Le burkini, vêtement de baignade couvrant, occupe une place singulière dans le paysage contemporain. Avant d’être aussi répandu, ce vêtement islamique a dû se faire un nom et une place dans la mode et au sein de la société. Au cœur de la polémique au moment de sa sortie, le burkini est maintenant présent sur bon nombre de plages ou de piscines. De nombreuses femmes le portent dans le monde avec fierté. Sport nautique, baignade en mer ou à la piscine, farniente à la plage : ce vêtement islamique leur donne l’opportunité de profiter de tout. Une chose est sûre : la présence du burkini dans les années à venir est indéniable.
L'émergence d'une innovation vestimentaire
On le doit à une créatrice australienne d’origine libanaise : Aheda Zanetti. La créatrice a une révélation en voyant sa nièce jouer à un jeu de balle. La petite fille peinait à pratiquer son sport tout en étant à l’aise avec son voile. Aheda Zanetti fait rapidement un constat simple. Il n’existe aucun vêtement adapté à la pratique du sport pour la femme musulmane. Un créneau est clairement à prendre sur le marché des vêtements islamiques. La créatrice imagine tout d’abord le « hijood ». Il s’agit d’un voile hijab à l’allure de capuche. Il permet à la femme musulmane de faire du sport sans crainte de perdre son voile.
Aheda Zanetti vit en Australie, un pays dans lequel les activités aquatiques sont une pratique courante. L’idée de décliner le hijood en un vêtement adapté à la nage et aux sports nautiques apparaît très vite. La création de cette tenue est couramment attribuée à Aheda Zanetti, qui raconte en avoir eu l’idée en 2004 à Sydney. L’Australienne imagine alors le « hijood », contraction de « hijab » et « hood » (« capuche », en anglais). L’idée du burkini, destiné à celles qui jusqu’ici se baignaient voilées, lui vient ensuite dans la foulée, dans un pays où les sports aquatiques sont omniprésents.
Structuration commerciale et développement de la marque
La créatrice australienne monte alors sa propre société, qu’elle baptise Ahiida. C’est en 2004 qu’elle dépose le brevet de son vêtement innovant. Le burkini est alors prêt à être commercialisé. Aheda Zanetti crée sa société, Ahiida, et dépose les designs de ses produits en 2004 et commence à les commercialiser. A partir de 2006, elle dépose également les marques « BURKINI » et « BURQINI » en Australie et dans plusieurs autres pays. Si la créatrice affirme avoir eu en tête le bien-être des femmes qui portent le voile au moment où elle s’est lancée, le burkini est aussi un bon coup commercial. La demande a vite suivi, affirme l’entrepreneuse, et « plus de 500 000 tenues de bain » ont été écoulées en une douzaine d’années.
En 2016, ses ventes auraient augmenté de 40 %. Signe que ce marché suscite des convoitises, de nombreuses marques ont emboîté le pas à Ahiida, y compris de grandes enseignes non spécialisées dans la mode islamique, comme Marks & Spencer. Au niveau mondial, les consommateurs musulmans ont dépensé 266 milliards de dollars en « vêtements et chaussures » en 2013, selon une étude de Thomson Reuters. Aheda Zanetti ne se limite par ailleurs pas aux vêtements destinés à la communauté musulmane. Sa société propose aussi des modèles comparables au burkini, mais qui ne couvrent pas les cheveux, pour les femmes qui voudraient simplement se protéger du soleil.
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Analyse sémantique et définition technique
Pourquoi le mot burkini ? Comme le montrent les dépôts de marques et le site Internet d’Aheda Zanetti, la conceptrice du burkini a elle-même entériné la formule, mélange de « burqa » et « bikini ». Un choix qui a l’inconvénient d’être trompeur. La burqa, vêtement imposé par les talibans afghans, couvre en effet l’intégralité du corps et du visage, laissant simplement une bande ou une « grille » de tissu pour pouvoir voir. Le mal nommé burkini, quant à lui, laisse le visage découvert. Le burkini est une tenue de baignade portée par certaines musulmanes, couvrant entièrement le corps à l'exception du visage, des mains et des pieds.
Dans ses formes les moins amples, il s’apparenterait plutôt à un simple hijab doublé d’une combinaison de natation deux-pièces. Alors que ses formes larges ressemblent à un jilbab, qui recouvre le reste du corps. On pourrait donc parler de « jilbab de bain ». Aheda Zanetti conteste cette présentation. Dans son esprit « une burqa ne couvre pas le visage. Ça, c’est le niqab ». « Je me suis dit : notre tenue de bain est plus légère qu’une burqa et elle a deux pièces comme un bikini, alors je l’ai appelée burkini. C’est juste un mot que j’ai inventé pour nommer mon produit. » La ressemblance avec le mot « bikini » peut également interroger, puisque ce dernier a au contraire été inventé pour découvrir le corps. Mais l’emploi du suffixe « -kini » n’est pas dénué de sens, ce dernier étant utilisé dans de nombreux noms de tenues de bain, et pas forcément les plus dénudées, du monokini au face-kini.
Techniquement, le burkini est un vêtement en lycra composé de deux pièces plutôt amples : un pantalon et un top à manches longues, puis on utilise un voile qui recouvre les cheveux et une partie du visage. Made from a blend of elastane with nylon or polyester, its fabric is similar to that used for water sports clothing, giving it lightness, flexibility and quick-drying ability.
Le cadre juridique français et les débats sur l'ordre public
Le burkini est-il légal en France ? Comme cette tenue laisse le visage découvert, elle n’est pas contraire à la loi sur le voile intégral dans les lieux publics. Son seul caractère religieux ne peut donc en principe pas justifier le fait de l’interdire, comme l’a rappelé Jean-Pierre Chevènement : « Les gens sont libres de prendre leur bain costumés ou non. Ma position, c’est la liberté, sauf nécessité d’ordre public. » La notion de « troubles à l’ordre public » a néanmoins été avancée par certains maires, comme celui de Cannes, pour justifier une interdiction. L’arrêté cannois dit notamment ceci : « Une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d’attaques terroristes, est de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public (attroupements, échauffourées, etc.) qu’il est nécessaire de prévenir. »
Ce texte a été validé par le tribunal administratif, mais cette décision ne signe probablement pas la fin du débat juridique autour du burkini en France, alors que d’autres procédures sont en cours. Le burkini peut aussi être proscrit dans des établissements privés ou publics au prétexte de l’hygiène. Certains considèrent que, bien qu’adaptée à la baignade, la tenue peut être portée à l’extérieur et donc être exclue comme peuvent l’être les shorts de bain. Plusieurs cas de ce type ont été évoqués dans la presse, à Douai, en 2011, ou à Emerainville, en 2009.
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Après avoir été saisi par le préfet de l’Isère, le Tribunal administratif de Grenoble s’est réuni, a délibéré et rendu une ordonnance le mercredi 25 mai 2022 suspendant l’exécution de la délibération du conseil municipal de Grenoble. L’exposé des motifs de cette suspension met surtout en exergue la confusion au sujet de la signification prêtée au burkini ; celui-ci est présenté, arbitrairement, comme un symbole religieux supposé octroyer des « droits particuliers à des membres d’une communauté religieuse ». Plus surprenant, les juges se font en quelque sorte les exégètes des intentions et de la volonté de cette « communauté religieuse alors qu’il n’existe aucune demande de sa part ». Il est ainsi présupposée l’existence d’une communauté musulmane une et indivisible qui aurait toute autorité sur l’individu musulman quant à ses choix intimes.
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