La réalisation de notre voyage familial autour du monde en voilier a demandé de la détermination, de la passion, un bon esprit d’équipe et des liens à toute épreuve. Une des grandes forces d’un leader est d’être déterminé et d’avoir une vision claire. « Un bon leader est aussi un bon navigateur ! Il est à l'affut du moindre changement. Il connait son environnement. Il a su repérer sur la carte, les hauts-fonds et les écueils, les bancs de sable et les récifs afin de les éviter. Le mot changement implique des apprentissages, une évolution, un mouvement… Il exige aussi une ouverture d’esprit. Qu'est-ce qui nous empêche de changer? Le confort? La peur de l'inconnu? Nos émotions? Nos croyances? Notre manque de décision? Ça prend du temps pour former un équipage qui a de l’allure! Les communications entre nous deviennent meilleures avec l’expérience. On apprend à connaître les forces et les faiblesses de chacun et on devient plus à l’écoute de l’autre. Et même si nos rêves sont différents, nous pouvons avoir des objectifs communs. Il faut être solidaire les uns des autres… Saviez-vous que 70 % des erreurs au travail sont le résultat direct d’une mauvaise communication ? Notre voilier Balthazar est petit et si on entretient un climat de stress, sans communication adéquate le voilier se transforme rapidement en galère et le voyage n’a plus d’intérêt si on continu, on navigue vers un échec assuré. C'est dans nos rêves, nos visions, que l'on trouve la source de toute réalisation! On va voir ensemble comment un rêve, qui par définition est une construction imaginaire peut devenir un objectif tout à fait réalisable. Quelle que soit l’ampleur de nos objectifs, il n’y a qu’une façon de les atteindre; c’est de se mettre en route et de parcourir ensemble un mille à la fois sur le chemin de la réussite!
La genèse d'un rêve : L'éveil à la mer
Claire raconte : « Au début des années 80, lorsque Guy m’a demandé si je voulais construire un voilier dans le but de partir, j’ai répondu oui tout de suite, sans vraiment réfléchir. Après mes études en éducation physique et nos premières années de vie commune, je ne doutais plus que cette idée… que dis-je, ce rêve démesuré serait coûte que coûte mené à terme. J’avais de la difficulté à me faire à cette idée, car mes aspirations étaient toutes autres! Je voulais travailler dans mon domaine, m’impliquer socialement et avoir des enfants. »
Guy rêve… « J’ai mis les pieds sur un voilier pour la première fois de ma vie un peu avant de connaître Claire. J’avais 19 ans, c’était lors d’un voyage en Bretagne et l’expérience m’a plu. C’est à la lecture des récits de grands navigateurs tels que Marcel Bardiaux, Bernard Moitessier, Adlard Coles, Yves Gélinas et plusieurs autres, que le rêve a pris de l’ampleur. Le petit embryon nourri de littératures nautiques est vite devenu une passion. Une passion pour le voyage, pour la mer, les bateaux et pour une vie différente. La rencontre de Claire fut un point tournant. À la fin des années 80, nous passions commande d’une coque de voilier à un chantier de la région montréalaise. »
Claire se laisse convaincre : « Chez moi, l’idée a pris racine petit à petit. Il est certain que la venue des enfants m’a apporté des questionnements et des doutes. Mais une fois ma décision prise, j’y ai vu une façon extraordinaire de prendre ma vie en main et un défi à la mesure de mes espérances, car vivre en communion avec la nature correspondait à mes idéaux. Le rêve prenait forme, celle d’un joli voilier de 10,50 m. Fini de passer pour un hurluberlu excentrique constructeur d’un voilier en acier : « Ça va-tu flotter? Tout ce travail pour un bateau, pourquoi pas une belle maison! »
La construction et l'apprentissage : De l'acier au sillage
En février 1987, débuta, au défunt chantier Métanav, la construction de ce qui allait devenir notre voilier : Balthazar. Jusqu'au mois d'avril de la même année, les travaux progresseront vite et bien. Ensuite des problèmes de chantier, qui malheureusement se reproduiront quelquefois par la suite, retarderont les travaux. Nous passerons quatre années à ce chantier avant que Balthazar en sorte. Les trois années suivantes, nous les passerons en Montérégie chez un ami artisan à faire les aménagements intérieurs.
