Le Pogo 30, fruit de l'expertise du chantier Structures, est un voilier qui a marqué son époque et continue de susciter l'enthousiasme des plaisanciers. Conçu pour la navigation rapide et polyvalente, ce croiseur-course incarne une philosophie distincte de la plaisance moderne, alliant légèreté, performance et habitabilité. Sorti en 2013, ce plan Finot-Conq a été pensé pour la navigation et pour "aller partout, rapidement". Il succède au Pogo 8.50, qui avait introduit sur le marché des solutions issues de la course, et a su capitaliser sur cet héritage en proposant une évolution significative.
Une Conception Axée sur la Vitesse et la Stabilité
Le Pogo 30 est un voilier de course-croisière mesurant 9,14m de long pour 3,70m de large. Dès sa mise à l'eau, il a affiché un poids de seulement 2,8 tonnes, rendant de 300 kg à 1 tonne à des bateaux équivalents sur le marché qui pèsent généralement de 3.1 tonnes à 3.8 tonnes. Cette légèreté est un atout majeur, permettant au bateau de naviguer à partir de 4 nœuds de vent et offrant des performances étonnantes même dans le petit temps, avec un départ au planning dès le bon plein. La coque, construite en sandwich pour une plus grande raideur, limite les structures apparentes et contribue à cette optimisation pondérale.
L'une des caractéristiques les plus remarquables du Pogo 30 est sa carène puissante, de toute dernière génération, à l'image du Pogo 40S² et du Pogo 50. Cette carène extra large est fondamentale pour une meilleure stabilité et un plus grand confort, tout en permettant une rigidité maximale qui autorise la navigation jusqu'à 45 nœuds de vent. Le chantier Structures, basé à Sainte-Marine, sur les bords de l'Odet, est renommé pour sa capacité à proposer des voiliers rapides et adaptés à la navigation en équipage réduit, et le Pogo 30 en est un parfait exemple. L'ADN du chantier est clairement la course, et le Pogo 30 hérite de ce savoir-faire.
Le Mystère de la Stabilité : Au-delà du Rapport de Lest
La question de la stabilité est cruciale pour un voilier, et le Pogo 30, avec sa conception avant-gardiste, invite à reconsidérer les idées reçues. Christian Bouroullec, le patron de Structures, refuse de communiquer des chiffres concernant le lest de ses bateaux, arguant que la culture nautique traditionnelle accorde trop d'importance au rapport de lest, ce qui est, selon lui, une erreur. Dans la vision traditionnelle, un fort rapport de lest est synonyme de plus grande stabilité, de raideur à la toile et donc de sécurité. Cependant, "ce n'est pas si simple". Le poids du lest ou le rapport de lest ne sont pas, en eux-mêmes, déterminants.
Ce qui compte véritablement, c'est le bras de levier de redressement (GZ). Un bateau est stable grâce à deux composantes principales. La première est la stabilité de forme : un bateau large à la flottaison, comme le Pogo 30, est intrinsèquement stable car le centre de carène se déplace latéralement lorsque le bateau gîte, augmentant le bras de levier. La seconde est la stabilité de poids : un centre de gravité bas rend le bateau stable en augmentant également le bras de levier. Sur les Pogo, la combinaison d'une carène large à la flottaison et d'un petit lest positionné "très bas" permet d'obtenir une stabilité remarquable tout en conservant une grande légèreté. L'idée est de faire des bateaux qui soient "à la fois stables et légers".
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Le bras de levier de redressement (GZ) est la distance horizontale entre le centre de carène (CC) et le centre de gravité (CG). Pascal Conq, architecte des Pogo 30, 36 et 44, illustre comment le CC se déplace en fonction de la gîte du bateau. L'angle de chavirage (AVS), contrairement à une idée reçue, ne dit pas non plus "grand-chose de la stabilité du bateau" si la moindre vaguelette suffit à l'atteindre. En réalité, ce qui est significatif pour les performances est le GZ aux angles de gîte de navigation normale (15 ou 20 degrés), tandis que pour la sécurité, c'est l'aire sous la courbe de stabilité (AGZ) qui est pertinente, représentant l'énergie nécessaire pour amener le bateau jusqu'à son angle de chavirage. En croisière, ou en équipage réduit, où il est difficile de faire beaucoup de rappel, un lest important ou "un lest moins important, mais profond" est nécessaire, ce que les Pogo réussissent à optimiser.
Une Expérience de Navigation Exaltante
L'expérience de navigation à bord du Pogo 30 est décrite comme "franchement grisante". Dès les premiers instants à la barre, le Pogo 30 révèle son caractère. L'infatuation avec le Pogo 30 a commencé "dans les minutes suivant la prise de barre". Même avec une légère brise et une mer plate, le bateau a la capacité de partir au planing. À peine notre séance photos terminée et l’obligation de faire route au plus près du First 30 levée, Mathis, régatier dans l’âme, a supplié d’affiner les réglages des voiles.
Le bateau est très maniable et réactif, une qualité renforcée par sa construction légère. Il offre "énormément de plaisir à celui qui barre sans rendre la navigation scabreuse pour les autres." La raideur du Pogo lui "autorise à garder plus de toile, plus longtemps". Même si la carène peut taper un peu dans les vagues, le bateau les attaque "sans vraiment ralentir ni même être noyés sous les embruns". En navigation, le Pogo 30 est capable de belles séances de surfs à "10, 12, 14 nœuds". Le volume avant important de la carène "fait son office et nous épargne de douloureux plantages".
