L’attrait du fleuve et le rêve de la navigation
Au cours de nos nombreux périples, nous avons pris quantité de bateaux. De la coquille de noix au cargo. Mais depuis longtemps, je rêvais de faire un vrai voyage au fil de l’eau. Pourquoi pas, la descente d’un fleuve ? Prendre la température d’un pays au rythme d’une voie navigable. L’Irrawaddy, devenu Aeyrrawaeydy dans sa nouvelle orthographe, présente l’intérêt d’être l’épine dorsale du Myanmar. Il n’y a pas, à proprement parler, de source de l’Irrawaddy puisque ce fleuve ne commence à porter ce nom qu’à Myit Son au confluent de deux rivières qui descendent des confins de l’Himalaya. Quant à son embouchure, elle se perd dans un delta extrêmement ramifié. Décidément, il me plaît, ce cours d’eau. De plus, en période de mousson, il permettra la navigation sur toute sa longueur.
La logistique d’un périple birman
Eddy, qui a consulté quelques liens, se laisse convaincre sans peine, sauf qu’il n’a pas regardé les prix sur le « Road of Mandalay ». Organiser cette descente en 28 jours nous a obligés à faire des choix. De Myit-Son à Bahmo, nous avons voyagé par la route pour différentes raisons : pas de bateau couvert, trop d’incertitude quant au nombre de jours d’attente pour un bateau. Je reste néanmoins persuadée que c’est faisable. Le temps nous a manqué pour terminer la descente, et, après Pyay, il nous a fallu prendre la route pour regagner la capitale avant l’expiration de notre visa. Mais entre Bahmo et Pyay, nous avons tout fait en bateau au fil d’une bonne cinquantaine d’escales d’une durée de quelques minutes à 3 jours. C’est une autre Birmanie que nous avons découverte, les navires sont lents. Marchands, villageois ou pèlerins, tous possédaient une raison précise pour monter à bord. Mais plus que les gens, ce sont les marchandises qui voyagent sur l’eau.
Le rail, introduction au voyage
Notre première tâche consiste à remonter en amont, pour atteindre l’endroit où l’Irrawaddy devient navigable. Le temps d’acheter une bouteille d’eau et des biscuits… et le train s’immobilise sur la voie 4 de la gare de Mandalay. Nous arpentons le quai, traînant derrière nous nos sacs. Avec l’aide d’un employé, je repère notre compartiment. Monsieur Tun, le responsable du wagon-lit, se met à notre service en vérifiant nos tickets… mais, le wagon est plongé dans une obscurité telle qu’il lui faut se pencher au dehors pour lire. Nous pouvons commencer notre installation. Nous prenons possession du lieu. Le wagon-lit, comme le reste du train, est vétuste et pas très propre. Mais, c’est quand même mieux que ce à quoi nous nous étions préparés. Commence alors un long périple de vingt-quatre heures que nous essayons de mettre à profit pour préparer la suite du voyage. Comme à chaque halte, depuis le début du voyage, le convoi est pris d’assaut. Les marchandes aux formes moulantes, enveloppées dans leur longyi, s’égrainent comme un chapelet tout le long du train pour vendre leurs produits. Elles pataugent dans les flaques d’eau. Certaines hèlent les passagers pour attirer leur attention. La transaction doit être rapide. De l’autre côté de la voie, un petit restaurant sous tente accueille les clients. Le convoi s’ébranle, le train reprend sa route. Dans le couloir du wagon, tout est calme. Il ne fait ni trop chaud, ni trop frais… « juste bien » ! Tandis que Véro rédige son carnet de voyage, j’entreprends le rasage matinal. Avec le convoi qui sursaute sur les rails, je pourrais tout aussi bien me retrouver à jouer la doublure de Kirk Douglas dans son interprétation de la vie de Vincent Van Gogh. J’espère ne pas me couper la gauche, car elle tomberait par la fenêtre. Ce qui est probablement le plus dérangeant dans ce périple en train, ce n’est pas tellement, comme on pourrait le croire, la durée (24 heures)… mais ce bruit de ferraille usée qui grince sur les rails. Ce concert métallique ne s’arrête que lorsque le train fait une halte. Nous arrivons en vue de l’agglomération de Mogaung. Autre gare, autre ambiance. Je trouve les jeunes hommes un peu « téméraires ».
