Le Remorquage en Kayak de Mer Bord à Bord : Techniques et Équipement Essentiels pour la Sécurité

La pratique du kayak de mer, bien que souvent synonyme de liberté et d'exploration, requiert une préparation rigoureuse en matière de sécurité. Au cœur de cette préparation se trouve la maîtrise des techniques de remorquage, un geste salvateur qui peut faire la différence en cas de défaillance matérielle ou humaine. Le bout de remorquage, souvent perçu comme un simple accessoire, est en réalité un élément essentiel de la sécurité en kayak de mer, dont la conception, le positionnement et l'utilisation sont sujets à des réflexions approfondies parmi les pagayeurs expérimentés.

L'Impératif de la Préparation : Penser comme un Sauveteur

Lorsqu'il s'agit de s'équiper d'un bout de remorquage, une distinction fondamentale doit être faite entre la perspective du remorqueur et celle du remorqué. En effet, il est crucial de toujours garder à l'esprit d'être le sauveteur et donc de pouvoir porter assistance. Ceux qui disposent le bout de remorquage sur la pointe avant ne pensent qu'à être remorqués, une approche qui néglige la responsabilité d'intervenir. Souvent, on pense peut-être à tort que "largable" est égale à un programme rivière, en plus, mais la capacité de larguer rapidement le bout est tout aussi vitale en mer. Le bout de remorquage est ainsi un accessoire aussi utile qu'indispensable, et son agencement doit privilégier l'efficacité et la rapidité d'action pour le sauveteur.

Systèmes de Remorquage : Bout en Ceinture ou Sur le Pont ?

Le choix de l'emplacement du bout de remorquage est un sujet de débat fréquent parmi les kayakistes, avec deux options principales : le bout en ceinture ou celui fixé sur le pont du kayak. Chaque système présente ses avantages et ses inconvénients, et la décision finale dépend souvent du confort personnel et des préférences d'utilisation.

Le bout en ceinture est une option privilégiée par de nombreux pagayeurs. Par exemple, certains s'équipent d'un bout ceinture, la raison en est qu'en rando sur plusieurs jours il tend à se gêner avec la carte de nav, bien que cet aspect soit minoritaire. La ceinture de remorquage, souvent munie d'une boucle de largage rapide, offre un confort supérieur à un bout fixé au pont. Un kayakiste a partagé son expérience avec sa ceinture de remorquage Ocean Pro de Palm de 10 mètres, la trouvant plus confortable. Il existe une façon de ranger son bout dans la poche de ceinture pour que le bout se déroule bien à l'utilisation : il faut le lover. Pour le lover, il passe le bout sur un pouce tendu puis sur l'autre pouce en faisant des 8. Une sangle ventrale largable intégrée est souvent présente, permettant de mousquetonner immédiatement et de tirer, larguer si nécessaire, en bout long. Le sac étant sous l'aisselle ne gêne ni le pagayage, ni l'eskimo. En UK, certains pagayeurs ont un sac à lancer sur la poitrine, avec un savant système débrayable, modulable largable, qui permet de ranger facilement le bout, de le positionner, de l'utiliser, de le larguer sans inconvénient. La configuration d'un bout en ceinture a été testée plusieurs fois en réel par des pratiquants.

Quant au bout de remorquage sur le pont, il est souvent amarré à la ligne de vie. Cependant, une difficulté courante avec cette configuration est qu'il avait tendance à faire des boucles et à finir à la flotte. Sur un Narak, la boucle de remorquage est devant l'hiloire, simplifiant l'accès. Mais, pour la plupart des bateaux, on vient fixer le bout sur la pointe du bateau, et dans ce cas, le remorqué ne peut pas le faire lui-même, ce qui souligne l'importance de la perspective du sauveteur.

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Certains pagayeurs trouvent que les deux systèmes ne sont pas forcément incompatibles. En fait, avoir les deux permet d'avoir un bout long et un bout court, qui peuvent être indifféremment utilisés suivant les situations. Par exemple, un sac à lancer sur le gilet peut servir de bout long, avec une sangle ventrale largable intégrée. Un bout court sur le pont peut être complémentaire, avec un nœud largable sur la ligne de vie latérale. Le défaut de cette configuration est que si vraiment il faut lancer le sac, il faut commencer par libérer le mousqueton arrière de la ceinture, ce qui est un peu limite si ça se corse (obligé de lâcher la pagaie plusieurs secondes).

