La navigation hauturière, qu'il s'agisse d'une traversée transatlantique ou d'une exploration côtière dans les fjords norvégiens, repose sur une alchimie complexe entre technologie, préparation technique et intuition humaine. L'optimisation des trajectoires, notamment avec l'aide d'outils comme le module de routage TIMEZERO, révèle que les schémas préétablis, comme la route classique des Alizées, ne constituent pas toujours la solution la plus performante.
L'Optimisation du Routage : Au-delà des Idées Reçues
Nous avons vu dans l’article sur l’optimisation des routages avec Diego de Miguel que pour réaliser une Transatlantique, la route plongeant au sud pour rattraper les Alizées était privilégiée. Nous vous rappelons que pour calculer la meilleure route possible, le module routage TIMEZERO prend en compte le style de navigation, les polaires de vitesse du voilier et les données météorologiques. Dans cet article, nous allons voir que la route proposée par notre Ambassadeur passant par le sud et les Alizées n’est pas forcément optimale.
Pour ce faire, nous avons décidé de vous montrer deux cas de figures différents. Nous avons réalisé un tracé entre les îles Canaries et la Martinique. Deux routages ont été réalisés à des périodes différentes. Aucun changement n’a été fait au niveau des réglages du routage (disponible dans le menu TIMEZERO > Routage). C’est-à-dire que les forces maximales et minimales de la force du vent et que les hauteurs maximales et minimales de vagues sont identiques pour les deux routages. De même pour les polaires de vitesses utilisées qui sont similaires. On part donc du principe que le style de navigation est strictement le même.
Lorsque l’on lance un routage, le logiciel TIMEZERO nous propose de passer sur la route des Alizées, c’est à dire de longer la côte mauritanienne sans pour autant descendre jusqu’au Cap Vert. Dans le tableau « Détail de la Route », toutes les informations relatives à votre traversée sont affichées. Avec ce cas de figure de route vers le sud, le logiciel nous propose de passer par 77 waypoints. Sur la dernière ligne, le tableau nous indique que, selon les prévisions et le calcul effectué par l’algorithme TIMEZERO, nous devrions atteindre la Martinique le dimanche 29 avril à 20h52.
En fonction des vents, pressions, vagues et courants, le routage nous indique qu’il faudra changer de cap vers l’ouest au bout du deuxième jour de navigation. D’après le tableau « Détail de la Route », nous indiquent que notre route est composée de 57 waypoints. Dans cet exemple, nous voyons clairement qu’en fonction des données météorologiques, le routage TIMEZERO peut créer des itinéraires distincts pour une même route. La route qui passe par la route des Alizées, présentée par notre Ambassadeur Diego de Miguel dans nos précédents articles, n’est pas toujours optimale. Pour la petite anecdote, la route nord n’est pas sans rappeler celle effectuée par Christophe Colomb lors de son premier voyage en 1492. C’est lors de ses traversées suivantes que l’explorateur emprunta des routes plus au sud, notamment durant son deuxième voyage en 1493. Pour plus d’information sur le module Routage TIMEZERO et son fonctionnement, nous vous invitons à regarder le tutoriel vidéo disponible ici.
Lire aussi: Programmes d'entraînement aquabike pour tonifier votre silhouette
Préparation et Défis des Grandes Traversées
Naviguer vers le Nord demande une approche radicalement différente, que ce soit pour le convoyage d'un voilier vers le Canada ou l'exploration des côtes norvégiennes. Le retour vers Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, via Tromsø, les îles Féroé, l'Islande et le Groenland, illustre cette complexité.
Nous voilà sur l’île Røst, dernière petite île au Sud des Lofoten en Norvège, en attente pour notre fenêtre météo direction les îles Féroé. Une traversée somme toute intéressante, une mer croisée pour les deux premiers jours mais un bon vent qui nous a fait garder une moyenne de vitesse de 5,6 nœuds. Ensuite, la mer s’est calmée, mais le vent demeurait plutôt constant. Ça s’est gâté la dernière nuit : des vents de 22-28 nœuds avec rafales de 32 et le pilote automatique qui nous a lâchés. Pour finir, un brouillard qui nous empêchait de voir l’île à tout juste 2 milles de nous.