Bagan : entre splendeur millénaire et séismes
C’est un véritable choc esthétique que celui des vestiges de l'ancienne capitale de la Birmanie. Bagan, à l’aube ou au coucher du soleil, Bagan dans la brume humide ou encore, Bagan survolée par des montgolfières birmanes. Quel que soit le moment ou la saison, les photographes et simples contemplateurs ne pourront qu’apprécier ce dédale de pagodes hindous et bouddhistes, sur fond de monts et de forêts verdoyantes. Effilées ou trapues, les flèches des stûpas, temples, kyaung et ila sont autant de vestiges d'une dévotion millénaire qui opère toujours aujourd'hui, les fidèles étant les seuls contributeurs de sa rénovation. Cette poésie sacrée imprègne le site d’une dimension particulièrement émouvante. Située sur la rive orientale, à 400 kilomètres au nord-ouest de Rangoun, la ville royale trône dans la zone sèche de la Birmanie centrale. La simple contemplation du site, couvert de 2 000 pagodes et temples, et quoiqu’endommagé par un puissant séisme en août dernier, coupe le souffle. Souvent comparé à Angkor, au Cambodge, ce joyau est l’un des lieux les plus visités de Birmanie. En août 2016, une centaine de pagodes et bâtiments de ce joyau birman ont été endommagés par un tremblement de terre, dont l’étendue des dégâts se mesure aux nombreux échafaudages de bambou. Avant que l’aube n’embrase Bagan, les rives boueuses de l’Irrawaddy frémissent déjà, constellées des lueurs fuyantes des lampes torches. Les bateaux pour Mandalay appareillent dans l’obscurité. Faute de berge aménagée, on grimpe à bord à l’aide d’une planche enfoncée dans la boue.
Mandalay et la vie monastique
Après les somptueux temples, partez découvrir le proche fleuve d’Irrawaddy. Ressource vitale pour la Birmanie, il irrigue le pays du nord au sud, depuis les contreforts de l'Himalaya et assure l’approvisionnement en riz de tout le pays. Le teck disponible sur les rives de l’Irrawaddy servit également de matériau de construction. Le pont U Bein, situé sur le lac Taungthaman, à Amarapura, en est la parfaite illustration. Datant du XIXe siècle, l’ancienne cité royale de Mandalay fut bâtie suite à la vision du roi Mindon. Avec ses bâtiments de teck, cette ville ordonnée selon la cosmologie bouddhiste est remplie de symboles, tous aussi fascinants les uns que les autres. Sévèrement endommagée par les guerres, ses bijoux furent néanmoins reconstruits. À l’image de son incroyable palais aux tons ocre. Chaque semaine, recevez « La Lettre » qui vous immerge dans la vie locale. Transfert et installation pour la nuit un peu à l’écart du fort royal, dans un hôtel respectant les canons de l'architecture de prestige traditionnelle - un privilège pour les hôtes. Intérieurs de marbre et de teck, jardin luxuriant. Spa, piscine et restaurant gastronomique. Mandalay abrite certains des monastères les plus réputés du pays, et la communauté monastique - 40 000 bonzes pour 500 000 habitants - y est particulièrement importante. Ici, la culture ancestrale se transmet à l’ombre des pagodes. À votre agenda : une balade bucolique à travers les rizières et villages jusqu'au sommet de la colline de Yankin pour y contempler le coucher du soleil. Au retour, vous faites halte dans un monastère habité par 350 moines, pour assister à leur récitation quotidienne de psaumes. Après la cérémonie, vous les rencontrez pour un échange sur leurs croyances et mode de vie. Avec ses 1,2 million d’habitants, Mandalay est la ville emblématique du bouddhisme theravāda, version la plus ancienne de cette religion, pratiquée par 90 % de la population. Environ 200 000 moines vivent dans la région. Ces dernières années, alors que l’ouverture démocratique allait croissant, des moines prêchant la haine ont beaucoup fait parler d’eux, s’en prenant aux musulmans (5 % de la population) et notamment aux Rohingya, une minorité apatride de l’ouest du pays. Excédés par cet élan xénophobe, d’autres bonzes contre-attaquent. Censuré sous la junte militaire, Internet est devenu un média essentiel pour les Birmans.