Caractéristiques Essentielles du Bout de Remorquage

La conception d'un bout de remorquage efficace ne se limite pas à son emplacement. Plusieurs caractéristiques techniques sont cruciales pour sa performance et la sécurité.

La Longueur et son Adaptation

La longueur du bout est un facteur important. Il est souvent recommandé que la longueur du bout fasse environ 7-8 mètres avec le système amortisseur. D'autres pratiquants utilisent des bouts plus longs, par exemple, un bout de 15 mètres. Pour gérer cette longueur, certains kayakistes font des nœuds de chaînette largables, tenus par un mousqueton, sur leur bout de 15 mètres. Ainsi, ils en réduisent la longueur et ne défont le nœud de chaînette que s'ils doivent faire un remorquage long. Un bout très long, par exemple, deux fois la longueur du kayak, permet de le réduire le temps de la sortie immédiate d'une zone trop chaude et de le mettre assez long pour le remorquage sur longue distance. Cette adaptabilité est essentielle, car il faut pagayer 15 mètres avant de vraiment tracter le naufragé avec un bout très long.

L'Amortisseur : Indispensable en Mer

L'amortisseur est un composant vital, particulièrement en mer. Sa présence est fortement conseillée sur les bouts de remorquage mer. J'ai une question par curiosité : à priori tu n'as donc pas d'amortisseur sur ton bout de remorquage comme tu utilises ta corde de rivière en mer. Perso on m'a toujours appris à avoir un amortisseur sur mes bouts de remorquage mer. L'absence d'amortisseur est ambiguë ; j'en utiliserais bien un sur longue distance. Le bout flottant semble être un peu élastique ce qui sur 15 mètres doit donner un petit effet amortisseur, mais un amortisseur dédié est préférable.

Les Flotteurs : Visibilité et Facilité de Saisie

Les flotteurs jouent un rôle crucial pour la visibilité et la facilité de manipulation du bout. Pour cette raison, on met un flotteur juste après le mousqueton. Le mousqueton fait couler l'avant du bout et donc on peut le saisir rapidement quand l'extrémité flotte. Ensuite si le bout est non flottant, il coule lentement. Les flotteurs doivent être de préférence fins et de couleur voyante.

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Le Mousqueton et le Système Largable

Le mousqueton, de préférence rapide et en inox (par exemple, 75 mm), est l'interface entre le bout de remorquage et le kayak du secouru. Il doit permettre une connexion et une déconnexion rapides et sûres. La capacité de larguer rapidement le système est primordiale. Cela peut se faire via un mousqueton largable (type mousqueton de spi) ou une boucle de largage rapide intégrée à une ceinture. Tentez de défaire un nœud placé derrière vous ? C'est pourquoi un point de remorque à l'arrière, de type remorqueur abeille bourbon, est souvent abandonné au profit d'une attache plus accessible. Pour remorquer, on frappe le bout soit sur la sangle basse de gilet, soit sur la ligne de vie, et toujours au plus près de soi et devant soi, pour voir ce qui se passe et larguer rapidement si nécessaire.

Fabrication et Rangement d'un Bout de Remorquage Maison

Il est tout à fait possible de fabriquer soi-même un bout de remorquage efficace, moyennant un peu de matériel et d'application, pour environ 40 euros.

Matériel Nécessaire :

  • 12 m de bout de polyester tressé de diamètre 6 mm, de couleur voyante de préférence (le bout après fabrication fera environ 8,50 m).
  • 70 cm de sandow de 6/8 mm de diamètre pour fabrication de l’amortisseur (longueur après fabrication : environ 33 cm).
  • Flotteurs (type flotteurs ovoïdes pour filets de pêche) : soit 5 petits (ø 35 mm, L 46 mm) ou 3 moyens (ø 43 mm, L 72 mm). Il est préférable de choisir les flotteurs fins.
  • 1 mousqueton "rapide" de 75 mm (en inox).

