'installation détaillée précédemment sur le Surprise. Cette flexibilité permet d'adapter le bout-dehors aux contraintes uniques de chaque voilier, telles que la forme de la cadène avant, l'emplacement du balcon ou l'accès à la baille à mouillage. Pour un bateau de 45’, une longueur de 80 à 100 cm est la taille habituelle pour un bout-dehors, offrant un bon équilibre entre performance et intégration. Il est à noter que les poutres avant en aluminium sont souvent renforcées avec un module interne pour la compression, ce qui permet de monter un bout-dehors sans problème tant qu’il reste d'une taille raisonnable.
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