La réflexion sur l’« Âme du monde » chez Johann Wolfgang von Goethe ne constitue pas un système rigide, mais une quête spirituelle incessante, une recherche d’harmonie qui rejette tout dogmatisme. Pour l’initié, il n’existe pas d’école philosophique unique, car cela serait contraire à la négation de tout dogme. Pourtant, on discerne une volonté, un désir spirituel, une recherche de la beauté au-delà d’une simple quête d’esthétisme. Le processus initiatique impose de se mettre dans une disposition propice, ce que les Grecs nommaient le Kairos, à la réception de la Lumière, puis de l’intégrer en soi et de faire toutes choses pour qu’elle prenne son expansion dans notre esprit et finisse par toucher notre âme et l’illuminer. Le reflet de notre âme entre alors en contact avec notre corps et nos sens peuvent appréhender l’idée de l’Âme du monde, de l’absolu, de l’infini.
La nature comme miroir de l’Absolu
Nous sommes alors dans un état tel que notre âme entre en relation avec la mystérieuse Âme du monde. Nos sens affûtés par notre esprit nous dévoilent les perpétuelles beautés de la nature. Notre rapprochement avec la beauté de la nature est une forme de panthéisme universel. Cet émerveillement permanent et renouvelé nous éloigne des scléroses, de l’enfermement dans le carcan du dogmatisme. La nature, le vivant, est un ouvert constant, un étonnement sans fin. Ainsi, nous sommes toujours surpris par la beauté d’un coucher et d’un lever de soleil et ce depuis le premier jour de l’humanité ; chaque coucher et chaque lever de soleil est le même et différent à la fois, il est personnel, individuel et unique.
Chaque nuage dessine un nouveau ciel sur les sommets des montagnes éternelles. La nature est fécondations et régénérations successives, l’horizon et l’océan en sont les témoins. L’initié, plus il marche vers la nature, plus il pénètre son âme et l’Âme du monde. Elle devient pour lui la lumière, la source qui jaillit des ténèbres de sa caverne. Le torrent de ses pensées va bientôt se transformer en fleuve dans les vallées, l’eau pure en se mêlant aux limons fait germer les graines sur les rives. Bientôt le souffle primordial, le Verbe, s’entendra dans les nombreux épis de blé. C’est la respiration de l’Âme du monde qui passe dans toutes les âmes. Cette force mystérieuse dépasse toutes les pensées philosophiques, c’est le souffle d’une philosophie universelle.
L’éclectisme et la praxis comme cheminement spirituel
Goethe l’initié écrivait : « Tout art, toute science qui restent indépendants de la philosophie et ne se développent que par les forces naturelles de l’homme, arrivent toujours à de meilleurs résultats. » L’on ne s’enrichit vraiment que dans un rapport direct avec l’univers, l’Âme du monde. L’expérience de nous-mêmes avec notre lumière intérieure, les expériences que nous faisons nous-mêmes sont plus enrichissantes que tous les dogmatismes. Comment pourrions-nous prétendre penser par nous-mêmes et nous lier sans condition à une école de pensée, à un dogmatisme religieux ? Nous savons que le propre de l’homme est son éclectisme. On ne peut pas placer définitivement la règle sur le compas. La règle et le compas ne sont forts que de leur association ; le suivi de la règle permet l’Ordre et ne doit pas être un dogme.
Cela convient à l’homme éclectique : l’éclectique est celui qui choisit dans ce qui l’entoure, dans ce qui se passe autour de lui, tout ce qui est en harmonie avec sa propre nature pour se l’approprier. J’entends par là qu’il doit s’assimiler tout ce qui, soit dans la théorie, soit dans la pratique, peut servir à son progrès et à son développement. Ainsi, deux hommes éclectiques ouverts sont par nature différents ; ils ont leur libre arbitre, ils peuvent faire des choix. Le respect de la dignité de l’homme nous impose de ne pas vouloir convertir l’autre à tout prix. S’il doit y avoir une conversion, elle ne peut venir que de soi-même. L’homme universel n’embrasse pas sans restriction et sans jugement une philosophie particulière, il les embrasse toutes si elles sont justes, respectueuses d’autrui, éthiques et baignées dans l’Amour fraternel. C’est quand l’homme sent naître et grandir en lui la force, l’énergie du bien, qui devient peu à peu une douce habitude, ce besoin de pratiquer avec humilité la justice tempérée par l’Amour, qu’il sent qu’il est sur le chemin de son initiation.
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