L'image des voiliers amarrés le long des quais, avec leurs mâts dressés vers le ciel et leurs coques patinées par les embruns, exerce une fascination intemporelle. Ces géants des mers, qu'ils soient anciens ou modernes, de commerce ou de compétition, incarnent une histoire riche et un esprit d'aventure qui continue de captiver un public toujours plus nombreux. Les ports de France, et d'ailleurs, se transforment régulièrement en théâtres grandeur nature pour célébrer ce patrimoine naval, offrant aux visiteurs des spectacles uniques et des immersions profondes dans le monde maritime.
Les Grandes Fêtes Maritimes : Un Spectacle de Beauté et de Tradition
Les quais des villes portuaires sont souvent le cadre de rassemblements exceptionnels, où des centaines de navires se côtoient, témoignant de la richesse de la culture maritime. Au Havre, par exemple, les Grandes Voiles du Havre se poursuivent, attirant des milliers de visiteurs. Le village des Grandes Voiles du Havre offre l'occasion unique de visiter les voiliers-écoles et de profiter de déambulations musicales. Malgré un temps parfois légèrement humide, cela ne freine pas les visiteurs du matin qui profitent pleinement de chaque dernière journée de l'événement. Pour ne rien rater de cette ambiance festive, le village est ouvert de 10h à minuit, avec diverses animations en musique, comme celle des anciens du Bagad de Lann Bihoué. Le point culminant de ces événements est souvent la manœuvre des plus grands navires, un spectacle impressionnant pour le public conquis par les visites des bateaux. Si les plus grands navires, installés dans le bassin de l'Eure, sortent à partir de 18h, le plus gros de la flotte commence à manœuvrer dès 7h30 le lendemain matin. La parade des grands voiliers est à observer à partir de 7h30, entre l'esplanade Jacques Chirac et la plage, marquant un moment fort avant le départ des voiliers écoles pour la Tall Ships Races. La Tall Ships Races, quant à elle, s'élance pour sa première étape vers Dunkerque vers 14h, promettant une compétition passionnante.
Dans un autre grand port méditerranéen, Sète, l'ambiance n'est pas moins vibrante. Le journal de 13 Heures y fait escale, dans ce port de l'Hérault qui accueille les plus beaux voiliers de la planète. Des vieux gréements venus du monde entier font escale à Sète pour une semaine, et sont accueillis en musique, créant une atmosphère "vraiment chouette" où "il y a beaucoup de monde, et on fait la fête". Les visiteurs sont déjà nombreux sur les quais et s'approchent pour photographier les navires historiques. Pas moins de 120 bateaux sont amarrés, certains construits il y a plus d'une centaine d'années. C'est "impressionnant, déjà, pour les faire venir tous en même temps". L'ambiance générale est marquée par la musique et une atmosphère festive où "tout est au rendez-vous". Parmi les bateaux à quai, le Belem, plus grand voilier français, est sûrement le plus connu d'entre eux, mais aussi une reproduction d'un galion espagnol du XVIIe siècle, qu'il est d'ailleurs possible de visiter. L'envergure du voilier, avec ses cinquante-et-un mètres de long et ses trois mâts, "donne le tournis". Les touristes, à l'instar d'un groupe d'amis venus de Fréjus, ne savent plus où donner de la tête devant la beauté de ces constructions. "Il est magnifique, c'est une très belle construction. Tout ce qui est cordage, on ne sait plus dans quel sens il faut regarder le bateau tellement c'est beau", s'extasie un touriste. Une balade sur le pont, puis les touristes s'engouffrent à l'intérieur du navire. À l'époque, 32 marins s'y affairaient, et l'on se surprend même à vouloir rejoindre l'équipage, sentant l'envie de "partir avec eux, et de revivre ces moments d'époque qui ont dû quand même être forts".
