L'Art Captivant de la Photographie de Surf : Esthétique Masculine et Quête de l'Image Parfaite

La photographie de surf, bien plus qu'un simple reportage sportif, est une discipline artistique exigeante qui cherche à saisir l'éphémère grandeur de la nature et l'élégance audacieuse de l'homme face à l'océan. Elle allie la technicité du matériel à la sensibilité d'un œil qui comprend les subtilités des vagues et la psychologie des surfeurs. Cet article explore les facettes de cette esthétique particulière, en se penchant sur le parcours d'un maître en la matière, Ben Thouard, et en offrant des perspectives concrètes pour quiconque souhaite s'immerger dans cet univers iodé. Le surf est un sport accessible, fun et complet photographiquement parlant. Cet article sent déjà l’iode et le sable chaud, et il est là pour donner envie, que l'on ait déjà photographié une compétition de surf ou le surfeur lambda du dimanche.

L'Œil du Photographe : Ben Thouard et la Quête de l'Esthétique Surfeur

Le chemin vers l'excellence dans la photographie de surf est souvent pavé d'une passion inconditionnelle pour l'océan et ses mystères. C'est le cas de Ben Thouard, un photographe dont l'œuvre incarne parfaitement l'art de la photographie masculine surfeur esthétique. Ben Thouard a grandi à Toulon, dans le sud de la France, tout près de Marseille. Ce n'était pas l'endroit avec les meilleures vagues, mais c’était assez pour lui donner la piqure du surf alors qu’il avait à peine 8 ans. « Le surf a été ma première grande passion, et l’est restée jusqu’à ce jour », raconte-t-il, soulignant la profondeur de son engagement initial envers ce sport.

L'appareil photo est entré dans sa vie de manière fortuite. Vers l’âge de 15 ans, il trouve un vieil appareil argentique dans le grenier de la maison familiale. Cette découverte marque un tournant. Déjà à cette époque, l’équipement professionnel était très dispendieux. Cependant, Ben Thouard, habitué à réparer ses planches, savait manier la résine et la fibre de verre, ce qui lui conférait une approche pratique et ingénieuse de la création. Il devient rapidement accro et part peaufiner son art dans une école de photo à Paris. Ayant toujours habité au bord de l’océan et passé ses étés à faire de la voile avec son père, il vécut son arrivée en ville comme un choc brutal. Sa détermination était claire : il n’avait qu’une idée en tête, faire des images de surf et de planche à voile. Cette ambition le poussa à fabriquer lui-même son propre matériel, un caisson étanche DIY, témoignant de son ingéniosité et de sa persévérance.

L'aventure internationale de Ben Thouard commence en janvier 2006. Empoignant son caisson étanche DIY, il fait sa valise et sort sa carte étudiante pour profiter du rabais offert à l’époque par les compagnies aériennes. Sa destination : Maui, un véritable sanctuaire pour les sports de glisse. « Je louais une petite chambre chez des locaux juste à côté du spot, mangeais du riz pour économiser et passais mes journées dans l’eau à faire des photos de surf et de planche à voile », se souvient-il, illustrant son dévouement absolu. Ce pari fut payant, puisque c’est ainsi qu’il se fit des contacts et décrocha ses premiers contrats. Petit à petit, il commence à accompagner les meilleurs planchistes et surfeurs à travers le monde pour faire des photos destinées aux revues spécialisées, se forgeant une réputation et affinant son œil artistique.

L'arrivée à Tahiti marque un nouveau chapitre et un coup de foudre pour le photographe. Ben Thouard fut tout de suite séduit par l’aura mystique de l’endroit, l’accueil chaleureux des Polynésiens, les lumières exceptionnelles qu’on y trouve et, évidemment, la célèbre vague de Teahupo’o. Pour un photographe de surf, c’était le saint Graal. Pourtant, la vie d’un photographe de surf n’est pas un éternel coucher de soleil. « J’en avais un peu marre de travailler pour des clients qui n’avaient pas de budget », confie Ben Thouard, révélant les réalités économiques de la profession.

