L’Artisanat Contemporain en Bretagne : Entre Tradition Faïencière, Innovation Écologique et Créations en Résine

La Bretagne, terre de caractère et de savoir-faire ancestral, se réinvente aujourd’hui à travers une effervescence créative qui mêle respect des racines et audace technologique. Qu’il s’agisse de la faïence iconique de Quimper ou des nouvelles explorations autour de la résine et des matériaux recyclés, le paysage artisanal breton témoigne d’une vitalité exceptionnelle. Cette dynamique, portée par des ateliers emblématiques et de nouveaux entrepreneurs passionnés, redessine les contours d’un patrimoine vivant, où chaque objet raconte une histoire singulière, de la main de l’artisan à l’imaginaire du collectionneur.

L’Excellence de la Faïence : Les Céramiques de Cornouaille

Les ateliers des Céramiques de Cornouaille, à Saint-Évarzec dans le Finistère, sont ouverts à la visite. Les Céramiques de Cornouailles fabriquent près de 10 000 bols à oreilles par semaine. Impossible de résister. Quand on passe devant un présentoir de bols bretons, on cherche son prénom, celui de son chéri, de ses enfants, de sa meilleure amie, de la tante du voisin ! Dans le magasin d’usine des Céramiques de Cornouaille à Saint-Évarzec près de Quimper (Finistère), on a l’embarras du choix. L’entreprise en fabrique près de 10 000 par semaine ! Qui partent chez ses clients : des boutiques revendeuses pour la plupart. Le top actuel des prénoms les plus demandés : « Arthur, Camille, Alice et Chloé », informe le gérant Xavier Dutertre. Ce petit-fils de faïencier dans le Maine-et-Loire s’est lancé dans l’aventure Les Céramiques de Cornouaille à Quimper en 1998. Avec Catherine Nourgoullous, ils ont démarré par une activité de décoration. En 2023, ils ont pris un grand virage en choisissant d’assurer aussi la fabrication des bols en faïence au lieu de les importer.

Ils se sont installés dans la zone d’activités de Troyalac’h où ils ont investi deux millions d’euros et emploient désormais une vingtaine de salariés. Leur entreprise se visite tout l’été dans le cadre de l’opération Les secrets de nos boîtes. Baptiste, un salarié, guide les curieux dans l’atelier. La vie du bol prénom commence par la fabrication des moules en plâtre dans lesquels une machine coulera ensuite la pâte de faïence pour donner sa forme au bol. Chaque bol est inspecté et les défauts sont corrigés à l’éponge, aux Céramiques de Cornouaille. Le four des Céramiques de Cornouaille peut contenir 7 000 bols. Il s’agit de déposer une poudre bleue à l’éponge sur les oreilles et le dessus du bol. L’épongé bleu est réalisé à la main aux Céramiques de Cornouaille. « Au sein de notre atelier, nous combinons les robots et les techniques artisanales les plus traditionnelles. Dans les ateliers des Céramiques de Cornouaille, les décors sont appliqués par décalcomanie puis fixés par une ultime cuisson. « Le couple fait 70 % de nos ventes », informe le guide.

Engagement Environnemental : La Vision de DAMIA

Au-delà de la production utilitaire, l’art en Bretagne s’empare des enjeux climatiques. Du 16 octobre 2024 au 11 mai 2025 et en écho à Empreinte carbone, l'expo !, le musée présente une sculpture de l’artiste espagnol DAMIA : une bouée marine de deux mètres de diamètre, composée de plastique recyclé et recouverte d'une peinture absorbant le CO2. Installée sur le parvis, une bouée de marine de deux mètres de diamètre joue le contraste entre l’esplanade et le chevet de l’ancienne église Saint-Martin-des-Champs. La bouée, en partie composée de plastique recyclé recouvert d’un mortier de chaux et d’une peinture ayant la particularité d’absorber le dioxyde de carbone, présentera à l’issue de ses sept mois d’exposition un bilan carbone négatif.