À Sète, dehors, c'est une toute autre ambiance, plus sportive. Dans l'un des canaux de la ville, les équipages s'affrontent dans une course de rame traditionnelle, rythmée par la cadence musclée du barreur, mais aussi par les encouragements des supporters. Les équipages viennent du monde entier, donnant à la course des airs de compétition internationale. Certains participants, comme une équipe italienne, en sont à leur troisième participation et remportent même la victoire. "On est vraiment heureux de ramer ici avec tous les autres, et de participer à ce merveilleux festival", commente un membre de l'équipe. Plus à l'écart de la foule, certains préfèrent observer les navires gigantesques depuis la mer, trouvant que "c'est le meilleur moyen pour visiter" avec des passionnés. Et comme l'air marin ouvre l'appétit, l'escale à Sète se joue aussi dans l'assiette. Sur les quais se trouvent des saveurs du monde entier, comme du hareng fumé, une spécialité hollandaise qu'un cuisinier prépare sur place, après les avoir fait mariner dans de l'eau salée pour le goût et les avoir laissés sécher pendant au moins quatre heures.
Histoires de Grands Voiliers : Le Belem et Le Marité, icônes des mers
Qu'est-ce au juste qu'un grand voilier ? À partir de quelle taille la prestigieuse appellation se justifie-t-elle ? En fait, le critère n'est pas vraiment la longueur de sa coque et la hauteur de ses mâts. Pour les marins, il y aura toujours un « avant » et un « après » le retour de ce trois-mâts sous pavillon tricolore.
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Parmi ces légendes flottantes, le Belem occupe une place de choix. Lancé à Nantes en 1896 par les chantiers nantais Dubigeon pour le compte de l'armateur Crouan, il transporta pendant 17 ans du cacao entre Belem, au Brésil, et Nantes. Le trois-mâts barque avait déjà connu plusieurs vies avant de revenir sous pavillon français. En 1914, le duc de Westminster fut séduit par ce beau navire, qu'il acheta pour en faire un yacht. Par la suite, en 1922, le brasseur lord Guinness s'en porta acquéreur et le rebaptisa Fantôme II. Son destin le mena ensuite en Italie. En 1951, Fantôme II fut cédé à un organisme italien, la Fondation Cini. L'objet de cette dernière étant de former des orphelins aux métiers de la mer, le trois-mâts barque fut réaménagé en navire-école et reçut alors un gréement de trois-mâts goélette, avant d'être une fois de plus renommé Giorgio Cini. Pendant vingt-quatre ans, le Giorgio Cini embarqua des centaines de cadets. Mais en 1975, la fondation dut admettre qu'elle n'avait plus les moyens d'entretenir son navire. Elle en fit donc don aux Carabinieri, lesquels, devant le montant des factures d'entretien, ne tardèrent pas à le confier aux Chantiers navals de Venise. Ce sont eux qui lui redonnèrent son gréement d'origine, avant de le mettre en vente. Le bel été de 1979 vit des remorqueurs de la Marine convoyer le Belem à Toulon puis Brest où il subit une refonte générale. Pourtant, ce n'est pas avant 1986 que le trois-mâts embarqua ses premiers stagiaires, le réarmement s'étant avéré bien plus coûteux et plus long que prévu. Avec ses 22 voiles et ses 58 mètres de longueur, ce splendide navire est un joyau à ne pas rater. Le Belem est le dernier des grands voiliers de commerce français encore en navigation.