Étapes de Fabrication :

  1. L'Amortisseur : À 8 m environ d’une extrémité, installer un amortisseur composé du sandow et du bout enroulé autour. La longueur de l’amortisseur, après fabrication, est à peu près de 33 cm, mais environ 2,60 m de bout sont absorbés par cette fabrication. Un nœud, de chaque côté des spires, fixe l’amortisseur.
  2. Les Flotteurs : Proche de l’extrémité, placer les flotteurs en faisant un nœud de chaque côté du groupe de flotteurs pour les empêcher de se déplacer.
  3. Le Mousqueton : Faire un nœud avec le moins d’aspérités possibles, possiblement finir avec une ligature. Le mousqueton servira à crocheter la ligne de vie du kayak aidé.
  4. L'Autre Extrémité : L’autre extrémité sera attachée au kayak du secoureur. Cela pourra être via un double nœud gansé sur la ligne de vie ou via un mousqueton largable (type mousqueton de spi).

Rangement Optimisé :

Le bout devra être rangé de façon à ce qu’il ne se défasse pas lors de passage de vagues ou lors d’eskimo. Différents types de bout existent : ils peuvent être à poste sur le pont ou sur soi dans une ceinture largable. On en trouve dans le commerce prêts à l’emploi. Ils sont généralement dans un sac, ce qui permet de garder le bout rangé et d’éviter de faire des nœuds ; ou associés à une ceinture largable. Un sac à lancer sur le gilet, bout long, avec une sangle ventrale largable intégrée, permet de mousquetonner immédiatement et de tirer, larguer si nécessaire, en bout long. Le sac étant sous l'aisselle ne gêne ni le pagayage, ni l'eskimo.

Techniques de Remorquage Bord à Bord et d'Assistance

Le remorquage ne se limite pas à attacher un bout. Il s'agit d'une série de manœuvres précises et adaptées à chaque situation d'urgence, souvent réalisées "bord à bord" pour maximiser l'efficacité et la sécurité.

L'Approche du Kayakiste en Difficulté

La première étape cruciale est l'approche du dessalé ou du kayakiste en difficulté. Il est impératif de se mettre au vent du bateau du dessalé. Le sauveteur a une position de pivot. Si l'approche se fait dans l’axe du vent (ou du courant), la manœuvre en est facilitée. Les approches en milieu remuant (bord de côte, ressac sur récifs etc…) doivent se travailler lors d'exercices afin d'aller crocheter un kayak en position difficile.

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Le Remorquage par Contact : Stabilité et Efficacité

Le remorquage par contact est une technique très efficace, surtout dans des conditions délicates. Elle consiste à former un "radeau" où le remorqué se tient au remorqueur. Cela stabilise les deux kayaks et facilite l'opération. En cas de panique du kayakiste secouru, le radeau formé est très efficace, en plus ça stabilise le remorqueur et le remorqué. Un ami m'avait récupéré dans les déferlantes près d'une roche, j'avais presque remis ma jupe quand une nouvelle déferlante, bien lourde, nous a pris de travers nous retournant tous les deux comme des crêpes. Mon sauveur a eu la bonne idée de s'appuyer sur mon kayak pour se remettre lui-même à l'endroit vite fait, puis il m'a aidé à me remettre à l'endroit.

Dans une situation de remorquage par contact, si le kayakiste est toujours dans son kayak (dessus ou dessous) mais en panique, cette technique est particulièrement adaptée. Le secouru s’appuie sur le kayak sauveteur, généralement devant la trappe. Le sauveteur tient le bout de remorquage avec une main et le secouru s'appuie sur le kayak du sauveteur de l'autre main.

Remorquage du Radeau de Deux Kayaks

Lorsque deux kayaks doivent être stabilisés, ils peuvent être solidarisés en radeau. On peut créer un radeau en se plaçant côte à côte et en accrochant les lignes de vie. Si les deux bateaux ne surfent pas, un bout de remorquage plus long peut être utilisé. Pour cela, un nœud de remorquage qui permet au kayakiste remorqué de se détacher du remorquage en cas de besoin est crucial.

Solidariser Trois Kayaks en Radeau

Pour une stabilité maximale, notamment lors de la récupération d'une personne inconsciente ou en hypothermie, on peut former un radeau de 3 kayaks. Les 3 kayaks sont attachés par un bout et les pagaies sont fixées. On place le secouru sur les ponts avant des 3 kayaks en radeau. Les sauveteurs se positionnent à l’arrière des ponts des kayaks. Le secouru est mis sur le côté, visage vers les sauveteurs pour voir ses réactions. C’est une technique qui est utilisée si le radeau n’est pas attaché.

Manœuvres d'Assistance et de Récupération Complémentaires

Au-delà du simple fait de tracter un kayak, le remorquage s'inscrit dans un ensemble plus large de techniques d'assistance et de récupération.