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L’expérience de la croisière fluviale
Embarquement sur votre bateau, prise de contact avec l’équipage et repérage des installations. Le bateau mesure 61 m de long sur 12 de large, une taille qui le rend très manœuvrable. Il emporte 42 passagers dans 21 cabines et 34 membres d’équipage, dont un guide anglophone / francophone. Le personnel est d’une prévenance aimable et souriante. Comme toujours lors des croisières, le programme peut connaître quelques variations en fonction des conditions de navigation. En descendant le fleuve, on rencontre dans tous les cas des sites de grande valeur. Amarapura, avec son monastère de Mahagandayon, centre d'étude monastique et religieuse, et le légendaire pont U Bein de teck du 19ème siècle, sur le lac Taungthaman. Sagaing est le centre spirituel du pays : près de 600 pagodes et monastères bouddhistes, où vivent 3000 moines ; les toits dorés pointent un peu partout au-dessus des arbres. La royale Ava et ses stûpas en plein champs. Bagaya, somptueux monastère de teck, construit au XVIIIe siècle. Pakokku, gros bourg où se fait un important commerce d’artisanat. Et les cinquante monastères de Sale, au sud de Pagan. Débarquement. Transfert à Pagan et installation pour deux nuits dans un hôtel dont l’architecture Myanmar style est parfaitement intégrée au contexte. Les villas sont d’une simplicité confortable et juste, excellemment équipées. Piscine, restaurant, spa, service répondent aux plus légitimes attentes des voyageurs du 21ème siècle. Déjà prévu au programme : la visite en compagnie d’un guide privé de l’arrière-pays. Vous courrez la campagne, de temples rustiques en villages champêtres, comme Minnanthu et le monastère-grotte Kyat Kan (12e siècle). A Myinkaba, les maisons traditionnelles de treillage de palmes ont chacune leur autel à offrandes, les enfants jouent à la toupie. On visite un atelier de laque. La pagode Gu Byauk Gyi, qui date du 12e siècle, a conservé un très bel ensemble de peintures murales bouddhistes.
La région du lac Inle
Transfert privé à l’aéroport et vol pour Heho. Nouveau transfert privé en direction du lac Inle, traversée en pirogue pour rejoindre l’hôtel posé au bord du lac Inle, où vous vous installez pour 3 nuits. L’architecture de bois des chalets de l’hôtel est inspirée de celle des Shan. Les soins du spa puisent eux dans l’héritage bien-être des peuples de la montagne et sont dispensés dans des conditions délicieuses. Le restaurant rend compte du statut de carrefour des cultures de ces régions : cuisines birmane, shan, chinoise, européenne… Une « tonalité » parfaite pour se mettre au diapason de la vie du lac. Au programme : en compagnie d’un guide privé, vous embarquez sur une pirogue traditionnelle pour, au fil des eaux du lac Inle, découvrir ses jardins flottants, rencontrer ses maraîchers et ses pêcheurs. La journée, en compagnie d’un guide privé, se déroule d’abord sur le lac, à bord d’une pirogue à moteur : villages faits de bois et de treillis végétaux, marchés et jardins flottants, pêcheurs à la nasse, nautoniers qui godillent sur une jambe… pagodes, comme Hpaung Daw U, dont les cinq Bouddha sont momifiés sous les feuilles d’or. Déjeuner au bord de l’eau. La région de Sagar, à l’écart des sentiers battus par les touristes, est l’une des plus belles de l’Etat Shan, avec ses montagnes, ses petits villages et ses rizières. Située à la pointe sud du lac Inle, elle nourrit une riche avifaune. On la parcourt avec un guide en long et en large, à la recherche des 108 stûpas creux, bâtis aux 16e et 17e siècles. La beauté de ces constructions empanachées de verdure, dans une campagne intouchée, efface toute impression de déjà-vu. D’ailleurs, par un équilibre toujours renouvelé entre nature et architecture, ces sanctuaires ne lassent jamais les voyageurs. Ils renouvellent son regard. Le coin est aussi producteur d’un alcool de riz réputé.