Un autre navire légendaire est le Marité, un authentique terreneuvier. C'est ainsi que l'on appelle les trois-mâts goélettes qui, jusqu'aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, allaient traquer la morue sur les bancs de Terre-Neuve. C'était la plus rude des pêches, puisqu'elle se pratiquait à partir du navire, sur de petites embarcations menées à l'aviron, et appelées dori. L'histoire du Marité que nous connaissons aujourd'hui commence un jour de juillet 1999, lorsque, gréée en goélette à trois mâts et huniers, menée par un équipage de Suédois enthousiastes, elle fait escale à Fécamp. Le beau navire avait à peine eu le temps de consolider ses amarres à quai qu'il fut identifié. Personne n'envisageait de le revoir un jour puisqu'il avait été acheté par un armateur danois qui avait l'intention de l'utiliser comme caboteur sur les côtes scandinaves. Puis, en 1935, le Marité fut acheté par un armateur des îles Féroé qui voulait en refaire un bateau de pêche. Durant la Seconde Guerre mondiale, il redevint un caboteur, ayant assez de chance pour échapper aux mines et aux attaques. Nul ne sait trop aujourd'hui ce qu'il advint du bateau jusqu'en 1977, lorsque des Suédois la découvrirent dans le port de Torshavn, la capitale des îles Féroé. Ils étaient en quête d'un navire à restaurer afin de pratiquer le charter. Ils décidèrent donc de le remettre dans son état d'origine, un travail qui leur prit dix ans. Le nouveau voilier navigua dès lors considérablement : ne le vit-on pas à Porto-Rico et à New York, entre autres. C'est au cours d'une de ses croisières que le Marité fit escale à Fécamp. Soixante-neuf ans donc après son départ, le trois-mâts fut reconnu, des passionnés se mobilisèrent, alertèrent les élus régionaux, et le navire fut acheté, retrouvant ainsi son port d'origine.
Les Formateurs des Mers et les Gardiens des Côtes
La Marine nationale a toujours reconnu l'importance de la voile pour développer le sens marin de ses officiers. En 1930, elle comprit que seule la navigation à la voile permettait de développer un vrai sens marin chez ses officiers. Elle choisit alors d'armer deux voiliers de petite taille, très évolutifs, plutôt qu'une seule unité importante, comme un trois-mâts. Ainsi naquirent la Belle-Poule et l'Étoile. La commission chargée de déterminer quels pourraient être ces navires porta vite son choix sur les goélettes que les pêcheurs de Paimpol et de Gravelines armaient pour pêcher la morue au large des côtes islandaises. Les qualités exigées de ce type de bateau pour fréquenter les mers boréales constituaient la meilleure des garanties. Ces voiliers particulièrement marins étaient dans le même temps très rapides, capables d'accomplir les traversées vers l'Islande y compris par vent debout. Lancées en 1932, les goélettes de la Marine n'ont jamais cessé de naviguer depuis. Elles ont même joué un rôle crucial durant la Seconde Guerre mondiale : étant passées en Angleterre dès 1940, elles rejoignirent les Forces navales Françaises Libres. C'est pourquoi elles arborent à l'escale, à l'extrémité du bout dehors, un pavillon tricolore à croix de Lorraine, symbole de leur engagement. Parmi les plus belles navigations effectuées par les goélettes, on notera une croisière en Islande en 2000, dans le sillage des flottilles morutières. Bien entendu, les deux voiliers étant identiques, la question se pose de savoir comment les distinguer l'un de l'autre. Les spécialistes connaissent deux différences : la mâture de la Belle-Poule est plus sombre que celle de l'Étoile.
Moins connu que les goélettes, le Mutin est le plus ancien bâtiment encore en service de la Marine nationale. Depuis sa mise à l'eau en 1927, il n'a cessé de naviguer, et souvent dans des conditions périlleuses. Dans la même logique qui amena la Marine nationale à armer deux goélettes de faible tonnage plutôt qu'un grand voilier, un bâtiment encore plus petit fut mis en service à la même époque. Il s'agissait cette fois, non d'entraîner des officiers et des équipages à la manœuvre, mais de former les pilotes, c'est-à-dire des navigateurs possédant la connaissance de tous les ports et de toutes les passes des côtes françaises. Cet enseignement était dispensé à l'École des pilotes de la Flotte, basée à Saint-Servan. Le type de navire choisi fut un cotre à tape-cul construit et gréé sur le modèle des thoniers des Sables d'Olonne. Ces voiliers se caractérisaient par leurs bonnes performances sous voile, leur tenue à la mer, et leur capacité à tenir le grand large pour des campagnes de deux semaines en moyenne. Le Mutin connut un destin étonnant pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1940, afin de ne pas tomber aux mains de l'armée allemande, il passa en Angleterre où la Marine anglaise l'utilisa pour des missions secrètes de liaisons, d'abord dans la Manche, et ensuite en Méditerranée. Une fois la paix revenue, le Mutin rejoignit la flotte française qui l'affecta alors aux écoles qui se trouvaient alors installées à Loctudy (Finistère Sud) ; puis il retrouva Saint-Servan et l'École des pilotes qu'il servit jusqu'à la fermeture de cette dernière, en 1964.
