Les grands fonds marins demeurent un des endroits les moins bien connus de la surface de la Terre. La faune capable de survivre à ces conditions extrêmes intrigue les chercheurs. Les premiers animaux des grands fonds qui ont été remontés à la surface avaient une drôle de tête : de gros appendices, des yeux qui ne servent plus à voir et des grandes dents piquantes, pour le poisson-lanterne par exemple, qui évoquent un monstre. Dans l'imaginaire des gens, beaucoup se sont dits que c'était des animaux préhistoriques qui n'avaient pas évolué. Mais en fait ce sont des animaux qui sont parfaitement adaptés à leur contexte : ils ne 'survivent' pas dans les grands fonds, c'est leur milieu de vie.
Les créatures des plaines abyssales et zones hydrothermales
Grand avaleur, pieuvre vampire, requin-lutin ou revenant : les créatures qui vivent dans les abysses ont écopé de noms peu flatteurs et ont, il faut bien le dire pour certaines d'entre-elles, "la gueule de l'emploi". Dans les grands fonds, les animaux, peu nombreux, qui parcourent les plaines abyssales se sont adaptés aux conditions extrêmes. Il y fait complètement noir, c’est une condition absolument délétère pour la vie végétale. Et il faut y trouver des proies qui sont très peu nombreuses.
Le vampire des abysses et les céphalopodes adaptés
Parmi les créatures qui parcourent les abysses, la pieuvre vampire, ou Vampyroteuthis infernalis, vit entre 500 m et 3000 m de profondeur. En fait d'apparence "monstrueuse", ce céphalopode a surtout l'apparence la plus efficiente pour la survie en eaux profondes. Ses bras sont liés ensemble par de grandes membranes : elles font comme une montgolfière, avec des mini-tentacules qu’on appelle des cirres et qui permettent de capturer de la nourriture, mais elles permettent aussi d'alléger et de minimiser l'énergie nécessaire au déplacement. Cet effet parachute permet à l'animal, grâce aux forces de frottement, de flotter et de se déplacer sans efforts. Comme beaucoup d'animaux de grandes profondeurs, le Vampyroteuthis infernalis est aussi doté d'organes électroluminescents. Il a deux énormes photophores à l'arrière de son corps, derrière les nageoires. Il a également au cœur des bras des cellules lumineuses, qui sont associées à des glandes à mucus : ils font avec leurs huit bras comme des espèces de clignotants. On pense que le mucus lumineux permet d'échapper aux prédateurs par un processus répulsif chimique ou qu'il permet de reconnaître un éventuel partenaire sexuel. Le Vampyroteuthis infernalis se nourrit essentiellement de plancton et de petits organismes, ne faisant lui-même, une fois adulte, qu'une trentaine de centimètres.
La première chose à savoir sur les vampires des abysses, dont le nom anglais signifie littéralement « vampires calmars », c'est que ce ne sont ni des vampires, ni des calmars. Plutôt que du sang, les vampires des abysses se nourrissent de ce qu'on connait aujourd'hui sous le nom de neige marine, des débris comme les algues, du plancton mort et de la matière fécale. Le teuthologue Carl Chun l'a nommé vampire des abysses en 1903. Il lui a donné pour nom scientifique Vampyroteuthis infernalis, qui veut dire « calmar vampire des enfers ».
L'ingéniosité des éponges carnivores
Il y a énormément d’espèces d’éponge dans les grands fonds, et les éponges sont des animaux filtreurs. Elles ont des grands filaments, et elles filtrent des microparticules organiques, elles parviennent ainsi à piéger des petits organismes. L'éponge lyre, ou Chondrocladia lyra, vit à plus de 3 km de profondeur dans l’océan Pacifique. Elle a pour particularité d'être une éponge carnivore : grâce à ses spicules agissant comme des crochets, elle peut capturer de petites proies, qui sont absorbées après avoir été recouvertes d'une membrane. Les boules qui terminent les branches verticales sont des spermatophores, c'est-à-dire les organes produisant des gamètes, qu'elles libèrent dans l'environnement. C'est la structure morphologique la mieux adaptée qui se reproduit le plus vite. Elle arrive probablement à piéger plus d’organismes, et a donc un taux de reproduction et de fécondité meilleur.
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Les écosystèmes des failles hydrothermales
La biologie, dans les grands fonds, est née avec la théorie de la tectonique des plaques. Les géologues ont voulu aller voir ce qu'il se passait à l'inter-plaque, là où il y avait forcément des zones de frottement. C’est comme ça qu’ils ont découverts les zones hydrothermales, avec une biodiversité phénoménale. Les animaux utilisent comme base nutritive des micro-organismes, qui eux-même utilisent l’énergie chimique de la planète pour fabriquer leur propre matière organique. Ça permet à tous les animaux de se développer autour des zones d’émissions de méthane, de sulfure, c'est-à-dire ce qu’on appelle les “hot spots”, les sources hydrothermales.
