La question de la mesure des vagues géantes fait couler beaucoup d'encre depuis qu'un événement spectaculaire a eu lieu le 23 décembre, où le Landais Benjamin Sanchis a ridé une vague totalement démesurée à Jaws, Hawaï. Plus de 30 mètres sans doute, voire même potentiellement 33 mètres selon certaines estimations. Ce ride exceptionnel, filmé dans des conditions jugées historiques, a immédiatement relancé le débat sur la vague la plus grosse jamais surfée, plaçant Benjamin Sanchis au cœur des discussions passionnées au sein de la communauté du surf de gros.
La Déferlante Historique de Décembre : Jaws et Maverick's sous les Projecteurs
Les derniers jours de l'année ont été marqués par un swell historique, d'une ampleur rare, qui a déferlé avec une puissance inouïe d'Hawaï jusqu'à la Californie. À cette annonce météorologique d'une houle exceptionnelle, c’est donc fissa que les surfeurs de gros les plus aguerris ont foncé, chacun avec l'espoir de trouver le ride de leur vie et d'arriver à temps sur les spots mythiques réputés pour leurs vagues colossales. Parmi eux, une figure bien connue du surf français, Benjamin Sanchis, s'est distingué par sa détermination et son courage face à ces éléments déchaînés. Le Français a filé sans hésitation à Hawaï, anticipant les conditions monstrueuses qui s'annonçaient. C’est là, sur le site légendaire de Jaws, qu'on l’a vu réaliser un ride d'anthologie la veille de Noël, une performance qui allait marquer les esprits et alimenter les conversations pendant des semaines.
Le photographe hawaiien Fred Pompermayer, témoin privilégié de ces moments épiques, a pu documenter l'ampleur de cette houle avec une expertise reconnue. « C’est le plus gros swell que j’ai documenté au cours de ma longue carrière de chasseur de houles », raconte le photographe hawaiien Fred Pompermayer, soulignant l'aspect sans précédent de cet événement. Il a capturé des images d'une force rarement égalée, immortalisant la puissance brute de l'océan. Fred Pompermayer, qui a lui-même photographié les deux vagues pourtant séparées de 4 000 kilomètres, a relancé le débat avec ses clichés. « J’ai shooté beaucoup de jours de gros, mais celui du 23 décembre 2024 était spécial. Jaws était énorme cet après-midi-là, l’océan était plein d’énergie avec des vagues de plus de 80 pieds », explique-t-il sur les réseaux sociaux. Son expérience et son œil aiguisé confèrent une crédibilité indéniable à son évaluation de la situation.
N’écoutant que son instinct, et armé des prévisions météorologiques les plus précises, le photographe Fred Pompermayer a poursuivi son chemin, dans la foulée, il a foncé en Californie, à 4 000 km de là, pour ne rien manquer de ce phénomène. Et à Maverick’s, un autre spot emblématique, il a également shooté l’Américain Alessandro « Alo » Slebir dévalant une vague que certains estiment également à 33 mètres. Cette observation simultanée de deux vagues potentiellement record à des milliers de kilomètres de distance témoigne de l'exceptionnalité de cette période. « J’ai pris un vol la même nuit pour arriver à San Francisco le lendemain matin et je suis allé directement à Maverick’s. La houle était à peu près la même, gigantesque et grossissant encore tout au long de la journée », a-t-il détaillé, démontrant son engagement total pour documenter cette houle sans précédent.
Benjamin Sanchis : De Fuerteventura aux Géants de Jaws
Le parcours de Benjamin Sanchis jusqu'à Jaws en ce jour fatidique du 23 décembre 2024 n'était pas prémédité et réservait une part d'improvisation qui contribue à la légende de son ride. Sancho n’était pas sensé être à Jaws. Il avait surfé pour la dernière fois Jaws pendant la houle d’El Niño en 2016, marquant une longue absence de ce spot emblématique. Actuellement à l’âge de maturité de 45 ans, Benjamin vit une vie de famille à Fuerteventura, loin des projecteurs des compétitions incessantes, ce qui rend sa présence à Jaws d'autant plus remarquable.
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C'est une invitation impromptue qui a tout déclenché. Jérôme Sahyoun, un ami de longue date, a joué un rôle clé dans cette aventure. « Jérôme m’a appelé pour me dire qu’il emmenait son fils de 15 ans, Liam, pour son premier voyage à Jaws et m’a demandé si je voulais venir », a déclaré Sancho. Cette proposition amicale a transformé un voyage familial en une opportunité unique de se confronter à l'une des plus grandes houles de la décennie. « Il voulait juste un compagnon en qui il pouvait avoir confiance », a expliqué Benjamin Sanchis, soulignant la dimension humaine et de camaraderie de cette expédition. « C’était juste deux papas en voyage », a-t-il ajouté, minimisant avec humilité la nature extraordinaire de ce qui allait suivre.