Brest, grand port militaire, a aussi sa goélette emblématique, La Recouvrance. La Recouvrance a moins de 30 ans. À l'époque où la ville décida de construire un voilier emblématique, le choix retenu fut celui des goélettes aviso du XIXe siècle, un bateau à la fois élégant et d'une tenue de mer remarquable. Avec son immense voilure déployée sur ses mâts très inclinés ; avec son bout-dehors interminable et sa bôme de grand-voile qui dépasse le tableau arrière de plusieurs mètres, La Recouvrance paraît bien plus grande que ses 25 mètres au pont. Au XIXe siècle, ces fines et puissantes goélettes à hunier étaient armées en aviso. C'est-à-dire qu'elles assuraient les liaisons entre les vaisseaux d'une escadre au large, partaient en éclaireur au contact des flottes ennemies, pratiquaient l'espionnage, ou encore étaient chargées de garantir les intérêts des possessions françaises outre-mer. C'est l'Iris, conçue en 1817, qui servit de modèle à la future Recouvrance, sans nul doute le plus impressionnant de tous les voiliers traditionnels lancés en France ces dernières années. Sa construction elle-même, dans un hangar ouvert au public sur le port de commerce de Brest, fut un merveilleux spectacle. Des foules entières sont venues voir assembler les énormes pièces de charpente qui avaient été façonnées au Chantier du Guip, dans le Morbihan. Et le lancement de la goélette constitua sans doute le moment le plus émouvant du rassemblement de Brest 92. Seuls ceux qui ont eu l'honneur d'embarquer connaissent les étonnants aménagements de la goélette, les plus originaux de toute la flotte de voiliers traditionnels qui fréquentent nos ports. Dans le carré, les colonnes de faux marbres tranchent sur les boiseries gris perle rehaussées de moulures bleu lavande et de motifs en bronze. On reconnaît au premier coup d'œil le style Restauration ! Les constructeurs de La Recouvrance ont été jusqu'au bout de leur démarche historique. La Recouvrance est une invitée de marque lors de festivals, comme celui de Lorient.
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Les Répliques Historiques et l'Esprit Corsaire
L'héritage maritime français est également riche de répliques qui font revivre des pages d'histoire. En avril 2015, une reproduction d'une frégate du XVIIIe siècle a traversé l'Atlantique, cap sur Boston. Elle a ainsi refait le voyage accompli par L'Hermione en 1780, avec à son bord le général La Fayette, en avant-garde du corps d'armée qui allait aider les Américains à se libérer de la domination anglaise. On connaît la suite : grâce aux renforts français, Washington obtient l'indépendance. Tandis que les combats se succèdent sur terre, aboutissant lentement mais sûrement à la victoire, L'Hermione combat sur mer et fait de nombreuses prises. La tradition veut que les États-Unis n'aient jamais oublié l'aide apportée par la France pour acquérir son indépendance. Ainsi, pendant la Première Guerre mondiale, lorsqu'un corps expéditionnaire américain débarqua à Brest pour soutenir la France et l'Angleterre contre l'Allemagne, le général Pershing aurait lancé en débarquant : « La Fayette, nous voici ! ».