La crevette Rimicaris exoculata est endémique des failles hydrothermales de l'Atlantique. Elle a une tête absolument énorme, arrondie, avec des bajoues de hamster. A l’intérieur de ses bajoues, elle héberge des micro-organismes qui grâce à la chimie environnante, nourrissent la crevette. Elle mange par la tête, sans utiliser son tube digestif. Elle ne peut plus se nourrir en déchiquetant des chairs et en les conduisant à sa bouche. Elle n’est plus un prédateur, elle n’a plus besoin de chasser, elle a juste à attendre que ses bactéries fassent le travail. Ainsi, le ver tubicole Ristia a lui aussi évolué vers cette symbiose : en devenant adulte, l'animal perd son tube digestif. Il n'a plus ni bouche, ni anus, mais une énorme poche à bactérie, qu'il alimente en respirant. Le sang de l'animal transporte à la fois l'oxygène extrait de l'eau et l'hydrogène sulfuré.
Prédateurs et poissons étranges des abysses
Le Macropinna microstoma, ou poisson revenant, possède des yeux situés dans le dôme empli de gel transparent qui constitue son crâne : ils sont tubulaires, c'est-à-dire en forme de tubes, ce qui permet au poisson d'observer vers le haut. Ses nageoires plates lui permettent de "planer" dans l'eau. Le requin-lutin, ou requin-gobelin, a tout du monstre abyssal : son long museau aplati cache des mâchoires protractiles garnies de dents en forme de clous. Ces mâchoires extrêmement désarticulées permettent de capturer à coup sûr les proies. Il compte plus sur la surprise pour attraper ses proies, utilisant ses ampoules de Lorenzini pour détecter les champs magnétiques.
Les tonneliers de mer, connus sous le nom scientifique de Phronima sedentaria, habitent la zone crépusculaire des océans dans le monde entier. Mesurant généralement moins de deux centimètres de long, les tonneliers de mer chassent les salpes. La maman tonnelier utilise ses pinces avant pour manger l'intérieur de la salpe, habiter sa peau vide et y pondre ses œufs. Une fois sortie, elle fait avancer la salpe comme un landau. Les grandgousiers-pélicans, avec leur queue noire et sinueuse, possèdent une bouche qui peut soudainement se dilater comme une bulle de savon, ce qui lui permet d'attraper des proies beaucoup plus grosses. Le calmar colossal, Mesonychoteuthis hamiltoni, est le plus gros invertébré connu à ce jour. Toxotidae est réputé pour ses capacités de chasse uniques, tant dans l'eau que hors de l'eau, capable d'abattre des insectes présents sur les feuilles des mangroves en expulsant de l'eau avec une grande précision.
Le poisson-lune trompeur, Mola tecta, est une espèce découverte récemment, identifiée pour la première fois en 2017. « Tecta » est un dérivé de mot latin tectus, qui signifie confiné ou caché. Connu pour évoluer dans les eaux froides, le Mola tecta, dont certains spécimens peuvent peser jusqu'à 900 kilos, réussit à échapper aux radars pendant des années malgré sa taille imposante.
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Les merveilles de la plongée récréative
L’un des aspects les plus intéressants de la plongée sous-marine est la diversité des animaux marins que l’on peut rencontrer. Massif et parfois insaisissable, le requin-baleine figure en haut de la liste. Les raies manta sont également des créatures gracieuses très prisées. Les sept espèces de tortues marines, malheureusement vulnérables, restent des rencontres marquantes dans les zones protégées. Les dauphins comptent parmi les animaux les plus intelligents de la planète. Les baleines à bosse, grâce aux efforts de préservation, voient leur population se rétablir. Le poisson-globe, s'il est effrayé ou stressé, peut se gonfler, une réaction de défense qui peut raccourcir la vie de l'animal. La crevette-mante possède l’un des mouvements de membres les plus rapides du règne animal. Les seiches, fascinantes, peuvent changer la texture et la couleur de leur peau. Le requin-marteau, avec sa forme de tête unique, offre des rencontres mémorables aux plongeurs expérimentés.
Les hippocampes, créatures cryptiques, fascinent par leur diversité, tout comme les pieuvres, réputées pour leur intelligence exceptionnelle, qu'il s'agisse du poulpe à anneaux bleus mortel ou du poulpe de la noix de coco. Les nudibranches, avec plus de 3 000 espèces répertoriées, captivent par leur arc-en-ciel de couleurs. Les dragons de mer, quant à eux, sont des créatures à l’allure étrange vivant dans les eaux côtières. Les orques, membres les plus grands de la famille des dauphins, offrent des émotions intenses lors de rencontres sous-marines. Le plancton bioluminescent crée des moments de folie sous l’eau lorsqu'il est dérangé. Les requins renards utilisent leurs queues extraordinaires en forme de fouet pour assommer les bancs de poissons.
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