L’artiste a choisi un objet maritime familier qu’il recompose ici à l’aide de plastique, un matériau dont la présence dans les océans constitue aujourd’hui une question environnementale majeure. L’utilisation de plastique recyclé pour façonner une œuvre d’art est une réponse à cet enjeu actuel. La forme de la bouée évoque également une toupie, un jeu d’enfant qui prend ici des proportions généreuses et étonnantes. En jouant le décalage né de ce gigantisme, l’artiste nous place à la fois devant l’ampleur du défi environnemental et face à un surgissement poétique inattendu. La bouée est également une balise, un objet qui indique un danger sous-marin ou un chemin à suivre. DAMIA nous signale ainsi un écueil mais aussi une possibilité, nourrie par la créativité et la poésie, de contribuer à une transition écologique nécessaire.

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Diplômé des Beaux-Arts de l’Université polytechnique de Valence et de l’Ecole nationale supérieure des arts visuels de La Cambre de Bruxelles, DAMIA, débute sa carrière en 1986. La carrière internationale de DAMIA témoigne d’une recherche pour allier modernité, humanisme, classicisme artistique et héritage baroque. Il aborde des concepts qui préoccupent la société moderne, mais qui sont aussi éternels, tels que le déracinement, la moquerie, l’équilibre ou le silence.

L’Artisanat Individuel et la Résine : Nouvelles Approches

Le paysage artisanal se nourrit également de profils atypiques. Daniela Ramalho, de Trévron (Côtes-d’Armor), s’est lancée dans une autoentreprise en étant totalement novice. « Je voulais depuis longtemps créer ma propre activité dans un domaine manuel, c’est chose faite depuis sept mois maintenant. Je n’ai aucune formation particulière dans la réalisation de bibelots décoratifs, mais je suis très créative et j’aime les objets personnalisés originaux et colorés. Évidemment, avant de me lancer dans ce créneau très technique, j’ai beaucoup recherché et regardé sur internet pour trouver des informations sur les techniques, les produits, les règles sanitaires, les risques liés aux matériaux. J’ai passé de longs mois à constituer mon projet, car je démarrais de zéro, mais ça ne m’a jamais fait peur. J’ai appris à fabriquer mes propres moules et à en modifier certains existants. Très important, j’ai beaucoup mis l’accent sur les protections nécessaires, pendant la manipulation de produits chimiques. Je fais des objets personnalisés et j’aide aussi souvent mes clients à choisir la bonne forme, la meilleure harmonie des couleurs, la police des inscriptions si nécessaire, la petite touche qui rendra l’objet magnifique, c’est vraiment mon truc ! Je vends mes créations sur internet, mais aussi sur les marchés environnants, entre 4 et 50 €. »

De la même manière, l’innovation s’invite dans le secteur des figurines. Dans les cartons depuis un an, les BeGood viennent de sortir le haut de leur coiffe sur la plateforme de crowdfunding Bulb in Bretagne. Naissance d'une entreprise installée à Belle-Ile-en-mer, pour créer et commercialiser des figurines Art Toys à l'effigie de la Bretagne. Des bigoudènes stylisées, voire « trop stylées » comme répète à tout va la jeune génération. C’est dans cet environnement magnifique, entre coups de vent et vagues de touristes, qu’ils puisent l’inspiration pour étoffer leurs gammes de figurines, dessinées, modélisées puis imprimées en 3D. « Les BeGood représentent une Bigoudène, symbole fort de la Bretagne. Avant de de lancer dans cette aventure entreprenariale, Brice a travaillé plus de 20 ans dans le milieu de la communication visuelle. Les BeGood sont nées d’une de ses séances de « crayonnage sur mon cahier à idées. Rompu au logiciel de graphisme assisté et nouvellement formé au travail de la résine, Brice a pu rapidement donner corps à cette création unique qui reprend les codes vestimentaires de la Bretagne avec un style graphique très affirmé. Depuis le début de l’aventure, deux gammes de BeGood sont nées : les BeGood Adreuz, série originale, et les Insolites, plus inspirées de la culture pop. »

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