L'esprit corsaire n'est pas en reste. Vers l'aube des années 1990, lorsque Saint-Malo décida de lancer un voilier emblématique de la ville, la logique historique conduisit à un navire corsaire. À défaut de s'offrir une trop coûteuse frégate, on choisit de construire une réplique du dernier bateau de Surcouf. En 1812, ayant fait fortune à la pointe de son sabre d'abordage en océan Indien, le corsaire Robert Surcouf s'établit comme armateur à Saint-Malo. Et comme en cette époque de guerre contre l'Angleterre, la course demeurait une activité rentable, il arma plusieurs petits navires, dont le Renard. Quand on considère aujourd'hui cette coque très ronde de 19 m, on peut se demander comment un si petit bâtiment osait s'attaquer aux gros navires marchands. La vérité oblige à dire que le vrai Renard mesurait 25m et que l'extrémité de sa bôme dépassait le couronnement de plusieurs mètres. À bord s'entassaient 60 hommes. Mais justement, pour prendre un gros navire à l'abordage, un petit bateau s'avérait idéal : sa coque basse sur l'eau passait sous le tir des canons ennemis, placés trop hauts ; et une fois à bord avec sa proie, ses vergues servaient de passerelles pour lancer l'assaut ! De plus, le gréement de cotre à hunier présentait tous les avantages. Sous ses voiles auriques en effet, il pouvait remonter dans le vent pour couper la route des gros navires sous voiles carrées. Tandis que ses huniers permettaient, aux allures portantes, d'atteindre la vitesse nécessaire pour échapper à une mauvaise rencontre ! Cela arrivait. Mais le mode de fonctionnement normal des corsaires était qu'une fois le bateau ennemi saisi, un équipage de prise restait à bord pour le ramener en France.
La Diversité des Bateaux Traditionnels et des Compétiteurs Modernes
Les côtes françaises regorgent de trésors maritimes, chacun avec sa propre histoire et ses spécificités. L'empilement audacieux de leurs voiles, déployées sur trois mâts, fait des bisquines les plus impressionnants « vieux gréements » des côtes françaises. Les ports de Granville et de Cancale en ayant armé chacun une, on assiste chaque été à de spectaculaires duels. La tradition ostréicole de Cancale trouve ses origines dans l'existence très ancienne de bancs d'huîtres sauvages en baie du Mont-Saint-Michel. Il s'agissait d'huîtres comme on n'en voit plus aujourd'hui, si grosses qu'on les appelait pied-de-cheval. Les voiliers utilisés pour le dragage des huîtres étaient des bisquines, dont La Cancalaise et La Granvillaise sont les répliques fidèles. Les coques de 18 mètres sont gréées de trois mâts, supportant jusqu'à neuf voiles au total, dont la superficie totale atteint 350 mètres carrés. Pourquoi un tel « moteur » ? D'abord afin de pouvoir traîner au fond de l'eau le fer, sorte de râteau maintenant ouvert un grand filet métallique, y compris par vent faible. Pour cela, il leur fallait disposer d'une surface de voile immense. Par ailleurs, il existait des zones où les huîtres étaient plus nombreuses. Les patrons de bisquines les repéraient vite, et cherchaient à s'y placer ; pour cela, il fallait manœuvrer mieux et aller plus vite que les autres. D'où chez les équipages de bisquines, un esprit de compétition permanent. Les bisquines ont disparu en même temps que les huîtres sauvages, au début du XXe siècle. Mais dans les années 1980, arriva l'époque de la redécouverte du patrimoine maritime. En 1987 fut lancée La Cancalaise ; La Granvillaise suivit en 1990. Toutes deux construites sur des plans anciens, elles diffèrent sensiblement dans leurs formes, perpétuant ainsi une tradition séculaire.
Les festivals maritimes, comme celui de Lorient, offrent l'opportunité de découvrir une extraordinaire diversité. La rade de Lorient accueille des visites de bateaux à quai, durant le festival. Chalutiers, vedettes des douanes, remorqueurs, navires de la SNSM et voiliers de course au large viennent se mêler aux vieux gréements et s’amarrer aux pontons, formant un spectacle magique. Les bateaux traditionnels sont ouverts aux embarquements. Les bateaux sont visitables à quai avec le pass Sloop, de 10h à 19h du vendredi au dimanche, dans la limite des places disponibles et hors sorties en mer. Cinq vieux gréements sont ouverts aux embarquements, et des pontons spécifiques comme le Ponton du K3 et le quai du Pourquoi Pas sont au cœur du Village. Le quai Michel Tonnerre est situé à l’est du Port de Pêche.