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La mise à l’eau fut pour moi une étape importante, un pas de plus vers la réalisation de ce rêve. Les cinq étés suivants, nous avons navigué sur le lac Champlain afin de bien connaître Balthazar et de se familiariser avec la voile. La théorie devenait pratique. Les filles étaient très jeunes et nous appréciions ces virées de fin de semaine au grand air. La première année, Joëlle était encore un petit bébé et quelquefois nous avions à choisir entre hisser le spi ou changer sa couche! Le spi pouvait attendre!
La transition vers le nomadisme : Se délester du superflu
L’année 1999 fut bien occupée. Nous avons mis la maison en vente. Il fallait aussi prévoir les démarches pour sortir les enfants de l’école et pour acheter le matériel nécessaire à leur instruction. Ensuite est arrivé le temps de faire les changements d’adresse, d’annuler des cartes et abonnements inutiles, de faire une méga « vente de garage » et de préparer des boîtes en vue de l’entreposage de certains meubles et effets personnels. Bref, nous nous délaissions tranquillement de tout un tas d’acquis superflus… Chose curieuse, j’ai ressenti un certain soulagement à me défaire de tous ces objets. Les objets inutiles encombrent notre espace et notre esprit et nous empêchent d’être libres! Moins j’en avais, plus je me sentais bien! Enfin!
Le 12 septembre 1999 nous quittions le quai de la marina Gosselin, cap au sud. Nous laissions dans notre sillage de terrien des années de travail mais aussi tout le poids d’un tel projet. La construction de Balthazar n’était pas une fin en soi, mais le chemin menant au voyage et à la découverte. Balthazar devenait notre maison sur l’eau, notre compagnon de route. Nous partions en mer pour la liberté, le plaisir, l’émotion et la richesse d’une vie en famille et non pour prouver quoi que ce soit.
L'éducation et la vie à bord : Une autre école
Quand j'ai commencé à regarder ce qui se faisait en matière d'éducation par correspondance au Québec au niveau du primaire, je n'ai pas trouvé tout de suite l'aide et l'information que j'aurais voulu. L’éducation de mes enfants m’est apparue comme une grande tâche. Pour ce qui est des examens, on oublie ça et on reporte le tout à l'arrivée au pays où les enfants passeront une « mise à niveau ». Ainsi, elles pourront s'insérer de nouveau dans le système d'éducation conventionnel. Chloé, 9 ans, entreprend sa quatrième année et Joëlle, 7 ans, sa deuxième.
Née le 17 février 1990 à Montréal, Chloé a deux ans lorsque ses parents quittent la ville pour s’établir à la campagne, plus précisément à Saint-Jacques-le-Mineur. Pendant le voyage, elle réalise avec beaucoup de professionnalisme un reportage pour les élèves d’une école de Montréal. Outre le dessin, Chloé, curieuse de tout, adore lire et écrire. Elle écrira de très beaux poèmes durant le voyage et tiendra fidèlement son carnet de bord. Née le 1 er septembre 1992 à Saint-Jacques-le-Mineur, c’est à la campagne que Joëlle découvre la vie. Depuis l’âge de 18 mois, elle navigue chaque été sur le lac Champlain. Elle aime le dessin, la natation et grimper au mât pour admirer la vaste étendue qui s’offre à elle. Elle aidera grandement son papa sur le bateau, il faut dire qu’elle est tombée dedans très jeune!
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Technique nautique : Le choix du dériveur
L'article qui suit est le fruit de connaissances personnelles, glanées au fil de lectures. C'est mon point de vue, celui d'un amateur passionné de voile, de bateaux et de croisières. La conception : Un dériveur est un voilier avec un plan de dérive rétractable, donc adaptable aux circonstances de la navigation et de l'échouage. Dans un quillard, la quille joue les fonctions de plan antidérive et de lest.
Les catégories : Il y en a plusieurs : le dériveur à embryon de quille avec dérive sabre ou pivotante; le dériveur à fond plat, dit intégral (comme Balthazar), à dérive sabre ou pivotante, à dérive légère ou contenant une partie du lest; et le bateau à quille relevable qui est un dériveur dont la dérive porte tout le lest. Les avantages : L'énorme et principal avantage du dériveur, c'est qu'il permet d'aller (presque) partout, en tout cas là où la majorité des bateaux ne vont pas. L’échouage (même rare) est simple et très intéressant. Pour traverser les océans, un dériveur n'apporte pas plus de choses qu'un quillard : il perd au près ce qu'il gagne au portant. Il semblerait que les mouvements d'un bateau au lest intérieur sont plus doux et plus confortables.