Malgré son arrivée tardive, Benjamin Sanchis s'est rapidement intégré à l'action. Sancho a raté les deux premiers jours de houle, ce qui aurait pu le désavantager, mais il a su s'adapter rapidement. Son premier surf fut une journée à la rame balèze, une session intense où les surfeurs utilisent la force de leurs bras pour atteindre les vagues, un exercice exigeant qui prépare le corps et l'esprit aux défis des grosses houles. Pour l'occasion, Sancho a récupéré un gun de dix pieds qu’il avait laissé chez Larronde huit ans auparavant, une planche qu'il connaissait et en laquelle il avait confiance pour affronter les conditions extrêmes.
Le dimanche 23 décembre, le jour du ride historique, les conditions étaient particulièrement capricieuses. Après quelques vagues, la planche de Sancho s’est retrouvée à nouveau sur les rochers, cette fois-ci brisée en petits morceaux, un incident courant dans le surf de gros mais toujours frustrant. Néanmoins, la journée a progressé vers des conditions idéales. « La houle est rentrée toute la journée et en fin d’après-midi, c’était parfait. Vent léger c’était tout simplement magnifique », a déclaré Benjamin, décrivant la beauté et la puissance de l'océan à ce moment précis. « On pouvait sentir la puissance de la houle et chaque vague devenait de plus en plus grosse », a-t-il ajouté, témoignant de l'escalade de l'énergie océanique.
La présence de l'Eddie Aikau, le célèbre challenge de surf de gros à Waimea Bay, a paradoxalement contribué à rendre l'ambiance à Jaws plus propice. Alors que l’Eddie attirait de nombreux surfeurs, et que beaucoup de teams avaient surfé le matin, il n’y avait pas beaucoup de monde à Jaws en fin d'après-midi. Cette situation a permis une atmosphère plus détendue. Sancho a déclaré que l’ambiance était détendue, avec des vagues non-stop, offrant aux surfeurs présents une opportunité rare d'affronter des vagues gigantesques avec moins de compétition. « Quand les lignes avancent jusqu’au chenal, on a une idée de l’ampleur », a déclaré Sancho, illustrant la sensation d'immensité que procurent ces vagues.
La houle continuait de grossir et c’était l’une des dernières vagues de la journée pour Benjamin Sanchis. Son objectif initial était ambitieux : Benjamin voulait juste faire un barrel, cette manœuvre ultime où le surfeur se retrouve à l'intérieur de la vague. Cependant, face à la taille colossale de la vague, il n’a pas eu ce qu’il voulait. Il dit que la planche de Kemper, plus légère que celle qu’il utilisait habituellement, a peut-être joué un rôle dans le déroulement du ride, ou peut-être que la vague était tout simplement trop grosse pour une telle manœuvre. Quoi qu’il en soit, après avoir réussi à faire le drop, cette descente vertigineuse le long de la face de la vague, il a été englouti par l’énorme lèvre, disparaissant sous des tonnes d'eau. Les images de Fred Pompermayer et les captures d’écran de Tim Bonython, un autre vidéaste de renom, montrent la taille incroyable de la vague et l'intensité de ce moment. Tim Bonython pense que le seul autre jour qui lui ressemble en taille était une grosse houle du mercredi 1998, connue sous le nom de "Biggest Wednesday", un événement qu'il avait également filmé. Il a d’ailleurs capturé chaque vague de la journée dans un film épique en deux parties sur son YouTube Swell Chaser, où celle de Sancho est présentée comme la dernière vague filmée, un témoignage de son caractère exceptionnel.
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Le Débat des Records : 33 Mètres, une Réalité Palpable ?
Très vite, après les exploits de Benjamin Sanchis à Jaws et d'Alessandro « Alo » Slebir à Maverick’s, on a parlé de record du monde de la vague la plus grosse jamais surfée. La possibilité que le cap des 30 mètres soit atteint, voire dépassé, avec une estimation à 33 mètres pour la vague de Sanchis, met directement en péril le record actuel. En effet, c’est l’Allemand Sebastian Steudtner qui détient à ce jour le record avec une vague de 26,21 mètres, surfée à Nazaré le 29 octobre 2020. Ce record, jusqu’en décembre dernier, n’était mis en péril que par un autre de ses rides sur une vague estimée cette fois à 28,57 mètres. Du jamais-vu alors en surf, une performance déjà colossale. Si les vagues de Sanchis et Slebir sont homologuées à une hauteur supérieure, l’Allemand Sebastian Steudtner aura du souci à se faire quant à la pérennité de son titre.
