La question de l'immersion des nourrissons et des jeunes enfants dans les piscines est un sujet qui suscite des débats passionnés depuis des décennies. Entre les méthodes de survie infantile, jugées radicales, et les activités d'éveil aquatique, axées sur le développement psychomoteur, la frontière est parfois floue dans l'esprit du grand public. Jeter un bébé à l'eau pour lui apprendre à survivre en milieu aquatique, bonne idée ? La méthode peut sembler violente à bien des égards et pourtant, depuis des décennies, beaucoup la défendent, persuadés de son bien-fondé.
La controverse des méthodes de survie infantile
Le débat a été ravivé par des vidéos virales montrant des très jeunes enfants jetés dans des piscines. On y voyait un tout petit bébé lancé dans une piscine par sa professeure de natation. Cette vidéo a déclenché de vives réactions dont des menaces de mort adressées à Krysta Meyer, la maman du petit Oliver, le bébé nageur. Les qualificatifs comme "choquante", "violente" ou "maltraitance" ont rapidement circulé. Krysta Meyer a confié à Buzzfeed News : "Beaucoup de gens voient un enfant jeté à l'eau et se disent : 'Ce n'est pas bien ! Vous ne devriez pas faire ça !' J'ai reçu des menaces de mort."
Pour les promoteurs de ces méthodes, comme Lauri Armstrong, copropriétaire du club Little Fins, il ne s'agit pas de natation classique, mais de classes de survie infantile. "La sécurité est la base de tout ce que nous faisons. Nous apprenons aux enfants de 8 mois à évaluer leur situation et à trouver une stratégie de sortie dans l'eau", explique-t-elle. Cette approche remonte aux années 70, où certains pratiquaient déjà ces immersions précoces sans remettre en question la méthode. Toutefois, l'Académie Américaine de Pédiatrie souligne qu'absolument rien ne prouverait l'efficacité de cette méthode quant à une meilleure chance de survie en cas d'immersion accidentelle.
Comprendre les réflexes innés du nourrisson
La science apporte un éclairage crucial sur ces comportements. Ce qu'on observe dans cette incroyable vidéo est en réalité ce qu'on appelle le réflexe de bradycardie, qui fait partie du réflexe d'immersion des mammifères. Lorsque le visage d'un bébé est exposé à de l'eau froide, son cœur ralentit, le sang se déplace loin des muscles périphériques et conserve l'oxygène pour le cerveau, et les bébés, par instinct, retiennent leur respiration.
Cependant, les experts rappellent que cet instinct commence à s'estomper au bout de six mois, précisément au moment où certains enfants sont inscrits à des cours de survie. "Jeter votre enfant dans la piscine ne lui apprend probablement rien. L'argument selon lequel des professionnels le font est bien, mais il est très probable que ce que vous testez réellement, c'est de voir s'il a encore son réflexe bradycardique", alertent les spécialistes. Par ailleurs, les parents doivent être conscients que l'existence d'un réflexe d'apnée ne signifie en aucun cas qu'un enfant peut être laissé sans surveillance ou lâché dans l'eau.
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Le cadre sécurisé : une nécessité absolue
Pour les partisans des méthodes intensives, la sécurité repose sur l'encadrement professionnel. Krysta Meyer a justifié sa démarche en expliquant que son bébé était en parfaite sécurité, aux bons soins de sa professeure experte. Cette dernière précise que seuls les bébés parfaitement à l'aise sont soumis à ces pratiques et insiste sur le fait que cela ne doit jamais être reproduit en dehors d'un environnement contrôlé avec des professeurs certifiés.
Il convient de distinguer ces approches des cours de "bébés nageurs" traditionnels, qui prônent une approche beaucoup plus douce. Dans ces cours, le parent est constamment présent, au contact de son enfant, et la progression se fait au rythme du bébé. L'objectif n'est pas la survie forcée, mais la familiarisation au milieu aquatique.
L'éveil aquatique : une approche psychomotrice
La pratique des bébés nageurs poursuit un objectif affectif via la relation parents/enfant/eau, éducatif, par le développement psychomoteur et social du jeune enfant et préventif. Après avoir passé 9 mois dans le ventre de sa maman, bébé a développé une réelle affinité avec l’eau. En recréant cet environnement dès son plus jeune âge, on l'habitue à barboter et à être à l’aise.
Jusqu'à un an environ, les nourrissons possèdent le réflexe natatoire : sous l’eau, ils ferment spontanément la bouche et agitent les bras et les jambes. Ces réflexes sont le point de départ à la coordination pour la nage. Les séances visent à favoriser l’éveil sensoriel et la motricité. Dans l’eau, ils prennent conscience des contours de leur corps et apprennent à se mouvoir différemment.
Évolution des méthodes : de Depelseneer à l'approche thérapeutique
Historiquement, différentes méthodes ont marqué la discipline. La méthode Depelseneer, créée en 1954 en Belgique, visait l'apprentissage de la survie avec une séparation précoce des parents et un accent mis sur l'immersion forcée pour apprendre à surnager. À l'opposé, la méthode Azémar, apparue à la fin des années 1980, place la relation enfant/parent au centre. L'immersion doit ici venir d'un désir de l'enfant.
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De plus, des psychiatres et psychologues utilisent l’eau comme "médiateur thérapeutique" pour les enfants à problèmes. Ici, l’immersion n'est pas une priorité immédiate ; on cherche plutôt à communiquer, apaiser et donner confiance. L'eau sert de protection, comme une seconde peau, aidant à la délimitation du corps propre.
Réglementation et conditions de pratique
La sécurité et l'hygiène sont encadrées par des règles strictes. Une circulaire de 1975 assure la règlementation des associations de bébés nageurs, imposant notamment une température de l'eau à 32 °C en hiver. Le contrôle de la qualité de l'eau, le port du slip obligatoire et l'absence de maladies infectieuses sont impératifs. Sur le plan de l'encadrement, la présence des parents dans l'eau est obligatoire, et ces derniers doivent avoir pied.
Les cours, souvent organisés par des fédérations comme la F.A.A.E.L, se concentrent sur le jeu : sauts, toboggans, utilisation de brassards ou de tapis à trous. L'idée est de respecter une progressivité de l'adaptation, sans jamais forcer l'enfant. Les parents sont encouragés à chanter, sourire et jouer pour instaurer un climat de confiance indispensable.
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