Les inconvénients : Un puits de dérive, même bien dissimulé dans les aménagements, prend de la place. Dans certains voiliers, le puits occupe un espace de fou; il faut faire le bon choix. Dans Balthazar, le puits est totalement caché sous une banquette du carré. Un dériveur intégral dont on veut exploiter les possibilités (échouage) est plus exposé qu'un quillard, toujours sagement mouillé en eau profonde. Il faut donc être prudent et réserver les échouages pour les eaux calmes et abritées, être sûr de la météo et de la tenue des ancres.
Un dériveur est-il aussi sécuritaire qu'un quillard dans le gros temps? « Les dériveurs en acier obtiennent de très bonnes courbes de stabilité, car contrairement à ce qu'on pourrait en penser, le poids de lest n'a pas l'importance prépondérante qu'on lui prête. Les formes de la coque et du pont ont plus d’importance. Par contre, on constate que les bateaux à quille relevable chavirent, quille relevée entre 90 et 95 degrés, angle qu'on peut atteindre en étant simplement couché par une forte claque de vent. Alarmant! C'est la seule catégorie de "dériveurs" auxquels pareille mésaventure puisse arriver. Mieux vaut dissocier totalement le poids de lest de la fonction antidérive pour améliorer la stabilité par très fort vent ou très forte mer à la cape à sec de toile. Un dériveur intégral est, dans cette condition, d'une très grande fiabilité et non seulement on peut relever la dérive, mais encore on le doit! Dérive relevée, le bateau glisse sans gîter et est d'une très grande stabilité de route grâce à un aileron arrière, voire une dérive d'appoint. »
Naviguer vers l'inconnu : Le passage du Nord-Ouest et au-delà
En 2012 et 2013, Claire Roberge, Guy Lavoie et leurs équipiers ont parcouru un total d’environ 5200 milles nautiques (9630 km) de Gaspé jusqu’à Nome en Alaska. Balthazar est le deuxième voilier de plaisance québécois et le 70e au monde à avoir franchi le Passage du Nord-Ouest. Le 18 juillet 2014, Claire Roberge et Guy Lavoie en compagnie de leurs amis Guylaine et François ont largué les amarres à Nome pour naviguer environ 1400 milles nautiques (2593 km) jusqu’à la ville touristique de Seward en Alaska. Le voyage a commencé sous la pluie dans la mer de Béring où le thermomètre n’indiquait que 10 degrés. Les vents étaient favorables, ce qui a permis à l’équipage de se rendre vers le sud où le soleil et la chaleur seraient au rendez-vous.
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Après avoir parcouru 600 milles nautiques (1111 km), une escale était de mise au port de False Pass pour admirer le spectacle que leur offraient les Aléoutiennes, une barrière formée d’îles volcaniques. « Un autre monde! Ce sont les mots employés par un ami de Nome en parlant de la différence entre l’Alaska du Nord et celle du Sud, de l’autre côté des Aléoutiennes, là où nous allons. » Le 26 juillet, la température était magnifique et le paysage aussi. Claire a dit à la blague qu’il ne manquait plus que les baleines et quelques heures plus tard, à la surprise de tous, des rorquals à bosse ont fait leur apparition en nageant autour du bateau. Georges a vécu une initiation ardue à la voile puisque des vents catabatiques violents soufflants de 50 à 60 nœuds (93 à 111 km/h) ont rendu la navigation difficile lorsqu’ils se rendaient vers Sand Point.
L'expérience du voyage : Apprivoiser le temps et l'espace
Partir en bateau, c’est surtout adhérer à un nouveau mode de vie. Je m’étais donné un an pour voir si j’allais aimer cette vie. Ça me donnait un espace intérieur pour me concentrer sur le moment présent. On ne devient pas nomade en un jour! Il faut apprivoiser l’idée lentement, se détacher peu à peu de la vie à terre et de ses commodités pour s’ouvrir avec bonheur à autre chose. Partir pour le plaisir m’apparaissait d’abord futile. D’où me venait ce sentiment d’avoir besoin d’une permission ou d’une approbation pour vivre… simplement? On est souvent prisonnier d’un modèle de vie, qu’il nous convienne ou pas, le fait de sortir de cette norme est plutôt déstabilisant.