L’escale littéraire de Katha
Katha est l’objet d’un pèlerinage littéraire. Le Britannique George Orwell a vécu dans cette bourgade ensommeillée entre 1926 et 1927 lorsqu’il était sergent dans la police impériale. L’écrivain en a même fait la toile de fond de son premier roman, Une histoire birmane. L’expérience d’Orwell en Birmanie fut désastreuse. Le jeune homme revint en Angleterre habité d’un profond dégoût pour le système colonial. Ce sentiment traversa toute son œuvre, de La Ferme des animaux à 1984, ces romans longtemps censurés en Birmanie mais qu’on trouve désormais partout, y compris dans les échoppes du marché central de Katha. A l'image, sa maison, actuellement occupée par un fonctionnaire de police. Après Katha, l’Irrawaddy s’échappe entre des collines sombres couvertes d’épicéas. Le fleuve entre dans l’Etat kachin, dans l’extrême nord du pays.
Le Nord et les défis de l’Etat Kachin
Pris en tenaille entre l’Inde et la Chine, l’Etat kachin est une terre convoitée, un "Far North" où s’affrontent les forces régulières birmanes et les soldats de la KIA (l’Armée pour l’indépendance kachin). La frontière n’est qu’à trois heures de route. Sur les berges, on trouve des plantations de citronniers et d’orangers abandonnées à cause du projet de barrage. Mettre un terme au pillage de cette pierre précieuse, exploitée dans des conditions intolérables, telle est la volonté du gouvernement civil. La Birmanie, premier producteur mondial, remportera-t-elle son pari ? Les enjeux financiers sont énormes autour des mines de Hpakant, dans l’Etat kachin. Contrôlée par des sociétés liées aux militaires et à leurs partenaires, les cronies, l’extraction du jade est un marché opaque qui alimente en premier lieu le voisin chinois. Les pierres sont l’objet d’un trafic qui enrichit la rébellion kachin comme l’armée régulière. En 2014, l’ONG Global Witness estimait que la Birmanie avait vendu pour près de 27,5 milliards d’euros de jade, soit la moitié de sa richesse nationale et dix fois le chiffre officiel !
Rangoon, l’ancienne capitale entre colonialisme et renouveau
Transfert à Heho et vol pour Rangoon. Installation pour 2 nuits dans un hôtel dont le charme colonial a été intelligemment adapté aux exigences de la vie moderne. On a le teck, les terrasses, un bel artisanat d’art, les voilages, mais aussi une vraie piscine et un spa. Les chambres sont élégantes et spacieuses. Le soir, à la fenêtre du restaurant, placé sous le patronage de Rudyard Kipling, le stûpa de la pagode Shwedagon brille dans le ciel bleu roi. La visite privée des pagodes de Rangoon montre que l’ancienne capitale birmane offre deux visages. Le premier a le charme suranné des différentes périodes de son histoire : pagodes d'or et bouddhas géants, ombrelles et longyis, façades coloniales mangées de végétation : sous les banians plane encore l'atmosphère britannique. Le second, créatif, dynamique, offre à Rangoon un nouveau souffle. Un urbanisme galopant qui s'accompagne de belles surprises dans différents domaines, de l'art contemporain à la gastronomie. La demi-journée de visite privée de Rangoon débute au Planteur, une belle demeure coloniale nichée dans un jardin tropical, qui a gardé de l’époque de la colonisation britannique un savoir-faire culinaire raffiné et transporte les voyageurs dans la Birmanie de Kipling au cours d’un afternoon tea dans la pure tradition anglaise. Vous prenez ensuite place à bord du train circulaire qui relie Rangoon à sa périphérie - à bord, les écoliers jouent des coudes avec les marchands ambulants et les employés de retour chez eux après leur journée de travail. Et dans le centre ville, vous flânez entre anciens quartiers coloniaux et galeries d’art qui témoignent du renouveau de la ville. Rangoun, première ville du pays avec ses cinq millions d’habitants, est connectée au bassin de l’Irrawaddy par le canal de Twante. La capitale économique du pays recèle des pépites architecturales à l’histoire fascinante. Saviez-vous que le Sofaer, bâtisse jaune à l’angle des rues Pansodan et Merchant, fut construit par deux frères juifs venus de Bagdad ? Que l’architecte de la mairie a tiré son inspiration des temples de Bagan ?
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