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C'est dans ce contexte que Ben Thouard développe une approche unique. Un peu par hasard, il constate qu’il est parfois possible d’apercevoir les paysages majestueux de Tahiti à travers ses vagues limpides. Mais pour arriver à réaliser l’image qu’il a en tête, les astres doivent être parfaitement alignés. L’angle de la lumière doit être le bon, la marée ne doit être ni trop haute, ni trop basse, l’eau doit être absolument cristalline et aucun vent ne doit souffler. Cette quête de la perfection, combinée à une patience infinie, aboutit, au bout de 4 ans, à la naissance de « Surface », un livre grand format de près de 200 pages qui pose un regard unique sur l’environnement majestueux de Tahiti. L'ouvrage est accompagné d’un court film racontant la genèse du projet, produit en collaboration avec ROAM. Du livre est née une exposition photo, qui a déjà été présentée à Paris et Biarritz, et qui se dirigera à L.A. en septembre, témoignant de la reconnaissance de son travail. Tous les jours, Ben Thouard se trouve sur ou sous la surface de l’eau. C’est sa vie, sa passion, qu’il tente de transmettre à ses deux filles. « La lumière et la beauté de Tahiti me procurent encore de l’émerveillement au quotidien », affirme-t-il, soulignant la source inépuisable de son inspiration. Août est un mois chargé pour Ben Thouard. « Je fais à la fois des photos des surfeurs dans les vagues et des photos lifestyle de l’événement, explique-t-il, » alors que le devoir l’appelle avec les surfeurs de la WSL en ville pour les séances de qualification du Tahiti Pro.

Capturer l'Action : Équipement et Techniques Essentielles

La photographie de surf offre une liberté créative exceptionnelle en matière de choix de matériel et d'approches techniques. On peut utiliser toute sorte de matériel, du grand angle au plus long des téléobjectifs, ce qui constitue l’avantage de la discipline, permettant de réellement varier les points de vue. Cette polyvalence est une véritable aubaine pour tout photographe. Pour l’action de surf lointaine, on privilégiera un téléobjectif de type 300mm ou plus. Sans cela, on n’aura qu’un petit point noir sur une immensité de vagues, perdant ainsi l'impact visuel de l'exploit sportif. Pour les photos des surfeurs et surfeuses sur la plage, en revanche, on peut utiliser toutes sortes de focales, jusqu’au grand-angle, afin de saisir des portraits, des moments de repos ou l'ambiance générale.

L’ouverture de l’objectif n’est pas primordiale en soi, sauf si les conditions lumineuses font défaut de manière significative. Ainsi, si l’on possède un 300mm f/2,8, c’est excellent, mais si l’on dispose d’un 300mm f/4 ou même d’un 70-300mm f/4,5-f/5,6, cela sera tout à fait suffisant et efficace. La photographie de surf ne se cantonne pas aux longs objectifs. On peut ainsi faire des plans plus larges au moment de l’entrée dans l’eau. En compétition, c’est souvent le moment de saisir des moments de concentration aussi intenses qu’intéressants, où les émotions brutes transparaissent. En cadrant plus large, on met en valeur l’environnement du surfeur, intégrant le cadre naturel à la narration de l'image. Sur le célèbre spot de Biarritz, par exemple, il est possible de faire entrer la courbe des montagnes, notamment La Rhune, dans la composition de l’image, offrant une perspective géographique et esthétique unique.