J’avais besoin de se sentir utile. Ce besoin fut comblé, en partie, par notre site Internet qui m’a permis de partager notre voyage. Au début, cette idée de site internet était pour moi une façon de donner des nouvelles à nos parents et amis. Mais bien vite, une affluence inattendue nous a fait réaliser l’importance de ce partage. Des gens de toute la francophonie nous écrivaient et d’une certaine façon, nous accompagnaient dans notre voyage. J’ai compris que c’était à notre tour de nourrir le rêve chez les gens. Cet échange avec les internautes a été et demeure pour moi une expérience des plus enrichissantes. Je pouvais ainsi garder un lien avec la terre et j’y puisais les encouragements nécessaires et la force de continuer. Chaque message nous donnait l’énergie nécessaire pour aller de l’avant!
Après quelques semaines, j’ai vite réalisé que nous n’étaient pas en vacances! Il y a un prix à payer pour vivre de cette façon. Les corvées sont nombreuses et ont tendance à s’accumuler. Il faut apprendre à gérer son temps de façon différente. Les courses à l’épicerie sans voiture, la lessive sans machine, le plein des réservoirs d’eau et les entretiens divers prennent un temps considérable. Ce qui nous aidait à supporter l’inconfort de la mer et les aléas de la vie à bord, c’est l’incroyable sentiment de liberté que nous éprouvions, d’aller où bon nous semble et de faire ce que l’on veut de nos journées.
Perspectives de croisière : L'avis des autres navigateurs
Dajana et Ivo ont osé. Depuis septembre 2018, ils font le Tour du Monde en voilier sans date retour, au gré des vents et des envies. J’ai voulu en savoir davantage sur leur parcours et leur état d’esprit après 2 ans de navigation, et partage dans cet article les réponses spontanées et sincères de Dajana à mes questions. Nous sommes Dajana, la quarantaine ou presque et Ivo, la cinquantaine. Alors que nos vies professionnelles et privées connaissent une pente descendante et après 5 mois de relation, un livre inspirant va nous donner l’envie de changer radicalement de vie. La préparation de notre voyage prendra presque quatre ans : apprendre à naviguer, trouver un bateau, le préparer, liquider ses biens et régler les obligations familiales.
Optez pour la location de voilier avant de jeter définitivement les amarres ! Les chemins des « tourdumondistes» en bateau se ressemblent beaucoup. Non pas par manque d’inspiration, mais à cause des vents, des courants et de la sécurité. Plus nous avançons dans notre voyage et plus nous nous rendons compte que prévoir un parcours précis avec des dates précises ne sert à rien. Un voilier est contraint aux aléas de la météo et des réparations perpétuelles. De plus, la pandémie du covid chamboule tout. Nous avons adopté un style de voyage lent : visiter moins mais mieux.
Devenir nomade des mers demande tout d’abord de régler les aspects administratifs : domicile, banque, assurances, impôts, abonnements. Ce n’est pas aussi simple d’être des « SDF » aux yeux de la loi ! Ensuite, il y a la préparation du bateau à la navigation au long court. Un voilier est une maison flottante au milieu des océans. Elle doit être capable de fournir suffisamment d’électricité, de stocker du gaz, de l’eau et de nourriture, de pièces détachées et de barrer toute seule. Finalement, il y a la préparation de l’équipage. Voyager en voilier demande une autonomie énergétique. Cela veut dire avoir des panneaux solaires et un parc de batteries suffisant pour stocker l’énergie. Pour la navigation, on a besoin des cartes maritimes électroniques et d’un GPS, d’une installation qui indique la vitesse, la direction du vent et la profondeur et d’un autopilote.
Au cours de notre voyage, nous avons découvert la face cachée de la vie sur un voilier. Premièrement, nous sommes sans arrêt en train de réparer quelque chose. Pas étonnant, car un voilier subit sans cesse des agressions : vent, pluie, sel, humidité, soleil et rayons UV, secousses. Nous vivons dans un atelier de réparation flottant. Deuxièmement, nous étions surpris du budget qu’il faut consacrer à l’entretien et aux réparations. Tout coûte vite cher. En contrepartie, la récompense est énorme. Découvrir de nouveaux pays et de nouvelles saveurs, des paysages sublimes, faire des rencontres inoubliables.
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