Parmi les navires notables présents, on retrouve le Lola, un magnifique voilier tout en bois construit en 1919 par le chantier Nipper, dans le port de Skagen (nord du Danemark). Il a été regréé en cotre aurique dans les années 1970 pour commencer une carrière de transport de passagers. Entièrement rénovée en 2011, Lola a été rachetée par la Coconuts Sail Team, une famille d’aventuriers, qui navigue en Atlantique et met le bateau à disposition d’événements.
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Le Biche, dernier thonier-dundee à voile d’Atlantique, construit en 1934 pour un patron pêcheur de l’île de Groix, Ange Stéphan, que l’on surnommait “Ange-Biche”, est un survivant unique. C’est le seul représentant de ce modèle de bateau de pêche construit à des centaines d’exemplaires jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Son image reste bien sûr associée à l’apogée de la pêche à la voile en Atlantique au XXe siècle. Le Biche est devenu une institution du pays de Lorient. Le Krog E Barz, réplique d’un bocq langoustier de 1910 de Loguivy de la Mer, date de 1992. On peut aussi admirer le plus grand yacht classique encore navigant en Bretagne, un ketch vieux de plus de cent ans et long de 28 mètres, construit par le chantier allemand Abeking & Rasmussen en 1916. Basé aujourd’hui à Douarnenez, ce bateau a connu nombre de péripéties - dont un échouage dans une vasière pour échapper à un sous-marin pendant la Seconde Guerre mondiale.
Lorient, étant la capitale mondiale de la course au large, offre souvent l'occasion d'apercevoir d’autres voiliers de compétition, comme un Figaro skippé par Marie Gendron, ancien bateau de Justine Mettraux, mesurant 10,15 m de long et destiné à différentes compétitions, dont la Solitaire du Figaro. La mémoire des grands navigateurs est également perpétuée, notamment par l'association Eric Tabarly qui entretient les Pen Duick, le nom donné par Eric Tabarly à ses navires, et leur permettant de continuer à naviguer.
Le port de Lorient ne se limite pas aux voiliers de tradition. Il est un pôle maritime actif, avec son port de commerce qui est le 1er port breton pour les hydrocarbures et joue un rôle majeur pour les matières premières agroalimentaires. Son port de pêche est le 1er port français en « valeur » et le 2e en volume, générant plus de 3 000 emplois directs et débarquant 18 000 tonnes de pêche fraîche vendues sous criée chaque année. On y observe également des navires plus modernes et spécialisés, tels qu'un navire à vocation scientifique mis à l’eau en 1988 et basé à Brest, premier des quatre bâtiments militaires conçus spécifiquement pour les relevés cartographiques des fonds marins français, au profit du SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine). Son équipage est chargé de surveiller l’évolution des fonds marins, en étudiant les courants, les marées et la présence éventuelle d’épaves - notamment grâce à son sonar. La Vedette Garde-Côtes DF36 « Kan an Avel » (28m), mise en service en 2001, est un des moyens navals de la Direction Nationale Garde-Côtes des Douanes (DNGCD) qui compte 31 navires et 14 avions et hélicoptères. On peut même croiser une vedette blindée et amphibie conçue dans les années 1990 par la Marine suédoise, exceptionnellement rapide et utilisée par la Marine nationale dans les opérations de combat.
Lors de certains événements, un ballet hors du commun est organisé sur les eaux de la rade, où, durant 1h30, des bateaux typiques de l’activité de la rade de Lorient naviguent en suivant un parcours imaginé pour qu’ils soient visibles de toutes les villes de la rade.