Parmi les accessoires indispensables, le monopode se distingue. C’est l’accessoire que je conseille vivement à tous mes élèves qui me suivent en stage photo « Photographier le surf ». Il est peu encombrant, pas très cher et facile à transporter. Une séance de photos de surf ou une compétition peut durer longtemps, et porter un appareil et un objectif à bout de bras est vite éprouvant. Le monopode permet de bien se stabiliser, pour un confort optimum de prise de vue, et il saura affronter le sable et les vagues avec robustesse. Bien que l’on puisse aussi utiliser un trépied, l’intérêt de s’alourdir inutilement est discutable. Un trépied peut s’avérer très encombrant et même particulièrement gênant s’il y a du monde sur la plage. De plus, à force de le plier et de le déplier, on risque de faire entrer un maximum de sable et de sel à l'intérieur, compromettant sa durabilité. C'est pourquoi, je vous présente mon meilleur ami sur la plage : le monopode Manfrotto 694CX, un compagnon fiable et discret.

En ce qui concerne la technique photo à aborder pour le surf, l’avantage c’est qu’il n’y en a pas à proprement parler de technique rigide. S’il y a bien un sport où l’on peut tout se permettre, c’est bien celui-ci, favorisant l'expérimentation et l'originalité. On peut même tenter des choses plus graphiques en utilisant des poses plus longues, créant des effets de flou artistique qui soulignent le mouvement et la puissance des vagues. Pour les photos d’action pures, le mode de suivi du mouvement (AF-C chez Nikon, par exemple) aidera à suivre les surfeurs dans les vagues avec précision et netteté. L’action de surf, c’est génial à prendre en photo, mais l'approche peut être variée. On peut aussi faire des photos de plus loin en incorporant le public pour créer un cadre naturel et donner une ambiance différente à la photo. Il ne faut pas non plus oublier les acclamations de la foule à chaque beau mouvement des compétiteurs, car elles ajoutent à l'atmosphère et au récit visuel. À la sortie ou à l’entrée dans l’eau, de nombreuses émotions transparaissent sur les visages des surfeurs et des surfeuses, des moments précieux à capturer pour leur authenticité. Bref, la photo de surf oblige à être créatif pour peu qu’on le souhaite, invitant à éviter à tout prix le piège de se focaliser sur un type d’action et un point de vue unique.

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La photographie de surf peut également s'étendre à l'immersion. Se photographier en étant immergé dans l’eau est une possibilité, mais cette pratique est tout à fait différente et nécessite du matériel en conséquence, notamment un caisson étanche spécifiquement conçu. Il faut également être un bon nageur et avoir un minimum d’expérience dans le milieu aquatique pour s'aventurer en toute sécurité dans cet environnement exigeant.

Les Défis de l'Élément : Protéger son Matériel et Soi-même

Si la photographie de surf est accessible dans sa pratique, elle n’est pas pour autant facile, notamment en raison des nombreuses contraintes liées à l’environnement marin. L’électronique des appareils photo numériques et des objectifs n’apprécie guère l’eau, le sel et le sable. Ces éléments représentent un danger constant et invisible. L’eau est un danger visible et évident, mais il ne faut absolument pas sous-estimer le sel et le sable, qui sont des ennemis insidieux pour le matériel optique et mécanique.

Bien sûr, il existe des protections commerciales, mais elles sont souvent limitées. Ces protections sont efficaces et intéressantes pour des usages spécifiques, mais très limitées aussi. Elles ne protègent pas l’intégralité de votre matériel, comme les trépieds ou monopodes pour ne citer qu’eux, et si vous changez d’objectif, elles ne servent à rien ou si peu. Toutes ces protections sont là pour faire face à un ou plusieurs dangers, mais la première et la meilleure protection, c’est déjà d’éviter tout danger. C’est bête à dire, mais tellement vrai ! Il est également crucial de ne pas sous-estimer l’aspect financier. On peut acheter des milliers de protections sans pour autant avoir l’assurance de ne pas avoir de problèmes, et un accident peut toujours survenir.

Une approche prudente est donc de mise. N’entrez pas dans l’eau plus que de raison, car il est tout à fait possible d'obtenir d'excellentes images en restant à une profondeur raisonnable. On peut tout à fait aller dans l’eau jusqu’à la taille pour s’approcher de l’action de surf, ce qui est souvent suffisant pour capter l'intensité souhaitée. Attention aussi aux courants des baïnes, surtout si vous venez dans le Sud-Ouest et ses spots de surf mondialement connus, car ils peuvent être dangereux et imprévisibles.