Quelques rencontres tout de même, un groupe de Globicéphales noirs nous a fait le plaisir de nous accompagner quelques temps. Les mouettes, en revanche, furent présentes tout le long de la traversée. Un atterrissage à Tórshavn sans difficulté avec comme compagnon de quai 3 voiliers allemands, dont 2 se dirigent pour le passage du Nord-Ouest, l’océan Pacifique, canal de Panama, les Caraïbes et retour sur l’Allemagne. Pour ceux qui se demandent si nous avons eu des avaries, et bien oui! Batteries et pilote automatique. Il faut savoir que j’ai acheté 3 nouvelles batteries à décharge profonde en juin de l’an passé et une nous a lâchés en pleine mer, mais une fois isolée du groupe électrogène, nous avons pu compter sur notre électricité. Elle a été remplacée ici à Tórshavn. Pour ce qui est du pilote, une pièce brisée que j’ai pu remplacer avec une unité de rechange que j’avais, mais la composante électronique a aussi besoin d’être remplacée et impossible de la commander ici.
Geneviève, la conjointe de Dominique, devrait arriver lundi, soit dans 2 jours, donc Geneviève on t’attend! La descente est commencée. Un petit arrêt à la ville de Tromsø pour que Dominique ait la chance de voir autre chose qu’un chantier et nous en profitons pour faire l’épicerie et un détour à Vinmonopolet, l’équivalent de notre SAQ, pour un petit vino. Le lendemain matin, direction Finnsnes pour 8 heures de navigation, moteur avec vent dans le nez. Un couple Français arrive bientôt sur un Largo 44 en aluminium qui arrive d’un tour du monde et qui maintenant visite la côte norvégienne. La dame du voilier a une fille qui vit maintenant à Neuville près de Québec. Sur les conseils de notre rencontre mon prochain itinéraire sera l’île de Barjkøya, joli endroit mais rien de plus. Autre changement d’itinéraire : ce sera maintenant Stokmarknes sur l’île de Børøysund, quelques 56 milles nautiques plus loin, petite ville qui n’a rien à signaler sinon un magnifique pont.
J’en profite pour vous dire qu’en plus des images à couper le souffle, les traversiers, les ponts, l’électricité est partout. Même si on navigue entre les îles depuis notre départ, les maisons sont omniprésentes tout le long des côtes. Le jour suivant, direction Svolvær, un des sites touristiques des Lofoten et ce n’est pas sans raison que cette région fait la une de leur promotion touristique, mais nous sommes chanceux ce n’est que le début de la saison touristique. Sur notre passage nous avons fait un petit détour via le Trollfjorden, un joli petit fjord que Dominique a bien apprécié. Le lendemain, direction Reine, un autre attrait touristique des Lofoten. Après 3 vols, Montréal, Frankfurt et finalement Tromsø, un petit saut en taxi et nous voilà à Skattora marina Tromsø. Beaucoup de lavage pour la première journée avant de pouvoir se coucher. Disons que l’humidité ne nous avait pas aidés. Ici pas de noirceur, c’est la clarté 24 heures sur 24. Notre premier arrêt, la ville de Tromsø pour permettre à Dominique de visiter un peu et faire une épicerie avant de descendre les Lofoten. Il ne me reste plus que 4,836 milles nautiques à faire avant d’arriver à Lunenburg Nouvelle-Écosse.