Le Pogo 30 est un voilier qui excelle dans les vents faibles à moyens, où il n'a "pas son pareil". Il se distingue par sa capacité à "décoller sa large carène planante" et à descendre dans le vent efficacement. La qualité du travail de construction est "au-dessus de tout soupçon", avec des ajustements précis et des surfaces régulières sur la coque, la quille et les safrans, qualités souvent rencontrées uniquement sur les bateaux de course.
Ergonomie du Cockpit et des Manœuvres
L'ergonomie du voilier dans son ensemble a été "très bien pensée pour la vie en mer". Le grand cockpit peut accueillir facilement plusieurs équipiers. Les bancs sont conçus avec un angle spécifique pour être "aussi confortables à plat qu'avec quelques degrés de gîte", et de hauts cale-pieds en fond de cockpit offrent un excellent appui. Ces caractéristiques sont indispensables car la largeur du cockpit et l'absence de table en son centre interdisent tout autre point d'appui. L'antidérapant est efficace et les semelles des bottes techniques tiennent bien la route. Les lignes de vie courent sur le rouf, facilitant un plan de circulation naturel.
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Pour les manœuvres, de part et d’autre de la descente, "deux pianos réunissant la totalité des manœuvres (drisse, écoutes, hale-bas, prise de ris, etc.) font face à quatre winches". Ce système centralisé permet un contrôle efficace des voiles. Un point à noter est l'absence de lazy-jack, de lazy-bag ou de mille-pattes en sandow pour ferler la grand-voile, nécessitant de "plier consciencieusement la grand-voile de part et d’autre de la bôme" avec un simple bout. Cette simplicité est en ligne avec la philosophie de légèreté et de dépouillement du bateau.
Aménagements Intérieurs : Sobriété et Fonctionnalité
À l’intérieur du Pogo, la circulation est également sûre, "malgré l’absence de main courante dans la cuisine et sur le rouf". L'aménagement du Pogo 30, volontairement dépouillé "pour ne pas l'alourdir", manque peut-être "d'âme" pour certains, mais pas "de rangements ni d'esprit pratique en mer comme au mouillage". L'intérieur est lumineux, offrant un volume "hors du commun pour un voilier de 30 (9,14m)". Une vision vers l’extérieur est appréciable, que l'on soit debout ou assis dans le carré, et même vers l'avant, grâce à ses nombreuses ouvertures.
Le Pogo 30 offre un aménagement simple, plutôt épuré mais confortable, avec des solutions intelligentes. Le coin navigateur est par exemple prolongé par "une vraie belle couchette de quart". Le cabinet de toilette est grand, bien que sans douche, et le carré peut accueillir jusqu'à sept personnes pour déjeuner. Cette approche met l'accent sur la fonctionnalité et la légèreté plutôt que sur l'opulence, un sacrifice que les "qualités de navigation compensent mille après mille".
Innovations et Adaptabilité
Le Pogo 30 intègre plusieurs innovations et options qui renforcent sa polyvalence. Au choix, il est proposé avec une quille à bulbe inspirée du Pogo 40S² (1,90m) ou une quille plus profonde (2,50m) mais relevable (1,05m) pour se glisser dans les mouillages. Cette dernière option est particulièrement appréciée pour s'approcher au plus près des côtes et trouver des mouillages tranquilles. De même, le Pogo 30 peut être équipé d'un mât aluminium avec pataras ou d'un mât carbone sans pataras, et un bout dehors permettant l'utilisation d'un spi asymétrique.
Le chantier Structures a également pensé à l'avenir en proposant le Pogo 30 en version motorisation électrique, en parallèle du thermique. Actuellement, "2 unités sont déjà sorties du chantier avec ce type de motorisation et un troisième est en cours de construction". Certains propriétaires vont même plus loin, optant pour "des voiles en matériau recyclé et recyclable et des panneaux solaires à hisser dans la mâture et sur le lazybag", témoignant d'une conscience écologique grandissante.
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Pour la mise à l'eau, le Pogo 30, à l'instar de certains bateaux de course et notamment les classes Figaro, dispose de "4 crochets d'arrimage sur le pont permettant une mise à l'eau très sûre au moyen d'une grue, sans avoir à passer des sangles sous la coque", une possibilité offerte grâce à sa structure renforcée spécifique. Des tests de stabilité à 90° ont été conduits par l'ICNN pour l'homologation, des tests "toujours impressionnants".
Un Succès Commercial et Pédagogique
Le Pogo 30 a connu un réel succès auprès des plaisanciers, répondant à un "programme polyvalent". Il a été vendu à une trentaine d'exemplaires dès sa présentation au public, à travers de simples maquettes, preuve de la confiance accordée au chantier breton par ses clients. Aujourd'hui, le Pogo 30 représente "15% de la production totale du chantier Structures (1039 Pogos et Loxos depuis plus de 30 ans)". L’école des Glénans en a même fait "un des principaux bateaux de sa flotte", et le numéro 150 a été présenté lors du Salon nautique de Venise. Ce voilier est devenu un "véritable voilier de randonneur", permettant de naviguer "sans contrainte, le long de nos côtes tout en se permettant de belles navigations vers les Scilly ou la Corse".