Pour faire face à la pluie, une simple poche peut suffire à protéger le matériel. Choisissez-en une en plastique épais, mais souple à la fois. Pour ma part, j’utilise une poche (un sac pour ceux qui ne sont pas du Sud-Ouest) de chez Apple. Non pas pour me la péter, mais parce qu’elles ont une triple épaisseur et un lien au bout pour la maintenir sur l’objectif, ce qui est vraiment pratique, efficace et solide. J’utilise la même poche depuis plusieurs années maintenant, preuve de sa durabilité. Si vous êtes nombreux à me le demander dans les commentaires, je la prendrai en photo sur mon matériel pour vous montrer.

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Les embruns marins sont un fléau difficile à contrer. Pour ce qui est des embruns, je n’ai aucune protection efficace en stock, c’est une plaie ce truc. Je conseille un bon chiffon microfibre pour ne pas rayer la lentille de l'objectif. D’autres utilisent des produits, mais personnellement, ils me sont inutiles et la planète s’en porte que mieux sans ces ajouts chimiques. Entre deux prises de vue, vous pouvez aussi, tout simplement, tourner l’objectif pour que le vent ne vienne pas déposer la couche « grasse » d’embruns. En compétition, après chaque photo ou série de photos, je tourne l’objectif contre moi pour limiter au maximum cet inconvénient. C’est aussi facile à faire que logique !

Le changement d'objectif est un moment de vulnérabilité pour l'appareil. Il est impératif de ne pas changer trop souvent d’objectifs en plein milieu du sable ou de l’eau. Cela paraît évident, mais quand on est dans l’action, on fait parfois des choix stupides. Il est recommandé d'éviter de désaccoupler l’objectif quand il y a de fortes rafales de vent et de tenir le boîtier vers le bas, avec le capteur orienté vers le sable. Cette précaution simple permettra de limiter la possibilité d’y voir du sable entrer. Ce conseil est valable en toute occasion, de toute manière, pas seulement à la plage. On peut également changer son objectif dans une poche ou utiliser des cubes transparents spécialement conçus pour ce type d’opération, offrant un environnement plus contrôlé. Mais je vous dis ça et je suis le premier à faire n’importe quoi. Lors de mon tout dernier stage photo de surf, j’ai voulu ajouter un multiplicateur de focale à mon objectif alors que j’avais les pieds dans l’eau. Résultat, il a pris un bain d’eau salée et de sable. Il s’est même planté dedans et j’ai failli ne pas le retrouver. Heureusement, après un bain à l’eau claire, des heures de séchage et de nettoyage, le multiplicateur est toujours en vie. Nikon, c’est du solide quand même, prouvant la robustesse de certains équipements malgré les mésaventures.

En ce qui concerne le sel, une rigueur absolue est nécessaire. Il faudra procéder à un nettoyage complet du matériel après chaque sortie si vous ne voulez pas utiliser une poche ou une protection anti-pluie du commerce. Cela marche très bien, mais ça demande de la rigueur et de la discipline. D’autant qu’il faut faire de même pour le monopode ou le trépied si vous en utilisez un, car le sel est corrosif et s'infiltre partout.

Malgré toutes ces recommandations qui pourraient décourager, il ne faut pas avoir peur de prendre son matériel à la plage. Les dangers sont présents, mais si l’on est vigilant et appliqué dans les précautions, il n’y aura aucun souci majeur. Le plus gros danger pour le photographe, en plus de se noyer avec son coûteux matériel photo, c’est le soleil. Même par temps couvert, les rayons UV se font sentir et l’on peut vite le regretter quand on est sur la plage dans une position fixe. Il est essentiel de penser aussi à s’hydrater, une petite bouteille d’eau peut être d’un grand secours.

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