Lire aussi: Naviguer en famille sur toutes les mers du globe
L'Aspect Humain et la Résilience en Mer
La navigation n'est pas seulement une question de technique, c'est aussi une épreuve psychologique. Entre l'attente, l'inquiétude pour les proches restés à terre et la solitude du large, le marin doit trouver un équilibre. Il y a des amitiés qui ne se construisent pas sur la terre ferme, mais dans le roulis des vagues et le partage des vents. Le Magibourg n’était pas qu’un simple voilier ; il était le prolongement de Marcel et Gigi, leur île flottante, le témoin de leurs navigations et de leur complicité. C’est Marcel qui a ouvert la voie, larguant les amarres le premier. Avec lui, c’est une certaine idée de la navigation qui s’en va : celle de la droiture, du geste précis et de la passion partagée.
Mais le Magibourg ne pouvait pas rester longtemps avec un poste de veille vide. À peine deux mois plus tard, Gigi a choisi de le rejoindre. Pour ceux qui les connaissaient, ce départ si rapproché n’est pas un hasard, c’est une dernière preuve de leur synchronisation parfaite. Pour nous, leurs amis de mer, le souvenir de Marcel et Gigi reste lié aux moments de liberté pure. Nous nous rappelons les soirées au cockpit, l’entraide fidèle, les fins de semaine de réno et les fou-rires continus. On dit souvent que naviguer, c’est habiter un autre monde. Avec eux, nous partageons ce langage invisible : l’œil rivé sur le baromètre, le plaisir d’un mouillage réussi, et ces discussions infinies qui durent autant que les traversées. Leur départ, si rapproché, ressemble à une dernière manœuvre de navigation. Comme s’ils ne pouvaient concevoir que l’un reste à quai tandis que l’autre entamait la grande traversée.
Maintenance et Spécificités des Voiliers
Le choix d'un voilier, qu'il s'agisse d'un petit croiseur côtier ou d'une unité de luxe, implique une compréhension fine de la mécanique et des besoins structurels. Les échanges sur les forums spécialisés, comme ceux traitant du voilier "Alizé", témoignent de cette passion pour la restauration et l'entretien.
Le voilier "Alizé" (1966), par exemple, pose des questions techniques précises sur la dérive, le gréement ou le moteur. Certains propriétaires partagent des astuces de levage de mât motorisé ou des conseils de stratification pour les puits de dérive. Ces discussions, bien que parfois ancrées dans la simplicité, reflètent une expertise accumulée au fil des décennies. À l'opposé, les yachts de luxe comme le voilier ALIZEE proposent des configurations radicalement différentes : cockpit avec double salon, cuisine professionnelle, et équipements de loisirs comme des jet-tenders ou du matériel de wakeboard. Ici, la gestion est confiée à des équipages professionnels, soulignant que la navigation peut être vécue comme une expérience de confort absolu ou comme une quête artisanale de liberté.
La Vie Nomade et les Itinéraires Caraïbes
Le voyage est une suite d'escales, chacune apportant son lot de découvertes et de problèmes logistiques. Partis de France en Juillet 2018 à bord de notre voilier Rêve à Deux, nous avons parcourus l’océan Atlantique puis le Pacifique et l’Indien, la Mer Rouge et la Méditerranée avant de revenir en Atlantique. Martinique : de la baie de Sainte Anne à la baie de Fort de France. Vendredi 13 mars 2026 au levé du jour nous doublons comme prévu la pointe de Dunkerque après une nuit de navigation paisible. Parti hier soir nous n’avions aucune raison de nous presser pour couvrir les 73 milles qui nous séparaient de Saint Vincent en arrivant de jour.
Lire aussi: Organiser votre prochaine croisière en catamaran
Bequia : Port Elizabeth. Jeudi 5 mars 2026, nous quittons Canouan pour Bequia. Avec la houle de Nord-Ouest prévue en mer Caraïbe, nous naviguons avec prudence. Canouan : baie de Charlestown. Pour notre entrée à St Vincent et les Grenadines nous décidons de pousser jusqu’à Canouan plutôt que de la faire à Union, la baie de Clifton étant très mal protégée dans le fort vent d’ouest qui souffle ces jours-ci. Un problème est survenu, rappelant que la mer impose toujours une vigilance constante, même dans les eaux tropicales réputées plus clémentes.