La question d’un potentiel record divise encore la communauté du surf et les observateurs. Pour Matt Meola, un surfeur respecté, la vague de Sancho est tout simplement la plus grosse vague qu’il ait jamais vue, un témoignage personnel qui pèse lourd dans l'appréciation des professionnels. Pour Eric Rebiere, un autre expert, Nazaré l’emporte toujours en terme de taille même si la vague est moins creuse, ce qui montre la complexité des critères d'évaluation des vagues. Pourtant, un chiffrage officiel est bien en cours. Les organisateurs du Big Wave Challenge se sont emparés du débat et relancent la discussion en publiant de nouveaux angles de la vague de Slebir, mettant en valeur soit la taille du mur soit l’impensable tube qui tombe derrière lui. Ces analyses visuelles détaillées sont cruciales pour tenter de quantifier l'immensité de ces montagnes d'eau. Impressionnant, mais aux yeux de nombreux observateurs, le Français parait toujours plus petit au pied de cette montagne d’eau hawaïenne, soulignant l'échelle démesurée de la vague de Jaws.
Benjamin Sanchis lui-même se montre très réservé sur la question des chiffres. Quant à la question d’un potentiel record, il laisse à d’autres la responsabilité de mettre des chiffres sur ces images, adoptant une attitude humble et concentrée sur l'expérience de la glisse. Et les commentateurs s’en donnent à cœur joie, alimentant les spéculations. Quelle était donc la taille de la vague ? C’est une question à laquelle Sancho refuse de répondre, même si c’est la première question que beaucoup se posent lorsqu’ils voient les images, preuve de son détachement des impératifs de la reconnaissance officielle par les chiffres. Pompermayer a décrit la session comme les plus grosses conditions qu’il ait jamais connues au cours de sa carrière de chasseur de vagues, confirmant l'ampleur exceptionnelle de la journée. Si à peu près tout le monde s’accorde à dire que la vague de Sancho est plus grosse que celle de Slebir, le consensus sur la taille exacte et le potentiel record reste encore à établir. Aussi Alessandro « Alo » Slebir devra donc attendre un peu lui aussi pour se voir couronné. Ou pas. Tout comme Sancho qui pour l’instant se garde bien d'avancer des chiffres. Néanmoins, la bombe du Français à Jaws éclipse, pour beaucoup, celle d'Alo Slebir à Maverick's, en raison de son impression visuelle et de l'aura de Jaws.
Un Wipeout Héroïque : Le Prix de l'Audace à Jaws
L'aventure de Benjamin Sanchis à Jaws ne s'est pas limitée à un simple ride. Après avoir réussi à affronter la phase initiale de la vague, Benjamin Sanchis a connu un wipeout des plus intenses, témoignant de la force brutale de l'océan dans de telles conditions. « Mais Sancho avait d’autres soucis. Il a été totalement dézingué par la vague », décrivant la violence de l'impact. Toutes ses bonbonnes de gaz ont déclenché, un système de sécurité essentiel pour remonter à la surface après un long hold down, cette période où le surfeur est maintenu sous l'eau par la puissance de la vague. Après un long et violent hold down, il a ramassé 4 autres vagues sur la tronche, une succession impitoyable de déferlantes qui aurait pu avoir des conséquences bien plus graves.
Cet événement a ravivé des souvenirs pour le surfeur Landais, et Sancho compare la situation à son wipeout à Nazaré en 2015, pour lequel il avait même reçu le prix du meilleur wipeout de l’année, mais insiste sur les différences majeures. Pour lui, cette expérience à Jaws, bien que brutale, fut différente. Il a souligné les avancées significatives en matière de sécurité dans le surf de gros. L’équipement de sécurité, la communication et l’aide apportée par le jet ski se sont nettement améliorés. « Et l’équipe locale de Jaws est vraiment au top », a-t-il précisé, reconnaissant le professionnalisme et l'efficacité des équipes de secours sur place. Ces améliorations technologiques et humaines sont cruciales pour repousser les limites en toute sécurité dans un sport aussi extrême.
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Ce ride, bien que terminé par un wipeout spectaculaire, marque néanmoins un moment charnière pour Benjamin Sanchis. Tout juste dix ans après avoir shooté à Nazaré une des plus grosses vagues jamais vues, et pris un wipe-out légendaire, Benjamin Sanchis semble donc avoir à nouveau marqué l’histoire. Dix ans après avoir scoré une vague record de plus de 30m à Nazaré, Benjamin Sanchis semble avoir remis le couvert, cette fois-ci sur le spot mythique de Jaws, prouvant sa résilience et sa passion inébranlable pour les vagues géantes. Ce big wave rider français, jamais avare d’une belle session de surf de gros, a ainsi surfé une vague monstrueuse du côté d’Hawaii, confirmant sa place parmi l'élite mondiale de la discipline.