Le Réembarquement Assisté

Le réembarquement assisté est souvent nécessaire après un dessalage.

  • Récupération en X classique : Le sauveteur vide le kayak du dessalé en le basculant sur son propre kayak, formant un "X".
  • Récupération par mer agitée : Pour des raisons de stabilité à l’opération, deux sauveteurs ou une autre configuration peuvent être nécessaires. Pour le reste, c'est identique à la récupération en X.
  • Récupération tête-bêche : Les kayaks du sauveteur et du secouru sont collés l’un contre l’autre, tête-bêche. Le sauveteur peut d’une main aider le secouru en le tirant par son gilet de sauvetage. Le secouru saisit la ligne de vie du kayak sauveteur pour se hisser. Ensuite, il met ses jambes dans son hiloire, puis se retourne et se redresse. Cette méthode est préconisée. Le sauveteur redresse le secouru et son kayak plein d’eau. Le secouru réintègre son kayak placé sur la tranche.

Vidage du Kayak

Après un dessalage, vider le kayak est essentiel.

  • Vidage assisté : Avec un autre kayak, on peut vider le kayak de l’eau dans un second temps avec la pompe ou une écope. Une autre récupération dans ces conditions est que 2 kayaks se mettent à couple près du secouru.
  • Position du "Cochon Pendu" : Si le réembarquement est impossible sur le lieu du dessalage, ou si le bateau est abîmé, le secouru peut passer ses jambes par-dessus le pont du kayak dans la position du cochon pendu. Cette technique est exposée et préconisée.

Réembarquement Autonome ou Assisté

  • Réembarquement à la pagaie stabilisée : Le kayakiste utilise un paddle-float, un pain de mousse ou le gilet de sauvetage (placé au bout de la pagaie) pour stabiliser la pagaie et s'appuyer dessus pour remonter dans le kayak. Cette technique doit être maîtrisée par les personnes qui partent naviguer seules. Grâce à ces systèmes, la pagaie et son flotteur deviennent un appui relativement stable.
  • Auto-sauvetage assisté : Un sauveteur aide à la stabilisation du kayak pendant que le dessalé réintègre son embarcation.

Autres Utilisations du Bout de Remorquage

Le bout de remorquage a d'autres applications pratiques :

  • Mise au mouillage : La ceinture de remorquage peut servir pour mettre les kayaks au mouillage lors des pique-niques, cela évite la fatigue du portage. Les kayaks peuvent être attachés en passant le bout sous les lignes de vie des kayaks et en le crochetant au dernier kayak.
  • Sortie de déferlantes : Une ceinture largable peut être très utile pour sortir un compagnon des déferlantes. J'ai sorti son kayak pendant que l'encadrant la sortait elle puisqu'elle avait chaviré et n'avait pas pu esquimauter.

Gestion des Situations d'Urgence et de Sécurité

Le remorquage est une réponse immédiate, mais la gestion complète d'une situation d'urgence implique d'autres considérations.

Hypothermie

L'hypothermie est un risque majeur en kayak de mer, surtout après un dessalage. Il est impératif de couvrir le secouru au maximum, de lui donner une couverture de survie et de lui mettre un bonnet ou une cagoule. Ne pas frictionner la personne et ne pas lui donner de boisson chaude dans l'immédiat. En cas de forte hypothermie, il faut mettre le secouru sur un radeau (sac de survie ou à défaut couverture de survie, bonnet…). Il est crucial d'aller à terre et de le placer dans un endroit protégé du vent et du froid.

Kayak Inondé ou Abîmé

Un caisson éclaté qui prend l’eau permet en général de faire route, mais il faudra surveiller la situation. Pour ralentir l'inondation d'un kayak, on peut utiliser des sacs étanches, des bouteilles vides, un gilet de sauvetage, un pain de mousse, un paddle-float, etc.

Atterrissage Forcé

Dans certaines situations, un atterrissage forcé peut être la meilleure option. Il faut débarquer le kayak en difficulté, et attendre que le précédent ait débarqué avant de démarrer. Une méthode consiste à tomber volontairement, ce qui arrête instantanément le kayak. C'est un moment pour se renverser. En cas de difficulté, les kayakistes peuvent s’accrocher à leur bateau en le poussant devant eux pour regagner le rivage.

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